Le Nirvana de Mme Yamada
Ce jour-là
Mme Yamada
se réveilla avec une
violente
migraine
et elle
en eut un peu de
nostalgie
car ça lui
rappela
le temps où elle avait parfois
des
règles
douloureuses
Elle se dit
tiens
je vais peut-être me mettre
à
rajeunir
redevenir jeune
fille
Et c’était une
pensée
plaisante
Mme Yamada
a toujours
été
sensuelle
très
sensuelle
Mme Yamada
aime
jouir
et enrage
d’être
veuve
alors qu’elle a
soif
de
jouir
Oh bien
sûr
mais ce n’est
pas
pareil
ce n’est
bien
sûr
pas
pareil
Mme Yamada
se disait
cela
en balayant
les feuilles
jaunes
rouges
jaunes
devant sa porte
comme tous les
matins
malgré
son mal de
tête
qui devenait de
plus en plus
fort
Elle se faisait
pourtant
sourire
en se
disant
et si
les
passants à qui
je dis
bonjour
savait
à quoi
la femme âgée
que je suis
pense
Et puis ça
lui
fit
bizarre
dans sa
tête
Elle sentit
que
quelque chose
n’allait
pas
Elle eut
très très
mal
puis
une sensation
plus forte
Mme Yamada
se sentit
devenir
lumière
C’était
bon comme les
cacahuètes sucrées
qui ne collent
pas aux doigts
comme si
Kannon la
bienveillante
la prenait délicatement
dans ses doigts
pour la caresser de la
pulpe de ses doigts de
lumière
et ce n’était pas une
caresse car elle n’avait
plus de
corps
elle n’était plus Mme
Yamada
elle n’était plus
une
elle était
hors temps
hors lieu
dans un flux
vivant
un immense ruban
de miel d’or blanc
de toutes les
couleurs
qui l’aimerait
au-delà de tout
amour
de toute beauté
de toute tendresse
Et elle était ce flow
les feuilles jaunes
et rouges et
jaunes le
ciel et la
légereté
comme un dashi
d’Amida
Elle retrouva
la sensation de son
corps et d’elle
même le temps
de voir
le visage
de sa grosse
voisine
celle qui mange tout, tout de suite
penché sur elle
affolée et elle parlait
une langue
étrange on aurait dit
de l’extra
terrestre
Mme Yamada se
dit qu’elle
venait
peut-être d’être enlevée
par des extra
terrestres
qui prenaient la forme
de sa
grosse voisine
pour communiquer avec elle
Ou peut-être
qu’elle faisait
l’expérience
de l’illumination
bouddhique
elle qui n’avait
jamais vraiment
cru
à
rien
et qu’Amida lui demandait
de renoncer à l’illumination
parfaite et retourner
en bodhisattva
généreux
s’occuper des
grosses voisines qui
mangent
tout, tout de suite
Alors là Mme Yamada
elle se dit
cacahuète tiens,
qu’elle s’illumine
seule
la grosse
voisine
rendez-moi
la lumière
et la
communion
avec
tout
qui est mieux que le plus
grand
des
orgasmes
parce que j’en ai
jamais eu de
si
long
et la lumière
et les
cacahuètes
sucrées qui ne collent
pas aux doigts
et
Mme Yamada
replongea
dans le dashi
de lumière
d’Amida
dans la couleur
d’or des feuilles
qu’elle était
le rubis de tous les
momiji
qu’elle sentait
s’amuser
faire des mouvements
lents des feuilles de la main
pour dire au revoir
à la gare quand on
s’en va
doucement
et qu’on n’y peut
rien
de lents
mouvements
comme
la queue
d’une koi
infinie
qui serait
bouddha
et elle était la
koi
et elle voyait
la feuille
rouge
descendre
lentement
en
spirale
pour
toucher
l’eau
verte
froide
Mme Yamada a une attaque
