6 décembre 2008

La pluie, l’hiver

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 17:07

Il avait suffit d’une seule nuit
d’une seule pluie
pour passer
du
rien
au
tout

dans les
deux
sens

Il avait plu
le
jeudi
Il avait fait
froid
le jeudi
et tous les
arbres
purulents
de
couleurs
horripilant
de
touffeur
s’étaient retrouvés
nus
x-rayed
calcinés

La ville ressentait
enfin
un grand
soulagement

Du orange restait sur les
monts
sur
Yoshida
et l’on
voyait
enfin
les grosses
oranges
dans les petits
jardins
privés
près du
Ginkakuji

Mais partout
où le rouge
le jaune
le vert
étaient

hier
partout ils étaient
remplacés
par le
vide
le transparent
le rien
le n’a-jamais-été
le vois-le-ciel

Matsumoto San
traverse la ville
et voit dans le
regard des touristes
un doute
« c’est cela le Kyôto pour lequel j’ai tant mis de côté ? »
« c’est cela le Kyôto des couleurs de
l’explosion des couleurs
comme si une usine
de gros
feux
d’artifice en Chine
sous-traitant les
pétards
aux écoles primaires
alentours pour payer les
fournitures
explosait la nuit le jour
et que tu vivais dans le
temps arrêté
de cette
explosion mais ce ne serait
pas
chinois
mais
japonais
et ce ne serait pas
du feu
mais du
vivant
de
l’arbre
des feuilles
de l’eau
du
sec
et des
corbeaux noirs ? »

« C’est cela le Kyôto comme une fille qui
jouirait
trop et tu
voudrais lui
dire
bon ben ça suffit
maintenant
parce que
quelle plus
grande
injustice pour les
hommes
s’était dit
Matsumoto San
il y a
très
longtemps
très très très
longtemps
quand il était
jeune
et qu’il pouvait jouir
plus de
deux
fois ? »

Une pluie
la
nuit
l’hiver
et le focus
des
idées claires

Kyôto sort de son
bokeh
l’oeil
pleure de
froid
de retrouver sa
profondeur
de
champ
et l’esprit
de
revoir la
structure

Matsumoto San
se met à penser
à du
Bach
joué par un
chœur et
des
musiciens de

et il frappe
un air
du clavier
bien
tempéré
livre
II
sur son
volant
et il
pense
aux
œuvres
qu’aurait créées
Bach
s’il avait
vu
Kyôto
avant la pluie
avant la nuit
et
aujourd’hui
qui est
sa
musique quand
elle est jouée
dans la
tête
de
Gould
et les marteaux
du piano
percutent
directement
ton
front
ton
coeur
et tes yeux
changent
d’ouverture
alors que la nuit tombe à
4h et tu
comprends mieux
les anciens
qui trouillaient
pour savoir
si
l’équinoxe
changerait
bien
le cours des
choses

Il avait suffit d’une
pluie
d’une
nuit
Et les feuilles
étaient
à
Terre
et parfois
nulle
part

Il y avait quelque
part
sous
Yoshida
un temple
secret
où les camions
entraient
pour
déposer les
feuilles
tombées
Kyôto n’était peut-être
que
cela
un grand cimetière
de
feuilles
mortes
encore
vivantes d’être
mortes
des feuilles mortes
aux couleurs de jeunes
filles
tendres
et qui étaient peut-être
chacune comme une lettre
secrète
formant le discours
de
comptoir
des
kamis et des
bouddhas

On entendait un
grand
silence
dans la ville
et
Matsumoto San
savait qu’il n’y
aurait pas de
bouchon
aujourd’hui
samedi
et ce serait
la
première fois
depuis plus
d’un
mois

Matsumoto San
se
dandine
d’une
fesse
sur
l’autre
parce qu’il
l’aime
ce
silence
clair
qu’il a
appelé
de ses
voeux
froids
que ça
lui
manquait
de voir les
branches
noires
comme des éclairs
de
sens
sur un ciel
de
verre
et
pourtant une partie de
lui
est
triste
d’avoir vu
son
désir
exaucé
et de penser
aux kamis
des feuilles
qu’on ne voit
plus
et si lui les
verrait
l’année
prochaine

Il avait suffit
d’une pluie
d’une nuit


 
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