15 février 2012

Les treize rameaux

Filed under: Monogatari — Stéphane Barbery @ 8:40

et rien n'y personne

Le héron tremble.
Je ne savais pas que les oiseaux frissonnent.
Il me regarde le regarder.
Avec le dédain sans jugement d’un maître zen. D’un vrai.

Le rameau d’ume blanc est chaud dans ma paume.
De la chaleur de la colère.
J’ai envie de le casser.
De le jeter loin
Qu’il se noie.
A ma place.
Ma respiration est courte.
Comme elle l’est toujours avant que je ne m’endorme.
Je sers le rameau.
Comme si c’était le cou de l’oiseau.
Il s’envole.

J’ai mal à ma fleur.
Mon rameau est trempée par la pluie.
Il ne neige pas.
J’ai mal à ma fleur.
De son indifférence.
Elle me regarde la regarder.
Avec le dédain sans jugement d’un maître zen. D’un faux.
D’un qui singe.

J’ai cassé son vase en terre cuite.
Rouge.
Celui qu’elle aimait
parce qu’elle pouvait le prendre contre sa poitrine
comme l’enfant qu’elle n’a jamais eu

J’y mets treize rameaux rouges.
En boutons.
Et dans la centrure,
le rameau blanc.
Avec sa fleur de point du jour.

Je sors.
Le pli de mon pantalon s’y prend.
Je vois le vase rouler
basculer
tomber
je n’entends pas le bruit

Mon coeur est un pin tordu
au temps des pneus neige

Il me dit que j’ai mal
et que je ne sers à rien


 
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