Quai 1 voie B
Je suis en correspondance.
Le tableau des départs
affiche les prochains trains.
J’attends l’annonce
de mon numéro de quai.
Sur le qui-vive.
Mon oeil saute une ligne.
Toujours la même ligne.
Celle de mon train.
Alors je reprends la lecture du tableau
les destinations défilent
et je feins d’ignorer le nom
que je ne veux pas voir.
Mon oeil s’arrête pourtant
toujours
sur la même autre ligne.
Il n’est pas libre.
Cela n’a aucun sens.
Il n’est pas libre.
Il est marié.
Il a deux enfants.
La petite, l’enfant de la dernière chance,
n’a même pas deux ans.
Il ne quittera pas son travail.
Un jeune louche rôde
autour du panneau.
Il tremble.
Son regard traque les brassards
de la sécurité.
Il cogite avec sa peur à qui oser
demander « une pièce ou deux ».
Ma main gauche empoigne
mon poignet droit
pour bien bloquer la lanière de mon sac à main
dans le pli de mon coude.
Voilà ce que je suis
une louche qui tremble
dans la gare de ma vie.
Voici ce que je me disais,
chéri,
en pensant à toi
il y a trois ans
dans cette gare




