2 mai 2009

le-vieux.net

Filed under: Le Vieux — Stéphane Barbery @ 19:20

Le Vieux, mon texte en cours d’écriture et dont je publie, comme pour Ume, les chapitres au fil du clavier, n’aura pas le Japon pour thème principal même si ce dernier y sera omniprésent.

J’ai donc choisi, par souci de cohérence, de créer un nouveau site pour le Vieux : http://www.le-vieux.net

Ceux d’entre vous qui veulent en suivre les aventures peuvent d’ors et déjà l’inscrire dans leur lecteur RSS ou leur marque-page.

L’écriture du Vieux implique provisoirement un rythme moins soutenu des Tropiques.

Bonne lecture…

SB


25 avril 2009

Le Koban du Ginkakuji

Filed under: Le Vieux — Stéphane Barbery @ 18:06

Il faisait nuit depuis une heure.
Le Vieux rentrait de chez Shiramizu,
le couple qui depuis 50 ans
tenait le meilleur bouiboui
à gyoza du quartier.

Il rotait doucement
en marchant doucement
en se lustrant les dents
avec la langue

Il avait prévu de passer
la soirée
à vérifier
s’il connaissait toujours
par cœur
les détails
de ses copies
de rouleaux Song,
des détails à qui il avait
donné des noms.

Un agent de police en uniforme
l’interpella.


- … San ?
- Oui
- Suivez-moi, s’il vous plaît
- Que se passe-t-il ? Quelque chose de grave est arrivé à l’un des miens ?
- Non rassurez-vous. Suivez-moi, nous vous expliquerons tout au Koban.

Le Vieux n’avait rien à se reprocher.
Les alarmes de sa maison n’avaient envoyé aucun message d’alerte sur son mobile.
Il n’avait reçu aucun appel de ceux auxquels il tenait.

La vie avait été bonne jusqu’à présent avec lui.
Chaque déception, même immense, même énorme
avait ouvert des portes conduisant à plus de joies
que celles qu’il avait au départ désirées.

Il en avait vu.
Il ne se sentait pas vieux.
Il aimait même bien qu’on l’appelle le Vieux.
C’était son arrière-grand-père qui l’avait surnommé comme cela.
Il y a longtemps.
Quand il avait sept ans.

Aujourd’hui il savait juste que c’était vrai.
Et que cela avait un sens.
Inéluctable.

Il suivit le policier, aux airs de capitaine.

Ils passèrent le koban du chemin de la philosophie.
C’était étrange. Il ignorait qu’existait un koban plus loin.

Il ne posa pas de question quand ils entrèrent
dans le Ginkakuji vide, silencieux.
Sublime.

Il ne posa pas de question quand le policier
ouvrit la barrière pour accéder à la partie
interdite du jardin.

Le Vieux aimait le bruit inqualifiable de la ville
sa ville
Kyôto silencieuse
des corbeaux et de l’eau
il aimait la surprise qu’il
ressentait
la légère inquiétude aussi.
Des émotions condiments,
à son âge.

Ils se déchaussèrent pour
entrer dans un bâtiment en bois sombre
dont les planches sifflèrent leur cri d’oiseau
sous leurs mouvements délicats.

Le policier ouvrit un premier fusuma
magnifiquement peint
d’un bodhidharma non pas triste
non pas sombre :
rigolard.
Puis un autre fusuma.
Un Daimonji d’Obon sous la lune.

Derrière, attendait un homme sans uniforme.
Aux vêtements aussi inhabituels que ceux du Vieux.
Le policier salua l’homme comme dans un film de samurai : le front au sol.
Puis sortit prestement.
Dans le bruit de papier glissant des fusuma précieux


- Le Vieux ?
- Oui ?
- Suivez-moi, s’il vous plaît

L’autel bouddhique s’ouvrit.
Il n’aurait pas dû, il n’aurait pas pu s’ouvrir ainsi
avec ce bruit de pied nu sur le plancher.
Un autel, ça ne s’ouvrait pas.
Et ce n’était pas le jardin, ce n’était pas le Daimonji
que découvrait l’espace ouvert.
Mais un tunnel taillé irrégulièrement,
à dessein.
Forcément
par une machine,
à dessein pour éviter la sensation
de tunnel boyau de verre,
de tunnel ver de terre.

Il fallait être un expert comme le Vieux pour
percevoir immédiatement ce détail.
De la même façon
l’éclairage indirect, doux, non régulier
créait des espacements
en manière de musique pour les yeux.

Le Vieux s’arrêta en souriant,
penchant la tête du côté gauche.
Le tunnel n’était pas non plus l’espace pierreux mort que construisent les humains d’aujourd’hui.

Il était couvert de mousses, de plantes et d’arbres.
Il donnait le sentiment de se déployer comme une
extension du jardin.
En plus beau.
Comme si le jardin du Ginkakuji,
l’une des merveilles du monde
n’était qu’une ébauche pour touristes inaptes
à apprécier la beauté pure.

Ils chaussèrent des socques
qui n’étaient pas en bois
qui ne blessaient pas
et s’avancèrent


24 avril 2009

Contrefaire

Filed under: Le Vieux — Stéphane Barbery @ 10:42

Le Vieux n’était pas fier
d’avoir fait
une partie de
sa fortune
à Bali
après le séjour
avec sa femme japonaise
la galériste de Tokyo,
Il y a dix ans.

Il n’était jamais allé
à Bali
Il avait juste écouté ses amis
ses connaissances
parler de
Bali comme une
île de beauté, mystique
peuplée d’artistes doués, gentils, productifs
où rien ne coûte.

Toutes les belles plages ensoleillées du monde
se ressemblent.
Et les monts volcaniques, pour rester grandioses
ne doivent pas être abîmés
par la misère.

Ce n’était pas
le paysage
qu’il avait vu à Bali
Ce n’était pas
les petits paniers d’offrandes tressées
les temples partout,
angulaires, neufs
en briques rouges
en briques de ciment gris
joliment, curieusement
découpées à la scie
comme des maquettes en
balsa

Ce n’était pas le
business
qu’il avait vu
il ne cherchait pas
à s’enrichir
davantage
alors qu’il venait
de prendre une
retraite
partielle

S’il avait vu
le business
il aurait salivé
devant cette île
dont les routes
ne sont qu’une
seule longue
avenue
d’ateliers d’export
dupliquant
sans fin
des bibelots
sans valeur
pour combler
le mauvais goût
exotisant
des classes pauvres du G20
en mal
d’exotisme
en faux rêve
d’ailleurs de mauvais téléfilm.

Le besoin de devises
des balinais
les rendait
conciliants.

Il y en avait pour
tous les
mauvais goûts.

Des masques
et des statues
africains
de toute taille
de toute époque
de toute région
mais surtout de la
région du simple
du qui va bien près de la télé
et qu’on achète
sur le marché à l’africain
qui te fait un prix si tu prends
le djembé sénégalais
cent pour cent balinais

Des sculptures
aztèques
et des sculptures
à steaks :
celle des restaurants Far West
avec un grand chef sioux en bois
qui t’accueille bras ouverts
dans sa foire à la bidoche surgelée
à l’ultime limite de la péremption

Des pharaons
d’Egypte en stuc
et peints en blanc bleu or
et de grands
chats indolents
vaguement mexicains
comme les têtes
de bétail sculptées
pour portes de ranch texans
fans de Harley

Des peintures
à la Gaughin
abstraites
acryliques
naïves
ultraréalistes
pour offrir à sa femme
comme cadeau d’anniversaire
parce qu’elle a déjà tout

Des bouddhas
shakya
sans le moindre trait mongol,
sales, en mauvais basalte
en argent
en os
en bois qu’on fait
sécher sur la route
et qui se fendra,
en 6 mois.

Des têtes de mort
façon pirate
- très à la mode -
des canapés en rotin
des meubles en
forêt amazonienne
des chevaux chinois
des éléphants indiens
des Vierge Marie
des cadres surchargés
des portes ciselées

Et parfois un bouddha éphèbe
qui tient un enfant comme un
petit Jésus
sur un bois teinté en
rouge sombre
à la chinoise

Dans cette débauche de laideurs
fordistes
de plan quinquennal
certaines formes rayonnent
pourtant avec moins d’absence de force.
Les formes locales
les ganesh, les danseuses à seins ronds,
droites comme des S,
les dieux courroucés
pour les temples du coin.

Et puis il n’y a pas que les
bricoles
dont le prix ne devra
pas dépasser
15 euros
2000 yens
20 dollars
après transport
TVA
marge des grossistes
et des distributeurs
franchisés
inclus

Il y a les antiquités
les vraies
celles qu’on vieillit
en les traînant
dans la poussière de la cour
celles qu’on perce
qu’on crame
au chalumeau
qu’on fouette
à coup de chaîne de vélo

Il faut être un cran
au dessus
pour faire du vrai faux
qui rayonne le mystère
du temps
de l’âge
de tous les lieux
de tous les temps
le temps d’il y a dix siècles
d’il y a vingt siècles
d’il y a trente siècles
un temps négocié
moins 50%
si on en prend dix
et qu’on revient demain
- délai requis par
les archéologues
balinais
pour trouver ces mystères -

Le Vieux,
le faux ne lui pose pas problème.
Pour le Vieux, seul le Beau compte.
Un vrai-faux-vieux beau
vaut plus qu’
un vrai-vrai-vieux moche.

C’était son idée depuis longtemps.
Permettre au plus grand nombre
d’happy few
d’avoir chez eux
chez eux pour eux
du vrai-vrai faux
du plus beau
de l’art humain.

Jouir d’une copie parfaite
accessible
de formes parfaites
inaccessibles

Il utilisa son œil sûr
son jugement sûr
pour trouver
un bon sculpteur sur bois pour des petites pièces
un bon sculpteur sur bois pour de grandes pièces
un bon sculpteur sur pierre pour de petites et de grandes pièces
un bon fondeur
et tous étaient dans quatre villages spécialisés différents.
Il leur commanda dix fois dix pièces.
Payées cash à l’avance. Trois fois leur prix
habituel.
Il offrit des casques de moto
de qualité
à toutes les familles
et surtout aux enfants.

Il apportait les meilleurs livres
les meilleures copies
s’il en existait
des pièces qu’il voulait.
Les quatre familles balinaises
pensaient que non, personne
n’avait sculpté/fondu
ces formes à Bali.
Ils en percevaient la beauté
la noblesse.
Ils étaient fiers de sculpter
de partager
ces beautés.

Les pièces partirent en
trois mois
dans la galerie de Tokyo.
Le Vieux fit ouvrir une
galerie à Paris
San Francisco
Saint Petesbourg
Hong Kong

Trois ans plus tard
Il avait des carnets pleins
pour trois ans.

Il vendit ses galeries.
Cher.
A un groupe qui nomma
son ex-femme
de Tokyo,
CEO.

Ce n’était pas sa vie.
Sa vie était le Beau.
Le partage du Beau.
Pas l’argent.
les commandes
les comptables

Assis sur son banc en pierre
en regardant les
verts
les verts d’avril
les verts mousseux
les verts matcha
choux, ferreux
les verts malachite
smaragdin
momiji
du Daimonji
le Vieux malaxait
le vrai-faux
netsuke
magnifique
- un bodhidharma –
de son porte-clés.

Il repensait à la phrase de son premier
chauffeur
celui de son premier voyage
à Bali :
« Tous les Balinais sont des artistes ».

De fait, il n’avait jamais vu
autant d’humains aussi doués
pour tailler, sculpter, ciseler.

Ce n’était pas un gène
ce talent.
Tout être humain élevé par Papa
deviendrait
balinais
comme Papa

Et ce talent splendide des balinais
rendait plus amère
plus douloureuse
l’idée de tous ces hommes
sur la planète
qui vivraient toute, toute leur vie
sans connaître
sans exprimer
ce talent.

Mais ce talent n’était pas
un talent d’artiste.
Et cela était plus
triste encore.
Répéter des formes
héritées,
honorer un
passé révolu
c’est réciter,
lire.
Pas écrire.
Pas témoigner de son temps.

Il pensait à
Athènes
à Florence
Et le Vieux
était triste
de vivre un temps
de Balinais dupliqueur.
Dont le futur copierait :
quoi ?


20 avril 2009

Poulet coco

Filed under: Le Vieux — Stéphane Barbery @ 12:01

Le Vieux n’est pas un commerçant
Il a juste l’oeil
sûr
Le goût
sûr

Il n’était pas
venu à Bali
pour affaires
Juste pour quelques jours
d’anniversaire de mariage
avec l’une de ses femmes
qui avait une
galerie
à Tokyo.

Ils avaient loué
une voiture avec
chauffeur
un 4×4 poussif
sous-puissant
et une seule
ceinture
en état de fonctionner :
celle du passager
enclenchée sur le clic
du conducteur.

Louer une voiture sans chauffeur
à Bali
est un témoignage de
lucidité.
De lucidité dans le désir
de mourir
dans le désir d’être condamné
pour
meurtres. Multiples.

Ce n’est pas que les routes
soient étroites
à cornières
le problème ne vient
pas des
voitures.
Non, le problème ne vient pas des voitures.
Le problème vient de ce qui est sur la route et qui ne devrait pas
être sur la route

Un pays pauvre mais
pas trop pauvre
a de quoi
se payer des
scooters.

C’est solide un
scooter japonais
assemblé à Taiwan.

Au Japon,
quand tu es à deux
sur un scooter
la Police
t’arrête
et tu as une
grosse
amende.

A Bali,
tu es à
quatre
sur le scooter :
Papa
avec le petit de quatre ans
debout entre les jambes.
Papa et le fiston ont tous les deux
des lunettes noires
et souvent le petit a
un bonnet
pour faire semblant de casque.
Derrière, Maman monte en amazone
ça fait plus chic
ou c’est la seule solution
pour sa jupe longue.
Elle tient la petite,
la toute petite dans
ses bras,
qui dort,
parfois coincée entre
Papa et Maman.
Personne n’a de casque
obligatoire.
Ca coute trop cher
et il fait
trop chaud.

Pour être prudent
Papa roule
au milieu de la
route.

Et il y a beaucoup de
Papa,
de familles
avec des poules
tenues par les
pattes
tête en bas.

Les poules, elles doivent
avoir envie de
vomir.
Pas de pondre,
c’est sûr.

Un scooter japonais de
Taiwan
c’est solide.
A quatre,
sur les côtes du Volcan
ça monte.
Ca monte doucement.
Au milieu de la route.

Alors il faut les dépasser.
Dans des voitures sous-puissantes.
Sur des routes étroites
à double sens
avec des papa scootés
au milieu de la route
à double sens

Les scooters japonais
de Taiwan
ça dure longtemps.
Très longtemps.
Au bout de dix ans
ça fume un peu plus.
Le mauvais mélange.
le très très très
mauvais premium
mélange
qu’on peut acheter
en bouteille d’un litre
de deux litres
de trois litres
dans des bouteilles en
verre
sur le bord de la
route.

Le mauvais mélange
premium
c’est bon quand tu es
enrhumé.
Un pschitt et
tu respires à nouveau.
Ca pique un peu les yeux
mais c’est pas grave
personne ne regarde la
route.
Surtout pas les jeunots
qui vont à l’école
sans casque
sur des scooters de
troisième génération
et les fils de riche
roulent sur des scooters
de première génération
ils ont des lunettes noires
en plastique
et des dents blanches
qui crânent en dépassant
des dents blanches
qui ne jaunissent pas
aux pschitts de premium.

Les pschitts de premium
c’est mieux
que le noir des camions
de quatrième génération.
Ceux qui transportent
un sur-au-delà
de sable noir
du volcan
de pierres noires
du volcan.

Leur flou gaussien
de noir
qui se répand en solide
en fumée
sur la chaussée
tu voudrais l’enfermer
dans la forme lisse
belle
verte, tendre,
d’une noix de coco.
Comme celles qui tombent
sur la route.

C’est très bon
une poule à la noix de coco.

Non, le problème
ce n’est pas
les papa scootés
les petiots scootés
les camions et les
bus noirs
sur la route étroite
à double sens
à ligne blanche constante
et qu’il faut dépasser
dans une voiture sous-puissante.

Non, le problème
c’est souvent les
chiens.
Ils ont une bonne
bouille,
les chiens balinais.
Surtout les blancs.
On dirait des dalmatiens
sans taches.
Ils ne sont pas tous
maigres.
Ils sont surtout
très nombreux.

Le vieux il se dit qu’il n’a
jamais vu
autant de
chiens.
Un tous les
trois
mètres.
Plus que de scooters.
Plus que de poules
qui promènent
leurs bébés poules
sur la route
et qui ne sont pas mangées
par les chiens
même maigres.

Plus que de grains de riz
qui sèchent sur la route
disposés
par des mémés,
torse nu,
à côté des
petits qui pissent
en visant la
ligne blanche
au milieu de la
route.

Ils aiment bien
la route
les chiens de Bali.
C’est leur route.
Ils savent que
statistiquement
ils seront
contournés.
Alors ils ne se
pressent pas.
Pas trop.
Et quand la voiture est trop
près
hop, un petit saut
rapide
nonchalant
ça donne du rythme
aux passagers sans
ceinture
dans les
voitures de location
qui retournent
fatigués
pollués
dans leur
hôtel de luxe
à pas cher
où la sécurité
à l’entrée
fait semblant d’inspecter
le dessous de la voiture
au miroir.

Pour les bombes.


19 avril 2009

Les visas

Filed under: Le Vieux — Stéphane Barbery @ 13:28

Le Vieux
quand il quitte
Kyôto
ne va pas
où il veut

Il aimerait aller
partout
mais il ne peut
pas,
à cause des
visas

ses visas
psychologiques

Avant
quand il n’était
pas
riche
il pouvait aller
presque
partout
Il ne pouvait pas à cause des
sous
mais il aurait
pu
s’il avait
pu
Maintenant qu’il peut
il ne peut plus
à cause des
gens

Les effets
primaires
secondaires
tertiaires
de la misère
Le Vieux ne peut plus les supporter.

De jolies
petites filles
de 7 ans
De jolies
petites filles
crasseuses
de 7 ans
qui frappent
violemment
à la vitre de ton taxi
au feu rouge
pour une piécette
et que tu dois
ignorer
pour ne pas croiser
son regard
parce que sinon
elle n’aura pas
besoin de forcer
beaucoup
sa douleur
sa rage
l’écœurement incompris
désespéré
de l’injustice
pour te nimber
du mauvais œil
de ta culpabilité de riche
de ta responsabilité de riche

Des quémandeurs sublimes
parlant six langues
aux compétences
de chef marketing
régional
de grande distribution
qui te proposent
une statue laide
profilée pour le
mauvais goût
d’occidentaux imméritants
une statue laide pour
dix dollars
deux statues laides pour
dix dollars
une statue laide pour
un dollar ou un euro
deux statues laides pour
un dollar
et ils voient bien
que tu ne les veux pas
leurs statues laides
dont la laideur
signe la seule façon
qu’ils ont de se moquer
de toi
en gardant leur
intégrité
avec leur sourire
en six langues
leur QI
qui dépasse supérieurement le tien
et leurs ressources
intérieures
que la faim des leurs
démultiplie

Cela,
les jolies petites filles sales qui frappent à ta vitre en te faisant sursauter et que tu dois ignorer
les colporteurs qui passent en mode usure agressive pour que tu cèdes afin d’avoir la paix
le Vieux
ne peut plus
le supporter

Il aimait bien Bali pourtant.
Il y avait fait une partie de
sa fortune.
Mais il ne pourrait plus
y retourner.
En fait non,
il ne savait pas s’il aimait
ou détestait
Bali

Le Vieux
n’aimait plus
la luxure
de la nature
quand il fait trop
beau
trop chaud
qu’il pleut souvent
tout le temps
et il n’y a pas de
murs
aux maisons
c’est
inutile
sauf pour
l’aircon
des riches

Alors la Verte
la grande Verte
prend possession
de tout espace
horizontal
puis
vertical
et plus
ça monte
et plus
l’eau
bruime
envahit
l’espace
horizontal
et
vertical
ce qui
plaît
aux insectes
aux
mangeurs
d’insectes
qui font
de beaux bruits la nuit
pour
marquer leur territoire
aux oiseaux
aux petits oiseaux
agiles
rapides
- qui mendieraient s’ils avaient la machance d’être humains -
qui se nourrissent
des couleurs
verticales
gravitationnelles
de la Verte

Et la Verte
pousse
elle ne fait que
pousser
comme un
beau délire
plasma
haute définition
les parfums
t’étouffent
par leur
gamelan
tu sens
la Verte
qui te
considère
avec convoitise
comme un
territoire
à conquérir
à pourrir
à se nourrir
pour pousser
plus haut
plus loin
plus
fou
ses spirales
ses torsions
ses
fumées
chlorophylles

Alors tu résistes de ton corps
mais ton esprit
cède
c’est le prix
le prix de la
Verte

Tu donnes des
formes aux fumées
des visages aux démons
et la Verte est si
forte
que les visages
t’effraient
avec
leurs
bouches
aux dents de palmier
Leurs globes
d’écureuils effrayés
leurs pupilles
froides
de lézard
à température ambiante
leurs narines
ouvertes
comme des
caldera fumantes

Pour que les démons
ne te mangent pas
tu les laisses
s’emparer de toi
un temps
le temps de la
transe
le temps de la
danse
et tu y racontes
l’histoire de la lutte
des hommes
et de la fumée

Alors tu es la
Verte
et tu saisis
tu bénis
tu maudis
l’esprit des
hommes,
illégaux
clandestins
de la
Verte

Tes gestes sont
parfaits
il ne sont pas
humains
et les sons
sont parfaits
et il ne sont pas
humains
mais reptiles
primates
feuilles au vent
solaire

Quand tu ne danses pas
quand tu ne chantes pas
quand tu ne sculptes pas
la fumée de la Verte
tu la pries
pour ne pas qu’elle
te prenne
comme elle pousse

Tu la pries
au temple
et chaque toit, chaque toi est un
temple
tu la pries
à droite
à gauche
au Nord
au Sud

Ton majeur
et ton annulaire
droits
bénissent
à l’eau parfumée
les multi petits paniers
tressés
au riz
à l’encens
à la fleur
aux couleurs
et tout le monde
marche
dessus
piétine les offrandes
comme des ordures
jetées par terre
la beauté
devient sale
et dégrade
au lieu
d’honorer

Tu ne comprends pas ce message
qui est que la Verte
gagne
toujours
qu’il n’y a pas
d’ordre
d’espace
de
temps pour
l’humain
juste des
instants
de sourire
les yeux
fermés
par la
délicatesse
de tes doigts
qui tressent
les
paniers
d’offrandes
tes doigts qui
gouttent
d’eau lustrale
d’eau pétale

Et cette goutte
est ta
seule résistance
d’humain


 
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