30 avril 2011

#jaimekyoto

Filed under: Quotidien — Stéphane Barbery @ 20:06

Pré-tracés

Je suis depuis quelques semaines de retour chez moi, à Kyôto.

J’ai trouvé à Manigod, près d’Annecy, le lieu idéal pour « transmettre les jardins de beauté« .

Je compte faire de mon mieux pour que cet endroit devienne une ambassade culturelle de Kyôto où pourront venir des jardiniers certes, mais également des maîtres de thé, d’encens, de fleurs, des artisans, tous ceux qui font battre le coeur de ce qui me bouleverse ici. Leur faire découvrir la beauté des Alpes françaises dans un environnement à couper le souffle et qui sera respecté comme tel. Et permettre aux Français de rencontrer ces artistes, qu’en général, un touriste qui a pourtant fait le déplacement, n’a pas l’occasion d’approcher. Mettre en oeuvre mon devoir de passeur, autrement que par des textes et des photos.

C’est un projet sur le très long terme. D’autant que j’ai l’intention de continuer à habiter principalement ici au Japon, à Kyôto que les événements tragiques du mois dernier n’ont pas changé d’un iota, où vous pouvez venir en toute quiétude, et que j’ai décidé de célébrer en postant tous les jours sur twitter, une raison qui explique ma fascination pour ce lieu unique.

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2 décembre 2010

Offrez-vous Tokyo Sanpo, Offrez-vous Manabé Shima

Filed under: Quotidien — Stéphane Barbery @ 16:54

Offrez-vous et offrez les livres de Florent Chavouet, Tokyo Sanpo, Manabé Shima

La joie est toujours plus grande quand on la partage.

Lorsqu’on sourit et se sent complice, immédiatement, d’un livre que l’on est heureux d’apercevoir du coin de l’oeil dans sa bibliothèque, on n’a qu’une envie : partager ce sourire et cette complicité avec ses vrais amis.
Offrir et faire connaître cette joie là.

Offrez-vous, faites-vous offrir, offrez les deux livres de Florent Chavouet : Tokyo Sanpo et le tout dernier, Manabé Shima.

Des talents fauchés qui rêvent de Japon, ça existe. Beaucoup. Dans la société occidentale cynique actuelle, verser dans l’aigreur, le côté obscur et la procrastination est la norme, la posture, le destin attendu de ces talents fauchés. Alors ceux – mais combien sont-ils ? un par génération ? – qui échappent à l’attraction complaisante de cette morgue forcent l’admiration.

Florent Chavouet se balade comme un petit prince, un brin bab mais poli, interrogeant avec candeur, curiosité sincère, souriante, le quotidien d’une partie du Japon actuel.

Il fait penser à ces peintres sans le sou décrits dans les poèmes chinois qui troquent dix centimètres de table, un repas frugal et l’abri approximatif d’une nuit contre un portrait.

Il fait penser à Daniel Mermet promenant son micro, où qu’il se trouve, et capable d’entrer en relation immédiate, de fraternité simple, avec des gens simples, non duplices, dont l’histoire, la temporalité à la Ozu, est plus proche de l’éternité que n’importe quel portrait de puissants qui sera tombé dans l’oubli dans cent ans.

Florent Chavouet fait penser à un Nicolas Bouvier, lui aussi voyageur fauché, traquant, en ethnologue des petits détails, l’esprit mélancolique d’un peuple. A un Nicolas Bouvier qui lui aussi a fait confiance à la porte qui s’ouvre si on y frappe. Et combien d’entre nous osent frapper aux portes ? Lire Florent Chavouet c’est sourire en s’imaginant ce qui nous arriverait si nous osions, comme lui, tous les jours faire le pari, dans une confiance absolue, des réponses certaines de notre bonne étoile.

Et puis Florent Chavouet fait également penser à Trondheim et ses petits riens : il nous fait rire aux éclats en trouvant les formules justes, en dévoilant par images nos dialogues intérieurs où nous nous moquons de nous-même et des autres. Tokyo Sanpo, c’est un Tokyo-ga de Wim Wenders sans la déprime. On est joyeux en tournant les pages parce que la vie décrite par Florent Chavouet est joyeuse. Ni mièvre, ni crédule. Rigolote. Marrante. Même dans les pires désagréments.

Florent Chavouet nous fait donc penser à de nombreuses personnes mais une fois qu’on a découvert ses livres, il nous fait surtout penser à… Florent Chavouet. C’est sans doute l’un des plus grands compliments qu’on puisse faire à un auteur : la création d’un style, d’une forme de création unique qui vient nommer de façon inédite le monde, un monde qui s’enrichit au même instant de ce nouveau vocabulaire.

Les dessins de Florent Chavouet sont époustouflants. Il y a de l’émotion à voir émerger tout au long de Tokyo Sanpo son coup de crayon qui capte comme de rien les ombres, les reflets, la lumière (je suis muet d’admiration devant ses toits), son utilisation incroyable, mixte photographico-crobardique, des crayons de couleur, ses perspectives étrangement naturelles à l’oeil, sa maîtrise de la mise en page ludique et harmonieuse.
Il y a de la joie à voir exploser ce talent dans Manabé Shima dont le papier et l’impression mettent merveilleusement en valeur ces créations graphiques bien plus fortes que des photos ou de la vidéo et qui, après une unique lecture, s’ancrent profondément en nous.

Ceux qui ont la chance de connaître le Japon peuvent témoigner de la justesse sensible du Japon présenté par Florent Chavouet. Un Japon au quotidien doux, qui a un goût des années 50, à la Prévert, peuplé de gourmands, de gourmets, de vieux, de bourrus, de gentils, bercés par une nature vibrante aux formes martiennes. Offrir Tokyo Sanpo ou Manabé Shima, c’est offrir une authentique expérience japonaise, précieuse, rare, pour une vingtaine d’euros, à ceux qui autour de vous rêvent de ce voyage.

La dernière raison de s’offrir et d’offrir les livres de Florent Chavouet, c’est d’avoir le sentiment de contribuer à réparer une injustice. Un talent comme celui de cet auteur est si rare qu’il mérite d’être soutenu. Florent est encore jeune mais il mérite mieux que des voyages si ric-rac qu’il lui arrive de dormir dans un ancien wagon de train qui sert de jeu dans un parc pour enfants. On souhaite à Florent Chavouet de vendre suffisamment de livres pour pouvoir entrer dans les meilleures conditions possibles en contact avec l’autre Japon abyssal qui l’attend ici : celui de la beauté absolue, éternelle de Kyôto. Qu’il saura partager avec tous avec son talent unique.

Florent Chavouet : Tokyo Sanpo ou Manabé Shima.


17 novembre 2010

L’Ume, les Momiji, la Montagne

Filed under: Quotidien — Stéphane Barbery @ 18:21

"Oh, tu sais, elle finira bien par rougir"

Devant un momiji de Gosho cet après-midi, ému à ne pouvoir bouger, je me demandais : « qu’as-tu vu d’aussi beau dans ta vie ? ».

Une première réponse fuse : « les ume ».

Mon contradicteur intérieur poursuit : « oui, mais hors Kyôto ? ».

Je me réponds : « Les Alpes en hiver, par grand beau, au sommet ».

Et ma bouche s’ouvre en O de découvrir que deux de mes expériences du sublime sur trois sont là, dans la ville qui m’accueille. Dans Kyôto dont je suis en amour. Adolescent. Croyant. Enfant. Adulte.

Cet état amoureux qui grandit tous les jours depuis trois ans me fait croire.
Je crois en l’humanité qui, de grands-pères en grands-pères, a formé ce lieu où en février et novembre, la beauté bouleversante, celle qui prend à la gorge, celle qui presse le coeur dans sa main, éclate dans son temps ralenti – sous deux formes étrangères.
Je crois aux hommes, artistes et veilleurs de cette beauté, qui balaient au roseau les feuilles sur la mousse.
Je crois aux effets non esthétiques de la beauté.
Et au devoir de notre temps, de planter partout où ils se sentiront chez eux, l’Ume et le Momiji.


8 août 2008

Studio Kyoto

Filed under: Quotidien — Stéphane Barbery @ 10:40

Hier, je visitais les studios Toei.
Une partie de moi rechignait depuis plusieurs jours.
Je m’étais perdu longuement, sous le cagnard, à scoot’, pour en trouver l’entrée la semaine précédente.
Mais pour arriver à 17h. L’heure de fermeture au Japon.

Je rechignais car ce mini parc où les attractions sont des studios de cinéma encore utilisés aujourd’hui pour des séries télé historiques était le dernier item important que je n’avais pas coché sur la liste des « visites à ne pas manquer » des guides touristiques.

Je rechignais pour ne pas connaître le sentiment d’avoir déjà tout vu.
Donc voilà. A priori, j’ai visité l’essentiel. Il m’aura fallu sept mois.
A temps plein.

*

Un constat m’apaise pourtant : je dois encore multiplier par quatre – a minima – cette durée car chaque lieu, pour être appréhendé véritablement, doit être perçu sous toutes saisons.

On pourrait croire que je m’autorise ici un effet de style complaisant, un auto-illusionnement de poseur pour relancer arbitrairement ma curiosité.

Mais non. Kyôto, le Japon, c’est les quatre saisons de Vivaldi jouées avec fougue par des ados doués.

Pas un défilement de jours à la saveur polyphosphatée.
Non : quatre princesses radicalement différentes, étrangères comme suédoise, brésilienne, sénégalaise, indienne.
Mais toutes : métisses japonaises…

*

A la question que l’on me pose donc parfois : « combien de temps dois-je consacrer à la visite de Kyoto ? », la réponse est ainsi sans appel : deux ans.
Pour un aperçu rapide.

*

Attention : les studios de la Toei produisent cet effet abyssal de zoom qui te révèlent l’évidence.
Qui te font nommer le ressenti que tu as depuis la première minute :

Kyôto n’est qu’un immense, sublime, parfait, magique et flippant : studio de cinéma.

Cette appréhension n’est pas une métaphore de touriste. Mais la désignation du cœur (de la fonction ?) de la ville.
Parce qu’il n’y a aucune, je répète, aucune, strictement aucune différence entre l’intérieur et l’extérieur du studio. Alors tu souris les premières minutes. T’as les j’tons celles d’après. Puis tu pourrais oublier ce que tu viens de noter, continuer ta visite en déployant le script « je suis dans un parc d’attraction » pour ressortir en déployant le « je suis dans la vie réelle ». Sauf, et je dois vraiment insister sur ce sauf, sauf que si l’on force le maintien en mémoire de travail réflexive de la prise de conscience de l’identité de la ville et du studio, alors on ressent une angoisse diffuse similaire à celle du Truman Show qui n’est pas un simple divertissement critique mais un miroir profond. Trop vrai. Insupportablement exact.

*


All the world’s a stage,
And all the men and women merely players

Nausée.

*

Qui tourne et qui regarde.
Qui tourne et qui regarde ?
Ces questions qui font suite au choc de la prise de conscience permettent de percevoir les champs de vecteurs organisés qui structurent Kyôto.
L’ancienne capitale est construite comme microcosme, réduction de l’univers, comme paysage manifestant aux yeux du pouvoir l’étendue et la réalité de son empire.
C’est donc l’empereur (et ses délégués – aujourd’hui la police, le voisinage) qui tourne et qui regarde.
Les décors, parfaits, sont là pour assurer le semblant et légitimer l’arbitraire.
Les kyotoïtes ne sont pas des habitants mais des figurants.
Qui regardent la scène au moment même où ils la jouent, chacun contrôlant, dans le regard de l’autre, le déroulement fluide de la séquence.
Kyôto, panoptique 3D à la caméra superflue, où chaque point de l’espace est omni-regardant et où tout être se vit comme spectateur d’une réalisation collecto-collaborative illimitée.

*

D’où cette sensation profonde, permanente, de vivre dans une œuvre. De vivre une œuvre.

Kyôto, non pas ville d’Art.
Mais Ville-Art.
Qui prie pour que ne se réalise son désir :
.
Cut.


17 juillet 2008

Le noble et l’ignoble

Filed under: esthétique,Quotidien,Son — Stéphane Barbery @ 22:10

Un quotidien où tu swappes,
- de la beauté pure : concert de koto où officient des déesses.
- à la gerbe absolue : les gokiburi qui se baladent, à vitesse ahurissante, toujours plus nombreux le soir dans la maison.
Pour déloger ces gros cafards volants qui frisent les 8cm et pour éviter qu’ils ne meurent empoisonnés par de mauvais pièges en maturant des centaines d’oeufs, la solution du coin : le barusan, grosse bombe fumigène vendue en pharmacie qui les fait sortir et les tue.
Qui les tue, euh, mais pas complètement.
Ils bougent encore quand tu rentres dans ta maison enfumée.

*

En brave, j’ai confié l’opération barusan à Muriel…

Elle était motivée : le placard de son bureau était le nid numéro 1.
Et puis il fallait mettre fin à l’équivoque. A chaque croisement avec un gokiburi, un grand cri retentissait dans la maison. Les voisins allaient commencer à se poser des questions…

*

Demain matin, nous partons quelques jours avec Shigenori pour filmer des images de Hyuga, ville réputée pour ses gobans et ses pierres blanches…


 
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