19 mars 2011

Transmettre les jardins de beauté

Filed under: Watashi — Stéphane Barbery @ 17:06

Qui irradierait la vie

Ma chance – pouvoir accéder sur un temps long et dans des conditions idéales à la beauté japonaise – je la vis comme naturellement associée à un devoir. Celui de partager, de passer, de transmettre.

C’est le sens de mes photos, de mes textes, de mes différents projets en cours de maturation (maison d’édition, select shop d’objets d’art asiatique en-ligne).

A Kyôto, où je me sens depuis le premier jour étrangement dans le « chez moi » de mon âme, mes émotions les plus fortes, ce sont les jardins qui me les offrent. Les jardins japonais, les jardins de Kyôto, sont incontestablement parmi les créations les plus profondes, les plus nobles, les plus belles de l’esprit humain. De celles qui élèvent et rendent fiers, en apportant la paix, la joie de la communion dans le hors-temps.

Cette fascination pour les jardins japonais n’a rien d’exotique. Il ne s’agit pas de promouvoir un néo-japonisme horticole. Les jardins chinois, leur tao des pierres, des formes et de l’eau, sont bien antérieurs aux jardins japonais. Les trois amis de l’hiver – le pin, le bambou et le prunier – qui sont l’une des fondations du jardin de Kyôto, viennent de Chine. Le zen qui a donné sa lumière aux jardins japonais vient du Tchan chinois.
Il ne s’agit donc pas d’une fixation japonisante. Ou chinoise. Ou asiatique.

Il est simplement question de beauté. De beauté qui traverse le temps et les frontières.

Le devoir d’un passeur qui a la chance d’accéder à cette beauté, après l’étape préalable où il se doit d’apprendre sérieusement, de comprendre profondément, de laisser infuser en lui le temps qu’il faut cet art qui ne parle pas sa langue maternelle, consiste à faire cheminer cette beauté vers de nouvelles frontières.

Les jardiniers de Kyôto sont nombreux. Passionnés. Rarement riches. Le plus souvent, ils tirent la langue.
Certains rêvent de partager ce à quoi ils consacrent leur vie.
Mais ils parlent japonais. Et qui, ailleurs qu’au Japon, parle japonais ?
Trouver des contacts, des réseaux, organiser des voyages ou des formations, ne font pas partie de leurs compétences. Ce sont des artistes, humbles. Pas des entrepreneurs.

Mon projet sur le long terme est de créer une petite structure permettant à des jardiniers de Kyôto de venir en France. D’avoir un lieu où ils peuvent rester le temps qu’ils veulent. Pour y créer un jardin. Pour répondre à l’invitation de particuliers ou d’institutions qui voudraient créer, non pas un jardin japonais, mais un jardin de beauté, adapté à l’environnement local et notamment à sa flore, qui puiserait idées et inspiration, dans leur expérience et leur art. Non pas pour reproduire de façon kitsch et « à la manière de » un coin japonisant mais pour faire surgir de nouvelles créations authentiques, guidées par le goût, la sensibilité, le partage dans la célébration de la beauté.

Je suis arrivé au Japon avec deux valises. Après avoir vendu tous mes biens.
Ce projet pour se concrétiser a besoin d’une base.
Je pensais depuis plusieurs mois chercher une maison en France pour cela.
Dans la région d’Annecy que j’aime.

Fukushima m’a conduit à avancer ce projet.

Je ne souhaitais pas quitter Kyôto qui est a priori à l’abri et qui n’a pas été touchée par les tremblements de terre récents (je reçois à l’instant un mail m’indiquant qu’il devient difficile d’y trouver du riz et du lait car tout le monde s’est mis à stocker « en prévision de »).
Mais l’information concernant la situation nucléaire non contrôlée sur non pas un mais quatre réacteurs étant au minimum incertaine, la succession des explosions, l’idée de ne pas avoir à parier sur le sens du vent m’ont conduit à prendre de façon impromptue un billet d’avion pour mener ce projet que je comptais de toute façon réaliser ces prochaines semaines.

A part envoyer de l’argent à la croix rouge japonaise pour aider les victimes du tsunami qui en ont tant besoin, à part se protéger, même de façon stupide et démesurée, en mettant de la distance disproportionnée avec la pétouille nucléaire, parce qu’on peut le faire et pour ne pas ainsi insulter tous ceux qui voudraient le faire mais ne le peuvent pas, à part se sentir coupable de ce privilége, je me sens solidaire en travaillant activement à ce projet de base de transmission des jardins japonais.

J’ai hâte de rentrer à Kyôto mais je compte sérieusement occuper les prochaines semaines à trouver, dans la région d’Annecy où je suis depuis trois jours, une maison avec un terrain suffisant pour y construire un jardin et pouvoir y accueillir les jardiniers de Kyôto – mais également d’autres maîtres, par exemple de thé, de calligraphie ou d’encens – qui pourraient partager avec tous ceux qui le souhaitent, leurs arts.

La première étape consiste à trouver une maison adéquate. Je suis preneur de toute aide pour mener à bien le plus rapidement ce projet : barbery@gmail.com


 
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