Trois longues fois
Parole du sel… fille de la ((Nécessité))
杲
Je connais tous les cimetières du Sous-les-lacs.
Tel est mon domaine.
Le peuple y respecte mon manteau jaune :
en évitant les reflets de sa soie maïs.
Par respect pour les petites gens,
je ne marche plus le jour mais l’obscur.
A l’heure où les maris dorment sur leur flanc
après avoir pris leur femme consentante.
Le vingtième jour suivant mon gîte
Les femmes de prêtres, tristes et sèches
ex-belles aux hanches larges,
continuent de purifier au gros sel
et à l’encens précieux
l’appentis qu’on me laisse occuper,
seul.
J’ai froid au coeur.
Et mes cartes portent pour titre : réchauffeur des morts.
Je répare les injustices.
Cela fait rire les morts.
Car le manteau jaune s’adresse aux vivants.
Je suis là pour qu’ils serrent les dents autant que je serre les miennes.
En leur montrant qu’un jour
une soie maïs viendra, dans l’obscur, couronner leurs cendres.
Je suis fort.
Il faut être fort pour soulever seul les pierres familiales.
Et je suis grand.
Comme un phare des côtes de l’Est.
Je suis là pour couronner ceux qui ont mérité
dans l’offense
le niemandsland et l’amnésie
Pour couronner ceux qui ont tenu
leur rêve,
en l’atteignant,
ou, et c’est la règle,
les cohortes incalculables
d’hommes bons, morts par lui.
Je suis là pour couronner les fidèles à leur coeur
à leur tessiture
aux leçons de leurs blessures
ceux qui massent au baume du bien du monde
le monde qui attend son bien
Je soulève la pierre
gratte une poignée de poussières
crache
pour l’amalgamer
l’insère dans l’argile du palais du centre du monde
que je modèle
en forme de crâne.
Je prends ce crâne
contre ma poitrine.
Il est plus petit que celui d’un nouveau-né.
Je le berce.
Je lui chante la chanson des mères
qui prient pour que cessent les larmes.
J’embrasse son front.
Le pose devant moi.
M’incline devant lui.
Trois fois.
Trois longues fois.
Ma tête au sol.
Pour lui demander pardon.
Pour toutes les humiliations, les offenses, les avanies
pour le désespoir
qu’il a traversé comme une porte de temple
en figeant ses orbites
dans le courage crayeux des jours
Je sors alors la couronne de l’empereur
cachée sur mon foie
la couronne qui tresse
le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau
la couronne du monde
des débuts et des fins
celle du sens des hommes
et de l’honneur de vivre
Et je murmure
dans un souffle
de vérité
Vive l’empereur
杲
… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne
