30 novembre 2008

Les marches d’Inari

Classé dans : Ume — Stéphane Barbery @ 7:11

Je suis une petite
fille
et j’ai décidé
que je ne parlerai
que lorsque je ne
ferai
pas de
fautes

Ma mère me
porte
dans
ses bras
J’ai la tête
molle
Le corps
tout
mou
dans le tissu
qui me
soutient
la tête
sur son
épaule
droite
et quand
j’ouvre
les
yeux
je vois des
feuilles
de
toutes les
couleurs
sur les
marches
d’Inari

Ma mère
sent
l’essence
Ma mère
sent
l’essence
et passe beaucoup
de
temps à
laver ses
doigts
noirs

Ma mère est
petite
petite
et très forte
et
ses cheveux sont
longs
noirs plus noirs
que ses
doigts et elle
passe
beaucoup de
temps à
laver ses
cheveux noirs
si
noirs
qu’ils reflètent
le blanc du
ciel
le blanc
du
néon
du
frigo

Ma mère
est
petite
et très
forte.
Sur son vélo
sans
vitesse
elle porte
mon frère
à l’arrière
et moi
à l’avant
et elle
monte
la côte
sans
transpirer
quand
on revient
de chez
Obaasan

Elle ne
transpire
pas
ou alors
ça sent
bon
quand elle me
porte
dans le
métro
dans le
train
et qu’il fait
chaud
et je
m’endors
tout de suite
en
bavant un
peu
la bouche
ouverte
et le corps
tout
mou
même quand elle
parle
avec mon
frère
ou quand
elle
pousse
la
poussette
pour faire de la
place
à ceux
qui rentrent
en
s’excusant dans
mon oreille
et
son haleine
sent toujours
un peu
le
gingembre

Il fait beau
aujourd’hui
Il est
11h du
matin
et j’aime
Fushimi
Inari

J’aime quand
maman
me
porte
en
montant des
marches
car je
sens
son coeur
plus
fort
je la
sens plus
vivante
plus
forte
et j’ai
la
sensation de
flotter
chaque
marche
comme un
plus
grand
battement
de
coeur
comme un
souffle

Maman aime
Fushimi Inari
et parfois
on vient
tous
ensemble
Papa et Ojiisan
portent
la poussette
et grand-mère
surveille
mon grand
frère

Mais là
nous ne sommes
que toutes les
deux
et je
dors
comme du
miel
et
j’aime
Fushimi
les
renards
d’Inari
la lumière dans les
arbres
et le rouge
le noir
le rouge
doux
solide comme
maman
tendre comme
ses bras
le rouge
rouge
qui n’est pourtant
pas
rouge
des torii
d’Inari

Depuis que je suis
née
Haha me
conduit
à
Fushimi
pour faire
le grand
tour
et aller
devant une pierre
précise
à l’écart
du
grand tour
où elle allume
des
bougies et
apporte
parfois des
choses
Elle m’a
dit que sa
mère
avait fait la
même
chose et que
je
ferai
pareil
avec mes
enfants

J’aime entendre
le coeur
de maman
quand je
dors
toute
molle
dans les
bras
de
maman

et j’aime
quand
j’ouvre les
yeux
voir les
petites feuilles
sèches
de toutes les
couleurs
sur les
marches
d’Inari

Il pleut


28 novembre 2008

Une vie sans momiji

Classé dans : Ume — Stéphane Barbery @ 8:34

Dans son taxi
Matsumoto San
n’avait jamais
pensé
à
ça

Alors
quand le touriste
lui a
demandé,
vers la Gare,
d’honorer
les
momiji
pour
lui
car en
Europe
il n’y a
pas de
momiji
et qu’il fallait
qu’il imagine
une vie sans momiji
Matsumoto San
a
ressenti une
douleur
comme si on lui
arrachait
les yeux
comme si on lui
brûlait le
coeur
comme si l’idée
seule
mutilait
son âme

Une vie sans momiji ?

Et immédiatement
Matsumoto San
a compris un
peu
la
Barbarie

Matsumoto San
ressent fort en
lui
qu’on
devient
ce que l’on
voit,
aussi

Tu vois
la montagne
tu deviens
la montagne
tu vois la
plaine
tu deviens la
plaine
tu vois la ville
l’acier, le béton
tu deviens
la ville, l’acier
le béton
tu vois la mer,
le sable
le désert
tu deviens
la mer
le sable
le désert
tu vois le vert
tu deviens le vert
tu vois le gris
tu vis le gris
tu vois le blanc
et tu te bats en l’aimant
à l’intérieur,
le blanc,
tu vois le vulgaire
et tu le deviens
comme un
américain

L’homme est un
caméléon
un
miroir
qui ne fait pas
tache
mais se
plie
se fond
se forme

Matsumoto San
pense que
ça
explique pourquoi les
touristes
font
taches
pourquoi l’étranger
fait
tache
et Matsumoto San
n’aime pas les
taches sur sa
Crown noire
qu’il brique
avec ses chiffons
microfibres
dès qu’il peut
les traces sur les
jantes qu’il
brique
avec le bon
produit
dès qu’il
peut
les traces sur les
draps blancs
amidonnés
de ses sièges
les traces sur ses
gants
blancs
Matsumoto San
n’aime
pas les taches
parce que toute
sa vie
il la
passe à respecter
l’invisible
l’harmonie
la forme qui est là
parce qu’elle est
là et qui doit
être là
complètement
parfaitement
encore plus
parfaitement encore
quand la nature
de la forme
est d’être
imparfaite

Matsumoto San se
dit qu’il ne peut
tout
simplement
pas
imaginer une vie
sans momiji

Qu’il ne peut imaginer
une vie sans regarder
les
arbres
Une vie à ne pas être
un
arbre

Les sakura
si
les sakura
c’est un arbre
bête
qui
chouille
quinze
jours
qui chtouille
10 jours
un rose
de
gamines
les sakura
c’est un
arbre
de
pucelles
de filles
qu’on n’a pas
encore fait jouir
du regret
d’un temps
platonique
où se
serrer la main
compte plus que
l’entrejambe
sakura
une couleur
de
p’tite fille
de peau
fraîche
de pompons
de
bébés
les sakura
sont des
tâches
car ce
rose

n’existe pas
dans la
vie

L’ume
oui
ça existe
et ça sent
le
pubis
L’ume
c’est du
porno
non
crypté
dont on voit les
poils
et qui est
beau
du
pornbeau
qui
transite
t’élève
comme de la
neige
sur les
paupières
du
sel
sur la
lèvre
une caresse
juste
comme un
accord de
jazz
bien placé
comme un
yo
de nô
qui fend
l’âme
de tous
les
morts

Ce serait
dur
une
vie sans
ume
mais la
majorité
de la
vie
est une
vie
sans
ume
on
sait le
goût que ça
a
quand il n’y a
pas
d’ume dans
sa
vie
et parfois
il n’y a jamais
d’ume
dans
toute sa vie
alors
on jouit
des
sakura
et
l’on ne sait
pas qu’on
est
pauvre

Mais une vie
sans
momiji
une vie
sans
momiji
ce doit
être
juste
douloureux
comme le
temps où l’on
n’existe pas
avant la
chienne de vie
après la
chienne de
vie
Matsumoto San
sent
qu’il doit
manquer de
vie
celui
qui vit
sans
momiji
manquer
de
vie
de
tenue
d’élégance
de
finesse
de vie
de vie

L’horreur saisit un
instant
Matsumoto San
si
fort
si
fort
qu’il ressent
soudain
une grande
pitié
de
l’amour
pitié
pour ceux qui
vivent
vivront
auront vécu
la cruauté
ignorée
d’une

vie
sans
momiji


27 novembre 2008

Le Nirvana de Mme Yamada

Classé dans : Ume — Stéphane Barbery @ 7:10

Ce jour-là
Mme Yamada
se réveilla avec une
violente
migraine
et elle
en eut un peu de
nostalgie
car ça lui
rappela
le temps où elle avait parfois
des
règles
douloureuses

Elle se dit
tiens
je vais peut-être me mettre
à
rajeunir
redevenir jeune
fille
Et c’était une
pensée
plaisante

Mme Yamada
a toujours
été
sensuelle
très
sensuelle
Mme Yamada
aime
jouir
et enrage
d’être
veuve
alors qu’elle a
soif
de
jouir

Oh bien
sûr
mais ce n’est
pas
pareil
ce n’est
bien
sûr
pas
pareil

Mme Yamada
se disait
cela
en balayant
les feuilles
jaunes
rouges
jaunes
devant sa porte
comme tous les
matins
malgré
son mal de
tête
qui devenait de
plus en plus
fort

Elle se faisait
pourtant
sourire
en se
disant
et si
les
passants à qui
je dis
bonjour
savait
à quoi
la femme âgée
que je suis
pense

Et puis ça
lui
fit
bizarre
dans sa
tête
Elle sentit
que
quelque chose
n’allait
pas

Elle eut
très très
mal
puis
une sensation
plus forte
Mme Yamada
se sentit
devenir
lumière

C’était
bon comme les
cacahuètes sucrées
qui ne collent
pas aux doigts
comme si
Kannon la
bienveillante
la prenait délicatement
dans ses doigts
pour la caresser de la
pulpe de ses doigts de
lumière
et ce n’était pas une
caresse car elle n’avait
plus de
corps
elle n’était plus Mme
Yamada
elle n’était plus
une
elle était
hors temps
hors lieu
dans un flux
vivant
un immense ruban
de miel d’or blanc
de toutes les
couleurs
qui l’aimerait
au-delà de tout
amour
de toute beauté
de toute tendresse
Et elle était ce flow
les feuilles jaunes
et rouges et
jaunes le
ciel et la
légereté
comme un dashi
d’Amida

Elle retrouva
la sensation de son
corps et d’elle
même le temps
de voir
le visage
de sa grosse
voisine
celle qui mange tout, tout de suite
penché sur elle
affolée et elle parlait
une langue
étrange on aurait dit
de l’extra
terrestre

Mme Yamada se
dit qu’elle
venait
peut-être d’être enlevée
par des extra
terrestres
qui prenaient la forme
de sa
grosse voisine
pour communiquer avec elle
Ou peut-être
qu’elle faisait
l’expérience
de l’illumination
bouddhique
elle qui n’avait
jamais vraiment
cru
à
rien
et qu’Amida lui demandait
de renoncer à l’illumination
parfaite et retourner
en bodhisattva
généreux
s’occuper des
grosses voisines qui
mangent
tout, tout de suite

Alors là Mme Yamada
elle se dit
cacahuète tiens,
qu’elle s’illumine
seule
la grosse
voisine
rendez-moi
la lumière
et la
communion
avec
tout
qui est mieux que le plus
grand
des
orgasmes
parce que j’en ai
jamais eu de
si
long
et la lumière
et les
cacahuètes
sucrées qui ne collent
pas aux doigts
et
Mme Yamada
replongea
dans le dashi
de lumière
d’Amida
dans la couleur
d’or des feuilles
qu’elle était
le rubis de tous les
momiji
qu’elle sentait
s’amuser
faire des mouvements
lents des feuilles de la main
pour dire au revoir
à la gare quand on
s’en va
doucement
et qu’on n’y peut
rien
de lents
mouvements
comme
la queue
d’une koi
infinie
qui serait
bouddha
et elle était la
koi
et elle voyait
la feuille
rouge
descendre
lentement
en
spirale
pour
toucher
l’eau
verte
froide

Mme Yamada a une attaque


26 novembre 2008

Les kakis

Classé dans : Ume — Stéphane Barbery @ 16:54

« Et ton voyage dans ta maison de Kagoshima,
tu nous as ramené des kakis ?

Non

Les singes et les oiseaux ont tout bouffé ?

Non
Quelqu’un m’a volé mes kakis

C’est p’têtre ton voisin, le vieux
Celui qui était une terreur quand il était petit, il va bien ?

Oui, il a tenté de se
suicider
Il est allé à l’hôpital
psychiatrique
maintenant il est
dans une maison de
retraite
il mange bien
Il a juste cassé sa voiture
à cause des médicaments
mais lui n’a
rien eu
Donc
ça va
c’est pas lui
Plutôt que de parler tu f’rais mieux de te concentrer sur la
partie
 »

Matsujirô, c’est le genre de
conversation qu’il entend
quand il va
dans ce club de go
près de la gare de
Kyôto

On paie à la partie
le prix d’un curry
on a le droit à un thé
et à la fumée
des papys
qui fument comme des cowboys
virils
mais
qui se sont faits virer
de chez eux
parce que leur obâsan ne les
supporte plus depuis qu’ils sont à la
retraite

Matsujirô il aime bien les
kakis
les arbres noirs sans
feuilles
remplis de grosses tomates
oranges comme des
boules de Noël
couleur
citrouille
et qu’on laisse
mûrir
sucrir
et qui parfois sont exquises
et parfois
shibui

L’astringence du kaki
pas mûr
Matsujirô l’aime
parce que cette
sensation qui rend
muet, la bouche
sèche comme en crise
mycologique
farineuse avec un goût de
rien
c’est elle qui nomme
l’âpreté
celle qu’il aime dans
l’art
japonais :
shibui :
simple, modeste
implicite, tranquille
naturel, sain
rustique

Shibui,
se reconnecter avec la
sensation
rigolotement désagréable
shibui
c’est comme si
l’on buvait un alcool trop
fort
qui fait ouvrir la bouche
et les yeux
sauf que là
ce n’est pas de l’alcool
c’est de l’art
c’est l’art
c’est les arbres noirs
aux branches nues
aux branches noires
qui portent ces
boules oranges
couleur d’automne
âme d’automne
comme un excès d’enfant
une éructation
joyeuse
d’avant
l’hiver
quand il n’y aura
plus que le
noir
quand les arbres ne seront
plus que
noirs
noirs
et toujours aussi
beaux

Matsujirô
il se dit ça
en se faisant
battre et ça
l’énerve

Matsu il passe
de temps en temps
dans ce club
surtout quand
il
revient
du
Soapland
d’Osaka

Matsu il est
fort au go
3ème
dan
Et là ça l’énerve
parce qu’il se
fait battre
par une fille
moche
mariée
qu’il voit pour la première
fois
avec un accent pas possible
et habillé sans le
moindre goût
ce qui lui semble improbable
au
Japon

Il est d’autant
plus en
colère qu’il se fait
battre
élégamment
sans avoir le sentiment
de mal
jouer
en prenant
plaisir à la partie qui
n’est
ni agressive
ni molle
ni convenue
ni suprenante
ni décisive et stressante
sur un seul
groupe
mais juste
aérienne
comme si l’on
jouait
avec
lui

Il sent que quelque
part en
lui
son gros kami
rigole fort
en se moquant de
lui
et ça l’énerve
davantage
comme si on lui
volait les
kakis
de son
arbre

Alors il abandonne
en regardant la fille
droit dans les
yeux


23 novembre 2008

Les vélos, les parapluies

Classé dans : Ume — Stéphane Barbery @ 10:32

Mme Yamada est énervée.
Elle est même
franchement en
colère.
Là, dans la rue
elle aimerait
bien que quelqu’un
lui cause un
petit tort
pour pouvoir
se laisser aller
et crier
tout fort
comme une
femme d’Osaka.

Parce que
trois fois
trois fois
c’est
trop

Depuis le
début
de l’année
ça
fait
trois fois
TROIS fois
que la
fourrière
lui embarque
son
vélo.

Et
puis là
elle se
retrouve
bête
comme un
mandjou
avec son sac
à commissions
parce qu’il
pleut
et
qu’évidemment
quelqu’un
lui a
piqué
son parapluie

son parapluie
qui tenait
bien
sur
son
vélo.

Alors
elle hèle
un
taxi
un vieux
monsieur
éteint
qui lui fait penser à son
cousin.
Qui
tente
d’initier
la conversation
par un
« samui ne »

Mme Yamada
est
tellement en colère
qu’elle a envie de répondre :
Samui ne ? Samui ne ?
Bien sûr qu’il fait froid
et puis ya quinze jours
c’était « Atsui ne » parce
qu’il faisait encore chaud
Et puis quoi encore :
burekingu niouzu,
breaking news,
la pluie mouille ?

Si elle était son
amie
d’Osaka
Mme Yamada
se ferait plaisir
de lâcher fort sa
voix
dans le
palais
et les aigus
à en avoir la gorge
chaude
et les yeux qui sortent
un peu vers le
haut
elle lâcherait sa
voix
sur la fourrière
et les
parapluies
avec le chauffeur
qui
commenterait
poliment mais fermement
sur le fait
que la fourrière
c’est des pourris
commissionnés par
la mairie qui ne
sait pas
ce qu’elle veut
sur le Protocole
de Kyôto
la pollution et les
gros nuages noirs
des bus
et que
blablabla
pechakucha

Mais

Mme Yamada
est tellement
en colère
tellement
kyotoïte
qu’elle
répond
« ne »
sagement
et s’enfonce
dans son
siège
recouvert
de
son drap
blanc
immaculé
amidonné
en décidant
qu’elle ne
mettra pas
sa
ceinture
de sécurité

Des
parapluies
et des
vélos
Mme Yamada
elle en
a
eu
beaucoup
Plusieurs
dizaines
Plusieurs
centaines.
Si.

Elle se
souvient
avec
émotion
de
son parapluie
qui a vécu
deux
ans

Depuis
elle
n’achète
plus que des
parapluies
transparents
au
100 yens shop
et elle pique
les mêmes
que ceux
qu’on lui
pique
quand vraiment
vraiment
elle ne peut
pas
faire
autrement.

Mme Yamada
est énervée
parce que
depuis que
c’est interdit
elle ne va
plus pouvoir
en trouver
des supports
à parapluie
qu’on fixe
sur le
guidon
et qui permettent
de pédaler
doucement
bien droit
avec le parapluie
ouvert
au dessus de
soi
en faisant
attention
comme dans un ballet
de danse classique en grands
tutus roses
attention
de ne pas
toucher
le tutu parapluie
des autres vélos
à
parapluie
transparent
qu’on ne voit pas dans le
gris blanc
du ciel
quand il fait
« samui ne »

Parce que ça,
c’est
sûr,
elle n’ira
pas à la
fourrière
même si ils
lui écrivent
trois fois
vu que
tous les vélos
sont
immatriculés
et que le policier
du kôban
de son quartier
viendra la voir

D’abord
parce que la
fourrière
c’est plus cher
qu’un vélo
neuf
maintenant
qu’elle n’achète
plus que des
vélos qu’à
une vitesse
parce qu’à
force
ça coûte
trop cher
les vélos
plus chers

Elle n’ira pas
parce que
l’année
dernière
elle est sûre
que c’est un
des gars de la
fourrière
qui lui a piqué
la batterie
de son
vélo
électrique et
c’est là
qu’elle s’est
dit :
plus jamais
plus jamais

Mme Yamada
pose
sa tasse de
thé
la grosse grise
qu’elle aime
bien et qui
réchauffe bien
les
mains
s’asseoit
près du chauffage
électrique
à résistance
qu’elle vient
d’allumer
et
pense à la
vie

Mme Yamada
rêve
d’une
vie

personne
ne
perdrait
n’oublierait

personne
ne se
ferait
voler
son parapluie
une
vie sans
fourrière

quand il
pleut
on traverse
lentement
rapidement
lentement-rapidement
comme dans un film
muet
les
ponts
de Kyôto
le dos
bien
droit
sur son
vélo
avec un
parapluie
tutu
transparent
qui
protège
la
vie


 
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