Pretty Woman au Tonkatsu de la gare
Qu’elle est cute Julia Roberts à se demander comment utiliser les trente-six couverts du restau français dans Pretty Woman…
Pour nous autres gaulois, cette scène, ça nous fait bomber le torse et nous serions prêts à nous taper sur la poitrine comme des chimpanzés dans l’éructation du sentiment d’être les meilleurs. Si même les amerloques le disent, ça doit être vrai. D’ailleurs, tout le monde sait que la sophistication gastronomique, l’art de la table, c’est nous !
L’éructation, je l’ai eue sérieusement en berne ce midi au Tonkatsu de la gare. Le Tonkatsu, c’est un filet de porc pané. Du basique. Un menu à 10 euros. Pas un trois étoiles chez Michelin.
On m’installe sur une magnifique table en bois. Et le ballet commence.
Tasse de thé, serviette, baguettes : normal.
Et puis voilà le bol qui nous fait à jamais déchoir de notre prétention. Un simple petit bol de céramique avec des graines de sésame au fond. Et à côté, un panier en osier support d’un petit pilon en bois.
Devant nous, quatre pots (chacun magnifique avec leur petite « louche » en bambou) : sauce normale, sauce épicée, tsukemono (pickles) et sauce salade.
L’opération consiste à prendre plaisir à écraser les graines de sésame pour en faire ressortir le parfum puis à y rajouter la sauce ad hoc. Dans un autre bol, vous disposez la sauce épicée. Dans une petite assiette bleue, des pickles.
On vous apporte votre assiette où le tonkatsu trône sur une grille métallique surélevée afin que les dernières gouttes d’huile puissent choir sans imprégner la viande. Dans la même assiette, la salade sur laquelle vous rajoutez le « dressing ». Simultanément sont déposés à côté de vous un bol de soupe miso, un bol couvert contenant votre riz chaud (avec sa belle cuillère en bois) et le petit bol dans lequel vous déposerez le riz que vous allez prélever du bol précédent pour le consommer progressivement. Toutes les couleurs et les formes se marient à la perfection, dans une harmonie naturelle.
Enfoncés, nos trente-six couverts.
J’ai envie de pleurer sur l’épaule de Julia Roberts. Comme l’éleveur de Rancor à la mort de son monstre dans le Retour du Jedi. En faisant bouhh.
Je me console juste d’une énorme fausse note : la serviette humide apportée au début du repas était imprégnée de javel. L’odeur me reste encore en trace sur les mains. L’hygiénisme nippon me permet cette mesquinerie. Nah.