2 juin 2008

L’homme est-il un zoo pour l’homme ?

Filed under: Watashi — Stéphane Barbery @ 6:14

Hier, sur le toit de la maison, sur l’arbre du jardin : le groupe de singes du quartier. Capables d’ouvrir les fenêtres et les paquets de gâteaux. Aux yeux solaires, satoriques, et aux culs rouges.

La semaine dernière : premier mukade, gros scolopendre d’un bon dix centimètres dans la chambre. Il paraît qu’ils sont utiles parce qu’ils tuent les cafards…

Juste avant, sur le canapé, une grosse araignée noire velue de la taille de la main.

Sur le chemin qui monte vers la maison, les traces régulières du gros sanglier du coin.

Près de nos scooters, un très très long serpent vert. Et des papillons immenses, magnifiques. Qu’on ne voit que punaisés en sous-verre en Europe.

*

En regardant le singe se déplacer dans l’arbre, être l’arbre, derrière mon réflex numérique, mes vitres, mes mots et mes vaccins, un instant je l’enviai.
Mes photos d’arbres au soleil sont des rêves nostalgiques.

*

Nous partons demain pour quelques jours à Okinawa. Sans garantie d’arbre de connexion.


15 mai 2008

Trois objets comme ça… (2)

Filed under: Quotidien — Stéphane Barbery @ 5:43

- Les deux tickets qu’on insère, en même temps, l’un sur l’autre, dans les poinçonneuses-portières-automatiques-à-double-sens des gares de métro et de chemin de fer.

- Les gros papillons noirs qui volètent doucement, comme des mouchoirs de deuil saouls, en plein soleil.

- Le Shô, cet orgue à bouche – vu hier dans les mains d’une sculpture en bois de bodhisattva sur nuage au Byodo-in – qui me fait bien envie pour pouvoir souffler, moi aussi, le bruit de jouet métallique d’un accordéon/harmonica cassé et d’une parade de kamis.


14 mai 2008

L’humain, le Mal, les causes, sa vie

Filed under: Watashi — Stéphane Barbery @ 7:57

L’unité 731 souille si fort qu’il n’y a pas de transition possible après la découverte de ses crimes. Comment reprendre le cours d’une pérégrination sur l’Art et le wabi-sabi après la découverte de « ça ». Un « ça » qui restera actuel tant qu’il conservera son halo d’ignoble impunité officielle.

Une attitude cohérente avec le « ni ignorer, ni banaliser, ni refouler, ni dénier » consisterait à se faire militant actif de cette cause.
Ne pas y consacrer tout son temps disponible, surtout dans ma situation, est-ce que ce ne serait pas – par lâcheté, par confort – se faire complice volontaire de l’oubli des victimes ? Hausser négligemment les épaules sur la fatalité du mal ? Un j’men foutisme que seul peut s’autoriser une personne qui se sent à l’abri ?

L’unité 731, tous les crimes contre l’humanité, le mal et l’injustice sur Terre, souillent.
Mais, et il n’y a rien de soulageant dans ce « mais », les ressources en temps et en compétences de chacun sont limitées.
Les horreurs passées impunies et les injustices actuelles sont trop nombreuses pour que l’on puisse simultanément se consacrer authentiquement, efficacement et pas simplement symboliquement, à plusieurs causes – chacune digne pourtant des ressources d’une existence entière.

Et surtout, on ne se consacre authentiquement à une cause que si, pour des raisons d’histoire personnelle, familiale le plus souvent, ou de projection profonde, on s’identifie aux victimes.

Rien de pire que la posture de l’intello français, incapable de contrôler sa mégalo tachycarde, qui agite de grandiloquents effets de manche en se prenant pour l’avocat de l’universel, puis change de cause dix-huit mois plus tard parce que les lecteurs de revues veulent, comme la ménagère du poisson et du cancan : du débat frais.

Comment choisir sa cause sans ignorer, sans banaliser, sans refouler, sans dénier la douleur et l’injustice des autres causes.

Et comment vivre aussi dans la joie, avec l’exigence de joie qu’attendent de nous ceux qui n’ont pas la chance de la pouvoir vivre, sans ignorer, banaliser, refouler, dénier les causes.

Je ne peux pas moins apprécier mes udons alors que je sais que toutes les cinq secondes (1…2…3…4…5…1…2…3…4…5…) un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Qu’à cet instant précis où j’écris et alors que je vais prendre mon petit déjeuner, 900 millions de personnes sont – sans aucune raison si ce n’est l’inertie de l’oppression du plus fort – mutilées par la faim.

Que faire bon sang, que faire, pour ne pas ignorer, banaliser, refouler, dénier, pour ne pas me faire complice, et pour vivre ma vie, le plus irréprochablement possible, en appréciant chaque seconde de bonheur en en connaissant le prix ?

Honorer mes aptitudes : identifier le bon, le beau; en témoigner; animer.

Honorer mes aptitudes.
Honorer ma chance.
Honorer les autres.
Et toujours m’orienter vers le soleil qui vient.


12 mai 2008

Respirer

Filed under: Quotidien — Stéphane Barbery @ 6:14

Aujourd’hui, place au témoignage et aux crottes de nez.

*

Cela fait plus de trois semaines que nous respirons mal.
Et franchement désagréablement mal, la nuit.
Non non : la clim’ (prononcer « air conne ») n’est pas encore en route. Même si je cours aujourd’hui acheter un humidificateur. Car j’en ai marre d’avoir le nez comme une patate au petit réveil.

Et puis ça me fait des crottes de nez jaunes gluantes comme j’en ai jamais eues. J’ose pas regarder sous mon bureau.
Plus personne ne pourra m’accuser désormais de tricher en enjolivant la réalité.

*

A partir de là, plusieurs hypothèses sont possibles.

*

Première hypothèse : à force d’habiter dans la cambrousse, nous sommes devenus de gros ploucs hypersensibles à l’atmosphère urbaine et nos muqueuses requièrent un nécessaire temps de réadaptation.
Cette piste là, j’y crois pas trop car les symptômes seraient venus plus tôt.

*

Deuxième hypothèse bienveillante : une micro-allergie aux pollens printaniers locaux. Possible, mais ça me laisse dubitatif.

*

Troisième hypothèse, tristouille mais plus probable : la pollution.
A l’évocation de cette idée, la réponse de Shigenori San fut immédiate et sans appel : « non ». On a compris qu’il fallait pas trop critiquer. Et d’immédiatement pointer vers les chinois et le sable jaune du désert de Gobi qui couvre les voitures – ici toujours immaculées – d’une fine poussière, signature de sa nature étrangère.
Mouais. Sauf qu’on respire mal même quand le ciel est clair. Et que j’ai régulièrement les yeux qui piquent. Légèrement mais sans appel.

*

« Oui mais c’est parce que vous faites du scooter (prononcer « scootaa ») et que vous respirez plus de gaz d’échappement ».
C’est vrai. Mais pas tous les jours. Et il nous arrive de ne pas descendre en ville et de rester dans notre quartier, en hauteur et sans circulation. Sans que nous respirions mieux.

*

Mon intuition est que l’air est bel et bien méchamment pollué. Que Kyôto est une cuvette. Que la chaleur des beaux jours n’arrange rien.

Voilà. C’est dit.


24 avril 2008

Salah, Kyoto

Filed under: Son,Texte,Watashi — Stéphane Barbery @ 11:04

Honte : je ne connaissais pas Salah Stétié.

Et Kyoto qui me fait ce cadeau. Trois jours avec lui.

A partager le plus beau. A partager le plus fort. A rire du grivois. A communier du silence.

*

Je sens, chaude et honorante.
Sous ma peau.
- Là où le droitier se prend le pouls -
la vibration.
Comme une calligraphie soufie tatouée au calame
comme une marque d’Eleusys qui élève et oblige.
La voix de Salah.

Je vois, chaude et honorante.
- Koto in -
Sous l’auvent vert
Sous l’auvent mousse
Sous l’auvent bois
- Koto in -
la voie de Salah.

Sa voix qui me tatoue chuchote un mystère :

Le balcon, le balcon de Baudelaire.

J’entends. Chaude et honorante.
A la base de mon cou.
La voix de Salah.

Liturgique rouleuse de R.
Rebelle en sutra de lumière
Appolinien souffle du désert.

qui intime, ordonne :

Les mots : comme Kyoto


 
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