
Elles sont déjà loin.
Remplacées d’abord par l’horrible vulgarité mauve des tsutsuji.
Puis par l’actuelle délicatesse ciselée, vert tendre bien trempée, comme une foule de papillonnes canabiques nues au Soleil, des jeunes feuilles d’érable. Déchirantes par leur raison d’être d’automne.
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Une phrase de Bonneau et un apologue cité par Salah se sont étrangement percutés en moi ces derniers jours.
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L’apologue est soufi et Salah le tire du Mathnavî de Djelâl-Eddine Roûmi :
« Un jour, un Sultan appela à son palais des peintres venus les uns de la Chine, les autres de Byzance. Les Chinois prétendaient être les meilleurs des artistes; les Grecs, de leur côté, revendiquaient la précellence de leur état. Le Sultan les chargea de décorer à fresque deux murs qui se faisaient face. Un rideau séparait les deux groupes de concurrents qui peignaient chacun une paroi sans savoir ce que faisaient leurs rivaux. Mais, tandis que les Chinois employaient toutes sortes de peinture et déployaient de grands efforts, les Grecs se contentaient de polir et lisser sans relâche leur mur. Lorsque le rideau fut tiré, l’on put admirer les magnifiques fresques des peintres chinois se reflétant dans le mur opposé qui brillait comme un miroir. Or, tout ce que le Sultan avait vu sur le mur des Chinois semblait beaucoup plus beau, reflété sur celui des Grecs ». (cité in La Nuit de la Substance, pp. 22-23).
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A tenter ce matin de retrouver sans succès la phrase que j’avais en tête dans l’article de Bonneau, je me demande tout d’un coup si je ne l’ai pas lue ailleurs. Et Google qui pour une fois ne m’aide pas…
L’idée est la suivante : pour les arts visuels, l’âme spécifique du Japon ne s’exprimerait, ne serait visible qu’à travers le vernis des formes empruntées (notamment chinoises et indiennes). La saisir demande donc à la fois une expertise dans ces formes étrangères et un oeil subtil et sûr pour trans-voir ce en quoi elles sont manipulées, instrumentalisées, dans l’opacité de la déférence et la finesse amusée, connaisseuse, de la micro-variation, pour exprimer du sui generis.
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Le reflet duplicateur des grecs, le vernis occultant japonais.
En post-processant des ume, à l’origine chinoise, où suis-je ?