20 août 2008

Les sept samouraïs sur écoute

Filed under: esthétique,sociologie — Stéphane Barbery @ 15:14

Nous regardions hier midi en mangeant des pousses de soja et du riz blanc parfumé à la sauce sésame le premier épisode de la troisième saison de The Wire, Sur écoute.
Et hier soir, avec les amis de notre club ciné, autour de friandises principalement à la cacahuète et de thé vert froid : Les Sept Samouraïs.

*

Je me suis fait quatre ennemis en finissant dans le noir la boite d’amandes enrobées de chocolat (M&M’s style).

*

On ne compare pas une très bonne série télé à un chef d’oeuvre immortel.

Mais un rapprochement narratologique s’est imposé de lui-même :

- Ces oeuvres fonctionnent parce qu’elles ne proposent pas simplement des histoires d’individus mais un conflit d’organes (d’entités sociologiques) au sein d’un même corps (social).

- Chaque organe est hiérarchisé en pyramide et l’on ressent avec force que la vie de chaque individu est la directe conséquence de l’arbitraire de son appartenance à sa tribu-organe.

- La hiérarchie des organes n’ôte pas l’identité de valeur entre des princes d’un organe et des princes d’un autre organe. N’ôte pas l’existence de héros éblouissants de lumière au sein de tribus mineures composées, comme toutes les tribus, par des individus à la distribution gaussienne, c’est-à-dire essentiellement de médiocres qui souffrent sans espoir, dans l’effort sacrificiel constant, en basculant régulièrement de ce fait dans la haine.

- Outre le devoir de tenir son rang, de s’élever dans sa hiérarchie et de contribuer à ce que l’organe auquel on appartient remplisse sa fonction, on ressent la communion tragique, dans l’arbitraire, de tous les individus composant la totalité du corps. Les organes survivent aux cellules qui n’en sont que les instruments.

- Une histoire fonctionne quand elle contraint des individus de deux organes différents à s’unir contre un troisième organe – lui-même fonction et produit du même corps.

- L’histoire voit, après le 18ème siècle, son intérêt terriblement réduit quand les organes acteurs sont parasites ou « de cour » (Heian, de Versailles). L’artiste doit utiliser une virtuosité formelle qui pourrait correspondre au goût et au traitement d’un sujet « de cour ». Mais en se centrant sur des tribus-organes du peuple.

*

La vulgarité américaine viendrait-elle non pas de leur jeunesse historique mais de leur absence d’histoire de cour (privant ainsi chacun du rêve d’être roi) ?

*

Hier, en regardant pour au moins la dixième fois le chef d’oeuvre de Kurosawa, j’ai pu enfin nommer une filiation artistique dont j’étais totalement ignorant jusqu’à présent : pour comprendre la gestuelle, la chorégraphie si spécifique, si étrange pour un occidental, des corps et des expressions du film, j’ai compris qu’il fallait avoir vu du Kabuki (Toshirô Mifune), du Kyôgen (Bokuzen Hidari), du Nô (Seiji Miyaguchi).


 
Articles récents :