13 avril 2008

Totoro, le Shinto, le baigneur et les pierres comme ombilics du monde

Filed under: sociologie — Stéphane Barbery @ 9:44

J’aime bien mon pin’s Totoro, pas très beau, punaisé sur mon samue – un beau « pyjama » de travail.
Hier soir, je tentais d’expliquer ce qu’il représente au vieux prêtre Shinto du temple de notre quartier.
Et c’est venu dans l’évidence. Totoro c’est un kami. Totoro, c’est du Shinto. Pour de vrai.
*

Je marchais dans Arashiyama. De temple en temple. Tombai par hasard sur une représentation de Mibu-kyōgen. L’histoire d’un prêtre bouddhiste s’intéressant d’un peu trop près au bébé baigneur d’une jolie femme. Il le faisait pisser ce baigneur. Le baigneur, ben voyons.

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Je continuai en suivant le chemin des petits restaurants à douceurs et des boutiques à souvenirs. M’arrêtai devant l’échoppe d’un artisan créant de petits mobiles, de petites sculptures, animées par le vent. Des mobiles, des sculptures : en cocon de soie.

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Je m’arrêtai plus loin au temple Adashino Nenbutsuji. Sans intérêt. Un temple collectionnant les pierres. Qui ne sont pas des tombes mais pourtant en sont. Je repensai aux grosses pierres de jardin vendues sur le parking d’un équivalent local de Castorama. Les pierres pour les jardins, ce n’est pas une petite affaire ici.
Au Japon, j’ai ce sentiment étrange que toutes les pierres ont une forme qui résonne. Que le moindre caillou est digne d’une collection de suiseki.
Et c’est venu dans l’évidence. Ici, les pierres sont des kamis.

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Hier, je parlais de l’énigme du nombril des gobans à un spécialiste du bouddhisme. Un nombril qui, pour le facteur de plateaux de go que j’ai interviewé, l’un des meilleurs de Tokyo et dans le business depuis trois générations, n’a aucune utilité acoustique et dont la création produit un plus grand risque de fissure que son hypothétique rôle anti-fêlure.

- Je me souviens avoir visité une cathédrale froide où la vieille dame rêche qui officiait comme guide et que personne n’aurait voulu avoir comme instit’ m’avait regardé droit dans les yeux en prononçant d’une voix de katana : « le bois, c’est le seul à travailler quand il joue. Amusant, non ? » -

Piste lancée par le facteur tokyoïte : c’est un symbole bouddhique. Je décris donc le nombril à mon spécialiste d’hier en lui disant que la seule association qui me vient, ce sont certaines formes 2D de Mandala.

« Ah mais non, ça c’est le mont Meru » me répond-t-il en haussant les épaules d’évidence mais avec une grande lumière dans les yeux.
Le Mont Meru, c’est le centre du monde. Reliant tous les plans. Il serait au coeur du Shambhala

*
Au Japon, chaque pierre est comme un mont Meru.


 
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