5 mai 2008

L’arc nationalo-magique

Filed under: Dieux,esthétique,sociologie — Stéphane Barbery @ 15:30

Hier, exceptionnelle cérémonie de Yabusame, l’un des moments forts de l’Aoi Matsuri du temple Shintō Shimogamo. Une cérémonie de ce type, il semblerait qu’on la tient pour attirer l’attention des kamis (le ohhh de la foule, à chaque tir), leur plaire en espérant leur bienveillance; et pour stimuler, par identification projective avec les cavaliers, le courage des spectateurs.

Vingt-cinq à l’ombre. Le vendeur de boissons, dont le prix des bouteilles et canettes est le double de celui, déjà cher, des distributeurs automatiques a mal jaugé son gaijin en voulant – c’est la première fois – m’arnaquer de 500 yens.

Deuxième première fois : la cérémonie commence avec retard, beaucoup de retard.

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Le premier cavalier-archer s’élance, passe devant la deuxième cible au triple-galot. Et la rate.
Idem pour le second cavalier.
Idem pour le troisième.

Les cibles sont pourtant à moins de deux mètres des participants. Qui sont sélectionnés parce que ce sont des bons. En plus du fait d’être jeunes avec un physique de beau gosse portant bien le cosplay médiéval.

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Comme pour le kyūdō du jour précédent, je me demande si la compétence s’est perdue au fil des siècles ou si les archers montés d’antan avaient aussi peu de réussite, donc d’efficacité, si ce n’est symbolique, sur les champs de bataille.

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Ce qui apparaît dès lors clairement, c’est qu’aujourd’hui au Japon, un archer ne cherche pas à atteindre sa cible. Il fait autre chose.

Il prie. Il oblationne aux dieux.

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J’ai toujours détesté la géographie.

Il y a deux ans, lors de notre premier voyage express à l’intensité indélébile, je prenais conscience – dans une surprise commotionnante – que la culture, c’est la géographie. Videz le Japon. Prenez deux fois la population française. Placez-la ici. Laissez infuser quelques siècles : vous aurez des japonais.

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J’ai jamais vraiment aimé l’histoire.

Au début de cette année, je prenais conscience – dans une surprise commotionnante – que la culture, c’est l’histoire, le transgénérationel collectif, un gratin dauphinois, un taquin du temps.

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Les ethnologues me divertissaient en me laissant un sourire infatué aux lèvres.

Ces dernières semaines, je prends conscience – dans une surprise commotionnante – que la culture, c’est la mythologie.

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Ca a commencé avec les sakura puis le bruit. Et maintenant l’arc-qui-ne-sert-pas-à-tirer.

Quand vous tombez sur un fait social absurde, qui ne colle avec aucune explication sensée, quand vos amis du cru font une grimace d’ignorance pour répondre à votre « pourquoi », alors grattez les sagas du coin. Vous y repérerez immanquablement d’anciennes sentes.

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La difficulté avec les mythes, c’est qu’ils tendent à se faire oublier. Le rituel lui, a une durée de vie plus longue : il bégaie. Et comme on ne sait plus trop pourquoi on se sent contraint de le perpétuer, on s’invente un nouveau mythe, artificiel. Qui, s’il tient suffisamment longtemps, constituera une nouvelle pelure. Qui finira par être oubliée. Ce qui requerra la fabrication d’une nouvelle rationalisation…

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La fausse pelure actuelle de l’archerie, c’est le zen. Elle semble partie pour durer.
Et, point notable, c’est une pelure essentiellement occidentale. Créée par Herrigel. Sur la base de nombreux malentendus (si vous ne devez lire qu’un seul article, suivez ce lien) et de l’hyper spécificité de Awa Kenzõ, son sensei sans lien avec le zen, au profil un brin illuminé de fondeur « de secte » – un archétype courant au Japon.

Le point intéressant est que le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc, devenu référence obligée en Occident (je l’ai découvert parce que François Roustang en fait une bible pour psy, qu’il relit une fois l’an), appréhendé sans distance et à tort comme témoignage ethnologique scientifique, fait retour au Japon où son herméneutique « mythologique », miroir projectif des anticipations de l’auteur, est désormais reprise comme authentiquement autochtone.

Dis-moi qui je suis en validant ma singularité pour que je me donne une identité…

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Ecartons donc prudemment le premier kimono (trop rutilant, trop neuf, trop évident) du yumi (arc), celui du zen, et allons voir du côté de la magie et des symboles nationaux.

Trois jolies histoires se présentent immédiatement avec candeur à nous : Azusa-Yumi (le kamique impérial), Hama-Yumi (l’exorciste), Shigetô-no-Yumi (l’unificateur).

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J’intuitionne – en clamant que je n’y connais rien – que l’Azusa-yumi est, dans l’imaginaire japonais actuel, la matrice de tous les autres arcs. Même s’il n’est certainement lui aussi qu’une des pelures a posteriori d’un mythe néolithique oublié.

Un oiseau d’or (le phénix du Kinkakuji ?) se serait perché sur l’arc de catalpa (azusa) du petit-fils d’Amaterasu, Jimmu Tenno, le premier empereur du Japon. Heureux présage pour le Japon dans ce qui ressemble à une descente de kami. L’arc aurait ainsi acquis le pouvoir magique de disperser le mal par le seul son de la vibration de sa corde. Pas besoin de viser, pas besoin de tirer.

Depuis, l’arc de Catalpa protège et purifie la chambre secrète du temple Ise contenant le miroir d’Amaterasu.

Pas un arc, mais cinquante-neuf Asuza-Yumi associés par couple. Vingt-neuf arcs vermillons symbolisant l’énergie homme, trente arcs noirs symbolisant l’énergie femme. Kof.
Je me demande lequel, du vermillon manquant ou du noir surnuméraire, représente l’arc original ?

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Tous les vingt ans, la chambre d’Ise est refaite à neuf, à l’identique. Arcs y compris. Ce qui crée une opportunité : les plus grandes familles japonaises se font un honneur absolu de posséder un couple d’Azusa-yumi. Originaux ou copie.

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Le point essentiel du mythe est que l’arc, par sa vibration (diphonique ?), entre en contact avec le plan élémental des kamis et fait fuir les démons.
Cette double fonction de l’arc (contact kamique, exorcisme) va diffuser profondément dans la société japonaise.

Le Shintoïsme utilise l’arc dans de nombreuses cérémonies de purification. On vient à Setsubun brûler la flèche porte-bonheur (hamaya) achetée l’année passée et en acquérir une nouvelle pour l’année qui débute.

Le yumitorishiki, la danse de l’arc qui termine les tournois de sumo, si la petite histoire dit qu’elle a été initiée par la joie d’un sumotori d’Edo de recevoir un arc comme prix, ne peut pas ne pas être perçue comme liturgique, exorciste et pieuse, dans un « sport » qui se déploie comme religion.

Et puis surtout, surtout : il y a les miko, les itako, les femmes shamans, oracle et medium, dont la pratique fut interdite sous Meiji et qui se servent de la vibration de l’arc de catalpa pour entrer en transe et ainsi se faire standardiste entre les hommes et les esprits des morts. Il n’est pas question ici des actuelles assistantes des prêtres Shintô mais de véritables pratiques shamaniques par des femmes solitaires, souvent sans affiliation, parfois itinérantes.

Il faut que je trouve le temps de lire l’ouvrage de Carmen Blacker

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Le deuxième grand arc magique dont la légende est venue renforcer l’écho de l’Azusa-Yumi est le Hama-Yumi.

Selon l’histoire, en 1153, le palais impérial de Kyoto était la proie d’un démon chimère, un nue, qui se matérialisait à deux heures du matin sous la forme d’un nuage noir et qui rendait l’empereur malade. Les exorcismes des prêtres se révélant infructueux, un samuraï poète, Minamoto no Yorimasa – l’un des premiers à se suicider par devoir et dont le seppuku codifia tous les suivants – attendit l’arrivée du nuage noir sur le toit du palais, y décocha, avec son arc « hama-yumi », une flèche qui tua le nue.

Voilà encore un arc où l’on ne vise pas (il n’y a pas vraiment de cible). Mais qui exorcise.

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Troisième arc symbole d’importance : le shigetô-no-yumi.

Il me manque de nombreux mois de japonais intensif pour être capable de lire le web qui me permettrait de relier des informations parcellaires et contradictoires. Le shigetô-no-yumi (un arc tressé de rotin) semble faire référence à deux anecdotes distinctes.

La première est rapportée dans le Heike Monogatari et fait référence au tir stupéfiant de Nasu No Yoichi lors de la bataille de Yashima en 1184 qui sera suivie par la non moins incroyable bataille navale finale de Dan-no-ura : les ennemis Taira du clan Minamoto les narguaient à quelques encablures du rivage sur leurs bateaux, en plaçant à la proue de leur vaisseau amiral un éventail que les archers Minamoto n’auraient jamais dû pouvoir atteindre. Evidemment, Nasu No Yoichi, sur son cheval, dans l’écume des vagues, atteint l’éventail balloté par la houle – de sa première flèche.

Je rapporte cet épisode car il est connu de tous les japonais. On le trouve dans les BD racontant l’histoire du Japon aux enfants. Mais sans doute le nom de l’arc, dans ce que je crois comprendre, ne fait référence qu’au fait qu’il est tressé d’osier pour lui adjoindre des propriétés mécaniques de souplesse et de résistance.

Mais c’est l’anecdote suivante qui me semble plus intéressante comme mythe historique. Qu’il existe des glissements sémantiques par collusion homonymique avec l’arc de Nasu No Yoichi ne vient qu’en renforcer l’intérêt.

L’histoire du Japon est pendant longtemps une succession de guerres et de batailles entre les soixante-quatre provinces qui n’arrivent pas, malgré la présence d’un empereur à la lignée unique, à s’unifier.

Il faut attendre le 16ème siècle pour qu’une succession de trois chefs militaires, Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi puis Tokugawa Ieyasu imposent par la force cette unification.

Il semble que ce soit Nobunaga qui, le premier, ait remis à l’un des seigneurs qu’il venait de soumettre militairement un Shigetô-no-yumi, comme symbole de paix et d’unité. Cet arc de l’unité national devint ainsi un manifeste des partisans de Nobunaga et de l’idéal du Japon unifié qu’on exposait dans les maisons et sur les lieux de travail pour stimuler chez tous l’honneur, le courage et la dignité du « guerrier de la paix ».
Le rotin qui entoure l’arc opère soixante-quatre tours, un par province du Japon, pour rendre hommage à l’unification du pays.

L’arc, qui possède au soleil levant une forme qu’on ne trouve nulle part ailleurs – non symétrique – , est donc aussi un symbole identitaire majeur.

Qu’il atteigne sa cible importe moins que la réactualisation, par le geste, de sa mémoire.

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Le mousquet puis le fusil qui tueront l’arc japonais apparaissent, malgré leur efficacité, comme des produits d’importation sales, barbares, témoignages d’un pacte avec les kamis de l’enfer.
L’arc est un outil d’artisan. Pas d’ingénieur de la mort.

Dans le maintien de la force actuelle de cet emblème, comme par exemple dans le kyudô dont l’aura cérémoniel fascine, j’intuitionne une forme de dédain fier pour l’occident du métal et de la poudre. Le dégoût, le mépris (juste ?) de l’elfe pour les armées de Sauron…

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Résumons, synthétisons, unifions.
Quand un japonais tire, il ne vise pas la cible. C’est pour cela que de si nombreux sensei la ratent.
Le japonais qui tire à l’arc n’est ni un sportif, ni un artiste : c’est un officiant. Il prie, communie, exorcise, entre en transe de contact avec ses anciens, son identité collective, pour que ces derniers le protège, lui et les siens.
C’est aux kamis de faire mouche.

Bzzzzzz

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La question bonus surgit avec grâce : quels sont les mythes et les kamis français ? A quoi sommes-nous aveugles et qui contraint nos rituels ?


26 avril 2008

Kankiten 歓喜天 (joie- prendre plaisir – ciel/dieu)

Filed under: Dieux,esthétique — Stéphane Barbery @ 9:26

Parce que la statuaire japonaise me fait tant d’effet, j’ai acquis des livres catalogues.
Dont un de 800 pages avec de mauvaises photos en noir et blanc, mais complet, sur la sculpture bouddhique du soleil levant. Classée par divinités.

J’aime ce type d’album. Je me mets en très légère transe et tourne toutes les pages rapidement en laissant mon regard m’arrêter à chaque fois qu’une forme, par son intensité ou sa singularité, émerge. Comme un enfant collectionneur de timbres (ou de vignettes panini) feuilletant la collection d’un concurrent.

Mon projet est de trouver un sculpteur sur bois pour créer la statue parfaite pour mon tokonoma, une statue qui combinerait des traits spécifiques de différentes représentations bouddhiques existantes.

Mon oeil, donc, m’a arrêté sur Kankiten. Deux éléphants qui s’embrassent. Comme des baisers de Brancusi. D’ailleurs, les baisers de Brancusi ne sont que des kankitens qui s’ignorent. Qui s’ignorent ou bien.

Je montrai les photos à Salah et Shigenori. Qui firent la moue, dubitatifs, dans le style « t’es con ou quoi, t’as d’jà vu des éléphants sur le Fujiyama ? ».
Ils me proposèrent de chercher du côté de « Ganesh ». Muriel entendit « ganache » (au chocolat) et se mit mentalement à baver.

Sûr de mon intuition, je décidai de poursuivre mes recherches et tombai sur cette page (on ne louera jamais suffisamment le travail fabuleux de Mark Schumacher) dont j’extrais l’essentiel des informations ci-dessous et notamment l’incroyable anecdote rapportée par Gabi Greve.

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Kankiten 歓喜天 (かんきてん). Egalement appelé : Kangiten, Kangiten-sama, Shouten (聖天, Shooten, Shoten), Daishou-Kangiten (大聖歓喜天; だいしょうかんぎてん) ou le Deva de la félicité.

Il y aurait au Japon un culte important de dévotion à Kangiten mais… secret. Kangiten symboliserait l’affection conjugale et serait prié par les couples désirant un enfant. La puissance érotique de la symbolique des statues explique qu’on les cache pour ne les utiliser que dans des rituels secrets dans lesquels on verse de l’huile (le plus souvent chaude) sur elles. C’est la raison pour laquelle elles sont souvent en métal.

L’origine de la divinité est clairement hindoue : Ganesh (Ganesha, Ganapati) est le dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir. C’est le dieu qui lève les obstacles, un des symboles de l’identité entre microcosme et macrocosme.

Il semblerait qu’elle ait été introduite au Japon par Kûkai (774- 834), le fondateur de la secte bouddhiste Shingon.

Le Kankiten japonais est un couple qui s’étreint. Parfois franchement. Et parfois même sans têtes d’éléphant.

Traditionnellement, la femme porte une couronne de joyaux, une robe de moine rapiécée et un surplis rouge. Ses défenses et sa trompe sont courtes, ses yeux rétrécis, son corps blanchâtre. L’homme ne porte ni robe de moine ni couronne même s’il peut avoir un tissu noir sur les épaules. Son corps est d’un brun rougeâtre. Sa trompe est longue, ses yeux grand ouvert, sa tête repose sur l’épaule de la femme. Les pieds de la femme peuvent se trouver sur ceux de l’homme.

On pense que la partie masculine de la statue est le premier fils de Daijizaiten 大自在天, l’une des représentations de Shiva, le dieu hindou de la destruction. Ce fils aurait pour nom Daibôjin 大暴神, le « grand dieu sauvage ». Pour calmer cette divinité, la partie féminine de la statue serait une incarnation de la Kannon Bosatsu à onze têtes qui convertit ce dieu sauvage au bouddhisme. Kannon est capable d’entrer en méditation profonde (kanjin 觀心) et peut ainsi calmer la sauvagerie de Daibôjin. L’étreinte du masculin et du féminin, du sauvage et de la méditation, c’est Kankiten 歓喜天, la divinité de la joie.

Tout de suite, j’aime bien cette divinité.

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Bon et alors cette anecdote.

L’histoire commence au début de l’ère Edo, dans le temple Hôkaiji de Kamakura possédant une statue de Kankiten si puissante que les rituels l’impliquant n’utilisaient pas l’original de la statue (qui reste toujous enfermée dans son autel) mais une statue de substitution (Kakebotoke).

Une femme était venue au temple pour un rituel implorant l’aide de Kankiten pour avoir un enfant. Elle donna naissance à beau petit garçon mais mourut quelques temps plus tard sans avoir eu le temps de remercier, par un rituel de contre-don, la statue du temple.
Il ne faut jamais oublier de remercier Kankiten.
Son âme erra donc dans les limbes pendant plusieurs années.

Juste après la seconde guerre mondiale, une autre femme, Mme K, qui habitait près du temple, se mit à rêver toutes les nuits de cette histoire. Dans son rêve la morte lui promettait sa gratitude si elle organisait pour elle la cérémonie de remerciement à Kankiten.

Mme K se rendit au temple. Le prêtre venait juste de recevoir une statue de substitution neuve et rechignait à procéder directement au rituel nécessitant de verser dessus de l’huile chaude. Il proposa de tenter le coup en utilisant un miroir et en versant l’huile sur le reflet de la statue substitutive… Kankiten accepta l’offrande. L’âme de la morte fut enfin libérée. Elle apparut une dernière fois au chevet de Mme K pour la remercier et lui dire qu’elle tiendrait sa promesse.

Qui était donc cette Mme K ?
La femme de Yasunari Kawabata. Oui oui : le prix Nobel de littérature. Qui a toujours été persuadée que cette consécration était la directe conséquence de son intervention.

Si tu demandes quelque chose à Kankiten, n’oublie jamais de remercier…


 
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