11 avril 2008

Dao : le flow du flot

Filed under: sociologie — Stéphane Barbery @ 9:31



Il pleut. Beaucoup. Et il semble que pour l’essentiel, Sakura, ce soit fini. Les pétales mouillés sur le sol sollicitent – simultanément – le registre du beau, le registre du sale. Du mouchoir et du balai. Ca confusionne, ça rend perplexe.

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Il pleut. Beaucoup. Je me confectionne des flashcards de kanjis avec des crayons noirs à pointe ultra-fine comme je les aime (0,25) et lis avec une vraie grande joie Ideals of the East (The Spirit of Japanese Art) de Kakuzo Okakura. Un livre d’une centaine de pages directement rédigé dans un anglais que je trouve beau. Un guide bienveillant et fort, publié il y a un siècle pour les imbus ignares d’occidentaux que nous sommes. Cela me rend triste que cette perle ne soit pas traduite en français.
On peut heureusement en trouver une version électronique sur le net sur un site qui héberge de nombreux autres trésors.

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Le chapitre sur Laoisme et Taoisme m’a conduit chez Random Walk, la chouette librairie de Teramachi où j’ai trouvé plusieurs exemplaires du Tao-tö king, en français, dans sa version folio à 2 euros traduite par Liou Kia-hway.
Il y aurait une collection rigolote à construire : celle de toutes les transcriptions/romanisations différentes du titre du recueil de Lao-tseu (Laozi ?!), l’une des bibles du coin que je n’avais encore jamais lue.

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J’aime cette idée que la sagesse, comme les pétales sales de Sakura, soit présentée de façon confusionnante. Ramassée comme des chutes.
Ca marque, ça suggestionne.
Je ne marche en revanche pas du tout dans l’édification façon kabbale : l’obscurité masquant mensongèrement une promesse de révélation. Faut laisser ce trick aux camelots sinon il y a encore des commentateurs pointilleux qui vont vous y repasser des couches de laque pendant des siècles. Et perdre leur vie à cela.

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Un vieux texte à destination de l’élite, ça se périme. Les conseils aux futurs administrateurs de province, d’état ou d’empire, pourraient passer pour folklos. Mais qu’est-ce qui les remplace aujourd’hui ? Quelle est la moelle des cadres politiques de notre époque ? A quoi sert une colonne vertébrale remplie de vide ?

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C’est rigolo de voir comment la philosophie occidentale formule à sa manière, empotée ou incompréhensible, ce concentré de dialectique du non-agir.

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Un vieux type à barbe dépose sa toge pour se baigner dans une rivière.
Un vieux type à barbe, bridé, s’approche pour se baigner dans le même chouette spot.
Les deux vieux se regardent. Au même moment, d’un geste vif, chacun empoignent la barbe de l’autre et avec une voix de soprano entonne « … le premier de nous deux qui rira aura une taaaapet’ … »

Manuscrit pour les chroniques d’une rencontre Héraclite / Lao-Tseu. Qui devinrent de vrais potes.

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Si Lao-Tseu était un maître zen, il embrasserait Héraclite sur la bouche. Qui serait fichu d’aimer ça.

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Dans le livre de Kakuzo Okakura, il est question de Soshi. Le successeur de Lao-Tseu. Je regarde sur le net. Rien. Pas tout à fait rien car je trouve la version électronique citée plus haut. Et un autre extrait avec une merveilleuse et profonde métaphore chinoise sur la traduction.

Translation is always a treason, and as a Ming author observes, can at its best be only the reverse side of a brocade,–all the threads are there, but not the subtlety of color or design.

« Traduire c’est toujours trahir, et comme l’observe un auteur Ming, une traduction ne peut, à son meilleur, n’être que le revers d’un brocart : tous les fils sont là mais plus la subtilité de la couleur et du dessin ».

Et Soshi dans tout ça ? Ben il a fallu que je devine qu’il s’agit de Zhuang Zhou ! Dont il faut désormais que je trouve le livre.

Je crois que je fais bien de m’appliquer à mes flashcards de kanji…

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Qui cherche trouve

Produire et faire croître,
produire sans s’approprier,
agir sans rien attendre,
guider sans contraindre

Discerne le simple et étreins le naturel

Garder la douceur, voilà la force d’âme.
Utilise les rayons de lumière,
mais fais retour à leur source.

Qui va vers le Tao, le Tao l’accueille

Qui va vers la perte, la perte l’accueille

*

Alors aller vers le Tao


 
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