Les 6000 mètres
Parole de la montagne… fille de la ((Nécessité))
杲
Je suis fils d’empereur
et d’une maitresse d’un soir
- ma mère a de gros seins que je n’ai jamais su lâcher -
Quatre ans.
On me lègue au temple
qui fait de moi prévôt.
Ma lame a connu trente-six nombrils.
Et je souris.
Ceux qui m’aiment
les peu
en appellent à mes fossettes
pour les aider à vivre.
J’ai choisi l’autel du kami qui erre,
le deux fois né,
l’anomique
le dieu des sucs et de l’écorce
L’autel vient de loin
Des hommes tanés l’ont porté
là où les bêtes ne montent plus
à 6000 mètres
en mesurant de leur pas
la sente du thé et de la soie.
L’autel n’est pas secret
Il accueille.
Les curieux.
Les peu
ceux qui errent vêtus de leur écart,
des aphtes à la bouche.
L’Empereur est prudent.
Il fait place à tous les dieux.
Surtout ceux qui s’acquittent
sans trembler
quand la terre gronde.
Le dieu errant,
avec sa belle figure sujette à caution
est le gardien de la fermentation
celle qui donne l’extase
qui transforme et libère
connecte au fluide
violent de tous préalables.
prémonitoire de tous possibles.
Il veille aux
cavales vagabondes des chiens célestes
et au retour du safre serein de l’hiver
auquel il sacrifie
Je veille au retour.
J’ai charge,
au plus étouffant de l’été,
de tuer un pin
un take
de tuer un ume
de leur mettre l’habit lunaire des morts
de les pleurer
avec des râles de chiens célestes hurlant leur maître
de me taillader pour faire sortir la douleur
- mes bras portent quarante cicatrices -
de ramener leurs cendres à l’autel
pour qu’on les souffle
au temps du feu qui monte aux arbres.
Sur le plateau où je prélève le dû
j’ai caché un coffre
sous une malachite de mousse
Le coffre en métal
a la forme d’un coeur.
Le forgeron y a mis ma semence et mon âme.
Et la clé à mon cou n’est jamais froide.
Avant chaque dû
j’ouvre le coffre
pour y contempler mon rire
recroquevillé comme un enfant bleu
Il est beau
Je le prends dans mes bras
pour qu’il me berce
Mon cou tremble
Et je mords deux fois mes lèvres
pour les deux femmes
qui me l’ont fait mettre là.
Un jour,
au temps de la promesse,
l’une, l’autre
sera enfin libre
Le rire retrouvera sa place
dans mon sternum
Et les nuits
ne compteront plus
杲
… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne
