Comment tourner une page déchirée ?
Elle se sentait prête :
l’Ume qui voulait guérir et jouer pour Michan
pour Matsujirô
pour ceux qui l’aimaient
et qu’elle aimait
pédalait vite, avec confiance
vers la maison de Senchin Sensei.
Celle du trauma, qui ne contrôlait pas,
était terrifiée
et tremblait sur le vélo
à l’idée de repenser
au mal
à la douleur
qu’elle tentait d’oublier
toutes les heures.
Il la fit respirer
et elle ne pouvait
pas aller à plus
de 40%
de son souffle
son plexus
était
comme rouge
et douloureux.
Ils réactivèrent
le sanctuaire
et la
partie
confiante
se sentit
plus
confiante.
Il lui
réexpliqua
le signal
d’arrêt :
elle pouvait
arrêter
à tout
moment
et elle repensa
à ce que lui
avait appris
Matsujirô
sur les techniques de manipulation
mais que là, non,
elle était
vraiment soulagée
de savoir
qu’elle pouvait
interrompre
et qu’il
la raccompagnerait
vers son lieu
sûr.
「
Ume chan
pour tourner
la page
il faut qu’on la reconstitue.
Un trauma, c’est comme
si quelqu’un avait
déchiré une page
de ta vie
en petits morceaux.
La table des matières renvoie
à un vide et les morceaux
se baladent dans le
livre et tu les vois
qui dépassent,
ils volètent
d’eux-mêmes,
on les aperçoit
qui dépassent
et on a beau
tapoter le livre
tranche vers le bas
pour qu’ils
restent
à l’intérieur,
dès qu’on l’ouvre,
les morceaux
volètent,
leurs bords déchirés
font mal à voir
à lire
et on ne sait plus
où l’on est
dans le livre,
si on a lu
la page
ou bien
si l’on est
encore dedans
dans un morceau
qui
volète
glisse
et peut pour
toujours
s’envoler.
Impossible
de tourner
la page
de retrouver
le fil de son
histoire
si l’on ne
rassemble
pas les
morceaux.
Il y aura
sans doute
des morceaux
avec des mots
et des morceaux
sans mots.
Laisse tous
les modules
de ta mémoire tisser
leurs liens parfois
étranges comme s’ils
sautaient des
lignes
et parfois viendra
une virgule
et tout de suite
après
un bout du
titre, un bout
de lettre
un renvoi vers
d’autres pages.
C’est pour cela
que pendant les
moments où
tu plonges,
laisse défiler.
laisse les
morceaux
se retrouver
s’organiser
d’eux-mêmes.
Une partie de toi
reste toujours en
contact avec moi
c’est à cela
que servent
les tapotements :
aujourd’hui, c’est aujourd’hui
la scène, c’est du passé.
Imagine que tu
es dans un train
tu la regardes
en la laissant
défiler
vers l’arrière,
neh ?
」
Ume fit un ~umh
léger, féminin
japonais
pour dire
qu’elle avait
compris
avec un rapide
balancement
des épaules
et de la
tête
vers l’avant.
Elle avait
froid.
Le plaid en polaire
écossais de
Senshin Sensei
qu’elle avait déplié
sur ses
jambes
tremblait
avec
elle.
La petite partie moqueuse
d’Ume
se demandait
si Senshin Sensei
n’en avait pas marre
de répéter
à tous ses patients
les mêmes mots.
Il ne donnait pourtant pas
le sentiment de
les dire
comme du par
cœur.
Cela sonnait comme
s’adressant à
elle.
Elle se dit que
cela devait
le rassurer
lui,
en tant que psy,
ce protocole
avec sa
procédure par
étapes.
Elle se demandait
si c’était rassurant
un psy qui a
besoin d’être rassuré
par un
protocole.
Un psy qui ne serait
que le protocole,
ce ne serait pas
du tout rassurant.
Ca devait exister.
Ceux qui font
semblant d’être
psy.
Comme les musiciens
qu’elle connaît
qui font semblant
d’être musiciens.
Mais Senshin Sensei,
elle sentait aussi
qu’il était
confiant
sans son protocole.
Qu’il percevait
le juste,
comme elle
sa musique.
Le plaid
trembla
un peu
moins.
「
Ume San,
choisissons
la cible d’aujourd’hui.
Tu n’es pas obligée
de choisir une
cible à 10 pour la
première fois,
neh ?
」
Ume choisit
une cible à 10.
La cible à 12.
Elle savait
immédiatement
quel
était le
pire,
le pire le plus
épouvantable de la scène.
Quand elle l’avait
vu
avec son
regard fou
sa bouche
ouverte
et le sang
de Michan
partout
quand il
versait
l’essence.
Il y avait
aussi le
moment où
elle sentait
qu’elle allait
brûler
qu’elle ne
respirait
plus mais
c’était un
10
moins fort
que le
10 du regard.
Et puis
l’hôpital
quand elle
avait
compris
à l’hôpital
que c’était
vrai
que cela
c’était
passé,
qu’il
voulait la
tuer elle
qu’elle avait
survécu
et pas
Michan
et cela aussi
s’était 10
mais proche
de
9.
「
Umh.
Cette scène
je veux que tu
en fasses
comme une photo
au pire du pire,
neh ?
Quelles sont les
sensations
associées
à ce moment ?
Umh.
Umh.
Quelle est la croyance
négative de
cette cible, tu
sais, je
t’ai expliqué
la croyance
négative.
C’est la seule
partie intellectuelle
du protocole
mais tu verras
qu’elle est
utile :
un souvenir
c’est
souvent aussi
comme
un
programme,
un ordre,
une instruction
simple
qui s’imprime
en nous
et dirige
nos vies…
」
Ume qui
comprenait
toujours tout
très vite
avait
parfaitement
compris l’étape de
la croyance
négative.
Sa cible
lui hurlait
l’imminence
de sa mort
du chaos
de l’enfer
de la souffrance
absolue.
Elle l’avait
entendu
crier
「
Meurs Ume
」
pendant
qu’hurlait
Michan.
Sa cible
lui
hurlait
「
je vais être tuée
c’est moi qui dois mourir
je n’ai plus le droit de vivre
d’être heureuse
après ça
」
「
Umh.
Ume Chan
qu’aimerais-tu pouvoir dire
et sentir dans ton
coeur à la place
de ça ?
」
「
…
je peux
vivre
et
être heureuse
」
「
Umh.
Tu y crois à combien
maintenant
à cette phrase
sur une échelle de
1 à 7 ?
」
「
2
Ma tête dit plus.
Mais mon corps
dit 2
」
「
Umh.
Quand tu penses
à son regard
et à la
phrase :
« je n’ai plus le droit de vivre
d’être heureuse
après ça »
que ressens-tu ?
」
「
Terreur
Terreur
comme si je ressentais
la douleur de Michan
sa peur
et un plus-que-la-peine
que ce soit
elle
alors que
cela aurait
dû être
moi
」
「
Et tu
ressens
cela où
dans ton
corps ?
」
Le
poing
droit
d’Ume
se
ferma
dur
sur
son
cœur.
「
Ume Chan
tu vas mettre
tous les éléments
de la cible
devant
toi :
l’image les sensations, ta croyance
négative
les émotions à 10
dans ton coeur
et laisse défiler
ce qui vient.
Pendant les
tapotements
ne dis rien
laisse défiler.
Une partie de
toi reste en
contact avec
moi et
Senshin Sensei reste
tout le temps
en contact
avec toi
」
Ume mit la
cible rouge
devant elle.
Et
appuya
sur play
