28 novembre 2008

Une vie sans momiji

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 8:34

Dans son taxi
Matsumoto San
n’avait jamais
pensé
à
ça

Alors
quand le touriste
lui a
demandé,
vers la Gare,
d’honorer
les
momiji
pour
lui
car en
Europe
il n’y a
pas de
momiji
et qu’il fallait
qu’il imagine
une vie sans momiji
Matsumoto San
a
ressenti une
douleur
comme si on lui
arrachait
les yeux
comme si on lui
brûlait le
coeur
comme si l’idée
seule
mutilait
son âme

Une vie sans momiji ?

Et immédiatement
Matsumoto San
a compris un
peu
la
Barbarie

Matsumoto San
ressent fort en
lui
qu’on
devient
ce que l’on
voit,
aussi

Tu vois
la montagne
tu deviens
la montagne
tu vois la
plaine
tu deviens la
plaine
tu vois la ville
l’acier, le béton
tu deviens
la ville, l’acier
le béton
tu vois la mer,
le sable
le désert
tu deviens
la mer
le sable
le désert
tu vois le vert
tu deviens le vert
tu vois le gris
tu vis le gris
tu vois le blanc
et tu te bats en l’aimant
à l’intérieur,
le blanc,
tu vois le vulgaire
et tu le deviens
comme un
américain

L’homme est un
caméléon
un
miroir
qui ne fait pas
tache
mais se
plie
se fond
se forme

Matsumoto San
pense que
ça
explique pourquoi les
touristes
font
taches
pourquoi l’étranger
fait
tache
et Matsumoto San
n’aime pas les
taches sur sa
Crown noire
qu’il brique
avec ses chiffons
microfibres
dès qu’il peut
les traces sur les
jantes qu’il
brique
avec le bon
produit
dès qu’il
peut
les traces sur les
draps blancs
amidonnés
de ses sièges
les traces sur ses
gants
blancs
Matsumoto San
n’aime
pas les taches
parce que toute
sa vie
il la
passe à respecter
l’invisible
l’harmonie
la forme qui est là
parce qu’elle est
là et qui doit
être là
complètement
parfaitement
encore plus
parfaitement encore
quand la nature
de la forme
est d’être
imparfaite

Matsumoto San se
dit qu’il ne peut
tout
simplement
pas
imaginer une vie
sans momiji

Qu’il ne peut imaginer
une vie sans regarder
les
arbres
Une vie à ne pas être
un
arbre

Les sakura
si
les sakura
c’est un arbre
bête
qui
chouille
quinze
jours
qui chtouille
10 jours
un rose
de
gamines
les sakura
c’est un
arbre
de
pucelles
de filles
qu’on n’a pas
encore fait jouir
du regret
d’un temps
platonique
où se
serrer la main
compte plus que
l’entrejambe
sakura
une couleur
de
p’tite fille
de peau
fraîche
de pompons
de
bébés
les sakura
sont des
tâches
car ce
rose

n’existe pas
dans la
vie

L’ume
oui
ça existe
et ça sent
le
pubis
L’ume
c’est du
porno
non
crypté
dont on voit les
poils
et qui est
beau
du
pornbeau
qui
transite
t’élève
comme de la
neige
sur les
paupières
du
sel
sur la
lèvre
une caresse
juste
comme un
accord de
jazz
bien placé
comme un
yo
de nô
qui fend
l’âme
de tous
les
morts

Ce serait
dur
une
vie sans
ume
mais la
majorité
de la
vie
est une
vie
sans
ume
on
sait le
goût que ça
a
quand il n’y a
pas
d’ume dans
sa
vie
et parfois
il n’y a jamais
d’ume
dans
toute sa vie
alors
on jouit
des
sakura
et
l’on ne sait
pas qu’on
est
pauvre

Mais une vie
sans
momiji
une vie
sans
momiji
ce doit
être
juste
douloureux
comme le
temps où l’on
n’existe pas
avant la
chienne de vie
après la
chienne de
vie
Matsumoto San
sent
qu’il doit
manquer de
vie
celui
qui vit
sans
momiji
manquer
de
vie
de
tenue
d’élégance
de
finesse
de vie
de vie

L’horreur saisit un
instant
Matsumoto San
si
fort
si
fort
qu’il ressent
soudain
une grande
pitié
de
l’amour
pitié
pour ceux qui
vivent
vivront
auront vécu
la cruauté
ignorée
d’une

vie
sans
momiji


 
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