25 octobre 2011

Le sable

Filed under: Cantique — Stéphane Barbery @ 21:56

"Je frôlais des dunes de 30m à bord de mon planeur "

La vague sur le sable
qui gratte
puis crispe encore
revient
démange
un silence
elle revient
la vague
qui prive

j’attends tes mots

Les Liens blancs sont réguliers.
les yeux clairs perçoivent leur lampion sur le col à 3h.
Et ils arrivent, au Lien de la baie, à 5h20
après avoir salué l’autel
et nourri leurs deux chiens blancs.

Ils sont trois pour la liaison de la baie.

Depuis ton départ
mon sommeil a un goût de respiration
celle d’une apnée trop longue
celle d’une fièvre

A 9h, je souris au col.
A 10h, je souris au col.
A 11h, je bénis le col.
A minuit, je sursaute, joins les mains, appelle le col.
A 1h, ma paupière lente borde le col.
A 2h, mes yeux sont fixes.
A 3h, mes yeux tremblent.
Comme des capricornes dans le bois.
A 4h, je souffle au pas du lampion
A 5h, je flatte les chiens blancs qui me fêtent.

Je relis tes mots du doute.
La fleur de ta main dans mes cheveux.
Mon menton se lève.
Je me sens fluide.

Les femmes sont d’opale

Je me surprends.
A dire ton nom
A dire ton nom à voix haute.
Je me surprends
à dire ton nom
ton nom suivi d’une virgule
ton nom suivi d’une virgule
puis
je t’aime

Mon ventre n’a pas de doute.
Je te nomme
vérifie que tu entends
puis
je t’aime
et les mots chantent juste
dans l’aurore absente
ils chantent juste

Tu fais danser mes mots.
J’ignorais leur corps.


24 octobre 2011

L’aurore absente

Filed under: Cantique — Stéphane Barbery @ 16:04

Un matin aux Rochers Blancs

Soleil, seigneur de mes cimes

Nous avons les mots.
Nous avons les mots. Et la peur.

De nous tromper.
De n’avoir que les mots
Moi sur les crêtes,
Toi dans la baie

Nous n’avons pas notre nuit.
Nous n’avons pas notre aurore.
triste et souriante
triste d’être souriante
triste de redouter l’attente
de toutes les nuits
de toutes aurores

Nous n’avons que les mots
Notre chant
mais pas la danse.
Le silence de l’erreur possible.

Soleil, seigneur de mes cimes

Je n’ai pu ouïr
avant la sieste
après la sieste
ta nuque
ton aisselle
ton poignet
de femme de la baie

Soleil, seigneur de mes cimes

Tu ne sais pas si ma paume droite,
dure des piolets à névés,
saura réveiller ton sein gauche
faire cambrer ta peau
d’opale et de feu
s’ajuster à ton bassin
puis revenir à ta nuque
de reine libre
éclore dans tes cheveux
et presser tes lèvres
ouvertes
contre les miennes
charnelles

Soleil, seigneur de mes cimes

Je ne connais pas
ton souffle de plongeuse
tu ne connais pas
mon rythme de cordée

Je ne sais pas si mes doigts
si ma langue
te feront saisir les draps de tissé
avant que tes doigts
avant que ta langue

Soleil, seigneur de mes cimes

Mon épaule ne connait pas
la pulpe de ton index
de ton majeur
de ton annulaire
dessinant des lignes de force
toi assise derrière mon dos
dans l’ombre vivante
de la chandelle

Lune, ô soeur du Soleil

Je ne connais pas ton appel
ni ton cri retenu
qui se retient encore
puis s’échappe
avec le mien
Ni ton oeil gourmand
ton oeil de noix claire
épuisé
ou en haut vol
sous ta haute paupière

Soleil, seigneur de mes cimes

Nous n’avons que les mots
mais pas l’essoufflement

Que les mots mais
pas la vie qui souffle

ou la peine
de se savoir encore
seuls


La jetée aux vents

Filed under: Cantique — Stéphane Barbery @ 1:01

Couple de pierres dansant le tango

Quel est le nom de votre air de flute ?

Tu mets plusieurs secondes avant de me répondre
Tu as le visage de quelqu’un qui est prêt à me faire répéter
Qui a compris ce qu’on lui demande
mais qui pour retrouver contenance
pour faire porter à l’autre la responsabilité
de sa stupeur
fait répéter.
Tu ne me fais pas répéter.

Le Luneux

Pour retrouver ta contenance,
tu commences à chanter doucement
le premier couplet.
Ta voix est belle
J’y entends que tu sais diriger
J’y entends ta tristesse
qui se mêle à la mienne.

Je chante avec toi
à l’octave
les derniers vers du refrain
Je me souviens du chant
il est sur mes lèvres d’enfance

Tu continues au couplet deux
Ta voix tremble moins
Ton maître se lève,
suit les femmes.

Nous sommes seuls
sur la jetée aux vents

Nous terminons la chanson
accordés.
Dans l’évidence
Au loin de la tristesse.
Dans un goût de premier fruit.

Je te donne mon prénom.
Je t’explique que je ne suis pas de la baie
En renouant mon étoffe
je te montre que je suis libre

Tu m’expliques que tu es veuf
depuis trop longtemps
Que tu ne veux pas d’épouse
mais d’une aimée.
Que ton maître
vient de te dire

Voici ta femme

Nous sourions
silencieux
sur la jetée aux vents

Vous repartez le surlendemain

Les femmes plongent

Les femmes plongent
au profond de l’opale

Je frissonne
Je t’écris.
J’attends ton retour
à la fin de la plongée.
Dans trois mois.

Nous avons les mots.

Je t’imagine assis sur les genoux,
derrière mon dos.
Tu coiffes mes cheveux,
tu les laces


22 octobre 2011

L’opale

Filed under: Cantique — Stéphane Barbery @ 14:28

Les doigts sur le côté, pas devant 1

Nous soufflons dans nos flutes.
le maître me regarde
se retourne.
Nous sommes au port.
Les femmes reviennent
des pontons.

La foule s’approche.
de femmes
fatiguées.
Par l’âge,
les marées du mois
la journée d’avant l’opale
la journée d’après l’opale.

Une meneuse lance des commentaires
en dialecte.
sur nos flutes.
Des rires vulgaires fusent.
Des notes gourmandes aussi.
La foule s’approche.

Voici ta femme.

De quoi parle-t-il ?

Voici ta femme.

Je regarde.
Elles sont plusieurs dizaines de mains
A revenir
Les cheveux bleus d’eau froide
les épaules lourdes
les hanches lourdes ici
les seins lourds là
droites
lentes de retrouver le sol
elles qui flottent quand elles plongent
elles qui volent quand elles plongent
elles qui rêvent quand elles plongent
elles qui tissent les rêves d’Opale
quand elles plongent

Je suis le bras droit du maître.
Je comprends vite.
Je regarde la vague
comme un affamé
Je n’ai pas son oeil.

Elles avancent lentement.
Trop vite à mon regard.
Je ne vois que l’eau.
Je vois les flexions de l’eau
une aquarelle d’âmes
à mon regard de verre
comme la pudeur.

Une main se pose sur mon bras droit.
Je me retourne


21 octobre 2011

La blanche

Filed under: Cantique — Stéphane Barbery @ 14:42

Corsica suédoise

- les femmes plongent -

Je me souviens du lundi de ma première plongée.
L’eau dans mes poumons
Le sable dans mes plaies.

Aucune femme de la Baie ne peut imaginer
qu’une fillette de neuf ans
ne sait pas nager.

- les femmes plongent -
J’ai plongé.

S qui me sauve
est ma meilleure amie.
S sauve.
On ne sait pas pourquoi.
C’est toujours elle qui sauve.
Elle dit qu’elle sent le cri.
Comme une vague dure
d’avoir trop nagé.

S préside au chant.

- les femmes plongent -

J’ai plongé trop tôt dans la vie
Quand père est parti sur l’île du loin
c’est ça où je vous tue
l’accueil de tante de la Baie nous sauve
ma mère, ma soeur et moi.

- les femmes plongent -

La mer apporte l’humble.
A l’âme, la couleur d’eau.

Je partage les nuits des célibataires
qui épouseront les nageuses puissantes
mais pas l’étrangère.
Ils aiment mes formes
Ils m’appellent la jument de sang,
« la blanche »
celle qui dans le sutra de la Baie
danse pour appeler Vent fort
le laveur de pluie.

Je ne sais pas danser sous l’eau.
Je ne suis pas de la Baie.

Mon front ne s’est pas baissé
dans les flots


 
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