Apprendre le japonais en geek (round 4)
[Ce texte poursuit le témoignage débuté : ici, ici, et là]
Ce matin, Mnemosyne installé sur mon mini tablet PC (Loox U50) a affiché dans la catégorie Maniette : 2064
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C’était donc possible. C’est possible. A ceux d’entre vous qui veulent assimiler les 2000 premiers kanji rapidement, ludiquement, sans avoir le sentiment de se faire violence, j’en témoigne : c’est possible !
En juin dernier, je m’étais fixé deux objectifs pour cette fin d’année en japonais :
- Terminer le Maniette
- Obtenir le niveau JLPT3
J’ai dû sacrifier le deuxième objectif pour réussir le premier. Le JLPT4 aurait été aisément possible. Mais pas le 3. Il aurait fallu pour cela que je consacre deux fois plus de temps tous les jours au japonais. Et pas seulement du temps. Une énergie qui m’aurait manqué pour créer, écrire, photographier.
Pourtant, tenir mon objectif principal a été, en vivant au Japon, ces derniers mois, frustrant. Car il signifiait au quotidien en rester à un vocabulaire et une syntaxe d’enfant de trois ans. Mais je ressens profondément combien ce choix est judicieux. L’apprentissage du sens et de l’écriture des kanji qui constitue souvent le mur qui arrête la progression des plus motivés est désormais derrière moi. A partir d’aujourd’hui, toutes les petites boîtes mentales créées lors de la mémorisation des caractères vont se remplir aisément de leurs lectures on et kun, du vocabulaire, des structures grammaticales.
Je n’aurai pas en lisant un texte la sensation de buter sur des trous, des vides, de l’inconnu radical.
Le texte écrit japonais n’est plus désormais terre étrangère mais paysage complice. Obscur mais complice
Soyons très clair : l’étape d’aujourd’hui n’est qu’un camp de base très limité.
J’ai appris ces neuf derniers mois à tracer à la main un caractère quand Mnemosyne me proposait son sens en français.
Ma familiarité avec les kanji s’est donc construite pour l’instant uniquement dans le sens du thème. La connexion se fait par ailleurs lentement car elle repose sur une succession d’étapes (retrait d’un indice, puis de tous les indices, visualisation et mise en ordre des composants) qui ne sont pas encore automatisées.
Cela signifie que lorsque je croise aujourd’hui dans la rue des kanji, je mets un temps fou à renverser l’opération, à passer à la version et leur assigner une signification française.
A cela, il faut ajouter que l’essentiel du vocabulaire japonais est composé de la combinaison de deux kanji, le sens du binôme étant parfois très éloigné du sens combiné de chacun d’entre eux.
Là encore : frustration. Mais souriante : je reconnais les éléments. Je ne vois plus des gribouillis mais des formes amies.
Pour ne pas mentionner la beauté des caractères, la façon dont ils ouvrent l’âme et les yeux de façon non conceptuelle, la façon dont ils exigent de ressentir le ni trop, le ni trop-peu, le bon espacement, l’harmonie des traits qui dansent.
Je suis fier de cette étape.
Je n’étais pas sûr d’en être capable. Pas aussi aisément.
Je ne remercierai jamais assez James Heisig pour avoir créé cette méthode si futée, si chouette, si jubilatoire. Jamais assez Yves Maniette pour l’avoir traduite.
Jamais assez les personnes qui ont témoigné sur le net de son efficacité.
Je souhaite partager à mon tour mon ressenti sur les éléments qui ont été cruciaux dans cet apprentissage :
1) Mnemosyne (cela aurait pu être Anki ou tout autre logiciel de répétition espacée). Ce type de logiciels transforme la répétition nécessairement requise pour la mémorisation en quizz ludique et fin : les items proposés tous les jours sont ceux que l’on a besoin de réviser. On n’a pas le sentiment de perdre du temps mais au contraire de passer juste ce qu’il faut sur les items qu’il faut. L’effet est paradoxal, on en vient à aimer ses erreurs car on sait qu’elles se transforment en acquisition profonde. A titre de témoignage, mon taux de réussite quotidien sur Mnemosyne est d’environ 80%. Ce taux n’est pas représentatif de ma connaissance de l’ensemble des items car Mnemosyne ne questionne que sur ce que l’on n’a pas encore suffisamment acquis…
2) Mnemosyne exige une discipline, la mise en place d’une routine de vie. Depuis que je me suis sérieusement lancé dans ce projet en avril, je m’y suis consacré tous les jours. Tous les jours. Même fiévreux, même en voyage, même chez des amis, même à passer pour un rustre. Tous les jours. Sine Die sine Kanji. Mnemosyne est vraiment bien dosé car il ne m’a jamais proposé un nombre d’items trop important. Ces deux derniers mois, j’étais quizzé tous les jours sur une centaine d’items, soit entre 30 et 60 mn de révision. Parce que là est la clé : je n’ai jamais passé plus d’une heure et demie par jour à cet apprentissage. La moyenne sur neuf mois doit être inférieure à une heure. C’est cela qui est complètement stupéfiant : il faut à la grosse louche 300 heures pour finir le Maniette. Je suis le premier étonné, moi qui ait tant sué pendant toute ma scolarité sur l’apprentissage de vocabulaire en langues étrangères avec des résultats si médiocres…
La clé majeure, principale, LE TRUC, c’est cela : chaque jour. Chaque jour. Chaque jour. Tous les jours. Chaque jour. Et avancer. En se faisant confiance. Mon rythme personnel consistait à avancer par bond d’une vingtaine d’items. Souvent en un jour. Le plus souvent en deux ou trois : je les lisais le soir avant de dormir, les écrivais une fois sur papier le lendemain, les entrais dans Mnemosyne le jour même ou le surlendemain. Il y a eu bien sûr des passages où j’ai tiré la langue. Où je restais bloqué une semaine sans pouvoir avancer davantage. Mais cela passe. Parce qu’on sait que c’est possible. Que d’autres l’ont fait.
J’en témoigne 2064 kanji, 9 mois, 1h par jour : c’est possible.
3) Le geek en moi est satisfait car mon mini tablet PC (600g, tient dans la paume, abordable) a véritablement été d’une aide précieuse. Il n’a jamais été un simple gadget, un jouet. Ce n’est pas un outil indispensable mais il a été précieux pour gagner tous les jours plusieurs minutes – ce qui compte à la fin. Pour apprendre, au lit, sans avoir besoin d’une table avec cahier, livre, crayon, support. Le tracé des caractères sur l’écran, leur reconnaissance et leur affichage immédiat dans une police calligraphique qui conduit implicitement à améliorer ses tracés, est un vrai plus, qui participe également de l’aspect ludique du processus.
Pour résumer :
- La méthode Heisig traduite par Maniette marche.
- Il faut la compléter par un logiciel SRS comme Mnemosyne ou Anki (tous les deux gratuits).
- S’y consacrer sérieusement exige de sanctuariser, de ritualiser du temps pour cela, tous les jours, tous les jours sans exception. En avançant.
Grand sourire chaleureux à ceux qui sont en cours, ceux qui s’y mettent, ceux d’entre vous qui vont s’y mettre.
