La quatrième dimension du monde
Je m’assois.
J’ai besoin de m’asseoir.
Pour réenrouler l’histoire du prince des temps.
Je perçois la boite autour de moi.
Gris étain. Gris éteint.
C’est une boule creuse.
Comme ces calots sphériques parfaits, en terre,
que s’amusent à former les paysannes qui découvrent,
au pied d’un cèdre,
la glaise appropriée.
La glaise à ma peau n’est ni minérale.
Ni volcanique.
Elle ne me fossilise pas.
Mais me suspend, me torpe, me létharge.
J’assiste, spectateur, au déploiement indifférent
de la quatrième dimension du monde.
Je n’y suis ni révolté ni bien portant
ni chialeux ni hébété
ni malade
Je n’accède pas à ce que je ressens
je ne sais pas ce que cela fait
d’être dans un coffron
j’y suis.
Je remarque et c’est une révélation
qu’il n’y a – que – des coffrons à la portée de mon regard.
De toutes tailles
De toutes couleurs, formes, structures, textures
J’entends et c’est une révélation
les plaintes, les rires, les silences cadencés
d’autres coffrons
J’avise la plage de coquillages écrasés
de copeaux calcinés
de poudre de riz
des coffrons en recyclage
J’entends le silence cadencé,
le rire, la plainte
de la plage
Ma main tient la poignée érigée de mon coffre
Je peux sortir.
Et au gong de chaque seconde j’oublie
la poignée, la sortie, les possibles.
Le désir est un miroir poli
par la langue
et les lèvres
Mon coffron est un tokonoma
une branche d’ume blanc y fleurit
