Apprendre le japonais en geek (round 7)
Un point rapide pour partager les ressources que j’ai intégrées ces derniers mois à mes sessions quotidiennes d’apprentissage.
1) Pour qui veut apprendre le japonais (ou toute autre langue étrangère), Ajatt est le point de départ que j’aurais aimé connaître et prendre au sérieux bien plus tôt. La profondeur des aphorismes de Khatzumoto est abyssale et j’ai souvent, à leur lecture, des moments de joyeuse stupéfaction équivalents à ceux provoqués par les plus grands textes (philosophiques notamment) que j’ai pu lire dans le passé. Je recommande à tous la synthèse de cette méthode : The Little Red Dao of AJATT.
2) Récemment, j’ai notamment intégré à mon apprentissage deux recommandations d’Ajatt, simples, de bon sens, profondes et efficaces : le timeboxing, l’exposition plaisir.
a) Timeboxing : l’empan de concentration pour une tâche (surtout fastidieuse comme une répétition, ou intense comme une session de SRS) est limité. Mon empan est de 20mn environ. Prévoir de travailler une heure sur une tâche sans prendre en considération cette limite peut conduire à un arrêt impromptu ou du découragement. L’idée est donc, à la manière de la technique Pomodoro, d’avoir un timer qui toutes les 20mn sonne. On fait alors une pause de 5mn (un petit tour sur son mail par exemple), puis on reprend. Toutes les quatre sessions, on fait une pause plus longue.
L’idéal est d’alterner, dans ses sessions, des types d’entraînement différents : kanji, vocabulaire, lecture, écriture, grammaire, écoute, production orale.
b) Exposition plaisir : On ne donne pas à un CP le journal à lire. Nous avons appris notre langue maternelle en lisant des Tintin, des Astérix, des Club des cinq, en regardant des émissions que nous aimions à la télévision, adaptées à notre niveau qui évoluait d’année en année. Voilà l’évidence : nous avons eu besoin d’années d’exposition plaisante pour maîtriser notre langue. Il n’en est pas autrement pour une langue étrangère. Un adulte futé avec de bons outils peut gagner du temps pour certains apprentissages. Il ne peut échapper à la nécessaire exposition et pour qu’il choisisse de continuer à y consacrer autant de temps, il faut que cette exposition soit plaisante. Fun ne veut pas dire sans effort. Mais un effort joyeux.
L’enjeu est donc de trouver un medium conçu pour les enfants japonais et qui puisse plaire sur la durée à un adulte occidental.
J’ai actuellement trouvé mon bonheur dans Docteur Slump d’Akira Toriyama.
Toriyama est un génie. Son dessin me fait penser au plaisir que l’on prend avec Franquin quand on commence à regarder chaque détail, chaque trait de chaque case.
L’humour qu’on trouve dans Arare Chan (la petite fille robot personnage central de Dr Slump) fonctionne avec les enfants comme avec les adultes et de nombreuses clés de lecture de la société japonaise nous sont données dans chaque épisode. La génération actuelle d’adultes japonais a grandi avec Arare Chan. De nombreux gimmicks comportementaux et langagiers actuels des japonais trentenaires, notamment chez les femmes, sont repris à l’identique de l’anime tiré du manga.
On peut trouver les manga de Dr Slump en grand format ce qui facilite sa lecture quand on n’a pas encore plusieurs années de pratique des kana et des kanji. Les furigana sont systématiquement imprimés. Ces deux éléments importants combinés (grand format / furigana) sont assez rares dans l’édition japonaise. Dans d’autres registres de manga, Hikaru no Go et Shaman King font partie de ces raretés que l’on peut explorer avec plaisir surtout si on les a déjà lus en français.
Outre l’entraînement à la lecture, les manga donnent accès à ce qu’aucun livre d’apprentissage ne met en valeur et qui est pourtant le seul qui importe au quotidien : le japonais réellement parlé, celui qui mange et déforme la grammaire officielle, celui dont la communication repose sur l’art subtil des désinences de fin de phrase.
L’anime de Dr Slump disponible en DVD est un formidable outil pour accéder au rythme de la langue et ses désinences. L’écoute concentrée d’un épisode est un véritable exercice de décryptage. Il faut juste regretter l’absence de sous-titres affichant l’intégralité des dialogues. Cela aurait été alors l’outil parfait.
Si quelqu’un connaît un manga ou un bon drama affichant l’intégralité des dialogues en sous-titres je suis preneur. Comme ailleurs, pour minimiser la taille de l’affichage, les sous-titres dans les DVD japonais synthétisent les dialogues et ne les retranscrivent pas dans leur intégralité ce qui est dommage pour l’apprenant. [Jean-François a répondu à mon appel et me pointe la page idéale qui se trouve... sur Ajatt]
3) Shadowing. J’ai déjà évoqué tout le bien que je pense du premier volume de cette méthode qui utilise d’ailleurs les principes du timeboxing et de l’exposition plaisir. Un deuxième tome vient de sortir en cette fin d’année 2010. Je le recommande chaleureusement pour ceux qui sont capables de suivre les trois quarts du premier tome sans difficultés. Les débutants s’abstiendront quelques mois pour ne pas être découragés. Ce deuxième volume associe chaque section à des types de dialogue relevant de niveaux de langage différents (au sein d’un couple, entre amis proches, en milieu professionnel, etc.). Les 6 étapes décrites dans la préface pour aboutir progressivement à la fluidité des acteurs du cd sont judicieuses et respectueuses de la charge cognitive intense qui est requise.
4) Ipad. Le support matériel parfait (taille, silence, tactile) pour le geek apprenant le japonais. La version mobile d’Anki sur Ipad est mon outil principal de révision et de mémorisation.
Je continue de me quizzer sur ma base de données personnelle pour réviser le lien sens/écriture des kanji que j’ai appris dans le Maniette.
Mais pour apprendre et réviser les lectures on et kun yomi, j’ai laissé tomber les fichiers du Core2000 de last.fm pour importer dans anki à sa place la base de Kanji Odyssee 2001. On ne peut commander les deux livres et le cd de cette méthode que sur le site de l’éditeur. Mais, si et uniquement si vous avez acheté le matériel, vous pouvez, en utilisant les bonnes requêtes google, trouver en-ligne les fichiers pour importer la base dans anki.
La taille et l’utilisation des couleurs des caractères de cette méthode (je parle des fichiers extraits du cd et importés dans anki sous forme d’images) rend la lecture aisée et les phrases d’exemples pour chaque kanji sont les plus fines que j’ai pu trouver à ce jour : elles combinent astucieusement plusieurs lectures d’un même kanji en utilisant des exemples que l’on pourrait lire dans le journal. Le registre de langage est donc radicalement différent de celui d’Arare Chan mais tout aussi impératif à maîtriser. Les enregistrements audio des phrases sont excellents et l’on peut faire du shadowing avec.
5) Comme il est important dans sa journée de varier ses supports de révisions (en choisissant exclusivement ceux où l’on trouve du plaisir), j’utilise également un livre conçu pour les enfants japonais en primaire afin d’apprendre kanji et vocabulaire. Il existe plusieurs ouvrages de ce type ressemblant à des dictionnaires où chaque kanji est associé à des vignettes de bandes dessinées avec ou sans couleurs. Après tests et sélection, celui que je préfère est le 満点学習まんが 漢字とことば. Les caractères sont suffisamment grands pour que la lecture en soit agréable, l’humour rend le décryptage léger, les exemples de mots ou de phrases pour chaque kanji simples d’accès, chaque information donnée est utile, aucune surcharge ne vient bruiter l’information à mémoriser.
J’aimerais trouver un moyen simple de numériser cette ressource précieuse pour l’intégrer à ma base anki.
Prochaine acquisition geek donc : un scanner (type ScanSnap S1500), un bon massicot et une solution pour automatiser la fragmentation d’une numérisation.
6) A mentionner enfin, comme outil d’exposition plaisir (lecture, prononciation), l’application de karaoke Joysound malheureusement disponible sur l’appstore japonais uniquement…
