Studio Kyoto
Hier, je visitais les studios Toei.
Une partie de moi rechignait depuis plusieurs jours.
Je m’étais perdu longuement, sous le cagnard, à scoot’, pour en trouver l’entrée la semaine précédente.
Mais pour arriver à 17h. L’heure de fermeture au Japon.
Je rechignais car ce mini parc où les attractions sont des studios de cinéma encore utilisés aujourd’hui pour des séries télé historiques était le dernier item important que je n’avais pas coché sur la liste des « visites à ne pas manquer » des guides touristiques.
Je rechignais pour ne pas connaître le sentiment d’avoir déjà tout vu.
Donc voilà. A priori, j’ai visité l’essentiel. Il m’aura fallu sept mois.
A temps plein.
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Un constat m’apaise pourtant : je dois encore multiplier par quatre – a minima – cette durée car chaque lieu, pour être appréhendé véritablement, doit être perçu sous toutes saisons.
On pourrait croire que je m’autorise ici un effet de style complaisant, un auto-illusionnement de poseur pour relancer arbitrairement ma curiosité.
Mais non. Kyôto, le Japon, c’est les quatre saisons de Vivaldi jouées avec fougue par des ados doués.
Pas un défilement de jours à la saveur polyphosphatée.
Non : quatre princesses radicalement différentes, étrangères comme suédoise, brésilienne, sénégalaise, indienne.
Mais toutes : métisses japonaises…
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A la question que l’on me pose donc parfois : « combien de temps dois-je consacrer à la visite de Kyoto ? », la réponse est ainsi sans appel : deux ans.
Pour un aperçu rapide.
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Attention : les studios de la Toei produisent cet effet abyssal de zoom qui te révèlent l’évidence.
Qui te font nommer le ressenti que tu as depuis la première minute :
Kyôto n’est qu’un immense, sublime, parfait, magique et flippant : studio de cinéma.
Cette appréhension n’est pas une métaphore de touriste. Mais la désignation du cœur (de la fonction ?) de la ville.
Parce qu’il n’y a aucune, je répète, aucune, strictement aucune différence entre l’intérieur et l’extérieur du studio. Alors tu souris les premières minutes. T’as les j’tons celles d’après. Puis tu pourrais oublier ce que tu viens de noter, continuer ta visite en déployant le script « je suis dans un parc d’attraction » pour ressortir en déployant le « je suis dans la vie réelle ». Sauf, et je dois vraiment insister sur ce sauf, sauf que si l’on force le maintien en mémoire de travail réflexive de la prise de conscience de l’identité de la ville et du studio, alors on ressent une angoisse diffuse similaire à celle du Truman Show qui n’est pas un simple divertissement critique mais un miroir profond. Trop vrai. Insupportablement exact.
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All the world’s a stage,
And all the men and women merely players
Nausée.
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Qui tourne et qui regarde.
Qui tourne et qui regarde ?
Ces questions qui font suite au choc de la prise de conscience permettent de percevoir les champs de vecteurs organisés qui structurent Kyôto.
L’ancienne capitale est construite comme microcosme, réduction de l’univers, comme paysage manifestant aux yeux du pouvoir l’étendue et la réalité de son empire.
C’est donc l’empereur (et ses délégués – aujourd’hui la police, le voisinage) qui tourne et qui regarde.
Les décors, parfaits, sont là pour assurer le semblant et légitimer l’arbitraire.
Les kyotoïtes ne sont pas des habitants mais des figurants.
Qui regardent la scène au moment même où ils la jouent, chacun contrôlant, dans le regard de l’autre, le déroulement fluide de la séquence.
Kyôto, panoptique 3D à la caméra superflue, où chaque point de l’espace est omni-regardant et où tout être se vit comme spectateur d’une réalisation collecto-collaborative illimitée.
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D’où cette sensation profonde, permanente, de vivre dans une œuvre. De vivre une œuvre.
Kyôto, non pas ville d’Art.
Mais Ville-Art.
Qui prie pour que ne se réalise son désir :
切.
Cut.

