28 septembre 2009

三十四

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 21:54

Dans le frigo de l’hotel,
un bouquet.

Un bouquet de fleurs de pluie
Un bouquet de fleurs de sel
Un bouquet de fleurs de larmes

et quand elles s’ouvrent :

du sucre glace


24 septembre 2009

三十三

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 19:17


A Fushimi,
dans son fauteuil roulant,
la très très vieille dame
arrange ses cheveux
pour la photo qu’on prendra d’elle

sur son keitai rose


22 septembre 2009

三十二

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 18:42

Valse des parapluies.
Ploc.
J’ai été plu.


20 septembre 2009

Paravents

Filed under: art,esthétique — Stéphane Barbery @ 9:54

Pierre n’a jamais compris les paravents

Ce n’est pas pratique
C’est fragile
Ca peut tomber comme un bricolage d’enfant
C’est mou, même en bois,
avachi comme un accordéon à qui on aurait dit
« tiens-toi droit »

Et puis surtout,
un paravent : c’est para-oeil

d’hypocrite

Ca fait bordel
et cabinet médical

On essaye d’y voir
les tétons
se dessiner sur l’ombre

Ca fait fauchés
qui veulent cacher la misère

Ou locataires qui n’ont
pas le droit,
pas les sous,
pour cloisonner

Un paravent,
c’est un objet bête
insincère
un brin porno
de pauvres

*

Pierre s’est toujours demandé pourquoi
les Chinois
et les Japonais
aiment
les paravents

pourquoi ils peignent dessus

*

Un tableau,
ce doit être un tableau.

Pas un décor
sur un objet,
un trompe-l’oeil,
une bidouille
d’architecte d’intérieur

*

- et l’intérieur est toujours l’intérieur d’une âme -

*

Un tableau
ça doit montrer
pas masquer,
on doit le regarder
de tout son être sage
sans être perturbé
par un effeuillage imaginaire
- glissements de soies d’un kimono -
par au-delà

*

Pierre poursuit ses visites
Son temps n’est pas celui des touristes
Il honore sa chance.
Il comprend le besoin de temps.
D’habiter le temps
étranger.

*

Il passe un week-end chez des amis,
riches.

Il dort dans une pièce à shoji,
peints

*

Il y rêve.
Et son rêve est l’univers des shoji peints.
Il a soif.
Il se réveille.
Et son univers est celui des shoji peints.

Il comprend.
Il comprend ce qu’il avait lu sans comprendre.

Ici,
la peinture n’est pas une vue,
a view fenêtrée,
isolée
formolisée
du monde

Ici, tu habites
dans
la peinture
qui n’est pas
sacralisée
totemisée
mais le monde lui-même
le rêve lui-même

un des rêves du monde

*

Parfois tu as soif,
tu te réveilles,
tu sors de ce rêve-ci
pour entrer dans une autre
pièce,
un autre rêve-là

Et parfois ce rêve-ci est si fort
si juste
que tu ne veux jamais
jamais qu’il ne te quitte

tu exiges
le regard furieux
qu’il se déplace avec toi
qu’il te prenne dans ses bras,
t’accueille

toujours

*

Pierre comprend

*

Ici,
les « paravents »
ne sont pas des
paravents

*

Mais des rêves.

Des rêves
Caravanes.


18 septembre 2009

三十一

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 10:58

1000ème jour d’Ajari :
cheminer Hiezan
seul
à l’aube

Tous les animaux en clin d’haiku

Les grenouilles hyperlaxes
à reculons

Le serpent, le même
au même endroit

Le gros singe seul
pensif
grignotant

La biche, énorme,
curieuse,
calculatrice

Le faisan, comme un coq
pas comme une souche

Le clan des petits singes
popcornant les châtaigniers

Spontané,
l’univers ouvre ses chakras
sur moi qui ne suis je, ni un autre
mais un,

parmi eux.

Et la grenouille d’écrire un poème
sur
l’humain qui passe.


 
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