21 avril 2010

羽箒 habôki

Filed under: Précieux — Stéphane Barbery @ 17:35

羽箒 habôki, plumeau

« Utiliser pour épousseter et purifier le brasero (furo) ou le foyer de sol (ro) ainsi que pour balayer la chambre de thé.

Constitué de plumes d’oiseau, qui sont considérées comme représentant la pureté.

Parmi les différents types de Habôki on trouve :
- mitsubane : trois plumes
- hitotsubane : une plume
- tsukamibane : quinze plumes de grues
- zabaki : pour balayer le sol
- kobane : petite plume

Le mot « habôki » désigne généralement le type mitsubane utilisé dans la procédure de mise en place du charbon (sumidemae). Ce type de plumeau est constitué de trois plumes et possède une poignée d’écorce de bambou maintenue par un fil tressé.
Il en existe trois versions :
- Uha (la plus grande moitié de la plume se situe sur la droite de son axe)
- Saha (la plus grande moitié de la plume se situe sur la gauche)
- Moroha (les deux parties de la plume sont uniformément réparties sur l’axe)

Dans la traduction Urasenke, uha est utilisé pour le brasero, saha, pour le foyer au sol.

Les plumes de héron sont considérées comme les meilleures.
Parmi les autres plumes utilisées : grue blanche et grue noire, cygne, oie sauvage, épervier, héron rouge, hakkanchô (sorte de faisan), kô (sorte d’oie), chouette, et aigle. »

(A Chanoyu Vocabulary, Tankosha 2007)


20 avril 2010

憑く tsuku

Filed under: Précieux — Stéphane Barbery @ 18:25


憑く tsuku, ici dans le sens de chevauchement

« Le maître de thé évitera même d’utiliser deux objets produits dans la même région ou conçus du même matériau. Un tel chevauchement (tsuku) pourrait être pris pour désinvolte. A l’inverse, il est permis d’utiliser trois objets de même provenance car il serait alors clair que le maître de thé y a mis une intention. Quatre serait excessif ».

(Sen’ô et Sendô Tanaka, The Tea Ceremony, p. 89)


18 avril 2010

節無 fushinashi

Filed under: Précieux — Stéphane Barbery @ 17:28

節無 fushinashi, sans noeud :

Spatule à matcha en bambou qui ne contient pas de noeud.
Classée comme formelle (真 shin).
Une spatule sans noeud, en pin, sakura ou ume est considérée comme informelle (草 sô).

(A Chanoyu Vocabulary, Tankosha 2007)

PS : je commence ici une nouvelle série ( « Précieux » ) où je posterai ma traduction d’une sélection de définitions ou de préceptes liés à la cérémonie du thé.
Le critère de sélection des articles est simple : lors de mes lectures, mes pupilles se sont suffisamment agrandies pour que je le remarque et/ou j’ai dû m’arrêter pour hocher la tête, souffler, ou bien rire afin d’évacuer une tension qui oscille entre la stupéfaction envieuse, l’effarement goguenard, l’étonnement complice.


20 septembre 2009

Paravents

Filed under: art,esthétique — Stéphane Barbery @ 9:54

Pierre n’a jamais compris les paravents

Ce n’est pas pratique
C’est fragile
Ca peut tomber comme un bricolage d’enfant
C’est mou, même en bois,
avachi comme un accordéon à qui on aurait dit
« tiens-toi droit »

Et puis surtout,
un paravent : c’est para-oeil

d’hypocrite

Ca fait bordel
et cabinet médical

On essaye d’y voir
les tétons
se dessiner sur l’ombre

Ca fait fauchés
qui veulent cacher la misère

Ou locataires qui n’ont
pas le droit,
pas les sous,
pour cloisonner

Un paravent,
c’est un objet bête
insincère
un brin porno
de pauvres

*

Pierre s’est toujours demandé pourquoi
les Chinois
et les Japonais
aiment
les paravents

pourquoi ils peignent dessus

*

Un tableau,
ce doit être un tableau.

Pas un décor
sur un objet,
un trompe-l’oeil,
une bidouille
d’architecte d’intérieur

*

- et l’intérieur est toujours l’intérieur d’une âme -

*

Un tableau
ça doit montrer
pas masquer,
on doit le regarder
de tout son être sage
sans être perturbé
par un effeuillage imaginaire
- glissements de soies d’un kimono -
par au-delà

*

Pierre poursuit ses visites
Son temps n’est pas celui des touristes
Il honore sa chance.
Il comprend le besoin de temps.
D’habiter le temps
étranger.

*

Il passe un week-end chez des amis,
riches.

Il dort dans une pièce à shoji,
peints

*

Il y rêve.
Et son rêve est l’univers des shoji peints.
Il a soif.
Il se réveille.
Et son univers est celui des shoji peints.

Il comprend.
Il comprend ce qu’il avait lu sans comprendre.

Ici,
la peinture n’est pas une vue,
a view fenêtrée,
isolée
formolisée
du monde

Ici, tu habites
dans
la peinture
qui n’est pas
sacralisée
totemisée
mais le monde lui-même
le rêve lui-même

un des rêves du monde

*

Parfois tu as soif,
tu te réveilles,
tu sors de ce rêve-ci
pour entrer dans une autre
pièce,
un autre rêve-là

Et parfois ce rêve-ci est si fort
si juste
que tu ne veux jamais
jamais qu’il ne te quitte

tu exiges
le regard furieux
qu’il se déplace avec toi
qu’il te prenne dans ses bras,
t’accueille

toujours

*

Pierre comprend

*

Ici,
les « paravents »
ne sont pas des
paravents

*

Mais des rêves.

Des rêves
Caravanes.


24 août 2009

Awarisme ou Barbarie

Filed under: esthétique,Psychohistoire,sociologie — Stéphane Barbery @ 16:30

Kyôto la magnifique est d’un triste !
A t’anémier,
sweet saignée,
si tu n’en sors
régulièrement.

- et tu reviens sans délai.

Une tristesse singulière, douce, light.
Nervous breakdown qui ne serait pas le résultat d’une offre saturée
sur le marché des bonbons roses,
antidépresseurs dernière génération et diagnostics athéoriques.

Tristesse réduite en calorie, artistique :
spleen dont les
chats de Baudelaire
se délecteraient
d’un coup de langue
lent
sur leurs
babines
ouvertes
au doux

La culture offre une batterie nosologique ready-made à cette pastellisation diluée de l’existence :
ce vague vague à l’âme serait effet du
Mono-no-aware pervasif,
non pas perfusion
mais brume
et brouillard
de civilisation karmique
vibromassée
par une impermanence
étalonnée sur les logarithmes richteriens.

On serait triste ici car
les saisons seraient trop fortes
les tremblements trop fréquents
le bois trop pourrissants
les pétales roses et les feuilles d’incendie trop
papillonnants

La tristesse sourdrait du la – bémol, mineur -
donné, chanté, aumé
par la fuite acceptée
des choses,
par la rouille révérée
par la patine sanctifiée
qui flasheraient
- voudrions-nous l’omettre -
notre pitoyable,
gaussien,
isolement granuleux
de mortel
voué à la cendre.

l’Awarisme,
esthétisation
de notre
être de peu

*

Alors tu te laisses
aller
à ce rien de tristesse
tout content
de faire partie de
ces gourmets
du vrai

Puis, parfois,
vient le temps
où cette sédation
neuroleptique
ne t’apparaît plus
belle ni saine
- ni laide ni douteuse -
mais mauvais dosage.
De cuisine sociétale.

Cette dépression ouatée,
métronomique,
de retraité ritualisant leur temps
pour ne pas sangloter
continûment
de trouille
d’ennui
d’effroi,
et si elle n’était
performance philosophique
mais effet secondaire,
toxique,
d’un trop
de civilisation
?

Une cour trop précieuse
trop policée
un ma algorithmiquement
anticipable
une étiquette si parfaite que
la lettre est l’esprit
ne créent-ils pas
chez les singes nus que nous
sommes toujours
des envies de
déchirement,
de morsure,
de violence hurlée
pour enfin tressaillir
au rasoir brutal
de la sensation retrouvée ?
Cracher sur la volupté
pour lacérer l’orgasme ?

*

Kyôto,
ce gassho permanent
au Kyôsaku.

*

Et, le regard vide,
le cuisinier
de fixer ses bocaux précieux
en se demandant
comment incorporer
des poivres barbares
à son
sashimi
de
seiche


 
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