Péristase du Par-être
Les utilisateurs des générateurs et outils de mon site me font parfois plaisir.
J’ai reçu ainsi, alors qu’il ne figurait pas sur ma liste, le Kimono décousu de Jean Pinquié, mort l’année dernière.
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Ce n’est pas un bon livre. Et l’on se dit que c’est dommage car le talent est là. Mais pas l’ambition. Le texte glisse superficiellement sur ce qu’un touriste remarque lors d’un séjour de dix jours au Japon.
Décrire ce qui fait lever le sourcil est facile. L’explorer, l’insérer dans un réseau de sens suppose de s’identifier, sans illusion, à l’étranger. Un bungy jump qui requiert l’amour, la confiance, l’aplomb.
L’anthropologue n’est pas un critique.
Un critique se hait de ne pas vivre.
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Le talent de Jean Pinquié se manifeste dans plusieurs pépites magnifiques. Dont la plus belle à mes yeux :
« Les Japonais n’ont pas la passion du costume, mais le goût de l’adéquation entre l’être le paraître. Chez nous la tragédie aussi bien que le vaudeville, naissent de leur dissension » (pp. 111-112)
Cette phrase est une grotte Chauvet. Un donjon.
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La spécialisation fonctionnelle du cosplay suscite en premier lieu un sentiment entomologique.
Conformer son corps, socioformer sa parure à sa fonction groupale.
La société comme fourmilière.
C’est là un des aspects les plus horribles du Japon.
Une mecha-nique automatisée, robotisée. De shells sans ghosts.
La fascination pour le vide – 無, Ozu ! – pour la boîte, l’emballage (kimono !), la perfection méticuleuse du paraître.
Un être machine, rouage, puzzle, où l’énergie, karmique, est extérieure, holiste. Où l’item n’est autorisé qu’à remplir sa fonction.
Où une coquille coquille, a shell typo, est biffée, corrigée. Proprement, méticuleusement. Pour que la souillure de l’imperfection ne vienne gripper la loco – et la passion d’ici pour le train – Ozu ! – devient tout de suite moins souriante.
Le Japon ? Une machine roulant au matcha.
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Où sont les ghosts ? Où sont les âmes, les sujets, les ego, les je, les moi moi ?
Décentralisés. Kamisisés. Alcoolisés. Kawaïsés. Extrêmisés. Terrorisés. Ou suicidés.
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Le ghost s’échappe dans l’art.
Le sujet transgresse son interdit en poussant au-delà de la perfection requise les limites formelles.
Le sujet japonais s’existe dans l’au-delà du beau.
La beauté japonaise effraie car son intensité signe le sacrifice.
Le Christ a pu prendre ici car le japonais naît crucifié.
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De nombreuses sculptures de Daruma (pas le bonhomme de neige des temples mais le barbu des puces) font penser à Socrate.
Socrate meurt en japonais. Ce qui nous arrache des larmes n’apparaît ici que le service minimum.
La loi du groupe, y compris dans ses erreurs manifestes, c’est la vie humaine.
Jouer sa réplique, dans son cosplay impeccable, c’est vivre.
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All the world’s a stage,
And all the men and women merely players
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Abîme récursif :
Et si notre rôle d’occidental n’était que de croire être les auteurs de nos lignes ?
Et si nous haïssions la machine Japon car elle nous donne à voir la forclusion de la nôtre ?




