23 janvier 2009

Vous

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 9:48

Le français de
Mme Yamada
est
très étrange

Ses phrases
sont
courtes
poétiques
saturées
d’élémentaux
de bois
de feu
de terre
d’eau
de métal
de lune et de soleil

Elle parle
comme une
bourgeoise
des années 30
mais ce n’est pas
cela

Elle parle
comme une
noble du
19ème
mais ce n’est pas
cela

Elle parle
comme une
princesse
de la cour
de Versailles
et c’est déjà
plus
cela

Mme Yamada
parle
comme une
femme

Mme Yamada
a mis
du temps
à
expliquer
pourquoi
elle
parlait
comme
cela
aux
français
qui lui
posaient
la
question

On lui a montré
des
films
des
journaux
télévisés
par internet
la radio
en direct
par internet
pour lui
faire
entendre
du français
contemporain

Un professeur un peu
imbu
un français
neuropsy
qui se prenait
pour quelqu’un
d’important
lui a craché :
« vous parlez
ainsi
pour garder
votre
identité
japonaise »

「 Cher Monsieur,
je vous parle
ainsi
pour garder
mon
identité
de
femme 」

Et la femme
du professeur
qui l’accompagnait
et qui restait
silencieuse
derrière
lui
a souri
d’un sourire
amusé
qui s’est
teinté
d’une
grande
tristesse

Mme Yamada
n’en dit
pas plus
mais la
femme du
professeur
qui était
plus fine
que son
mari
eut
comme un
petit
satori
comme un
coup sur la
tête
quand on
heurte
un plafond
trop bas
qui nous
rappelle
la hauteur
du plafond
et notre
propre
taille,
qu’on insulte
cette vérité,
qu’on aime
la stabilité
des vérités
notre
taille
celle du
plafond
et cette
vérité nous
fait exister
un instant
davantage
et ce n’est pas
la douleur
qu’on tente
de faire
passer
en se massant
du creux
de la première
et la deuxième
phalange
la bosse qui
se forme

La femme du
professeur
qui est
fine
comprend
Mme Yamada
comprend
pourquoi elle
vouvoie
tout le
monde
ses amis
les plus
chers
les plus
proches
les intimes

La femme du
professeur
est une
intello,
une
agrégée
d’histoire
qui aime
le
Japon
qui a
pris des
cours
par
correspondance
et qui sait
entendre
la différence
entre
watashi
et
atashi
dans les films
d’Ozu

Une agrégée
d’histoire
de son
âge
a
été
féministe
prenait la
pilule
se souvient
que sa mère
n’a pas
toujours
voté.

En historienne
elle voit
les
femmes des
sans-culottes,
le sein nu
sur les barricades,
celles des
révolutions,
du 19ème siècle,
le sein nu
sur les barricades,
les femmes
qui remplacent
les hommes
partis
à la guerre,
la poitrine nue
sous leur
bleu de travail,
les communistes
au poing levé
les deux seins nus
sur les barricades

Et puis
depuis qu’elle est
au
Japon
elle voit des femmes
de vraies femmes
et elle se dit
que cela fait
longtemps
qu’elle n’a pas
vu autant de
femmes femme
insupportables
de mignon dans la
féminité
que cela donne envie de les
haïr car son
mari ne cesse de
tourner la
tête
et elle aussi
elle tourne la
tête
comme si elle
était dans un musée
des plus beaux
chats
du monde
et elle pense à ses
chats
à
Marie-Antoinette
et la voir
se déplacer
la voir
vous regarder
est un
bonheur
qui étreint
et les japonaises
lui
font le même
effet
et ce n’est
pas de
l’homosexualité
parce que ce
n’est pas
sexuel
que d’aimer
voir les
plus féminines
des
félines
mais
sensuel
érotique
d’un eros
qui ne serait
pas
pornos
mais qui pourrait
y glisser
facilement
quand même
et qui
pourtant reste
racinien
elle reste
princesse
intouchable
ange
sans
pli
que la
matière ne
touche
pas
que la main
ne
touche pas,
ondes
aux courbes
de trajet d’un
fouet
ralenti
qui appelle
et
rejette la
paume
fortes
puissantes de leur
fragilité
que le
temps n’accroche
pas
que la
poussière
la sueur
ne touchent
pas
flottantes
glissantes
et c’est un
supplice
de les voir
marcher
parce que
qui peut marcher
comme
elles ?

Les japonaises
parlent
comme elles
marchent
dans
Kyôto
et les
entendre
est un
bonheur
sexué
elles
parlent comme des
chattes
et on aimerait
caresser
leur
voix
comme leur
voix se
frotte
en féline

Oh bien sûr
on voudrait
souvent les
gifler
de parler
comme
des princesses
manipulatrices
qui obtiennent
et commandent
au kawai
stupide de la
voix

Bien sûr on
voudrait
secouer
les femmes
fines
qui se
soumettent
et s’humilient
dans ces
intonations
où elles ne
sont pas
femmes
mais
potiches
enfants
accessoires
domestiques
dispensables

Mais les femmes japonaises sont
indéniablement
des femmes
et l’agrégée
d’histoire
se dit qu’elle
aurait économisé
de nombreuses
années
de psy
si elle
avait
été
japonaise

Peut-être en
japonaise
aurait-elle
eu besoin
de parler de son
père
à son
psy
mais elle n’aurait
pas eu
besoin
de perdre
du temps
à choisir
son
identité
sexuelle
à ne plus
savoir
quelle place
quelle jouissance
à se sentir
paumée
dans son
corps
dans le corps
de
l’autre

Elle repense
à ces
citoyennes
au sein nu
sur les
barricades
de 89
et de
68
et elle
se dit
qu’en tutoyant
le roi
qu’en tutoyant
les
camarades
révolutionnaires
ces libertés en marche
ont
perdu
leur sein
leur sexe
dans leur
voix
puis dans leur
corps

L’agrégée
d’histoire
qui prenait
des photos dans les
manifs
féministes
des années 70
se souvient que
pour mettre au
point un sujet
sur son vieux
pentax
manuel
il faut tourner
la bague
un peu plus
loin puis
revenir
un peu
trop
un peu plus
loin
et revenir
encore
pour tomber
pile
juste
au
point

En écoutant
parler
Mme Yamada
et son
vouvoiement
qui n’est pas
kawai
qui n’est pas
soumis
qui n’est pas
snob
mais
femme
la femme
du professeur
comprend
que la
femme
occidentale
de son
temps n’est pas
au
point
que la bague
est
tournée
trop loin
que les
femmes
occidentales
sont moins
femmes
et que
c’est la blessure
de leur
juste lutte

En écoutant
le français
de
Mme Yamada
elle pense
aux femmes
qui dans trois siècles
pourront
parler
juste :
femme
et
libre

Personne ne se
souviendra
d’elle
dans
trois siècles
Ni de
Mme Yamada

Alors comment
comment
se demande-t-elle
vivre son
quotidien
en ajustant
au mieux
la
bague

pour les
femmes

pour les
hommes

d’aujourd’hui.
Et de
demain


20 janvier 2009

L’Ume

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 15:29

On vit ce-la
adolescent
parfois
adulte
et c’est douloureux
car il faut quitter ceux que l’on croyait aimer
que l’on aime parfois beaucoup
mais pas comme ce-la

Combien la vivent
cette fulgurance
combien la vivent
vraiment
cette
fulgurance
qui est bien
plus
qu’un satori
qu’un très bon
qu’un très long
orgasme

combien sont
bénis
de cette
chance
de tomber en
amour
comme dans un
fleuve
qui serait
le seul
fleuve
du réel
la seule source
de présence
à soi
et au
monde
dans une
dissolution de
soi et du
monde

combien sont
bénis
de l’amour
- partagé -
sans méprise
du regard partagé
en miroir
où l’autre
est soi en mieux
et plus que soi
plus que l’autre
plus que
l’existence
dérisoire
des
humains
mais où
l’on ne se
trompe pas
sur qui l’on voit

Combien sont
bénis
de toucher
l’ombilic
du monde
de le sentir
rayonner
sous ses
doigts
comme le centre
de tout
le centre
de l’être
un point d’évidence
où il n’y a
ni temps
ni espace
ni mu
ni
énergie
mais vérité
identité
le
socle

Combien peuvent lever le doigt
pour témoigner
qu’ils
l’ont vécue
cette fulgurance
qui
exige
deux libertés
authentiques
deux
authenticités
libres
complices
disponibles
vivantes
ouvertes

Quelques livres
en
parlent
beaucoup la singent
et il n’y est
jamais
question
d’elle
mais d’attachement
de douce
bienveillance
de tendresse
chaleureuse
aimante
d’un amour
sans amor
d’un amour
sans
amour
cette chaleur
diffuse
dont on a
besoin
pour ne pas
trop
ressentir
l’hiver de la
vie

Les histoires d’amour
que l’on propose
en rêve
en soupçon
en vitrine
sur scène
mal doublées
mal jouées
- la vérité ne se joue pas -
elles sentent
la rose
comme on sent des
pieds
elles puent
la rose

La fulgurance
amoureuse
ce n’est
pas
ce n’est
en aucun
cas
la rose

l’amour
c’est
l’ume

la fleur
blanche
qui surgit
quand tu
as
froid

et ce n’est pas
la neige
qui brille
sur le tronc
noir
mais
l’ume
comme un
soleil
d’enfant
un soleil
de paupières
qui n’ont
jamais
été
embrassées

la nuit
les néons
s’y
reflètent
par
transparence
comme des
quasars
comme un
hymen

et son
parfum
t’étrangle
pendant que tu
offres ton
cou
à chaque
danse
syncopée
des valvules
de ton
coeur
et ton
coeur
est cousu
de pétales
d’ume
est un
bourgeon
d’ume
tes yeux
ont la
teinte
de l’ume
la vie
te rend
aveugle
à l’obscurité
de la non
vie
et la vie
est devenue
ume
lumière
galactique
quintuplement
spirale
infiniment
spirale
comme
goutte de
lait dans
thé
noir

L’ume
est une
langue
étrangère
pour qui
n’a pas
été
marqué
par sa
bénédiction

une couleur
pour les
aveugles
de
ceux
qui t’agressent
à coup
de canne
blanche
quand ils
entendent
parler
de
couleurs

ou qui
pleurent
en silence
d’envie
qui te
crachent
au visage
d’envie
parce qu’ils
n’ont pas fait
ce rêve
l’ume
ou parce qu’ils
le font
à faux
à flanc
ou
parce que
c’est un rêve
de
faux
de semblant
de parure
et qu’ils
ont déjà
assez à faire
de leur vie
traquée
de la vie
courte
de ce qu’il
faut
de ce qu’ils
doivent
et ils
font alors
le bruit
de l’eau
roulant tous
les
grains de
toutes les
plages
et
chacun
et
tous ils
se font
grain
unique
alors que
l’ume
exige
que tu
sois
la plage
toutes les
plages
de tous les
temps
et tu es
saisi par le
froid
le chaud
le sel
le vent
le
sec
toutes les
odeurs
de toutes
les
plages
celles
noires
de cendres
des volcans
neigeux
celles des
déserts
qui asphaltent
les continents
les plages
aux
bruits étranges
celles sans
pas
qui ne verront
jamais aucun
pas
et comme tu
es la plage
avec l’ume
tu cours et
tes pas
forment un
texte
plus
éternel
qu’un sutra
de
diamant
vos pas
tracent
une équation
évidente
courte
et aucun
homme
n’y pourra
y avoir
pensé
vos pas
tracent
une courbe
comme un
sein
une branche
et cette
branche
est
l’ume

Quand tu
respires
l’air
est
inutile
le monde
est au-delà
de l’utile
il est là
et tu
comprends
qu’il
a toujours été

pour
l’ume
et quoi qu’il
arrive
tu ressens
comme un
éclair
que tu peux
mourir
parce que
l’ume
a fait de toi

un
vivant


18 janvier 2009

Zeugme

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 6:49

Ils se rencontrèrent chez Mme Yamada

En fait non : ils s’étaient déjà
rencontrés avant,
une fois,
au club de go
de la gare,
mais quand elle
va jouer
au go
dans les clubs
Ume se
déguise
pour avoir
la
paix
- en
femme mariée
laide
-
pour jouer
en paix,
leur
mettre
la pâtée
sans trop
blesser leur
virilité
à ses
japonais
qu’elle ne
regarde même
pas
qui ne sont
pas mauvais
mais elle,
elle est
vraiment
forte

Matsujirô
connaissait
déjà
Ume par sa musique.
Il avait téléchargé
ses albums
illégalement
et avait sélectionné
deux morceaux
pour la playlist
de son
téléphone

*

Il fait froid
et le chauffage
à gaz
de Mme Yamada
rayonne un
bruit fort
en donnant à la
pièce une
odeur
douce
écœurante
et de la buée
surbuante
sur les
vitres
en simple vitrage
texturé
non transparent

*

La mère de
Matsujirô
l’avait chargé
l’année dernière
de gérer, traduire,
tous les problèmes
administratifs
de Mme Yamada
et même s’il
vient désormais
moins souvent
il passe
une fois
par semaine.
En prenant
le thé
- vert, fort, amer -
ils lisent
ensemble
avec Mme Yamada
un poème
en
alexandrins
avec le goût
du thé
- vert, fort, amer -

Ume
vient
chez Mme
Yamada
pour la
première
fois
Elle
accompagne
son
élève,
Aiko San,
une étudiante en thèse
sur Verlaine
et une
bonne pianiste
de
jazz.

Aiko San
est douce
futée
consciencieuse
gambarimassieuse
mais il
lui
manque
l’étincelle

Elle cherche donc un
mari,
prévoit
d’avoir deux
enfants
qu’elle emmènera en
voyage en
France
et à qui elle
apprendra le
piano.
Il lui faut
donc un
mari
riche.

Aiko San
habite
encore
chez son
Père
dans le quartier
de Mme
Yamada

C’est Aiko San
qui a
offert
à
Mme Yamada
son
anthologie
en lui
disant :
「 elle n’est pas
bonne
mais elle
est douce
comme
ses
pages
en
papier
bible
et la
France
est sans
doute
un peu
beaucoup
là , ne ?」

Matsujirô
et Aiko
se voient
très souvent
chez Mme
Yamada
mais jamais
Matsu
n’a eu la
moindre
envie
de coucher
avec
Aiko
parce qu’Aiko
il lui
manque
l’étincelle
et Aiko doit
avoir
une aiguille
dans son
sac à
main

*

Depuis
qu’Aiko et
Ume
sont entrées
chez Mme
Yamada
Matsu
a du mal
à finir
son
wagashi
car il a
envie
de coucher
spirituellement
avec Ume

tout de suite
sur le
parquet de
Mme Yamada
et d’ailleurs
elle n’est plus

ni Aiko
ni la surbuée
l’odeur doucereuse du
gaz
le goût vert du
thé vert

Il y a juste
la base de la langue
gonflée, au goût
de silex blanc
dans le fond de la
bouche
la gorge,
le bruit
de sa
tachycardie
le blanc
dans ses oreilles
et la sensation
d’être bête
la lutte crispée
pour ne plus
l’être
la lucidité
que cette lutte
le rend
plus bête
encore

Matsu se dit qu’il n’a
jamais
vu de
Paon en vrai à
Kyôto
- sur des panneaux de temples
oui mais
en vrai,
non -
mais que là
il y a urgence à
faire la roue
à passer
en mode
super sentai
de la
séduction
à jouer
en continu
plusieurs niveaux
au dessus du sien
et que ce qui se
passe là
à l’instant
est un
carrefour
majeur
de
sa
vie
celui que tu ne dois
en aucun
cas
manquer

L’urgence
est d’autant
plus intense
que son kami
danse
devant ses yeux
avec un panneau
de cartoon
américain
tenu de la main
gauche
sur lequel
est écrit
「 c’est ELLE !」
qu’il lui fait des grands signes
de l’index droit
pour lui montrer
le panneau
puis jette le panneau
et lui
montre avec les
index
de ses deux mains
son sexe
d’oni en
érection
énorme
qui grandit grandit grandit grandit
pour devenir
plus grand
plus haut
plus large
qu’un pilier du Nanzenji
et clignote
en rouge
plus
violemment que
tous les néons
d’Akihabara
puis explose
soudainement
en un nuage
de pétales
de
sakura
rose layette
et
Matsu voit
son kami
singer des
bisous
tendres
entre des
mini-smacks
et des
maxi-smouitchs

Tout cela
Matsujirô
le voit et le
sent
alors
qu’il doit
poursuivre
devant les trois femmes
la lecture à
voix haute
d’un chapitre
d’Amers
de
St John Perse
et il se
dit qu’il aurait
pu plus
mal
et mieux tomber

Elle est
vraiment très
belle
Ume
Quelque chose
s’est libéré
sur son visage
depuis qu’elle
a arrêté
les concerts
il y a
deux
semaines

Elle est dans l’excitation
la peur
de cette
transition
la sensation
d’une liberté
qui pourrait être
trop
grande
si elle ne
scande
pas sa vie
si elle
n’honore
pas sa
chance
tous les jours
tous les jours
tous les jours
en poussant
plus haut
plus haut
comme le vol
des oiseaux
de Kyôto
son
faire
son
talent
dans le ciel

Pousser plus
haut
plus
haut
plus loin
elle sait désormais
qu’elle doit le
faire
au
micro-sécateur

Depuis qu’elle
joue
de la musique
elle n’a cessé
d’augmenter le
registre
de ses effets
le nombre
d’items
de sa
technique.
elle sent
qu’elle a
l’âge
maintenant pour
couper
trancher
épurer
élaguer :
si
elle peut
100
si elle
peut
200
elle doit
désormais
jouer
avec
30

Mais trente
si
beaux
si
purs
si
justes
qu’ils
suspendront
le temps
comme une
apnée
de plaisir
comme un
orgasme
existentiel

Ume
se dit
d’ailleurs
que ça fait
longtemps
qu’elle n’a pas
joui
fort dans les
bras d’un
homme

Alors elle
regarde
sans en
avoir
l’air
l’intello
qui lit son
texte
incompréhensible

Ume
elle sait
l’effet qu’elle
fait sur
les
hommes

Elle l’a
appris
douloureusement
très
douloureusement

Mais là
en cette
période
de transition
elle sent qu’elle
a
besoin de
jouir
dans les
bras d’un
homme
et cet
intello-là
rayonne
subtilement
de quelque chose
de viril
pas
comme les
japonais
coquets
petits garçons
qu’elle
croise
autour
d’elle

Alors
quand
Matsujirô lui
tend sa
carte
elle lui
donne
en
retour
la
sienne,
celle avec
toutes
ses coordonnées

et lui
dit

「 appelez-moi 」


16 janvier 2009

Mme Yamada va mieux

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 7:22

Le temps
passant
le monde s’est
organisé
autour du
français
de Mme
Yamada

Des neurochirurgiens
en vacances
des thésards
des professeurs
appellent
régulièrement
pour parler
avec
elle

Évidemment
surtout
des francophones
ou accompagnés
par des
français
et même s’ils
sont
bien élevés
ils ne sont jamais
vraiment polis
toujours
brutaux
comme s’ils
se prenaient
pour des
Danton
des
Gavroche
des grognards
Comme si la
violence
populaire
des deux
derniers
siècles
de leur histoire
leur avait
donné la
couleur
grenadine
la couleur
rouge sang,
diluée dans
la pluie,
des
gardes
rouges.
Ceux qui te tutoient
avant de
te
pendre
avec tes
tripes
à un
crochet
de boucher
pour le bien
de
l’humanité
pour
l’égalité
et qui
diraient
« présente
mes
tripes au
peuple,
elles en
valent la
peine »
au garde rouge
grenadine
qui viendra
punir
leur embourgeoisement impérial
qui ne profiterait
pas à
l’ensemble de la
communauté grenadine

Heureusement
heureusement
cette
hémoglobine

les français
la
portent
sur une
hermine
parce que ça l’a
fait bien
rire
Mme Yamada :
les français
qu’elle
rencontre
au
fond
ils se prennent
tous pour des
rois
des
reines
des
seigneurs
à qui tout est
dû.
Des prouteux
têtes à claques
mais
aux perruques
parfumés.

Parce qu’ils
se prennent
pour des
rois
tout gardes
rouges horribles
qu’ils
sont
il leur
vient
de la
moelle épinière
des réflexes
de
déférence
comme un
accent
de
famille
qui
ressourdrait de
très loin

Ca en rend
certains
moins
barbares

Des précieuses qui ne seraient pas
ridicules
Des précieuses maîtres de
l’économie de
moyens
voilà
ce qu’elle aimait
chez les
français
Mme Yamada
voilà ce qu’elle avait découvert
ces derniers
mois
dans ces contacts
surabondants
avec les
Robespierre herminés
avec les
livres
avec la
langue
qu’elle parlait
sans accent
- et cela, les neurospécialistes, cela leur faisait venir de la salive aux commissures -
avec la langue
qu’elle goûtait
avec jouissance
dans les Pléiade
qu’on lui
offrait

Mme Yamada
désormais
gardait toujours
dans son
tablier
l’anthologie
de la poésie
française
de
Gide
et c’était
sa nouvelle
vraie
maison

Le temps
passant
plus personne
ne tentait
de la faire
parler
japonais

Elle se sentait
bizarre
comme
muette
et
aveugle
au
japonais

Dans sa
tête
quand elle
entendait du
japonais
cela faisait
comme un
bruit
blanc
shhhhhhhh

Dans sa tête
quand elle
voyait du
japonais
écrit
cela faisait
comme un
floutage
de
télévision.

Comme des
larmes sur
une
lettre

Mme Yamada
à Kyôto
elle entendait
beaucoup
de bruit
blanc
voyait beaucoup
de flou
et
chez elle
elle avait
mis tout le
flou dans ses
placards
et des
étudiants
lui avaient
mis des icônes
sur le bureau de son
nouvel
ordinateur
azerty
pour écouter
la
radio en français

Mme Yamada
se prenait
désormais
à se
demander
combien
cela
coûtait
l’hermine
parce qu’elle
avait désormais envie
d’en mettre
sur son
tablier

Et parfois,
désormais,
elle avait envie de
pendre
les bêtes
et les
méchants
avec leurs tripes
pour le bien
de l’humanité

pour
l’égalité


22 décembre 2008

La cascade

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 7:15

Le troisième épisode
qui a pourri l’année
qui a grillé
Matsujirô
c’est la
cascade

Parce qu’immédiatement
en sortant
du magasin
de
vélo
Matsujirô
s’est rendu
chez ses
parents

l’attendait
sa mère
inquiète

C’est rare
quand il la voit
inquiète

En général
Elle est toujours
ce bloc
positivement
impassible
comme un
brise-glace
nucléaire
soviétique
mais
modèle
féminin
et
japonais

Là, elle
avait le
regard
inquiet

Elle était
inquiète
très
inquiète
pour
Tochan
le fils
aîné
de sa
fille
aînée

Depuis
plusieurs
jours
son
comportement
avait
changé

Tochan
était
un peu
rond
pour un
garçon de
6 ans
et tout
le monde
l’appelait
le
petit
sumotori

Il aimait
surtout
les
gâteaux
et le
sucré
et depuis qu’il
était petit
il était
capable de
piquer des
crises
hystériques
dans les
magasins
quand
sa
mère
ne lui
achetait
pas
le paquet
qu’il voulait

Mais

le problème
était
différent

On l’avait retrouvé
allongé
sur le sol
presque
inconscient
au limite
du
vomissement
alors
qu’il avait demandé
à la
maîtresse de
sortir pour
faire pipi

Au lieu
d’aller
aux
toilettes
il avait
ouvert
les boites à
bento
de tout
le monde
et avait
avalé
tout le
riz
et
exclusivement
le
riz
des bento
de toute
la
classe

La veille
sa
mère
l’avait
surpris
à tenter
de
voler
8
onigiri
dans un
combini

et les jours
précédents
il
avait
mangé
la
totalité
du
riz,
quatre grosses
parts
d’adulte,
directement
dans le cuiseur
à
riz
avant
le
repas
du soir

Quand on lui
demandait
pourquoi
il faisait
cela
il ne répondait
pas
les yeux
vides
et une
fois
en
pleurant
il avait
dit
« je ne sais
pas »

Bien
sûr
le problème
n’était
pas
médical

On avait
immédiatement
pris
rendez-vous avec
un psychologue
ne serait-ce
que pour ne
pas
avoir
trop honte
avec les autres
mamans
de
l’école
qui regardaient
désormais
la soeur de
Matsujirô
d’un œil
bizarre

Le rendez-vous
est pour dans
quinze
jours

Au
fur et
à
mesure
que
sa mère
lui
raconte
les
détails
de la
situation
Matsujirô
se dit
「non
non
je
n’y
crois
pas
elle
ne
va
pas
me
demander
ça」

Si
Elle
lui
demanda
directement

les yeux,
pour la
première
fois depuis
très
longtemps,
directement
fixés dans
ses yeux
et il
repense
à la bêtise
qu’il avait
faite
la dernière
fois
où elle
l’avait
regardé
comme
cela
et
c’était
une
bêtise
qui
aurait
pu
être
très
grave
il
avait
dix
ans


il
faut
que
tu
ailles
à
la
cascade

Matsujirô
n’avait
jamais
parlé
de
ses travaux
de sa
recherche
avec sa
famille

C’était un
peu
tabou

Tout le monde
savait
que
l’arrière
grand
mère
était
guérisseuse
chaman
et que
son
kami
était
lié
à une
cascade
dans
Fushimi
Inari

Tout le
monde
savait
inconsciemment
que
normalement
la
mère
de Matsujirô
aurait

être
guérisseuse
car
en
général
ce
talent
se repose
au
moins
pendant
une
génération
avant
de
se
resurgir

Mais sans
doute un
kami
plus
puissant
avant décidé
autrement
pour la
vie
de sa
mère,
la
protégeait
et
fournissait
l’énergie
infinie
du
brise-glace
nucléaire
soviétique

Pourtant
les
kamis
n’abandonnent
pas
si
facilement
une
porte
clanique
qu’ils
ont une
fois
ouverte
pour
goûter
les
larmes
salées
du monde

Ils ont
besoin
de
temps en
temps
de
sortir
de
prendre
l’air
de se
changer
les
idées
et les
humains
c’est
rigolo
pour
cela


Matsujirô
je
pense
que ce
qui
arrive à
Tochan
est une
histoire
de
kami
et tu
es le
seul
que je
connaisse
en qui
j’ai
confiance
pour
aller à la
cascade

Elle n’en
dit
pas
plus

Et il
lui
était
impossible
de
refuser

Il ne pouvait
pas
dire
「bah tout cela c’est de la
systémie familiale
ma sœur s’est encore
disputée avec son
mari
ou alors
Tochan les a surpris
en train de faire
l’amour et ça
l’a perturbé」

Et face à sa
mère
au regard
de
brise glace
nucléaire
soviétique
sans frein
il ne pouvait
pas dire
「les kamis
ça n’existe pas
je suis ethnologue
c’est du folklore
structuraliste
et tu veux pas
non plus que je prédise
le prochain vainqueur
de Keirin ?」

Il ne pouvait
pas
lui
dire
car depuis
l’Inde
et les plantes qui ne
devaient pas
être que des
plantes
il le
sentait
bien
son
gros
kami
rigolard
en lui
autour de
lui
près de
lui

Mais jamais
il n’avait
pensé
qu’on
lui
demanderait
d’aller à
la
cascade

Jamais
qu’il
devrait
demander
l’aide
des
kamis
pour
ses
proches


- Quand ?
- Cette nuit, ça ne peut plus durer
- Cette nuit !?

Il n’avait
assisté
que
trois
fois
à la cérémonie
de la cascade
par son
arrière
grand
mère
qu’il aimait
beaucoup
et qui
était morte
quand il
avait
huit
ans

Dans la
colline
de
Fushimi
Inari
en bifurquant
avant
le grand tour
des torii
il y avait
une
petite vallée
avec
une succession
de
petites
cascades.

Ce que
l’on
appelait
cascade
c’était en
fait
un mince
filet
d’eau
presque
un
goutte à
goutte
qui était
artificiellement
dirigé
par des
tuyaux
mais l’eau
était
de
source

Chaque
guérisseur
shaman
dai
la
majorité
des
femmes
aveugles
ou
presque
de la région
étaient
connectés
à
une ou
des
cascades

Leur kami
ne pouvait
descendre
qu’ici
et
jamais

La cascade de
la
grand
mère
c’était
Aoki

Matsu
n’avait
jamais
tenté
de
« faire descendre »
son
kami
après
l’épisode
en
Inde
Il avait
eu
un peu
peur

En fait non
il avait
eu
très
peur
Il avait
ressenti
une
immense
confiance
dans le
rire de
son
kami
qui était
un
bon
kami
par un
kami
cruel
avec
les
hommes
mais
l’intello
qu’il
était
devenu
avait eu
peur
de
s’être
trompé
toute
sa
vie

Depuis
Matsujirô
ne choisissait
pas
ni de
croire
ni
d’intellectualiser
il vivait
dans cet
entre-deux
suspendu
en
remettant
à
plus tard
et puis
après
tout
qui
savait
il n’avait
de compte
à
rendre à
personne

Mais là
si
Il avait des
comptes à rendre
à
son
clan
au passé
de
sa
famille
de sa
lignée
maternelle

Pour la
première
fois
il devrait
non
pas
voir des
rituels
mais
faire
des rituels
pas simplement
pour
voir
mais pour
aider.
Et
aider un
proche

Il eut
envie de
chier
et sentit
son
scrotum
se
resserrer
pour devenir
de la taille d’une
umeboshi

Et puis
envie de
vomir
aussi
il détestait
la famille
les contraintes
et cette année
pourrie
alors
il la
ferait
cette
cérémonie
de la
cascade
mais en
ethnologue
comme ça
en
singeant
et comme
ça
tout le
monde
serait content
dans la
systémie
familiale
et tout ça
ce n’est que
du
post-structuralisme
et il
en
écrirait un
papier

Matsujirô
sa soeur
et sa
mère
se rendirent
donc
à
Fushimi

Le petit
avait
encore mangé
tout le
riz
le soir
et il faisait
froid
la
nuit

Matsu devait
faire
trois fois
le grand
tour
avant de se
mettre
sous la
cascade
Aoki

Même en
marchant
très
vite
et en
comptant
des pauses
il en
avait
au moins
pour
deux heures
et
demie

Les femmes décidèrent
de l’attendre
à la
cascade en
y préparant
l’autel

Cela faisait
longtemps
qu’elles n’étaient
plus venues
à la cascade
car le petit
temple où
elles se
recueillaient
parfois se
trouvait sur
le
grand
tour des
torii
pas sur le
chemin
des
cascades

Elles suivirent
leur
pas
et croisèrent
quelques
vieilles
femmes
guidées
par de
plus
jeunes
éclairées
par de
vieilles
lampes de
poche
de
100 yens
shop

Et puis elles
appelèrent
Matsujirô
sur son
mobile
qui venait d’arriver au
deuxième
petit
sommet
parce qu’il y
avait un
problème

Aucune
eau
ne
coulait
de la
cascade
Aoki

Plusieurs
vieilles
qui
ruminaient
des
mantras
étaient
passées
sans répondre
à leur
question
sans
les
voir
car elles
étaient
déjà
parties
très
loin

Une plus
jeune
s’était
arrêtée
et
avait
ri
avait
vraiment
beaucoup
ri
d’un
rire
fatigué
et
vivant
de celle qui en a beaucoup
vu

Depuis la
construction
de l’autoroute
à quelques
kilomètres
de la
colline
presque
toutes
les
sources
de
Fushimi
s’étaient
taries

Les pétitions
les menaces
des vieilles
femmes de malédiction
sur les familles des
constructeurs
les tentatives
de bétonner et rerouter
des cours
d’eau
souterrains
rien n’y
avait
fait
l’eau n’arrivait presque
plus

Certaines vieilles
avaient
essayé
avec des
cascades
alimentées
au
robinet
mais
évidemment
ça ne
marchait
pas

Il n’en
restait
que très
peu
qui
gouttaient
plic ploc
et il
y avait
souvent la
queue
parce que
les
vieilles
s’étaient rendu
compte
que les kamis
avaient
déménagé
leur porte
ici et là
sur les
quelques
plic ploc
utilisables
et qu’ils
voulaient
bien
descendre
par

La vieille encore jeune
leur dit
Ceux d’Aoki
vont

mais parfois là
et puis là
aussi parfois
et puis parfois
ça descend
plus
à Fushimi

Elles expliquèrent donc
à
Matsujirô par
téléphone
où il devait
se rendre
après
ses
trois
tours
et il
jura en
français

Fushimi
la
nuit
Ce n’est pas
comme
Fushimi
le
jour

Déjà
le jour
même
avec les
touristes
et les
familles
et le
rouge
des torii
c’est un
peu
inquiétant

La nuit
Entouré
des pierres
qui ressemblent
à des
tombes
sous les
torii
de bois
dont la base
est parfois
pourrie
quand il fait
froid
mais que tu
as chaud
à transpirer
à grosses
gouttes
qui deviennent
vite
froides
de monter
les marches
et qu’après
le premier tour
tu te dis
mes
cuisses
vont-elles
tenir
la nuit
Fushimi
peut
faire
peur

Les animaux de
la
forêt
font leurs
bruits
les branches
la nuit
font leurs
bruits
et tes
pas un
drôle
d’écho
mat
sur les
pierres
des marches
inégales

La mère
de Matsujirô
lui avait préparé
un thermos
d’otcha
chaud
et à chaque
fois qu’il
s’arrêtait
pour une
pause
il était content
d’entendre
le
petit
poc du
bouchon
de sentir
la chaleur
du thermos dans
ses
paumes
et du goût
amer
du thé
vert
dans
sa
bouche
la sensation
dans
sa trachée
dans son
estomac

Il
retrouva
sa
mère
et sa
soeur
parce qu’ils
connaissaient
tous les
trois
très bien
Fushimi
et parce que
les
mobiles
c’est pratique
pour organiser
une
descente de
kami
dans un
lieu
sacré
qui a
perdu ses
plic ploc

En un
sens
ils
avaient de la
chance
que
Matsujirô
soit
jeune
car les
autres
vieilles
mettraient
plus de
temps
à finir
leurs
grands
tours

Matsu s’était dit
je vais
faire
comme si
comme je me
souviens
et puis
basta
elles seront
rassurées
de voir que je
n’y peux
rien

Il fit donc
ce que
faisait
l’arrière
grand-mère

Il récita
une
première fois les 262 caractères du
Hanna Shingyô
et il s’épata
à nouveau de sa
capacité
à se souvenir
d’un texte qu’il
n’avait jamais
eu le
sentiment
d’avoir
appris par coeur
et qui n’avait
rien
de shinto et que c’était
amusant
au fond
ce mélange
syncrétique
shinto-bouddhique
au Japon

Il offrit
l’encens
le sake
les fruits
et les
onigiri
aux renards
du petit
temple
à côté de la cascade
claqua des mains
en décalant
légèrement
ses paumes
pour faire
un clac
plus
sonore
comme il avait
vu le
faire les
prêtres
shinto

il se mit en
fundoshi
et
bizarrement
il ne sentait
plus le
froid

Il traça de la
main dans l’air
en direction
du plic
ploc
de
l’eau
la grille de
5 lignes et de
4 colonnes,
le kuji,
les 9 caractères
et il s’étonna
un peu loin
au fond
de lui-même
que les
gouttes
du plic
ploc
se soient
bizarrement
écartées
et que
c’était peut-être
l’effet du
vent et de
toute façon
on n’y voyait
rien

Il mit
mentalement
devant
lui
l’image de
Tochan
et s’engagea
sous le
plic
ploc
pendant que
sa mère et
sa
sœur
récitaient en
boucle le
hannah shingyô
les mains
jointes
sur leur
chapelet

Ca partit
tout
seul
et
tout de suite

Son kami
descendit
d’un
coup

Il se mit à
rigoler
d’une très très très très
grosse voix
qui fit s’arrêter plusieurs
vieilles dans le grand tour
au loin
et
elles
sourirent
en claquant deux fois
leurs doigts
clic, clic

Il commença
à faire des bruits
incompréhensibles
avec sa
bouche
comme des
engueulades
de fou
et d’animal
qui ne contrôlerait
pas
sa bouche
et parfois un
mot sortait
clair
et sinon du
charabia
de toutes les
langues
mais pas
tonales

Il vit
Tochan
comme dans un film
venir à
Fushimi
avec sa mère
il y a
quinze
jours
et il vit
Tochan
pendant que
sa
mère
parlait à
d’autres personnes
il vit Tochan
prendre
et
manger
un Onigiri
qu’ils avaient
déposé
sur l’autel
pour le
kami de la
famille

Ah ben ça
le kami
ça lui a
pas plu
qu’on lui
prenne
son
onigiri
Déjà que
c’est pas
marrant
d’être kami
tous les
jours alors si en
plus on vous pique
ce qu’on vous
offre
ça va plus du
tout

Déjà que
les corbeaux
et les tanukis
et
les autres animaux
et les clochards
ne se
privent
pas pour
piquer
le sake
et la
nourriture
alors si en
plus
un petit du
clan se
met à piquer
le riz du
kami du
clan
alors là
ça ne va plus
du
tout

Le kami de la
famille
il est plutôt
old school
et du
genre
rigide
il décida
donc que
tant que le
tort ne
serait pas
réparé
le petit
allait
savoir ce qu’il
en
était
vraiment
de prendre
le riz
des
autres

Le kami de la
famille
fit dire
au
kami de
Matsujirô
que la solution
était
simple :
100 nigiri
préparés
par la
famille
déposés
sur
son
autel
et il
lèverait
le mauvais
sort

Matsu
eut un
gros râle
un
immense éclat
de
rire
et les vieilles au
loin
claquèrent
deux fois
leurs
doigts
clic, clic

Il sortit
de la
cascade
et ne
s’effondra
pas

Il avait
l’esprit
clair
on ne peut
plus
clair
vraiment
franchement
très
clair
il se
sentait
nettoyé

et
grillé


 
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