La beauté ne meurt pas
La beauté ne meurt pas
La beauté vit
dans les
yeux émus
des vivants.
Les pompiers étaient nombreux
et efficaces
dans la ville en bois
Ume fut hospitalisée
quelques jours
pour la fumée.
Kyôto
recevait déjà
des budgets
du monde entier
pour reconstruire
replanter
ce qui avait
cramé.
Il faudrait
juste du
temps.
Ume n’avait rien.
Physiquement rien.
Un trauma invisible
sur le corps
pour les autres
ce n’est rien
Elle fut très
entourée
mais ne
voulait
voir personne.
Si ce n’est
Matsujirô
chez qui elle s’installa.
Il savait
qu’il ne devrait
pas s’en
vouloir
d’avoir
respecté
l’injonction
d’Ume :
「 personne
pendant les
enregistrements 」
Mais.
L’assurance
leur permit
de prendre
un trois pièces
lumineux
au dernier
étage
d’un appartement
en béton.
Ume ne
supportait
plus
le
bois.
Elle avait
décidé de
vendre le
terrain
de sa
maison
mais
il ne valait
plus grand
chose
et la cérémonie
du
prêtre
shinto
de Yoshida
n’y pouvait
rien.
Elle ne
parlait
pas
de ce
qu’elle
allait faire.
Elle ne
pouvait
plus jouer
ne dormait
presque pas
les yeux
fixes
pleurait
silencieusement
de ne pouvoir
prier
sur la tombe
de son amie
de Sapporo
Elle ne
se
plaignait
pas.
Elle avait
juste
dit à
Matsujirô
「 c’est moi
qui aurait
dû mourir
comme je
l’ai vue
mourir 」
et elle se
mettait
le poing
sur le
cœur.
Deux
semaines plus
tard
ils apprirent
que
Matsumoto San
s’était suicidé
à
l’hôpital
psychiatrique
dont les
neuroleptiques
à forte dose
l’avaient fait
retomber
parmi les
vivants.
On ne
leur dit
pas les
détails.
Ils étaient
horribles.
Mme Yamada
apprit
que
Matsumoto Mère
avait été
hospitalisée
elle aussi
car on
craignait
qu’elle ne
se
fasse du
mal.
La presse
la télé
laissa
passer
progressivement
le
drame
qui marqua
pourtant
chacun
comme
l’incendie
du
Kinkakuji.
Chacun
se souviendrait
exactement
où il
était
quand il
apprit
l’horreur.
Ume
restait
toute la
journée
à fredonner
le prélude
en mi mineur
de Chopin
dans sa
version
Jobin :
Insensatez
Des jours
passèrent
il ne se
passa
rien
Matsu
l’emmena
un long
week end
sur une
petite
île
d’Okinawa
Le lagon
bleu
ne dilua
pas
la
couleur
des
flammes
Ils se
rendirent
sur la
tombe
familiale
de
son amie
en
Hokkaido
Il n’y
avait pas
de
cri.
Juste
de
grosses
larmes
qui perlaient
des
yeux
en
amandes
qui roulaient
sur les
joues
et
faisaient
deux
taches
sombres
sur le
léger
pull
en coton,
une
sur
chaque
sein
Il y a
des
accidents
dans
la
vie
Des
accidents
de la vie.
Des deuils
des
douleurs
des
maladies
des
diminutions
brutales
de
ce qu’on
est
On le sait
vaguement
ça n’arrive
qu’aux autres
on pose
tous les
matins
les yeux
sur son
réveil
et il est
là
avec sa
couleur
rouge
et il est
là
quand on
s’endort
tendu
par les
tracas
de la
journée.
Certains
accidents
passent
comme le
rouge
d’une
gifle
le
bleu
d’un
coup
Le corps
se
souvient
mais se
répare
la vie
répond
à
l’à-quoi-bon
Certains
accidents
ne
passent
pas
l’horreur
absolue
celle des oni
celle qui n’est pas
du monde
des hommes
comment
passerait-elle
Matsujirô
se
rendit à la
cascade
seul.
Il se
rendait
compte
qu’il y
venait
de plus
en plus
souvent.
Qu’il
était
obligé
qu’il ne pouvait
pas
à chaque
fois
refuser
et que cela
faisait
du bien
autour
de lui.
C’était la
première
fois
qu’il
y
venait
pour lui
pour Ume
Il ne
sentit pas
les trois
grands tours
il ne
sentait
pas la
cascade
où
rien ne
vint
il refit
trois grands
tours
ne sentit
pas la
cascade
où rien
ne vint




