« Oui mais les idéogrammes sont chinois… »
Poursuivons sur la beauté « japonaise » comme tenue de l’anaxialisme épuré du web ∞.0.
Et ses quatre critères tirés de l’analyse des kanjis :
- 互 Anaxialisme (kanji choisi parce c’est par lui que j’ai découvert ce principe et parce que son trait de gauche l’anaxialise)
- 豔 Sémio-fractalisme (kanji choisi pour son nombre de traits, l’hétérogénéité de ses composants et dont le sens évoque une forme de beauté à la Rubens)
- 間-ma-espacement (kanji déjà consacré en esthétique)
- 田-ta-encadrement (le kanji de rizière est la représentation graphique parfaite de l’encadrement tout autant que le symbole d’un encadreur socio-ethnologique omniprésent).
Quand je formule ces critères, je n’ignore bien évidemment pas l’origine chinoise des idéogrammes.
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Dans les années 70 en France, au temps où les « intellos » menaient la danse, probable effet sociologique du mouvement Mao, passion pour les grands nombres (le français se projette toujours dans la première place – éventuellement comme coach ou conseiller quand il ne peut pas être directement chef), un petit provincial en primaire s’imaginait beaucoup plus devenir spécialiste de la Chine que du Japon perçu comme fourmilière d’anciens kamikazes ayant fraternisé avec les nazis, micro-soudeurs de matériel hi-fi et d’appareils photo dumpés.
Et puis la Chine ne s’est pas éveillée. Sony sortit le walkman, Antenne 2 diffusa Goldorak puis Shogun, les français gagnèrent leurs premières médailles au Judo, l’intérêt pour le zen diffusa en librairie : le Japon redevint un poil légitime, le japonisme kitsch du 19ème en moins.
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Je ne connais rien à la Chine. Voilà, c’est dit.
Et la Chine actuelle, inquiétante, dont 60 ans de maoïsme et une révolution culturelle ont rendu invisibles aux yeux de l’étranger les joyaux de sa culture mandarine, ne suscite pas l’envie. En entrepreneur exclusivement motivé par l’appât du très court terme, on a éventuellement envie de saisir l’opportunité d’y exploiter ses pauvres ou de les voir naïvement acheter notre technologie en s’imaginant qu’ils n’en apprendront rien. Signer des contrats dans des hôtels de grande chaîne occidentale dont les cuisines sont hygiéniquement fiables, en buvant des boissons dans des bouteilles qu’on descelle devant vous, dans la forclusion de Tian’anmen et du Tibet.
Pourtant, l’essentiel de ce qui me plaît au Japon a une origine chinoise.
A commencer par les kanji. Mais aussi : le go, le zen, la célébration raffinée en rituel de la nature (Ume, le son des insectes, les traits majeurs des jardins), la civilisation du riz et du thé, la poésie. La liste pourrait certainement se poursuivre, un brin angoissée, indéfiniment si je connaissais davantage la culture chinoise.
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Si mon hypothèse sur les kanji comme matrice d’une beauté 互豔間田 (anaxialisto-fractalo-espacement-encadrement) fonctionne et compte tenu du développement actuel d’une bourgeoisie en Chine qui va redécouvrir et faire connaître, à l’aide de scholastes occidentaux attirés par les sunlights placés par les entrepreneurs, les trésors de sa culture, je prédis que l’humanité va, dans les décennies qui viennent, reprendre contact avec une beauté chinoise qui sera très proche de la beauté japonaise.
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Sauf. Sauf que même en total ignorant, on ressent qu’il existe des différences qui ne sont pas simplement d’intensité mais de nature entre les deux cultures.
Utilisons 互豔間田 pour les discriminer.
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互 : Chine et Japon partagent ce critère qui est probablement à l’origine du sentiment « asiatique » perçu par les occidentaux. Il est intéressant de noter que c’est un critère binaire qui ne connaît pas de demi-mesure. Vivre anaxialiste (Asie) ou dans le cercle (Occident) sont deux expériences existentielles sans rapport.
Question futurologique pour l’humanité : peut-on créer une culture qui permette de passer/goûter/vivre de l’anaxialisme au cercle et réciproquement, au quotidien, pour jouir des bénéfices de l’un (sécurité, sérénité, beauté) et de l’autre (hédonisme, créativité, esprit critique) ? La création de ce métissage est-elle le devoir historique de notre époque ? Internet, les nouvelles technologies, sont-ils les mediums, les vecteurs techniques hégélo-marxistes que l’histoire attendait pour rendre cette création possible ?
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豔 : Il y a une surconcentration de sémio-fractalisme en Chine dont l’origine est peut-être à chercher dans l’histoire du pays comme lieu de fusion baroque de cultures post-invasions hétérogènes. La macédoine est plus fractale que le tofu.
Cette surconcentration fractale est aussi l’effet de la millénaire médico-philosophie des 5 éléments où chaque item/objet/sensation/moment est toujours le correspondant sémio-synesthétique d’un autre.
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間 : la Chine semble ignorer le ma. Ce qui donne à ses productions un effet de surcharge, de rococo, de nouveaux-riches sans goût.
Peut-être est-ce là un effet de sa géographie ? Trop d’espace aveugle le nécessaire espacement. Dans un trop d’espace, il faut concentrer la préciosité pour qu’un item soit perçu. Dans un trop peuplé, il faut un surplus d’ostentatoire pour être remarqué.
La langue, et pas seulement l’écrit, joue également sans doute un rôle dans ce défaut de ma. Pour une oreille française, les tons de la langue chinoise produisent un effet dyssonore désagréable de saturation de pics et de creux comme si quelqu’un scratchait le son en oscillant outrageusement le putter de volume tout en augmentant de 15% la vitesse de la platine. Effet de hachage et de débit rapide qui donne le sentiment de manquer de respiration, d’élégance : de ma.
Peut-être, de même, l’écrit contribue-t-il à ce phénomène : l’utilisation exclusive d’idéogrammes produit un effet d’épaves de voiture compressées. Alors que les katana sont vraiment moches avec leur kire désagréable et violent par son excès, les hiragana aux formes simples, courbes et déliées contribuent à créer le ma qui met davantage en lumière la beauté, virile, ésotérique, des kanji dans l’écrit japonais.
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田 : je ne sais si la Chine c’est trop (centralisme autoritaire, cité impériale) ou pas assez (trépidation chaotique, fumerie d’opium) d’encadrement mais on ressent que ce facteur est mal dosé, que comparée au Japon, elle manque de tenue.
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Cette comparaison rapide d’un Bouvard-Pécuchet assumant d’élaborer sur sa doxa pointe que la beauté 互豔間田 requiert d’être adéquatement présente dans chacun de ses termes pour exister.
Chaque critère étant en soi subtil, la présence adéquatement dosée de chacun exige une subtilité, un équilibre, dont on perçoit ici, à Kyôto, avec la vibration de l’émoi, la fragilité (l’impermanence) et la nature exceptionnelle.

