Le singe nu – en armure (noire et laquée)
Au Buddo Center de Kyoto ce week-end se déroulait également un passage de grade pour sensei de kendo.
Il y a quelques semaines, un article décrié laissait entendre une modélisation informatique de la « voix » de l’homme de Néanderthal après reconstruction de son pharinx en utilisant les dernières avancées technologiques des médecins légistes. Dans l’article en-ligne, ça ressemblait à un bruit de petite grenouille qui aurait trop mangé.
Les auteurs auraient dû venir au Buddo Center pour obtenir un meilleur enregistrement.
Impossible dans ce magnifique dojo en bois exposant un sublime pin bonsaï plusieurs fois centenaire de contester Darwin.
Impossible d’oublier – et pourtant, cela nous fait mal ô combien – que nous sommes des singes. Même déguisés en Darth Vador.
*
Je pense qu’il est techniquement possible qu’un manchot puisse devenir bon au kendo. Pas un muet. Parce qu’en gros, c’est un jeu où tu dois intimider l’autre par la voix. Avec le cri que tu pousses quand ton marteau a raté le clou et écrabouillé ton doigt.
*
Avec des maisons japonaises si mal insonorisées, je me demande si les sensei vont loin loin loin dans les bois pour s’entraîner à pousser leur cri personnalisé.
*
Les plus rigolos, c’est les petits gabarits avec des voix flûtés comme des grenouilles néanderthaliennes. Qui font moins kiai que bip.
*
Je ne sais pas trop quoi penser du kiai japonais. Il est l’inverse absolu de toutes les interactions oralisées du quotidien. Il ne colle pas avec la laque.
Le kiai, c’est comme le cri accumulé de générations de taiseux. Celui qu’ils ne peuvent pas se permettre de pousser en famille, au travail, parce qu’ici, quelqu’un qui perd ses nerfs est un faible ou un barbare.
A nos amis japonais, on aurait envie de dire : mais kaie donc ! Kiaie donc !
Ils en deviendraient tout français.
