25 avril 2008

Cavernes

Filed under: sociologie — Stéphane Barbery @ 10:17

La voix de Salah continue de résonner fort en moi.

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Dans son texte sur Kyoto, il rappelle le mythe d’Amaterasu.

Boudeuse, ne supportant plus la violence de son frère, la déesse soleil s’enferme dans une caverne.
Le monde perd sa lumière.
Huit millions de kamis se rassemblent pour la faire sortir. Et accompagnent le strip-tease d’Ame-no-Uzume, la voluptueuse déesse de la gaieté, par un barouf monstre de rires et de tambours (ouendan !).

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Eh ! Et si c’était là l’origine de l’incompréhensible complaisance/recherche des japonais pour la nuisance sonore ! Le pachinko, les échappements trafiqués, les camions de collecte, l’irrashaïmassé, les hélicos, la télé. Des éructations d’autant plus insupportables qu’elles surgissent sur un fond attentionné – crispé – de silence respectueux du voisinage (« pas de vague, pas de vague »).

Alors un coup de barouf, un cri, un taiko pour maintenir la joie qui maintient le soleil là ?

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Parce que, évidemment, Amaterasu, de sa caverne, jette un coup d’oeil pour comprendre ce que c’est que tout ce boucan. Elle voit une lumière magnifique. Elle sort pour la discerner davantage. Tout le monde s’écrie « 面白い, Omoshiroi! » (figure blanche), on la maintient et blam, chpling, les kamis bouchent la caverne pour ne plus qu’elle y rentre. La lumière ? C’était elle. Son reflet dans un miroir : le miroir regalia qu’elle donnera plus tard à son petit-fils, premier empereur du Japon, et conservé aujourd’hui dans le temple d’Ise. Un miroir circulaire , principal objet du culte shintoïsme et dont la forme est reprise dans l’emblème national.

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Le temple près de la maison, « orienté vers le soleil », est un petit Ise. Dans la roche d’un des monts de Kyoto, une minuscule caverne à double entrée a été creusée. Pour y célébrer Amaterasu. Hier, chez Fresco, mon petit supermarché paradis, j’ai acheté des bougies blanches longue durée.

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La caverne de la déesse Japon, ce n’est pas celle de Platon. Lui évoque en puritain moraliste le savoir pour les élus et la crasse des lourdauds. Elle, l’horreur de la violence et l’ignorance de sa propre lumière.
Pour sortir de la caverne où l’on bouine, le soutien joyeux de ceux qui nous aiment est nécessaire. Pour percevoir, accueillir et conforter sa propre lumière. Celle qui éclaire le monde.

La leçon du Japon : le soleil est en soi. Et c’est une femme. Doh !

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Dans un chouette documentaire vidéo sur Salah, on aperçoit de sublimissimes calligraphies arabes. L’une d’elle, un bateau, est liée à une autre caverne. La caverne de l’amour. Celle des sept dormants.

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L’histoire apparaît là et là. Chez les chrétiens, les musulmans. La sourate de la caverne (XVIII 9-26) la décrit.
Ils sont de trois à neuf, dorment de 27 à 300 ans et symbolisent la foi dans le dieu unique ou la résurrection.
Ici ils ont pour nom : Maximien, Malchus, Marcien, Denis, Jean, Sérapion et Constantin.
Là on les nomme : Maksimlînâ, Mahsamlînâ, Yamlikâ, Martus, Kastunus, Bîrunus, Rasmunus, Bâtunus, Qâlus.
Les enfants turcs, pour s’endormir, en feraient la liste au lieu de compter les moutons.

Pour échapper au culte idolâtre, sept jeunes gens d’Ephèse et un chien, Qitmir, trouvent refuge dans une caverne. La caverne de l’amour. Dieu, tous les matins, tous les soirs, écarte la course du soleil de la caverne et les berce délicatement. Ils se réveilleront comme des roses. Pour demander à mourir. Ce qu’il leur sera accordé.

J’aime bien Qitmir.
Un chien me manque. Mais je pense à Taniguchi.

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Dans nos toilettes japonaises chauffantes à jet d’air et d’eau (« hmmmmmm »), en ce moment, il y a Tintin au Tibet. Et la caverne, c’est celle du migou…

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Hier soir : L’Empire Contre-attaque. Avec deux cavernes. Celle du Wampa. Celle du gros vers astéroïde.
Beeeerkkk.

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Et ben de toutes ces cavernes, pas de surprise : c’est celle du Japon que je préfère.
Je vais tout de go y allumer une bougie.
Pour tous les amis.


 
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