Atelier Poésie, mercredi 2 septembre 2009, IFJK, 17h15 : Vents, Saint-John Perse
Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit. Il a lieu au café de l’Institut où il est juste demandé de prendre une consommation.
La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.
Chaque séance est consacrée à un poème classique. Il est fortement recommandé aux participants de venir à la séance en ayant lu le poème du mois et avec une liste de questions sur ce qui n’aura pas été compris.
La séance débute par une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du poème. Ceux qui veulent apprendre le poème par cœur sont chaleureusement encouragés à le faire. Connaître par cœur les plus belles créations poétiques d’une langue est le meilleur moyen d’accéder au cœur de cette langue, à une dimension qu’aucun cours de vocabulaire ou de grammaire ne pourra jamais révéler.
Dans un deuxième temps je détaille, vers après vers, le sens des mots, des références, des implicites du texte, j’insiste sur tous les aspects qu’un lecteur francophone, même cultivé, ne comprend pas et sur les raisons pour lesquelles il n’est pas nécessaire de comprendre dans son intégralité un poème pour en saisir la beauté.
Je tente ainsi de décrire non pas ce que comprend mais ce que ressent un français quand il lit un poème célèbre dans sa langue.
Cette phase est ouverte aux questions, aux échanges.
Je reste un temps supplémentaire (jusqu’à 18h30) pour échanger avec ceux qui le veulent sur le thème du poème et sur la façon dont l’esthétique japonaise pourrait ou ne pourrait pas traiter ce thème.
Poème étudié lors de la prochaine séance : première page de Vents de Saint-John Perse.
Liens :
- Site consacré à Saint-John Perse
- Page lue avec un léger accent
- Page wikipedia japonaise sur サン=ジョン・ペルス
- Traduction japonaise du poème
- Me contacter : barbery@gmail.com
Vents, I-1
C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,
De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte,
Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
En l’an de paille sur leur erre… Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !
Flairant la pourpre, le cilice, flairant l’ivoire et le tesson, flairant le monde entier des choses,
Et qui couraient à leur office sur nos plus grands versets d’athlètes, de poètes,
C’étaient de très grands vents en quête sur toutes pistes de ce monde,
Sur toutes choses saisissables, parmi le monde entier des choses…
Et d’éventer l’usure et la sécheresse au coeur des hommes investis,
Voici qu’ils produisaient ce goût de paille et d’aromates, sur toutes places de nos villes,
Comme au soulèvement des grandes dalles publiques. Et le coeur nous levait
Aux bouches mortes des Offices. Et le dieu refluait des grands ouvrages de l’esprit.
Car tout un siècle s’ébruitait dans la sécheresse de sa paille, parmi d’étranges désinences : à bout de cosses, de siliques, à bout de choses frémissantes
comme un grand arbre sous ses hardes et ses haillons de l’autre hiver, portant livrée de l’année morte;
Comme un grand arbre tressaillant dans ses crécelles de bois mort et ses corolles de terre cuite -
Très grand arbre mendiant qui a fripé son patrimoine, face brûlée d’amour et de violence où le désir encore va chanter.
» Ô toi, désir, qui vas chanter… » Et ne voilà-t-il pas déjà toute ma page elle-même bruissante,
Comme ce grand arbre de magie sous sa pouillerie d’hiver : vain de son lot d’icônes, de fétiches,
Berçant dépouilles et spectres de locustes; léguant, liant au vent du ciel filiales d’ailes et d’essaims, lais et relais du plus haut verbe -
Ha ! très grand arbre du langage peuplé d’oracles, de maximes et murmurant murmure d’aveugle-né dans les quinconces du savoir
(Saint-John Perse, Vents, Pléiade et Nrf Poésie Gallimard dont j’ai fait venir une dizaine d’exemplaires pour ceux ou celles qui voudraient l’acheter)
