12 décembre 2008

Apprendre le japonais en geek (round 4)

Filed under: Apprendre le japonais — Stéphane Barbery @ 22:02

[Ce texte poursuit le témoignage débuté : ici, ici, et ]

Ce matin, Mnemosyne installé sur mon mini tablet PC (Loox U50) a affiché dans la catégorie Maniette : 2064
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C’était donc possible. C’est possible. A ceux d’entre vous qui veulent assimiler les 2000 premiers kanji rapidement, ludiquement, sans avoir le sentiment de se faire violence, j’en témoigne : c’est possible !

En juin dernier, je m’étais fixé deux objectifs pour cette fin d’année en japonais :
- Terminer le Maniette
- Obtenir le niveau JLPT3

J’ai dû sacrifier le deuxième objectif pour réussir le premier. Le JLPT4 aurait été aisément possible. Mais pas le 3. Il aurait fallu pour cela que je consacre deux fois plus de temps tous les jours au japonais. Et pas seulement du temps. Une énergie qui m’aurait manqué pour créer, écrire, photographier.

Pourtant, tenir mon objectif principal a été, en vivant au Japon, ces derniers mois, frustrant. Car il signifiait au quotidien en rester à un vocabulaire et une syntaxe d’enfant de trois ans. Mais je ressens profondément combien ce choix est judicieux. L’apprentissage du sens et de l’écriture des kanji qui constitue souvent le mur qui arrête la progression des plus motivés est désormais derrière moi. A partir d’aujourd’hui, toutes les petites boîtes mentales créées lors de la mémorisation des caractères vont se remplir aisément de leurs lectures on et kun, du vocabulaire, des structures grammaticales.
Je n’aurai pas en lisant un texte la sensation de buter sur des trous, des vides, de l’inconnu radical.
Le texte écrit japonais n’est plus désormais terre étrangère mais paysage complice. Obscur mais complice

Soyons très clair : l’étape d’aujourd’hui n’est qu’un camp de base très limité.
J’ai appris ces neuf derniers mois à tracer à la main un caractère quand Mnemosyne me proposait son sens en français.
Ma familiarité avec les kanji s’est donc construite pour l’instant uniquement dans le sens du thème. La connexion se fait par ailleurs lentement car elle repose sur une succession d’étapes (retrait d’un indice, puis de tous les indices, visualisation et mise en ordre des composants) qui ne sont pas encore automatisées.
Cela signifie que lorsque je croise aujourd’hui dans la rue des kanji, je mets un temps fou à renverser l’opération, à passer à la version et leur assigner une signification française.
A cela, il faut ajouter que l’essentiel du vocabulaire japonais est composé de la combinaison de deux kanji, le sens du binôme étant parfois très éloigné du sens combiné de chacun d’entre eux.
Là encore : frustration. Mais souriante : je reconnais les éléments. Je ne vois plus des gribouillis mais des formes amies.
Pour ne pas mentionner la beauté des caractères, la façon dont ils ouvrent l’âme et les yeux de façon non conceptuelle, la façon dont ils exigent de ressentir le ni trop, le ni trop-peu, le bon espacement, l’harmonie des traits qui dansent.

Je suis fier de cette étape.
Je n’étais pas sûr d’en être capable. Pas aussi aisément.

Je ne remercierai jamais assez James Heisig pour avoir créé cette méthode si futée, si chouette, si jubilatoire. Jamais assez Yves Maniette pour l’avoir traduite.
Jamais assez les personnes qui ont témoigné sur le net de son efficacité.

Je souhaite partager à mon tour mon ressenti sur les éléments qui ont été cruciaux dans cet apprentissage :

1) Mnemosyne (cela aurait pu être Anki ou tout autre logiciel de répétition espacée). Ce type de logiciels transforme la répétition nécessairement requise pour la mémorisation en quizz ludique et fin : les items proposés tous les jours sont ceux que l’on a besoin de réviser. On n’a pas le sentiment de perdre du temps mais au contraire de passer juste ce qu’il faut sur les items qu’il faut. L’effet est paradoxal, on en vient à aimer ses erreurs car on sait qu’elles se transforment en acquisition profonde. A titre de témoignage, mon taux de réussite quotidien sur Mnemosyne est d’environ 80%. Ce taux n’est pas représentatif de ma connaissance de l’ensemble des items car Mnemosyne ne questionne que sur ce que l’on n’a pas encore suffisamment acquis…

2) Mnemosyne exige une discipline, la mise en place d’une routine de vie. Depuis que je me suis sérieusement lancé dans ce projet en avril, je m’y suis consacré tous les jours. Tous les jours. Même fiévreux, même en voyage, même chez des amis, même à passer pour un rustre. Tous les jours. Sine Die sine Kanji. Mnemosyne est vraiment bien dosé car il ne m’a jamais proposé un nombre d’items trop important. Ces deux derniers mois, j’étais quizzé tous les jours sur une centaine d’items, soit entre 30 et 60 mn de révision. Parce que là est la clé : je n’ai jamais passé plus d’une heure et demie par jour à cet apprentissage. La moyenne sur neuf mois doit être inférieure à une heure. C’est cela qui est complètement stupéfiant : il faut à la grosse louche 300 heures pour finir le Maniette. Je suis le premier étonné, moi qui ait tant sué pendant toute ma scolarité sur l’apprentissage de vocabulaire en langues étrangères avec des résultats si médiocres…
La clé majeure, principale, LE TRUC, c’est cela : chaque jour. Chaque jour. Chaque jour. Tous les jours. Chaque jour. Et avancer. En se faisant confiance. Mon rythme personnel consistait à avancer par bond d’une vingtaine d’items. Souvent en un jour. Le plus souvent en deux ou trois : je les lisais le soir avant de dormir, les écrivais une fois sur papier le lendemain, les entrais dans Mnemosyne le jour même ou le surlendemain. Il y a eu bien sûr des passages où j’ai tiré la langue. Où je restais bloqué une semaine sans pouvoir avancer davantage. Mais cela passe. Parce qu’on sait que c’est possible. Que d’autres l’ont fait.
J’en témoigne 2064 kanji, 9 mois, 1h par jour : c’est possible.

3) Le geek en moi est satisfait car mon mini tablet PC (600g, tient dans la paume, abordable) a véritablement été d’une aide précieuse. Il n’a jamais été un simple gadget, un jouet. Ce n’est pas un outil indispensable mais il a été précieux pour gagner tous les jours plusieurs minutes – ce qui compte à la fin. Pour apprendre, au lit, sans avoir besoin d’une table avec cahier, livre, crayon, support. Le tracé des caractères sur l’écran, leur reconnaissance et leur affichage immédiat dans une police calligraphique qui conduit implicitement à améliorer ses tracés, est un vrai plus, qui participe également de l’aspect ludique du processus.

Pour résumer :
- La méthode Heisig traduite par Maniette marche.
- Il faut la compléter par un logiciel SRS comme Mnemosyne ou Anki (tous les deux gratuits).
- S’y consacrer sérieusement exige de sanctuariser, de ritualiser du temps pour cela, tous les jours, tous les jours sans exception. En avançant.

Grand sourire chaleureux à ceux qui sont en cours, ceux qui s’y mettent, ceux d’entre vous qui vont s’y mettre.


6 août 2008

Apprendre le japonais en geek (round 3)

Filed under: Apprendre le japonais — Stéphane Barbery @ 9:44

1000.
Mille.
千.
1000 kanji !
J’ai franchi la barre dimanche.

Désormais, plus que l’autre moitié du chemin…

Bien sûr je ne parle pas des lectures (on, kun).
Juste de la signification et de l’écriture.
Parce que j’ai fait le choix de la méthode Heisig traduite par Yves Maniette dont je pense qu’elle sera payante à moyen terme même si elle est un peu frustrante : elle monopolise presque tout mon temps d’apprentissage sur des éléments que je ne peux pas utiliser dans mes compétences de conversation courante qui, par conséquent et pour l’instant, progressent peu.
Mais 1000 en 4 mois, à raison d’une heure, une heure et demie par jour : ça se défend.

*

J’aurais abandonné depuis longtemps si je n’utilisais pas un logiciel de mémorisation espacée.
Ca, et l’engagement intérieur de ne jamais manquer – sous aucun prétexte – une seule journée d’utilisation du programme.

Et visiblement, ça marche. L’apprentissage se fait avec plaisir. Dans le plaisir d’avancer. Dans la sensation que le temps passé à répéter est toujours utile car les questions posées par le logiciel sont toujours adéquates : je ne suis jamais quizzé sur ce que je sais et les items proposés sont toujours ceux que j’ai besoin de réviser. Magie : la partie la plus insupportable de tout apprentissage, bachoter, est devenue ludique…

Faut dire qu’en geekitude, j’ai mis le paquet.
Explication détaillée de la photo ci-dessus.

*

En bas à gauche : mon dernier gadget. Celui que j’utilise 80% du temps.
Il s’agit d’un mini tablet PC de 600 grammes tournant sous Vista acheté d’occasion 450 euros : un Fujitsu Biblo Loox U50 XV.

En toute sincérité, si j’avais pu continuer à utiliser mon vieux Palm Zire 72 (à droite) pour me quizzer avec un SRS (Spaced Repetition System : logiciel de mémorisation espacé) reconnaissant les kanji au stylet comme sur un tablet PC, j’aurais préféré. La simple transformation en SRS du programme KangyGym light aurait même été suffisante.
Parce que le « Form Factor », l’ergonomie du Palm, la rapidité (pas de boot) de ces machines sont idéaux. Je rêve du smartphone ou du pda qui me permettrait cela…
Mais, à ma connaissance, ça n’existe pas.

*

Le Loox U50 n’est pas parfait. Son clavier minuscule est inutilisable, il chauffe donc ventile et il n’est pas de pire bruit de machine à mes oreilles. J’envisage de mettre un disque SSD pour voir si ça chauffe moins.
Mais faut dire qu’en ce moment, ce bzzz est couvert par le ronronnement de l’air con.
L’air con.  C’est comme cela qu’on désigne la clim’ au Japon.

*

Le U50 n’est pas parfait mais plus que correct pour l’utilisation que j’en fais : me quizzer en utilisant Mnemosyne dans lequel j’importe, morceau par morceau, la liste du Maniette.

Au départ, pour cette opération, j’utilisais mon portable. En visualisant dans ma tête la réponse. Je me suis rendu compte que j’avais besoin d’écrire les kanji en stimulant ma mémoire kinesthésique pour les enregistrer de façon plus profonde, plus intime. Je retrouve ainsi certains kanji sans les voir. Juste avec la danse de la main.

Bien sûr, j’aurais pu me contenter d’un papier et d’un crayon. J’ai commencé comme cela. Mais jongler entre un bloc note et un crayon qu’on pose et repose pour taper au clavier ou déplacer la souris conduit à perdre du temps. Et comme on a envie d’en perdre le moins possible à répéter ce que l’on sait, tout ce qui optimise cette étape (j’y passe environ une heure par jour) est perçu comme capital. D’où l’option mini tablet PC : une machine qui tient dans la main et sur laquelle on écrit directement.

*

La reconnaissance des caractères par Vista est de très bonne qualité.
J’ai juste acquis un « vrai » crayon avec un bout PDA pour écrire sur l’écran afin d’avoir une bonne prise en main et un plaisir à tracer – ce que l’on n’a pas avec les pauvres stylets rétractables livrés avec ces machines.
Je pense à l’instant que si j’ai pu facilement, grâce à vistalizator, franciser l’interface de mon vista japonais tout en conservant ses outils japonais de reconnaissance de kanji, je ne sais pas si l’opération inverse est simple…

*

Le Zire 72, je continue de l’utiliser sporadiquement pour vérifier et mémoriser le sens de tracé de certains kanji. C’est un point faible du Maniette : les caractères dactylographiés et manuscrits ne sont pas toujours exactement identiques et certains tracés méritent d’être répétés à partir d’un modèle. Kanjygym light joue parfaitement ce rôle. La version java du logiciel que j’ai installée sur le U50 n’est pas satisfaisante sur cet aspect : la fenêtre d’affichage du tracé est trop petite et ne dispose pas de boutons de défilement.

*

Selon le même besoin, j’utilise – également sporadiquement – la nintendo DS et le programme DS美文字トレーニング pour apprendre à tracer (pas mémoriser, calligraphier) les kanji difficiles à mettre en main. 心 par exemple.

*

Et puis je continue d’utiliser mon portable.
Je me suis rendu compte qu’Anki est sans doute bien meilleur que Mnemosyne dont je préfère pourtant l’interface dépouillée.
Je commence à utiliser Anki pour mémoriser de petites phrases simples correspondant à mon niveau et récupérées ici.
Là où Anki est inestimable (hormis la bluffante fonction de sauvegarde et de synchronisation en-ligne), c’est que l’on peut surligner, sélectionner les phrases affichées alors que bizarrement cela n’est pas possible avec Mnemosyne.
Pourquoi avoir besoin de sélectionner l’item sur lequel on se quizze ?

Eheheh : je suis très fier de ce qui suit.
Parce que je peux grâce à une combinaison de touches envoyer la sélection vers le programme Text-To-Speech TextAloud dans lequel j’ai importé une voix japonaise (la NeoSpeech Asian SAPI5 Show16 qui n’est bizarrement plus présente sur le site de TextAloud…) : mon PC me lit alors à la volée, à voix haute, avec une qualité digne d’un journaliste radio, ce que j’ai surligné.
C’est vraiment, vraiment magique. Totalement bluffant. Et cela permet d’être totalement autonome.

J’ai bien sûr installé Anki et TextAloud sur le U50 mais le clavier minuscule rend inutilisables ces outils quand il s’agit d’éditer et d’annoter des items sur Anki, ce que je fais actuellement en swappant en permanence sous Firefox où j’utilise des dictionnaires et des traducteurs en-ligne ainsi que le très bon plugin perapera.
Je pense que lorsque j’aurai fini le Maniette, je réviserai en assimilant les lectures on et kun, en utilisant Anki et sa fonction de synchronisation multi-machines du programme pour passer en permanence du portable à l’U50.

Tout le jargon qui précède m’amuse.
J’aime faire joujou avec mes beaux joujoux (doh ! je crois que c’est la première fois que j’utilise ce mot au pluriel et me revois en CE1).
Des beaux joujoux efficaces !
Et ça m’a fait du bien de crâner dans cette cour de récré.
En espérant que les plus geeks d’entre vous sauront trouver ici de l’inspiration pour leur liste au Père Noël.

*

Ah oui, comme ça juste au passage.
Je conviens – ça m’ennuie de reconnaître cette évidence mais je conviens quand même – qu’on ne peut pas comprendre grand chose au Japon sans savoir – écrire – le japonais…

J’en atteste d’un ressenti purement physique.


1 juin 2008

Apprendre le japonais en geek (round 2)

Filed under: Apprendre le japonais — Stéphane Barbery @ 10:11

Quelques jours après notre arrivée, j’avais évoqué mes errements pour trouver les bidules et les gadgets qui pourraient contenter le geek en moi dans l’apprentissage du japonais.

Lors des trois premiers mois, la beauté de Kyôto m’a tellement sollicité, les découvertes permanentes étaient trop nombreuses pour me laisser le temps de travailler sérieusement à l’apprentissage de la langue. Depuis deux mois, je m’y suis mis en réservant une à deux heures par jour à cette tâche.

Je partage avec vous ici les secrets du bricolage geek que je me suis concocté, qui, à l’usage, semble efficace mais qui est surtout ludique dans un cadre autodidacte.

*

Première étape : se fixer un objectif pour être stimulé dans sa progression au fil des jours. Les miens :

- Objectif 1 : acquérir le plus rapidement possible la connaissance de la signification des 2000 kanjis courants grâce à la méthode Heisig traduite par Yves Maniette dans le sublime « Les Kanjis dans la Tête« 
- Objectif 2 : réussir à la fin de l’année le JLPT3, Japanese Language Proficiency Test niveau 3

Il va de soi que ces deux objectifs sont liés à mon désir de devenir davantage autonome dans ma compréhension et mon expression du japonais au quotidien mais j’ai choisi de mettre l’accent sur l’acquisition de la lecture-sens (et pas la lecture-son) des kanjis parce que :
- j’y prends un vrai grand plaisir
- j’ai le sentiment d’apprendre un langage de magicien à la Donjons & Dragons.
- je retrouve des sensations de quand j’avais 6 ans (déchiffrer une pub pour une boisson diététique dans le métro : « cette année je veux aller à la piscine »)
- j’ai le sentiment que cela active des zones jusqu’à présent non sollicitées de mon cerveau, que cela crée un nouveau type de connexions et transforme poétiquement mon appréhension du monde en m’orientant davantage vers la superabondance sémantique, la superéconomie de signification.

*

Deuxième étape, passer un contrat avec soi-même : ne jamais, jamais, sous aucun prétexte même apparemment légitime, rompre la chaîne de productivité décrite par Seinfeld. Sine die sine linea.

*

Troisième étape : tirer parti de l’expérience des autres apprenants et des dernières recherches en psychologie de la mémoire en se bidouillant une méthode personnalisée efficace et ludique (l’effort semble quant à lui incontournable).

Les deux mots-clés sont : répétition et contexte.

*

Répétition : ça fait parfois mal, c’est souvent ennuyeux mais absolument inévitable. Mémoriser, c’est lutter contre l’oubli en réactualisant la trace mnésique des items qu’on souhaite apprendre. Cette actualisation doit être espacée et indicée.

Espacée : si vous révisez en répétant pendant trois jours puis plus rien pendant trois semaines (parce que vous apprenez de nouveaux items), vous oublierez. Si en revanche, vous vous quizzez régulièrement sur des items que vous croyez acquis, vous renforcez leur ancrage et les apprenez pour de bon.

Indicée : il suffit parfois d’une seule lecture ou écoute pour apprendre définitivement un item. Il serait absurde alors de perdre un temps précieux (les répétitions prennent beaucoup de temps mais doivent en laisser suffisamment pour l’acquisition de nouveaux items) sur ce que vous connaissez bien et de ne pas suffisamment répéter les items rétifs qui ont plus de mal à entrer. C’est pour cette raison que les systèmes de flashcard binaires (je sais / je sais pas) ne sont pas très efficaces. Depuis une vingtaine d’année ont été développés des logiciels qui vous demandent pour chaque item d’évaluer sur une échelle de 0 à 5 votre degré de mémorisation. A partir de cet indice, un algorithme calcule la fréquence des répétitions nécessaires pour l’item et l’espacement de la prochaine présentation. On nomme ces logiciels SRS : Spaced Repetition System.

Le magasine des geeks, Wired, a, le mois dernier, mis un énorme coup de projecteur sur cette technique en dressant le portrait de Piotr Wozniak, le créateur du SRS commercial pionner et de référence, supermemo, dont le site contient une base d’articles passionnants (notamment dans les conseils pour la formulation des questions/réponses).

Il existe des solutions open-source gratuite. Celle que j’utilise se nomme mnemosyne.

Travailler en autodidacte avec ce type de logiciel m’apparaît plus efficace que des cours particuliers ou collectifs pour quelqu’un de motivé. Dans une interaction avec un prof, beaucoup de temps est perdu dans la communication orale, lente car contrainte par la bienséance et les ruses de notre paresse qui nous conduisent à évoquer des sujets annexes, par le fait simple mais bête qu’énoncer une phrase (une question de quizz par exemple) prend du temps. L’ordinateur, lui, affiche instantanément, sans avoir à réfléchir, des questions optimisées pour votre mémorisation. Trente minutes sur un SRS me semblent à l’usage beaucoup plus efficaces qu’une heure trente de cours particulier. Je ne parle pas des cours collectifs où les pertes de temps sont démultipliées par le nombre de participants. J’estime qu’une à deux heures par jour de SRS sont aussi voire plus efficaces qu’une demi-journée de cours collectifs.

*

Contexte : les spécialistes en neuropsychologie de la mémoire ont depuis les années 70 (notamment Tulving) définitivement montré l’importance de la création d’indices de rappel lors de la phase d’encodage de l’information pour faciliter sa récupération ultérieure.

On a tous fait l’expérience de la force de ces indices quand, lorsqu’on a un mot sur le bout de la langue, quelqu’un nous donne un micro-indice, même éloigné, qui fait comme par magie resurgir le mot qu’on cherchait – et que l’on n’aurait pas pu retrouver sans l’indice.

L’idée est donc de créer, au moment de l’apprentissage, un réseau d’indices autrement dit un contexte.

Ce contexte doit, pour être le plus efficace possible, être : sémantique, sensoriel, affectif.

Sémantique : on mémorise très difficilement quelque chose qu’on ne comprend pas. Comprendre, c’est être capable d’insérer l’item dans un réseau de relations logiques, de le classer au sein d’ensembles conceptuels. C’est pour cela que les exceptions sont si rageantes.

Sensoriel : ne faire fonctionner que le registre langagier (même s’il est déjà en lui-même sémantique, auditif, visuel) de la mémoire est très peu efficace. Il est plus facile d’apprendre en utilisant le plus possible de registres perceptifs, et notamment celui dont on sait qu’il fonctionne avec une certaine prépondérance pour nous (le VAKOG de la PNL).
Pour mémoriser un mot (un son ou un kanji par exemple), je me construis une scène mentale que je vois, que j’entends, que je sens, avec du mouvement, comme un petit film détaillé et vivant.

Affectif : l’image mentale peut solliciter également pour augmenter son efficacité la palette des émotions en colorant la scène d’un affect. L’affect le plus efficace pour la mémorisation est l’humour. Si vous vous créez, pour mémoriser un item que vous avez compris, une scène drôle, animée, saturée en perceptions, alors il sera beaucoup plus facile de vous en souvenir : même si vous oubliez l’item, vous retrouverez toujours l’un des indices contextuels qui le fera resurgir.
L’immense bonus est que la création des contextes mnémotechniques drôles de ce type constitue un plaisir créatif à part entière.

Conséquence :
a) Pour tous les items que l’on ne peut apprendre qu’individuellement (comme les kanjis) : trouver un système les décomposant sémantiquement en petits groupes, utiliser les imbrications des items pour susciter des répétitions, et surtout, surtout, créer des images mentales contextuelles sémantiques-perceptives-affectives. Ceci constitue précisément la méthode Heisig pour apprendre les kanjis.
b) Pour la grammaire, se trouver une référence organisant et présentant clairement, sémantiquement, les règles.
c) Pour le vocabulaire, ne pas tenter d’apprendre des listes de mots isolés mais toujours intégrer l’apprentissage de mots dans des petites phrases où chaque mot constitue un indice de rappel pour les autres. Ce dernier point est capital.

*

Quatrième étape : réunir les bons livres et les bons liens.

Livres :
- Kanji : Les Kanjis dans la Tête, adaptation française par Yves Maniette de la méthode Heisig. A titre d’exemple, après deux mois, je connais la signification de 430 kanjis.
- Grammaire : Systematic Japanese par Gene Nishi, Shufunotomo, 2000, ISBN-10: 4079766467,
ISBN-13: 978-4079766463. Ecrite par un ingénieur informatique à l’usage des ingénieurs informatiques d’IBM, c’est la grammaire la plus clairement construite que j’ai trouvée et je peux témoigner avoir passé plusieurs demi-journées à feuilleter la totalité des livres existants dans les plus grandes librairies de Kyôto.
- Vocabulaire et grammaire ciblée pour le JLPT : je me sers des petits livres d’Unicom pour extraire les petites phrases qui synthétisent les points de grammaire et de vocabulaire qui correspondent à mon niveau.

Ne citer que ces trois-là serait tricher un peu car je dois avoir une vingtaine d’autres ouvrages de différentes natures dont je me sers ponctuellement pour vérifier un point ou pour extraire une liste.
Le 1001 expressions pour tout dire en japonais serait parfait s’il n’utilisait pas de romaji (ou alors il faudrait le laisser imprimé en rouge avec un cache transparent rouge comme tous les livres scolaires d’ici).
Les deux volumes du japonais en manga de Bernabé sont plutôt bons mais paradoxalement moins pour la présentation et l’aspect manga que pour la clarté d’explication de certains points grammaticaux quand on ne dispose pas du Systematic Japanese de Nishi.

Je me rends compte à l’instant que j’ai omis la nécessité impérative d’acquérir les deux alphabets Hiragana et Katakana avant de pouvoir commencer véritablement quoi que ce soit. Heisig a publié un livre pour cela, Remembering the Kana: A Guide to Reading and Writing the Japanese Syllabaries in 3 Hours Each, que Yves Maniette a traduit mais pas encore publié. Yves, que j’ai rencontré la semaine dernière à Kyôto, prévoit de se mettre à la rédaction du deuxième volume des « Kanjis dans la tête » consacré à la mémorisation des lectures-sons des kanjis.

*

Sites :
Deux sites m’ont été d’une formidable aide pour formaliser ce qui précède :
* http://www.alljapaneseallthetime.com/blog/about
* http://www.nihongoperapera.com/

En suivant les liens contenus sur ces deux sites, vous disposerez des meilleures ressources actuellement disponibles sur le net.
Il existe également une galaxie de très bons sites en français.

Trois sites outils précieux :
* http://jisho.org/ : agréable et ergonomique dictionnaire de kanjis
* http://www.excite.co.jp/world/english/ traducteur automatique souvent plus juste que celui de google.
* http://www.dictionnaire-japonais.com/ avec notamment son interface de requête intégrable à firefox.

L’ensemble des liens que j’utilise se trouve sur mon compte del.icio.us.

*

Cinquième étape : s’équiper en geek.

Les livres acquis, il vous faut désormais les mémoriser en utilisant un SRS. Et là se pose la question : quelle plateforme, quelle OS : quel gadget ?

Vous pourriez télécharger des listes déjà constituées par des apprenants qui ont commencé avant vous et les importer sur des SRS dont il existe des versions pour n’importe quelle machine.

Sauf que ce n’est pas efficace. Constituer seul ses listes est la meilleure façon de constituer de bons indices personnalisés. On peut s’aider de listes existantes mais zapper l’étape de la constitution personnalisée dessert la productivité de la mémorisation or vous vous servez des SRS pour être efficace.

Donc il vous faut un SRS vous permettant d’entrer facilement du texte et notamment du texte en japonais.

Le SRS open-source de référence, mnemosyne, s’il est difficilement installable sur mac, est avant tout un logiciel PC.

La meilleure machine est donc un PC portable (ou un mac faisant tourner nativement ou virtuellement un windows). L’écran ne doit pas être trop petit car – et ce fut l’une de mes grandes surprises – les kanjis exigent d’être affichés en gros pour un débutant afin de visualiser la totalité des composants (le moindre petit trait compte). Je comprends désormais mieux l’utilité de la fonction zoom (ctrl+) de Firefox qui s’adresse moins aux p’tits vieux bigleux qu’aux millions d’utilisateurs communiquant avec des kanjis.

Sauf que le geek rechigne et boude vu qu’on ne peut pas ouvrir un pc portable dans le métro alors que c’est en commutant qu’on prend le plus de plaisir à se quizzer.

Alors oui, la faille du système actuel, c’est qu’il n’existe pas de solution simple permettant de synchroniser sa base de données mnemosyne avec un logiciel qui tournerait sur pda ou smartphone.

Khatzumoto, le vraiment chouette et smart auteur du site « All Japanese all the time », a certes créé une version en-ligne d’un SRS optimisée pour les smartphones : khatzumemo. Mais elle implique que votre connexion soit permanente (ce qui n’est pas le cas dans le métro de Kyôto). Pour ne pas évoquer son prix.

Je pensais contourner la difficulté en installant une version palm de supermemo sur un palm clié version japonaise (les palm occidentaux ne supportent pas par défaut les kanji et les clié japonais sont réputés pour leur excellente reconnaissance de caractères) acheté d’occasion sur yahoo auction, le site de référence de petites annonces au Japon. Au passage, se créer un compte sur yahoo auction Japon réclame l’aide d’un ami du coin et une carte bleue japonaise – il nous a fallu quatre mois et trois tentatives pour en obtenir une.

J’ai acquis un NZ90 d’occasion pour 80 euros. Que je me suis empressé de refiler à Muriel car ce bijou technologique d’il y a cinq ans pèse une tonne.

Dans le métro, nous utilisons pourtant nos palm (j’ai conservé mon zire72) en nous quizzant non pas avec un SRS mais avec un logiciel de flashcard binaire gratuit distribué sur le site de l’éditeur allemand du livre de Heisig. Ce logiciel a énormément de qualités pour ceux qui apprennent les kanjis avec la méthode Heisig, notamment celle de proposer les tracés et de laisser un espace pour entraîner sa main sur l’écran tactile du palm. Il suffirait qu’il devienne SRS pour qu’il soit parfait.

*

En répartissant son temps de travail entre répétition de l’acquis, mémorisation de nouveaux kanjis, mémorisation d’un point de grammaire et entrée des phrases exemples correspondantes dans mnemosyne, vous avez déjà un beau programme quotidien.
D’ailleurs, il faut que je m’y mette.

*

Bonus : les trucs ci-dessus peuvent s’appliquer à n’importe quel champ de la connaissance.
Bons apprentissages !


10 janvier 2008

Apprendre le japonais en geek (round 1)

Filed under: Apprendre le japonais — Stéphane Barbery @ 2:07

La sensation de redevenir analphabète est intéressante. On marche dans le monde différemment quand on ne peut s’appuyer sur l’écrit. Le regard est très proche de celui du photographe. A l’affût. Avec le bonheur en moins de se sentir un brin clandestin. Le risque de passer pour un barbare.

La texture du monde s’épaissit, croît l’inquiétude.

Le geek ne se décourage pas.
S’il est geek depuis suffisamment longtemps, il aura amené avec lui une machine obsolète : un palm (Zire 72). Sur lequel il aura installé Padict. Le programme est magnifique mais il a plusieurs défauts. La saisie est bien trop lente, le dictionnaire français sommaire et la reconnaissance du tracé des kanjis très aléatoire. Le geek fait la moue.

Le geek ne se décourage pas. Il investit dans un Casio XD-SW7200. La seule machine disponible chez Bic Camera avec un dictionnaire français intégré et une saisie de kanjis au stylet. La machine est magnifique mais elle a plusieurs défauts. Elle est lourde, chère, mais surtout, la traduction en japonais des mots français n’affiche pas de furigana. Traduire un mot impose donc deux recherches : la première pour le kanji japonais, la seconde pour la lecture du kanji – ce qui nécessite une dizaine de clics. Le geek fait la moue.

Pour accélérer son apprentissage, il a décidé de numériser des fiches de la NHK disponibles en gif. Il acquiert donc chez Bic Camera un OCRforWord V5.0 de Futjitsu pour la somme raisonnable de 6060 yens. Le programme est magnifique mais il a plusieurs défauts. L’installation ne se lance pas lors des deux premières tentatives. L’interface est mal encodée et affiche Matrix à la source dans son XP français. L’intégration avec son Word occidental foire donc probablement pour cette raison. Le programme tourne pourtant. Et numérise assez adéquatement kanjis et kanas. Mais pas l’alphabet occidental. Impossible donc de numériser des fiches alternant kanjis, kanas et alphabet latin. Mais surtout, la numérisation faite, il faut passer par notepad voire Firefox pour obtenir un encodage en Shift_JIS puis recopier-coller dans Word pour la mise en forme. Le geek fait la moue.

Le geek, toujours volontaire et positif, envisage de combiner ses trois outils. Y pense 3 secondes. Et fait la moue.

Le geek ne se décourage pas.
Il sait qu’une solution existe, qu’elle est là, à l’attendre, proche. Tel un preux, il poursuit sa quête.


 
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