27 août 2009

Atelier Poésie, mercredi 2 septembre 2009, IFJK, 17h15 : Vents, Saint-John Perse

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 8:21

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit. Il a lieu au café de l’Institut où il est juste demandé de prendre une consommation.
La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est consacrée à un poème classique. Il est fortement recommandé aux participants de venir à la séance en ayant lu le poème du mois et avec une liste de questions sur ce qui n’aura pas été compris.

La séance débute par une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du poème. Ceux qui veulent apprendre le poème par cœur sont chaleureusement encouragés à le faire. Connaître par cœur les plus belles créations poétiques d’une langue est le meilleur moyen d’accéder au cœur de cette langue, à une dimension qu’aucun cours de vocabulaire ou de grammaire ne pourra jamais révéler.

Dans un deuxième temps je détaille, vers après vers, le sens des mots, des références, des implicites du texte, j’insiste sur tous les aspects qu’un lecteur francophone, même cultivé, ne comprend pas et sur les raisons pour lesquelles il n’est pas nécessaire de comprendre dans son intégralité un poème pour en saisir la beauté.
Je tente ainsi de décrire non pas ce que comprend mais ce que ressent un français quand il lit un poème célèbre dans sa langue.
Cette phase est ouverte aux questions, aux échanges.

Je reste un temps supplémentaire (jusqu’à 18h30) pour échanger avec ceux qui le veulent sur le thème du poème et sur la façon dont l’esthétique japonaise pourrait ou ne pourrait pas traiter ce thème.

Poème étudié lors de la prochaine séance : première page de Vents de Saint-John Perse.

Liens :

Vents, I-1

C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,
De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte,
Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
En l’an de paille sur leur erre… Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !

Flairant la pourpre, le cilice, flairant l’ivoire et le tesson, flairant le monde entier des choses,
Et qui couraient à leur office sur nos plus grands versets d’athlètes, de poètes,
C’étaient de très grands vents en quête sur toutes pistes de ce monde,
Sur toutes choses saisissables, parmi le monde entier des choses…

Et d’éventer l’usure et la sécheresse au coeur des hommes investis,
Voici qu’ils produisaient ce goût de paille et d’aromates, sur toutes places de nos villes,
Comme au soulèvement des grandes dalles publiques. Et le coeur nous levait
Aux bouches mortes des Offices. Et le dieu refluait des grands ouvrages de l’esprit.

Car tout un siècle s’ébruitait dans la sécheresse de sa paille, parmi d’étranges désinences : à bout de cosses, de siliques, à bout de choses frémissantes
comme un grand arbre sous ses hardes et ses haillons de l’autre hiver, portant livrée de l’année morte;
Comme un grand arbre tressaillant dans ses crécelles de bois mort et ses corolles de terre cuite -
Très grand arbre mendiant qui a fripé son patrimoine, face brûlée d’amour et de violence où le désir encore va chanter.

 » Ô toi, désir, qui vas chanter… » Et ne voilà-t-il pas déjà toute ma page elle-même bruissante,
Comme ce grand arbre de magie sous sa pouillerie d’hiver : vain de son lot d’icônes, de fétiches,
Berçant dépouilles et spectres de locustes; léguant, liant au vent du ciel filiales d’ailes et d’essaims, lais et relais du plus haut verbe -
Ha ! très grand arbre du langage peuplé d’oracles, de maximes et murmurant murmure d’aveugle-né dans les quinconces du savoir

(Saint-John Perse, Vents, Pléiade et Nrf Poésie Gallimard dont j’ai fait venir une dizaine d’exemplaires pour ceux ou celles qui voudraient l’acheter)


24 août 2009

Awarisme ou Barbarie

Filed under: esthétique,Psychohistoire,sociologie — Stéphane Barbery @ 16:30

Kyôto la magnifique est d’un triste !
A t’anémier,
sweet saignée,
si tu n’en sors
régulièrement.

- et tu reviens sans délai.

Une tristesse singulière, douce, light.
Nervous breakdown qui ne serait pas le résultat d’une offre saturée
sur le marché des bonbons roses,
antidépresseurs dernière génération et diagnostics athéoriques.

Tristesse réduite en calorie, artistique :
spleen dont les
chats de Baudelaire
se délecteraient
d’un coup de langue
lent
sur leurs
babines
ouvertes
au doux

La culture offre une batterie nosologique ready-made à cette pastellisation diluée de l’existence :
ce vague vague à l’âme serait effet du
Mono-no-aware pervasif,
non pas perfusion
mais brume
et brouillard
de civilisation karmique
vibromassée
par une impermanence
étalonnée sur les logarithmes richteriens.

On serait triste ici car
les saisons seraient trop fortes
les tremblements trop fréquents
le bois trop pourrissants
les pétales roses et les feuilles d’incendie trop
papillonnants

La tristesse sourdrait du la – bémol, mineur -
donné, chanté, aumé
par la fuite acceptée
des choses,
par la rouille révérée
par la patine sanctifiée
qui flasheraient
- voudrions-nous l’omettre -
notre pitoyable,
gaussien,
isolement granuleux
de mortel
voué à la cendre.

l’Awarisme,
esthétisation
de notre
être de peu

*

Alors tu te laisses
aller
à ce rien de tristesse
tout content
de faire partie de
ces gourmets
du vrai

Puis, parfois,
vient le temps
où cette sédation
neuroleptique
ne t’apparaît plus
belle ni saine
- ni laide ni douteuse -
mais mauvais dosage.
De cuisine sociétale.

Cette dépression ouatée,
métronomique,
de retraité ritualisant leur temps
pour ne pas sangloter
continûment
de trouille
d’ennui
d’effroi,
et si elle n’était
performance philosophique
mais effet secondaire,
toxique,
d’un trop
de civilisation
?

Une cour trop précieuse
trop policée
un ma algorithmiquement
anticipable
une étiquette si parfaite que
la lettre est l’esprit
ne créent-ils pas
chez les singes nus que nous
sommes toujours
des envies de
déchirement,
de morsure,
de violence hurlée
pour enfin tressaillir
au rasoir brutal
de la sensation retrouvée ?
Cracher sur la volupté
pour lacérer l’orgasme ?

*

Kyôto,
ce gassho permanent
au Kyôsaku.

*

Et, le regard vide,
le cuisinier
de fixer ses bocaux précieux
en se demandant
comment incorporer
des poivres barbares
à son
sashimi
de
seiche


21 août 2009

十九

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 20:21

Et les femmes nommées de vivre 子
accoucheront

d’un univers 子


20 août 2009

十八

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 9:16

Sous l’oreiller,
l’ongle de mon pouce
baille le son
de la porte des rêves


16 août 2009

十七

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 11:15

En seiza et gassho
tu apprends à l’ouvrir,
la boite à secrets

Kyôto


 
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