26 mai 2008

Sapir-Whorf et Jindaimoji ne figurent pas dans l’Officiel du Scrabble

Filed under: Psychohistoire,sociologie — Stéphane Barbery @ 18:49

Le nihonjinron est ici un vieux genre éditorial à succès dont l’objet d’étude est l’esprit national, la spécificité unique du pays et de ses habitants. Quand il ne l’alimente pas, l’occidental de bon ton le critique comme contribuant à entretenir, intentionnellement ou paradoxalement, un nationalisme culturel, isolant, nombriliste, fermé.

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C’est un peu comme si les Japonais avaient trouvé actuellement dans le nihonjinron un compromis leur permettant de garder une place à part (avec l’équivalence implicite sous-jacente : unique = premier) sans avoir le rôle de superpuissance géopolitique (et ses emmerdes) qui devrait être associé à cette « unicité ».

Comme si également, dans la dynamique familiale systémique des nations, les autres attendaient du Japon, qu’il joue son « différent » sur l’unique plan culturel parce que l’exotique, c’est kawaiii, et parce que le mignon, c’est mineur, non menaçant. Qu’il ne constitue en aucun cas un modèle.

Au fond, le nihonjinron, c’est une façon de ne pas prendre le Japon au sérieux.

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Ce blog pourrait être rapidement classé dans cette catégorie éditoriale. A mon corps défendant puisque j’insiste, depuis le début, sur le fait que ce ne sont ni le sui generis ni le figé de la tradition qui me passionnent mais un style programmatique, une optimisation de conatus universalisable.

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Je ne dénie pas être une joyeuse victime consentante des feux de l’amour. Où chaque découverte conforte le sourire niais. Où les brefs froncements de sourcil sont immédiatement remisés. Où l’autre ne pète pas.

Je ne dénie pas l’artificialité de notre situation de culs bordés d’udons. Comme si nous vivions dans un monde affichant partout, tous les jours : « aujourd’hui, on rase gratis ».
Bref, je n’ai aucune idée du prix de la facture de l’optimisation conatique qui me rend amoureux.
Ce prix est peut-être socialement, humainement, déraisonnable.

J’ai pourtant l’intuition que ce qui me touche ici se situe en-deçà du social.

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Le « vous pouvez pas me comprendre chuis différent » du nihonjinron repose sur quelques postulats implicites parmi lesquels : la so-called, très star-trekienne et controversée hypothèse Sapir-Whorf.

Vous avez forcément entendu parler de ce lieu commun selon lequel la structure d’un langage contrain(drai)t les cadres d’appréhension et de pensée de notre rapport au monde.
En général, on vous sort comme exemples censés vous fermer le clapet vu que l’exotique ça épate parce que personne n’y connaît franchement grand chose :
- les batailles de boules de neige des esquimaux (et leur supposée multiplicité lexicale pour désigner différents types de ce que nous appelons uniquement et très pauvrement « neige »)
- la rolex des indiens Hopi (et leur soi-disante absence de structure grammaticale temporelle)
- la fonction calculette du iphone des Mundurukus brésiliens (et leur absence de mots pour compter au-delà de cinq, ce qui ne les empêcheraient pas, chez Mac Do, de distinguer une petite frite d’une grosse).

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J’imagine la syncope de l’orphelin munduruku-hopi, élevé par un couple d’esquimaux à notre époque de réchauffement planétaire, à qui une japonaise en doudoune rose demanderait l’heure en début de soirée…

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L’ellipse, la Cour, l’élémental.

J’éprouve actuellement avec une intensité croissante cette irritante frustration de ne pas parler la langue. J’y consacre du temps quotidien pourtant. Pas suffisamment. Mais studieusement. Sérieusement.

La frustration ne vient pas de ne pas me faire comprendre : j’arrive à commander par téléphone une délicieuse pizza, livrée en dix minutes, pour accompagner la projection de Kill Bill (merci les amis pour nos dvd !).

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L’irritation vient de ne pas mieux pouvoir comprendre. De ne pas mieux pouvoir tester mon intuition que ce que j’aime au Japon ne se trouve ni foncièrement dans la géographie, ni fondamentalement dans l’histoire mais peut-être dans sa langue (et je ne parle pas ici du lexique).

Dans la langue, je repère en bourrin : l’ellipse, la Cour, l’élémental.

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Le Japonais n’est pas une langue à tons. Mais une langue à maguro.
Keuf.

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Cette linéarité non tonale que nous partageons, tranche, katakanise le réel.
Tu ajoutes à cela l’économie de moyens. Limite p’tit nègre perçu par un grand con de blanc. Qui crée un de ces flouflous vaporeux qui imposent la présence du contexte.

Le vague, ça te fixe au décor. La fumée, ça t’oblige à tendre les bras pour sentir les murs.

Le non-articulé concentré, le silence, ça t’impose de lire le corps de l’autre, les yeux de l’autre derrière le visage contenu. Ca développe ta sensibilité à la nuance, au détail, au micro. Comme une bonne formation de psy. Ca doit fatiguer à la longue cette hypervigilance. Au point qu’on doit vouloir grogner. D’ailleurs les japonais grognent.

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Sur le flouflou de la langue, tu rajoutes le protocole de la Cour confucéenne. Où chacun est à sa place dans une structure de classes – de classes d’objets de langage informatique.

Un flouflou qui ne supporte pas l’incorrection d’une étiquette surdivisée à l’excès. Car s’il semble bien y avoir un gâchis inutile du Japonais – si on le compare au niveau unique du Québécois – c’est bien sur ce registre aliénant des niveaux de langage qui t’empêchent de considérer l’autre comme un égal. De t’adresser à lui, directement. Sans risquer l’impermanente, honteuse, conséquemment débitrice incorrection.

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Et tu rajoutes les kanjis. Parce qu’une langue, ça se tatoue en toi d’être écrit.
C’est pas japonais les kanjis. C’est chinois.
Y’a bien les boucles anglaises de l’Hiragana et les mini coups de sabre du Katakana.
Mais fondamentalement, c’est chinois.
Et que c’est beau dans sa p’tite case carrée ! Avec ses clés élémentaires qui te renvoient à un monde pré-technologique.

Ecrire en kanji, penser en kanji, c’est peindre un monde d’il y a deux mille ans.
Quand tu parles en kanji, quand tu penses en kanji, tu convoques le soleil et la lune, l’eau et le feu, le sabre et la rizière, la montagne et l’or. Continûment.

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Les kanjis aussi ça te conduit à la minutie. Au regard scrupuleux. A l’hypervigilance du détail. Ca plus la peur de l’impair, et forcément, ça t’obsessionnalise un peu. On aimerait qu’il pète plus, le Japonais.

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Les kanjis, donc, c’est du chinois…
Alors quand on s’invente des mythologies religieuses qui nous font descendre des dieux, il était tout naturel qu’à un moment ou à un autre on s’invente une écriture pré-kanji transmise par les kamis : le jindaimoji (神代文字), l’écriture du temps des dieux.

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Ca m’a amusé cette anecdote selon laquelle, derrière le miroir d’Ise, le Yata no kagami (八咫鏡), que seul l’empereur et les grands prêtres les plus sûrs du shintoïsme officiel sont autorisés à regarder, on trouverait des lettres sacrées. Evidemment, pour certains, cela ne pouvait être que de l’hébreu. Si le dessin du lien précédent est exact, alors on peut situer à une date très récente le miroir actuel dont les signes ressemblent à du jindaimoji.

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Parce que le jindaimoji, comme le commenteraient les ados de la planète sur youtube : « FAKE ». C’est un hoax. On peut même dire qu’entre le 16ème et le 18ème siècle, il était de bon ton pour un prêtre shinto ambitieux de créer/découvrir un alphabet des dieux. On en trouve ainsi des dizaines, que l’on peut même télécharger sous forme de polices ttf.
Et certains temples actuels continueraient de porter la trace de ces faux soutenus par la propagande nationaliste du début du 20ème siècle.

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Un grand nombre de ces alphabets sont de simples variations inspirées du magnifique et sublime hangul coréen, inventé par Sejong le Grand au milieu du 15ème siècle pour faciliter l’alphabétisation de son peuple.
Il faudra revenir longuement sur les rapports (en miroir d’Ise ?) du Japon et de la Corée.

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Dans quelques siècles, le japonais continuera-t-il à s’écrire avec des kanjis ? Cette question grave a agité sérieusement les esprits des modernistes sous Meiji. Que perdrait le Japon s’il troquait son système d’écriture actuel pour un autre, plus ergonomique ? Qu’y gagnerait-il ? Quelle vision du monde lui serait soustraite ou ajoutée ? Que peut-on souhaiter à nos amis et à l’humanité qui vient ?

Si l’on envisage ces questions comme celles d’un enjeu réel à venir, elles pétrifient.


16 mai 2008

La Cour

Filed under: esthétique,Psychohistoire,sociologie — Stéphane Barbery @ 8:18

Hier, le défilé de l’Aoi Matsuri m’a fait penser à celui de la fête de Jeanne d’Arc à Orléans.

C’est ridicule. Brésilien.
Ca plaît aux gosses et aux touristes.
Et ça a une fonction stade du miroir : d’entretien d’une identité mythologique. Comme une vieille dame qui aurait besoin de regarder tous les ans son portrait « à la studio Harcourt » que feu ses parents, modistes de province, lui avaient offert pour ses dix-sept ans.

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En France, s’il y avait à organiser un défilé réellement révélateur qui susciterait une résonance profonde comme un aum venant des tripes, ce serait un défilé représentant la Cour de Louis XIV.
Parce que même si nous sommes un brin sauvés par la Bastille et la Commune, notre idéal-du-moi du-passé-du-futur, notre nombril groupal : c’est Versailles.
Les Français, c’est la Cour.

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Là où ça commence à devenir intéressant, c’est que les Japonais aussi.
Les Japonais (ou, à tout le moins, les kyotoïtes), c’est la Cour.
Une Cour sans Bastille ni Commune.
La Cour de Heian.

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D’où, entre les deux cultures, cette subtile reconnaissance échoïque, ce hochement de tête léger qu’on adresse à ceux qui partagent le même tailleur.
Les Japonais créent des dessins animés et des mangas sur Versailles. Achètent en masse du Vuiton et du Hermès parce que ça fait royal, parce que cela fait Cour occidentale (1) historiquement plus proche (2).

(1) Occidentale : il faut relever le gant de (Perry + Mac Arthur); géographiquement éloignée donc un chouilla exotique; mais pas américaine.

(2) Plus récente : moins lourdingue comme citation que le cosplay à la Heian; mais suffisamment ancienne pour témoigner de l’existence d’une histoire (par contraste avec ces vachers d’américains sans lignée).

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La Cour de Versailles pour les Japonais, c’est donc l’objet historique de substitution idéale, un kakebotoke (ou maedachi) identificatoire comme ceux qu’on utilise pour ne pas sortir la statue, trop puissante, de Kankiten de son autel.

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Les Français sont flattés par ce coup de chapeau mais ils trouvent cela si naturel, vu que comme fils du roi soleil ils se prennent tous pour des Akhenaton universels, qu’ils le notent à peine, ou avec une obligatoire condescendance.

Un observateur tiers ne pourrait cependant pas ne pas noter que les Français vivent ce type d’hommage exactement comme le corbac au claquos de la fable. Avec régulièrement la même chute, le même ridicule.

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Nous avons donc d’un côté des Japonais qui rêvent de la Cour de Versailles. Comme identification actuelle de compromis historique légitime.

Et nous avons des Français qui rêvent de la Cour de Heian comme continuité qui aurait eu la chance infinie d’échapper à la révolution : une Cour non maculée par l’populo.

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Les Français aiment les japonais parce qu’ils ont le comportement, l’allure, la classe de ceux qui n’ont pas connu l’abolition des privilèges.

Un Français, c’est dans le déni permanent de la perte de ses titres, de ses perruques poudrées, de ses mouches. Un Français, c’est un russe blanc pauvre en exil après 17.

Trouvez sur la planète un aristo déchu, vous trouverez le cœur de la France que l’on peut donc autrement définir comme le déni, le refus de l’évolution de la lutte des classes où les épiciers actuels tiennent aujourd’hui, de façon transitoire comme tout stade historique, le haut du pavé.

Les Français et les Japonais partagent la Cour et ce déni.
Et comme des Russes blancs portant des pièces aux coudes, ils hochent imperceptiblement la tête en se croisant sur la promenade des anglais de l’histoire.


15 mai 2008

Gandhi, la France, le Japon, l’humilité, l’espoir

Filed under: esthétique,sociologie — Stéphane Barbery @ 6:48

Internet (en l’occurence, dans la technologie du moment, les pages populaires de digg ou de del.icio.us dont les fil rss s’affichent dans l’onglet Firefox en permanence ouvert de mon compte netvibes), c’est la sérendipité permanente.
Le plus souvent divertissante, geek et futile. Et parfois, d’une profondeur qui redonne espoir.

Cette page, compilant des citations majeures de Gandhi, était hier l’une des plus populaires et bookmarquées du net.

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En intello français, j’ai toujours méprisé Gandhi.
Pas la prise de pouvoir. Mais le discours barbapapa.
Gandhi pour un français, c’est pas Robespierre. Alors on se dit qu’il a vraiment eu du bol, que de toute façon la décolonisation allait se faire à un moment ou un autre, et que sa réussite politique n’a rien à avoir avec son discours d’assistante d’école maternelle.
Pour un frentchouille : Gandhi, c’est Candy. Tourné en technicolor avec un accent british.

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Alors hier, je me suis trouvé con, mais vraiment con, à pouvoir enfin être en mesure de comprendre la valeur de ses paroles, de ses propositions :

« Ne pas perdre foi en l’humanité. L’humanité est un océan; si quelques gouttes de l’océan sont sales, l’océan n’en devient pas sale ».

« La différence entre ce que nous faisons et ce que nous sommes capables de faire suffirait à résoudre la plupart des problèmes du monde ».

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le Monde ».

« Le faible ne peut jamais pardonner. Le pardon est un attribut du fort ».

« Une once de pratique vaut mieux que des tonnes de prêches ».

« Je ne veux pas anticiper le futur. Mon souci est de prendre soin du présent ».

« J’affirme n’être qu’un simple individu capable d’errer comme n’importe quel autre mortel. Je reconnais, pourtant, avoir l’humilité suffisante pour reconnaître mes erreurs et retracer mes pas ».

« D’abord ils vous ignorent, puis ils rient de vous, puis ils vous combattent, puis vous gagnez ».

« Un homme devient grand dans l’exact degré avec lequel il travaille pour le bien-être de ses semblables ».

« Le bonheur, c’est quand ce que l’on pense, ce que l’on dit, et ce que l’on fait est en harmonie ».

« Le développement constant est une loi de la vie et un homme qui essaye toujours de maintenir ses dogmes pour paraître consistant se conduit seul vers une position fausse ».

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Je restai quelques instants dans la lumière chaleureuse de ces paroles.

Pour prendre conscience : ça, c’est pas le Japon.

Ca m’embêtait comme idée, alors je creusai.
Pour reconnaître par connexion : ça, c’est pas non plus la France.

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Ce qui relie la France au Japon, c’est ce partage de ne pas être gandhien.

Il y a chez Gandhi de l’humilité et de l’espoir. Une orientation vers un futur meilleur. Pas vers un grand soir. Juste un petit matin. Mais baigné de soleil.

Un petit matin baigné de soleil, ça fait ricaner un français. Un japonais ne peut même pas s’autoriser à y penser.

Derrière le partage, en premier plan, de l’élégance, la France et le Japon ne communieraient-ils pas dans le désespoir ? Un désespoir révolté populaire et intello dans l’Hexagone. Un désespoir racinien ici ?

Alors devenir un franco-japonais gandhien.


5 mai 2008

L’arc nationalo-magique

Filed under: Dieux,esthétique,sociologie — Stéphane Barbery @ 15:30

Hier, exceptionnelle cérémonie de Yabusame, l’un des moments forts de l’Aoi Matsuri du temple Shintō Shimogamo. Une cérémonie de ce type, il semblerait qu’on la tient pour attirer l’attention des kamis (le ohhh de la foule, à chaque tir), leur plaire en espérant leur bienveillance; et pour stimuler, par identification projective avec les cavaliers, le courage des spectateurs.

Vingt-cinq à l’ombre. Le vendeur de boissons, dont le prix des bouteilles et canettes est le double de celui, déjà cher, des distributeurs automatiques a mal jaugé son gaijin en voulant – c’est la première fois – m’arnaquer de 500 yens.

Deuxième première fois : la cérémonie commence avec retard, beaucoup de retard.

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Le premier cavalier-archer s’élance, passe devant la deuxième cible au triple-galot. Et la rate.
Idem pour le second cavalier.
Idem pour le troisième.

Les cibles sont pourtant à moins de deux mètres des participants. Qui sont sélectionnés parce que ce sont des bons. En plus du fait d’être jeunes avec un physique de beau gosse portant bien le cosplay médiéval.

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Comme pour le kyūdō du jour précédent, je me demande si la compétence s’est perdue au fil des siècles ou si les archers montés d’antan avaient aussi peu de réussite, donc d’efficacité, si ce n’est symbolique, sur les champs de bataille.

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Ce qui apparaît dès lors clairement, c’est qu’aujourd’hui au Japon, un archer ne cherche pas à atteindre sa cible. Il fait autre chose.

Il prie. Il oblationne aux dieux.

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J’ai toujours détesté la géographie.

Il y a deux ans, lors de notre premier voyage express à l’intensité indélébile, je prenais conscience – dans une surprise commotionnante – que la culture, c’est la géographie. Videz le Japon. Prenez deux fois la population française. Placez-la ici. Laissez infuser quelques siècles : vous aurez des japonais.

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J’ai jamais vraiment aimé l’histoire.

Au début de cette année, je prenais conscience – dans une surprise commotionnante – que la culture, c’est l’histoire, le transgénérationel collectif, un gratin dauphinois, un taquin du temps.

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Les ethnologues me divertissaient en me laissant un sourire infatué aux lèvres.

Ces dernières semaines, je prends conscience – dans une surprise commotionnante – que la culture, c’est la mythologie.

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Ca a commencé avec les sakura puis le bruit. Et maintenant l’arc-qui-ne-sert-pas-à-tirer.

Quand vous tombez sur un fait social absurde, qui ne colle avec aucune explication sensée, quand vos amis du cru font une grimace d’ignorance pour répondre à votre « pourquoi », alors grattez les sagas du coin. Vous y repérerez immanquablement d’anciennes sentes.

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La difficulté avec les mythes, c’est qu’ils tendent à se faire oublier. Le rituel lui, a une durée de vie plus longue : il bégaie. Et comme on ne sait plus trop pourquoi on se sent contraint de le perpétuer, on s’invente un nouveau mythe, artificiel. Qui, s’il tient suffisamment longtemps, constituera une nouvelle pelure. Qui finira par être oubliée. Ce qui requerra la fabrication d’une nouvelle rationalisation…

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La fausse pelure actuelle de l’archerie, c’est le zen. Elle semble partie pour durer.
Et, point notable, c’est une pelure essentiellement occidentale. Créée par Herrigel. Sur la base de nombreux malentendus (si vous ne devez lire qu’un seul article, suivez ce lien) et de l’hyper spécificité de Awa Kenzõ, son sensei sans lien avec le zen, au profil un brin illuminé de fondeur « de secte » – un archétype courant au Japon.

Le point intéressant est que le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc, devenu référence obligée en Occident (je l’ai découvert parce que François Roustang en fait une bible pour psy, qu’il relit une fois l’an), appréhendé sans distance et à tort comme témoignage ethnologique scientifique, fait retour au Japon où son herméneutique « mythologique », miroir projectif des anticipations de l’auteur, est désormais reprise comme authentiquement autochtone.

Dis-moi qui je suis en validant ma singularité pour que je me donne une identité…

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Ecartons donc prudemment le premier kimono (trop rutilant, trop neuf, trop évident) du yumi (arc), celui du zen, et allons voir du côté de la magie et des symboles nationaux.

Trois jolies histoires se présentent immédiatement avec candeur à nous : Azusa-Yumi (le kamique impérial), Hama-Yumi (l’exorciste), Shigetô-no-Yumi (l’unificateur).

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J’intuitionne – en clamant que je n’y connais rien – que l’Azusa-yumi est, dans l’imaginaire japonais actuel, la matrice de tous les autres arcs. Même s’il n’est certainement lui aussi qu’une des pelures a posteriori d’un mythe néolithique oublié.

Un oiseau d’or (le phénix du Kinkakuji ?) se serait perché sur l’arc de catalpa (azusa) du petit-fils d’Amaterasu, Jimmu Tenno, le premier empereur du Japon. Heureux présage pour le Japon dans ce qui ressemble à une descente de kami. L’arc aurait ainsi acquis le pouvoir magique de disperser le mal par le seul son de la vibration de sa corde. Pas besoin de viser, pas besoin de tirer.

Depuis, l’arc de Catalpa protège et purifie la chambre secrète du temple Ise contenant le miroir d’Amaterasu.

Pas un arc, mais cinquante-neuf Asuza-Yumi associés par couple. Vingt-neuf arcs vermillons symbolisant l’énergie homme, trente arcs noirs symbolisant l’énergie femme. Kof.
Je me demande lequel, du vermillon manquant ou du noir surnuméraire, représente l’arc original ?

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Tous les vingt ans, la chambre d’Ise est refaite à neuf, à l’identique. Arcs y compris. Ce qui crée une opportunité : les plus grandes familles japonaises se font un honneur absolu de posséder un couple d’Azusa-yumi. Originaux ou copie.

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Le point essentiel du mythe est que l’arc, par sa vibration (diphonique ?), entre en contact avec le plan élémental des kamis et fait fuir les démons.
Cette double fonction de l’arc (contact kamique, exorcisme) va diffuser profondément dans la société japonaise.

Le Shintoïsme utilise l’arc dans de nombreuses cérémonies de purification. On vient à Setsubun brûler la flèche porte-bonheur (hamaya) achetée l’année passée et en acquérir une nouvelle pour l’année qui débute.

Le yumitorishiki, la danse de l’arc qui termine les tournois de sumo, si la petite histoire dit qu’elle a été initiée par la joie d’un sumotori d’Edo de recevoir un arc comme prix, ne peut pas ne pas être perçue comme liturgique, exorciste et pieuse, dans un « sport » qui se déploie comme religion.

Et puis surtout, surtout : il y a les miko, les itako, les femmes shamans, oracle et medium, dont la pratique fut interdite sous Meiji et qui se servent de la vibration de l’arc de catalpa pour entrer en transe et ainsi se faire standardiste entre les hommes et les esprits des morts. Il n’est pas question ici des actuelles assistantes des prêtres Shintô mais de véritables pratiques shamaniques par des femmes solitaires, souvent sans affiliation, parfois itinérantes.

Il faut que je trouve le temps de lire l’ouvrage de Carmen Blacker

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Le deuxième grand arc magique dont la légende est venue renforcer l’écho de l’Azusa-Yumi est le Hama-Yumi.

Selon l’histoire, en 1153, le palais impérial de Kyoto était la proie d’un démon chimère, un nue, qui se matérialisait à deux heures du matin sous la forme d’un nuage noir et qui rendait l’empereur malade. Les exorcismes des prêtres se révélant infructueux, un samuraï poète, Minamoto no Yorimasa – l’un des premiers à se suicider par devoir et dont le seppuku codifia tous les suivants – attendit l’arrivée du nuage noir sur le toit du palais, y décocha, avec son arc « hama-yumi », une flèche qui tua le nue.

Voilà encore un arc où l’on ne vise pas (il n’y a pas vraiment de cible). Mais qui exorcise.

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Troisième arc symbole d’importance : le shigetô-no-yumi.

Il me manque de nombreux mois de japonais intensif pour être capable de lire le web qui me permettrait de relier des informations parcellaires et contradictoires. Le shigetô-no-yumi (un arc tressé de rotin) semble faire référence à deux anecdotes distinctes.

La première est rapportée dans le Heike Monogatari et fait référence au tir stupéfiant de Nasu No Yoichi lors de la bataille de Yashima en 1184 qui sera suivie par la non moins incroyable bataille navale finale de Dan-no-ura : les ennemis Taira du clan Minamoto les narguaient à quelques encablures du rivage sur leurs bateaux, en plaçant à la proue de leur vaisseau amiral un éventail que les archers Minamoto n’auraient jamais dû pouvoir atteindre. Evidemment, Nasu No Yoichi, sur son cheval, dans l’écume des vagues, atteint l’éventail balloté par la houle – de sa première flèche.

Je rapporte cet épisode car il est connu de tous les japonais. On le trouve dans les BD racontant l’histoire du Japon aux enfants. Mais sans doute le nom de l’arc, dans ce que je crois comprendre, ne fait référence qu’au fait qu’il est tressé d’osier pour lui adjoindre des propriétés mécaniques de souplesse et de résistance.

Mais c’est l’anecdote suivante qui me semble plus intéressante comme mythe historique. Qu’il existe des glissements sémantiques par collusion homonymique avec l’arc de Nasu No Yoichi ne vient qu’en renforcer l’intérêt.

L’histoire du Japon est pendant longtemps une succession de guerres et de batailles entre les soixante-quatre provinces qui n’arrivent pas, malgré la présence d’un empereur à la lignée unique, à s’unifier.

Il faut attendre le 16ème siècle pour qu’une succession de trois chefs militaires, Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi puis Tokugawa Ieyasu imposent par la force cette unification.

Il semble que ce soit Nobunaga qui, le premier, ait remis à l’un des seigneurs qu’il venait de soumettre militairement un Shigetô-no-yumi, comme symbole de paix et d’unité. Cet arc de l’unité national devint ainsi un manifeste des partisans de Nobunaga et de l’idéal du Japon unifié qu’on exposait dans les maisons et sur les lieux de travail pour stimuler chez tous l’honneur, le courage et la dignité du « guerrier de la paix ».
Le rotin qui entoure l’arc opère soixante-quatre tours, un par province du Japon, pour rendre hommage à l’unification du pays.

L’arc, qui possède au soleil levant une forme qu’on ne trouve nulle part ailleurs – non symétrique – , est donc aussi un symbole identitaire majeur.

Qu’il atteigne sa cible importe moins que la réactualisation, par le geste, de sa mémoire.

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Le mousquet puis le fusil qui tueront l’arc japonais apparaissent, malgré leur efficacité, comme des produits d’importation sales, barbares, témoignages d’un pacte avec les kamis de l’enfer.
L’arc est un outil d’artisan. Pas d’ingénieur de la mort.

Dans le maintien de la force actuelle de cet emblème, comme par exemple dans le kyudô dont l’aura cérémoniel fascine, j’intuitionne une forme de dédain fier pour l’occident du métal et de la poudre. Le dégoût, le mépris (juste ?) de l’elfe pour les armées de Sauron…

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Résumons, synthétisons, unifions.
Quand un japonais tire, il ne vise pas la cible. C’est pour cela que de si nombreux sensei la ratent.
Le japonais qui tire à l’arc n’est ni un sportif, ni un artiste : c’est un officiant. Il prie, communie, exorcise, entre en transe de contact avec ses anciens, son identité collective, pour que ces derniers le protège, lui et les siens.
C’est aux kamis de faire mouche.

Bzzzzzz

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La question bonus surgit avec grâce : quels sont les mythes et les kamis français ? A quoi sommes-nous aveugles et qui contraint nos rituels ?


3 mai 2008

Kyūdō et Ohayō : phatique du mot, phatique du rite

Filed under: esthétique,sociologie — Stéphane Barbery @ 9:47

Avant-hier : cinéclub à la maison, le Ohayō (Bonjour) sublime d’Ozu.
Hier : près du temple Heian, une tripotée de vieux retraités hyper classe, dont on voit qu’ils ont l’habitude de se faire appeler sensei depuis des lustres, tentent de passer des dan de Kyūdō.

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Et la même question exprimée avec et sans mots :
A quoi servent les salamalecs du phatique ?
A quoi servent les salamalecs du rituel ?

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Dans Ohayō, Minoru, avec la virulence juste des enfants en colère, dénonce l’inepte saturation du phatique dans le langage des adultes (« Bonjour ? Beau temps n’est-ce pas ? Comment allez-vous ? »).
Je me sens tous les jours le Minoru de cette scène.
Le phatique à haute dose, je ne le supporte pas. Il témoigne d’une incapacité à se synchroniser non verbalement à l’autre (émotionnellement, hiérarchiquement), une questionnante incertitude de partager avec l’autre le même réel, une mielleuse fébrilité anxieuse.
L’excès de phatique, ça souille les mots.
Fidèle au Minoru en moi, je passe régulièrement pour un rustre, un boudeur glaçant qui frustre le hug lexical collectif. Zêtes prévenus.

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L’ethnocentrisme conduit traditionnellement à repérer chez les autres l’excès phatique. J’aimerais beaucoup lire des articles de linguistique statistique comparée mesurant à la volée le pourcentage de l’utilisation de la fonction pour une production orale moyenne d’un adulte moyen sur les différents continents.

Chez les japonais, c’est paradoxal. Du phatique, il y en aurait probablement trop et pas assez.

Trop parce que le japonais a le devoir d’harmoniser-synchroniser sa position aux autres par l’établissement d’un consensus qui requiert une intervalidation constante : les « hummm » chantant de fond de gorge et le fameux « neee » (n’est-ce-pas) montant en fin de phrase en sont les plus visibles expressions.
Ce devoir de consensus rend indécente toute expression franche d’une émotion, d’une opinion ou d’un souhait. Il crée également la trouille permanente de commettre une bévue. Ce qui aboutit à la solution de compromis la plus économique : se rabattre sur le phatique. Avec cette sensation de distance émotionnelle, de profonde solitude de chacun, de superficialité, que ce devoir crée.

Mais on peut aussi simultanément trouver au Japon un court-circuitage assumé du phatique, un « off » qui fait jubiler le Minoru en moi. Le devoir de consensus a en effet produit un épiphénomène heureux : le développement d’un art de la sensibilité à l’autre qui induit une très profonde capacité à communiquer dans l’infraverbal, le subliminal, le condensé minimaliste. Le grognement du sensei, le koan, le haiku ne sont pas japonais pour rien.

La subtilité la plus fine, typiquement nippone et magistralement illustrée par la scène finale de Ohayō, consiste à instrumentaliser le phatique, à le traverser sans s’en extraire, pour exprimer un non-phatique absolu comme peut l’être une déclaration d’amour.

Mais cette subtilité n’est un véritable bonheur stylistique, et non une prison, que si la possibilité est franchement offerte aux individus de pouvoir s’en passer, que s’ils peuvent communiquer dans l’épure simple d’un message direct et juste.
Peut-être alors est-ce une subtilité pour français…

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Hier, c’était la première fois que j’assistais à un sharei de kyūdō. Lorsque les compétiteurs se sont avancés, se sont placés, ont dansé leur tir, cela était si beau, si fort que je restai sur ma chaise, appareils photos sur les genoux, bouche ouverte, figé face au mystère.

Les flèches sont parties et là, grosse déception : presqu’aucune n’a atteint la cible. Un pourcentage infime des magnifiques vieux senseis plusieurs fois danés touchaient deux fois leur but. Sur une centaine d’archers, seul deux ont atteint le coeur de la cible.
Pour qui a lu l’Art chevaleresque du tir à l’arc de Herrigel avec une vibrante émotion, il y avait de quoi être déçu.

Alors c’était beau. Emouvant. Mais au bout de plusieurs séries : long. Surtout pour un si faible taux de réussite.

On me dira : « t’as rien compris, ce n’est pas la cible qui compte mais shin (真), zen (善), bi (美) : la vérité, la vertu et la beauté ».

Mouais. Mais alors pourquoi tirer à l’arc ? Pourquoi ne pas plutôt devenir maître zen, shintō ou calligraphe ? Pourquoi singer le guerrier d’antan ? Le Hassetsu, le rituel décomposé en étapes poseuses de figures imposées, n’est-ce pas du pur phatique gestuel qui, s’il est beau, trahit son rôle : atteindre la cible ?

Je m’imaginais un maître zen à la Ikkyū venir sur le stand de passage de dans avec un arc de compétition moderne, tirer rapidement deux flèches qui viendraient se loger au cœur de la cible, l’une dans l’autre, et s’en aller, les mains dans les poches, en pétant comme les personnages d’Ohayō.

Cela serait très japonais. Et c’est ce Japon là que j’aime.


 
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