Les deux paumes
La Parque se lève
me prend dans ses bras
dépose un baiser pastel
à la base de mes cheveux
disparaît
en me suggérant de placer mes mains
sur le pilier blanc
sur le pilier noir
J’approche mes yeux
je ne vois rien
me recule, accommode,
je ne vois rien
pose une paume
sur le pilier noir
ma deuxième paume
Mes mains ouïssent le hummm
qui sortirait de toutes les voix de toutes les femmes
longeant la mer
les pêcheuses de crabes et d’éponges
les sarcleuses de sel cendre
les primoparturientes qui surveillent les petits de leur soeur
les femmes de teinturier
aux doigts crevassés
celles qui sèchent les poulpes
au soleil des plages à pins
le hummm, lèvres closes, part du ventre
au centre du bassin
Mes paumes sondent
pour lire plus fort
le souffle sans rythme sans espace
comme un plancton luminescent
sur le pont d’une nuit chaude
Allégeance au calme
demi-sourire, fier,
de femmes
Ma gorge a le goût d’un lait au miel
d’un lait chaud dans lequel
il y aurait une cuillère de miel
de trop
celle qui donne soif d’encore
et de toujours
Je marche cinq pas
vers le pilier blanc
y appuie mes deux paumes
comme pour un exercice militaire au sol :
murmure vide, absent
mes paumes cherchent
flairent
rencontrent une texture
remontent à la source :
trois doigts de main droite,
un tracé d’herbes folles
je le lis
à sa vitesse d’assaut
qui accepte le contact
qui ne pare pas
mais porte
cible le front
pour ouvrir le regard
vers la forêt d’alpage
Mes poignets ont mal
d’être trop faibles
je dois couper du bois
