18 décembre 2008

Cicatrice

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 6:36

Mme Yamada sent
son
chapeau
de
paille
gratter sa
cicatrice

Elle la sent
toujours sa
cicatrice
sur sa
tempe
sous ses
cheveux
Et parfois
elle
la touche
avec
effroi
fascinée
comme si
elle allait
s’ouvrir
et
son
cerveau
se
répandre
dans la
douche
quand elle
se
lave
les
cheveux

Mme Yamada
marche
avec les
autres
elle défile
dans la
ville
et les
enfants
regardent
avec
des
yeux
ronds
à travers
sa
mousseline

Il ne fait pas
trop
froid
et elle
n’est pas
derrière
les
étudiants
qui
ramassent
les
crottins

Le responsable
de la
matsuri
lui a
demandé
si elle
ne voulait
pas
être à
cheval

Elle a
hésité
parce
que le
cheval
qu’on lui
proposait
était
tenu par un
beau
monsieur
dont la
barbe
avait la
couleur
de son
cheval
dont le cheval
avait
la
couleur de
sa
barbe :
sel

Mais Mme Yamada
avait peur
de
tomber
d’avoir envie
de
faire
pipi
d’avoir mal
aux fesses
donc elle
exprima
qu’elle
préférait
marcher

Elle marche
elle ne
sait plus
pourquoi
les enfants
sont
contents
les petits
qui ne disent
rien
les mamans
qui
nomment
« tiens, voilà les
guerriers »

Et Mme Yamada
marche
pour faire
cesser la pluie
pour le
riz et ne pas
avoir
faim
elle marche
comme on a
toujours
marché
et elle
sait que
ça ne
sert à
rien
parce que
la vraie
matsuri
est
secrète

Défiler
c’est bon pour la
télé
mais la
vraie
matsuri
est
secrète
la nuit
la nuit quand il fait
froid
et ceux
qui
savent
vraiment
sont là

il
faut
et les
musiciens
de

jouent
toute la
nuit
et personne
ne marche
mais
une femme
en
blanc et
rouge
danse
et elle
tourne comme
personne
ne
tourne
sur une
scène de

elle tourne
comme on tourne
depuis
mille ans
deux mille ans
depuis
toujours
quand on
appelle
les
dieux
et l’on sent
que ça monte
en
elle
et les
percussions
des
tambours qui
blessent
les
doigts
sont
masquées
par les
appels
par les
cris
de
ventre
qui sont
des chants
qu’on ne
comprend
plus
et ça
tourne
tout le
monde
tourne
même assis
et l’on a le
tournis
les murs
de bois
les cloisons
de papier
du
temple
tournent
l’espace
devient une
toupie
et chacun
est une toupie
dans la
toupie
à ne plus
savoir où
en
être

Mme Yamada
respire
vite
elle
s’empresse
de ranger
des affaires
dans
sa première
maison pour
chercher
des
amis
qui
viennent
en
avion
et il y a
beaucoup de
monde dans
sa
maison
où elle est en
retard
alors elle
se
presse
en
courant
dans
les
pièces
quand
quelqu’un

l’appelle

La
toupie
ralentit
elle est
dans sa
pièce
préférée
et,
rentre
d’un pas
pressé
de
chat qui a
faim
son
chat

son premier
chat

Il est
un peu
plus
vieux
un peu
maigre
comme s’il avait fait un
long
voyage
il a une
cicatrice
sur le
côté
mais il vient
vers elle
comme
s’il n’était
jamais
parti
lui
lèche les
doigts
se couche
en demi-cercle
sur
le flanc
se lèche
le ventre
avec des coups
de
tête et de
langue
énergiques
menace
de la
mordre
quand elle
veut lui
caresser
le
ventre
fait un
bond
sur ses
genoux
puis
grimpe
sur
ses
épaules
et
elle sent
sa
chaleur
contre
son
cou
la
vibration

la vibration
douce
de
l’amour
de
l’amitié

de la

fidélité

La certitude
de ne
jamais
être
trahie

Mme Yamada
se
réveille

il est
trois
heures
du
matin

Elle a un
peu
froid et
trop
chaud
dans son
futon

Et la
vibration
de
son
chat
qui ne l’aurait
jamais
trahie
lui
manque
lui
manque
lui
manque
lui
manque
lui
manque

autour
de
sa
nuque


14 décembre 2008

Le bruit de l’enjoliveur métallique

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 9:59

Le troisième
épisode qui
avait
fini
d’achever
l’année
de
Matsujirô
concernait
son
neveu
Tochan

Et désormais
il
était
grillé

Il se
souvenait
exactement

il
était
quand
sa
mère
l’avait
appelé

La mère
de
Matsujirô
n’appelle
jamais
son fils

Il fallait que
ce
soit
grave
et en un
sens
la situation
était
grave

Matsujirô
était
au magasin
de
vélo
pour
échanger
celui
électrique
qu’il
avait gagné
contre
un vélo
très léger
avec
beaucoup de
vitesses

Il trouvait qu’il
avait pris
du poids
ces
derniers mois
sur son
scooter
et à
manger des
gâteaux

Le vélo
électrique
il était
content de la
façon
dont il l’avait
gagné.

Dans le club
de
go
près de chez
lui
venait
depuis
quelques
mois
une institutrice
célibataire
récemment à la
retraite
insupportable
C’est typiquement
la
Mme Je-sais-tout
Qui connaît tout
Qui sait faire
Qui commente et
donne des
conseils d’un ton
de
maîtresse d’école
à tout le
monde.

Elle n’est pas
spécialement
bête
elle est
même
5ème
kyu
Elle se prend
juste pour
une joueuse
professionnelle
comme celles
à la télé
le dimanche
qui sont
jeunes
jolies
et
humbles
mais elle, elle,
elle s’est toujours
attachée à s’enlaidir
et ne se rend pas
compte
qu’elle n’est pas
humble et qu’elle
énerve
tout le
monde

Que ce
soit la
faute de
son
père ou de
sa
mère
qui voulaient
un
fils
qui auraient
voulu faire
des
études
et qui
ont fait
comprendre à
l’enfant que
c’était ça
ou
crève
et l’enfant
s’est mis
en
sur-régime
angoissé
pour se
conformer
à cette demande
qui ne correspond
pas à ce
qu’elle
est,
tout cela n’y change rien :
elle est
insupportable

Matsujirô en
a
marre de
croiser
des personnes
angoissées
en
sur-régime
tellement dans la
peur de
décevoir
un parent
imaginaire
qu’ils ne
cessent
d’humilier
les vivants
qu’ils ne cessent
de se
faire
haïr
leur vie
durant

Matsujirô
rêve
parfois
d’une société
idéale
où un badge
selon le
contexte et
l’activité
afficherait
en temps réel
son grade
sur une
échelle de
1 à
10
et chacun pourrait
voir le
grade de
l’autre
et lui
devrait le
respect
qui
s’impose
et ce besoin
du respect
dû au
grade on ne
pourra pas
jamais le
changer
tout primate
que
l’on est

Au go,
le grade c’est
facile :
on connaît son
niveau.

L’instit
retraitée
elle vit
tellement
dans
son stress
elle n’est plus elle-même
depuis
tellement longtemps
d’ailleurs elle n’a sans
doute
jamais pu être
elle-même
qu’elle ne cesse
d’oublier
les grades
le respect
de se taire
même au
go

Ces
personnes

Matsu ne les
supporte
plus

Le pire du
pire
c’est quand
elles sont
prises
en
faute

A ce moment

elles passent en
mode
survie
car le parent
imaginaire qui
les tyrannise
dans leur
tête
pourrait
les manger
les abandonner
les
tuer
alors
elles préféreront
tuer
les témoins
être violentes
au dernier des
degrés
plutôt
que de
reconnaître
leur
erreur
l’erreur de n’avoir jamais
vécu
de toute
leur
vie

Prises en faute
leur première
stratégie
consiste
à
nier

Non, le réel n’a jamais eu
lieu

Pour Matsujirô quand un
être humain
fait
cela
il ressent une
telle
violence
qu’il est
content de ne pas
porter de
katana,
qu’il est content
de rester
humain

Confronté
à
l’évidence et
ne
pouvant plus
nier
ce type de personnes
passent alors au
stade 2 de leur ignominie :
minimiser
justifier
impliquer
l’autre

« c’est pas moi »
« c’est pas grave »
« c’est ta faute aussi si… »

Stade 3 : l’oubli.
Il ne s’est rien passé.
« Quoi ? Il s’est passé quelque chose ?
Non »
« Qu’est-ce que tu peux être
mesquin »
« Tu crois que c’est important de se
souvenir de ces
choses là ? »
« Tu ne dois pas être heureux pour te
crisper sur
ces détails. Pense à tous ceux qui souffrent et combien tu es heureux »
« Si cela peut te faire plaisir, je m’excuse, même si je n’y suis pour
rien et si en plus tout cela n’est vraiment que des broutilles »

Stade 4 : le grand jeu de l’étonnement
le grand jeu du grand seigneur
« Je ne comprends pas pourquoi tu m’en veux
encore et c’est bien de ta faute
si cela se
passe comme
cela, je me suis excusé, non »
« Tu dois vraiment avoir des
problèmes
pour te
comporter de cette façon »
« Mais ce n’est pas grave
je te pardonne
sache que je serai
toujours là pour toi
et que je
t’aime quand
même »

A ce stade là
Matsujirô
avait
une terrible
profonde
irrésistible
envie de
vomir

Il s’imaginait
vomir
à flot
continu
une substance
verte
de la consistance
du weetabix mou
ou du zenzai
agrémenté
de résidus
de décharges
automobiles
qui sentirait
l’ail et
ferait
tomber les
mouches.

Il s’imaginait
vomir deux bons
mètres cube
de cela
sur ces
personnes

Puis roter un très gros brrooo-ah,
se taper du poing gauche
sur le sternum en disant :
« ahhh, ça fait du bien »
en écoutant le bruit
sonore
d’un enjoliveur
métallique
dévalant
le Fujisan
de
vomi
vert

L’instit’
faisait
donc suer
tout le
monde en donnant
des conseils
à son adversaire qui
avait eu
la gentillesse
d’accepter
de jouer
avec elle
en lui
donnant
trois pierres.

Elle gagnait
de
beaucoup.
Et toute
fière
d’elle
elle dit :
« je parie
mon vélo
que
personne
ici
ne peut
renverser
la
partie,
pas
même
Matsujirô San »

Matsu
se retint
de lui
vomir
dessus.
Il
se
leva
et
analysa
la
situation
sur le
goban

C’était
en
effet
quasi
impossible
quasi
impossible
quasi
impossible

Pour gagner
il
faudrait
jouer de
façon
exclusivement
agressive
et ici
dans ce
club
à Kyôto
personne
ne prenait
plaisir
à
cela

Pour gagner
il faudrait
jouer
deux
niveaux
au dessus
de
son
niveau
calculer
chaque
coup
à l’épuisement
sans faire
la
moindre
erreur

Il regarda
le
vieux
qui se leva
les
yeux
brillants
d’excitation
et
s’assit

« Ahahaha
Matsujirô San
Si je gagne
vous me donnerez les
beaux goke,
ceux de votre grand-père
dont vous nous avez
parlé, d’accord ? »

Matsu ne dit
rien
et fit
claquer
sa pierre

L’instit n’avait
jamais entendu
claquer une
pierre
aussi fort
elle sursauta
figée
puis se reprit
et continua
« ahahaa »
comme si elle
n’avait pas eu
peur

Matsujirô
respira
trois fois
longuement
d’une respiration
lente de
prânâyâma

Il se
mit en
transe
pour utiliser
toutes les
ressources
pré-réflexives
de son
cerveau
pas pour appeler
son
kami
qui ne savait
pas
jouer
au go
qui s’en foutait
et qui lui
dit
« tu préfères pas
lui
mettre une
tarte ? »

Il tua
le groupe
le plus
faible
de l’instit
Mais il
était
toujours
en
retard

L’instit commença
à
devenir
fébrile
elle ne parlait
plus
jouait au
meilleur
de son
niveau
en puisant
des
ressources
dans
sa haine
sa haine des hommes
sa haine des autres
sa haine d’elle-même

Au début
du
Yose
Matsujirô
sortit de
sa
transe
pour regarder le
goban
comme s’il n’avait
jamais
vu
la partie

Il n’aimait pas
compter
Il compta

Il lui manquait
trois
points
Et il n’y
avait que
quatre
points
à retourner
dans
cette
fin
de
partie

Il la
regarda
dans les
yeux
Elle était
toute
entière dans
sa
folie
inaccessible
comme l’avait
été pour
elle
le réel

Il sourit.
Il lui sourit
à la japonaise.
d’un quart de
demi
millimètre
du pli
gauche
des
lèvres

Gagna
trois
points.

« bravo, égalité ! » exulta-t-elle
« non. Vous oubliez le komi.
un demi-point.
Arigatogozaimashita ».

Elle resta silencieuse
et ne s’inclina pas.


11 décembre 2008

Avatars du caca mitochondrial

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 12:49

Matsujirô
continue de
penser aux
mois
passés
en jouant au
« Transformer
français »
sur son
vélo
dans les rues
de Kyôto

Matsu revient
du
Bic Camera
de la
gare
où il a testé
les
nouveaux
modèles
de
boîtiers
sortis
cette fin
d’année
et qu’il ne pourra
pas s’offrir
désormais avant
très
longtemps

Le « Transformer
français »
c’est quand tu
roules en vélo sur la
route
presque à la vitesse
maximale
autorisée par
un
scooter
puis, quand un
feu
rouge
se présente
hop
instantanément
et avec
beaucoup
d’innocence
tu redeviens
piéton
se trouvant
par le plus
grand des
hasards sur deux
roues
qui font quand même de toi
un chevalier piéton
ou un handicapé piéton
et donc c’est normal d’exiger
du vulgus piéton à pied
qu’il te laisse la priorité,
et suffisamment
d’espace,
sur le
carrefour
que tu empruntes
et qui est
vert
pour le
piéton
que tu
n’as jamais
en fait cessé d’être
et puis hop
instantanément
et avec beaucoup
d’innocence,
le carrefour
étant
derrière toi,
la rotation
achilienne
de tes chevilles
s’empare de
ton être et te
retransforme
en scooter
bio
que la machine
métallique que
tu chevauches
aspire à
être

Matsujirô
repense à
l’année passée
parce qu’il
ne fait plus
chaud
et que le
frais réactive
des processus
d’introspection
dans le
mochi fondu,
par les mois chauds,
de son
cerveau

D’ailleurs
à Bic Camera
il a oublié
de
regarder les
chauffages
car
celui trouvé au
Recycle Shop
est sur le
point de
rendre l’âme
et Matsu
n’aime pas
trop
avoir à mettre
son bonnet
sur la
tête
la
nuit
ou quand il
travaille
chez lui

Cette année
aurait
pu
vraiment
être
faste

Professionnellement
d’ailleurs
il ne savait pas
trop quoi
en
penser

Au printemps,
Le prof titulaire
en ethno des religions
de son département
a reçu par surprise
les crédits pour une
mission immédiate
de terrain
de
6 mois
aux
Etats-Unis.
Quand un ethnologue
va aujourd’hui
aux
Etats-Unis
étudier les
religions
il a le
frisson
la peau de
poulet
d’excitation
qu’avaient
les premiers
ethnologues
quand ils
s’enfonçaient
dans la
brousse
africaine
dans les forêts
indonésiennes.
On se dit
on se dit
« comme c’est étrange »
« ohhh »
« comme c’est curieux »
et l’on prend des
notes pour tenter
d’assigner
un sens
une structure
aux comportements
et aux
discours
qui figent la
stupéfaction

Ce prof titulaire
c’est le
chef hiérarchique
de
Matsujirô
qui n’est que
contractuel
pour des cours
aux première année
mais c’est déjà
bien
vu son
âge et la
concurrence

Son chef lui a dit
« Matsujirô San
je pars
6 mois
tu me
remplaces »

Le visage de Matsu
est resté
impassible.
Il pensait
à son
copain français
qui aurait probablement
dit à voix
haute
« Waa putain la classe
mais ça va être un taf
de l’enfer
j’y connais rien à tes
sujets »
parce qu’en France
comme on a fait la
révolution
et quand on est intello
c’est-à-dire
votant
pas-pour-cette-gauche-indigne-mais-contre-la-droite
on tutoie ses
collègues

Matsujirô
lui, à Kyôto,
est resté
impassible
s’est incliné pour
remercier
avec un
« arigatogozaimasssse »
prononcé avec la même
intonation basse, virile, qu’un
« gambarimassse »
de service militaire

Son chef poursuit :
« je sais que tu vas faire de ton mieux
mais si acceptes de me remplacer
tu dois aussi me remplacer chez
Sato Sensei
qui est à Paris jusqu’en septembre ».

Sato Sensei
Tout le monde le
connaît à
Kyodai.
Il dirige
le département de
biochimie depuis
trente ans
et sa famille
a fait
construire au
moins
trois des
bâtiments de
l’Université

C’est un gentil
vieux monsieur
donc un
tyran
célibataire
obsessionnel
tout à fait
vieux Kyôto
qui a beaucoup
de
pouvoir.
Tous les
doctorants
ambitieux
ne rêvent
que de
bénéficier
de sa
protection
qui te fait
gagner
10 à 15 ans
dans
ta
carrière

« Matsujirô San,
tu es célibataire
n’est-ce pas ? »
lui demanda son chef
qui était un vieux
célibataire.

Matsujirô s’inclina
pour répondre
oui et il
serra ses
dents
en repensant à
Etsuko

Sato San
avait accepté
de passer
un an
avec d’autres
seniors internationaux
dans le
labo « Chimie des processus biologique »
du Collège de France
pour augmenter les
chances de plusieurs
de ses
collègues japonais
dans les tractations
pour les prochains prix
Nobel
Cet argument du pouvoir,
réel, puissant,
engageant l’honneur
du Soleil Levant
avait seul pu le
faire renoncer
douze longs
mois
à son
Kyôto

Il avait donc laissé
la
garde de sa
maison
au chef de Matsujirô
qui lui en confiait
la garde
à son
tour

La garde, c’était de
vivre et dormir
dans la maison
pour
s’occuper
du
chien

Le chien
c’était un
vieux
petit
bâtard
qui puait
ne voyait
plus très
bien,
calme
gentil
mais
très
con

La spécialité
de
Sato San
c’était
la chimie
des
mitochondries.
Il avait donc
appelé
le chien,
castré,
ミト,
Mito

Une vieille femme
venait
entretenir un
peu
la
maison
gigantesque
qui tombait
en
ruine
mais il fallait
tous les jours
sortir
deux fois
le
chien
et s’en
occuper
pour ne pas
qu’il
déprime
et Sato San
avait
été
formel
sur
ce point

La maison
japonaise
de
Sato San
possédait
un très grand
jardin
surplombant la
ville
et l’engawa
entourant
la pièce
principale
de 15
tatamis
était
un vrai
bonheur.

Un vrai bonheur
jauni
qui sentait
le vieux
dont les
murs
tombaient en
ruine
mais qui
était au printemps
et en été
un paradis

Matsujirô
s’installa
et commença
à travailler
comme un
fou
pour préparer
les cours
qu’il donnait
à la place de
son chef

Il se sentait bien
dans la maison
et tout se
passait bien
avec le
chien
qui était
calme
mais
puait
et qui faisait
beng
en se
cognant aux
cloisons
des pièces
obscures

Et puis
Et puis
survint
l’incident

Sato San
à sa manière
était un
génie
qui avait ses
lubies

Sato San
s’était
intéressé
à la chimie
de la
crotte de
chien

Il pensait
décupler
centupler
la fortune
familiale
en trouvant
des bonbons
pour chien
qui les
feraient
faire des
crottes
agréables à
ramasser

Il s’était lancé
dans une
expérimentation
sauvage avec son
chien
mais
minutieuse.

Matsujirô était
tombé sur le
carnet et la
boîte à
20 tiroirs
contenant
des bonbons
différemment
dosés
ayant des
effets sur
différents
paramètres :
la texture
la couleur
l’odeur
la rapidité de séchage de la surface externe à l’air libre
le volume
la consistance

Mito
le chien
aimait bien
ses
bonbons

Quand Matsujirô
avait manipulé la
boîte
il était venu d’un
pas
de vendeur japonais
allant cherchant un item
pour un client qu’il ne faut
pas faire attendre :
un pas trotté rebondissant inefficace

Il s’était assis devant
Matsujirô
avait penché sa tête
sur le côté
droit
et avait remué la
queue
qui faisait un
bruit rigolo
sur le
tatami
(parce que
oui,
Sato San
laissait son chien
se promener
sur les
tatamis
de la maison
mais il fallait,
dans le
genkan,
lui essuyer
consciencieusement
les pattes
après
chaque
balade)

La grande boîte
contenait
vraiment
beaucoup
de
dragées
et était
étiquetée
de façon
très
précise

Matsujirô
se dit
que
Sato San
ne se rendrait
pas compte
s’il
essayait
une fois
pour
voir

Il sortit
une dragée
du casier
étiqueté
« Pinku »

Que Mito
goba
avec un
évident
plaisir
et en
léchant
ensuite
la paume
et les
doigts
de
Matsu

Le lendemain
matin
Matsujirô
sortit plus
tôt que
d’habitude
pour être
sûr de ne
croiser
personne
avec dans la
main droite
la laisse
de Mito
et dans la main
gauche
son petit
sac à
caca
contenant la
petite bouteille
d’eau
pour diluer
les
pipi
giclés
ici et là
par le
chien

Matsu
avait
appris
à doser
la dilution
du pipi
pour que la
petite
bouteille
tienne
toute
la
balade

Matsu
s’était dit
« ce n’est pas
possible
ça ne pourra pas
être
rose »

En effet
ce ne fut
pas rose
mais
Sakura
un éblouissant
rose pâle
pas du tout
un framboise
chimique
mais un
éblouissant
rose
pâle

« Waaaa, sugoi ! »
fit Matsujirô
en ramassant
la crotte
dont il
nota que la
consistance était
juste un peu
plus
collante

Matsu
ne pu résister
à la
tentation.

Tous les jours
il essayait
une
nouvelle
dragée
et
Mito l’aimait
tous les
jours davantage

Matsu avait
donc
découvert
les cacas
fluos dans la nuit
ceux qui sentaient
le
kinmokusei
ceux qui
séchaient très très très
vite
et Mito
n’avait pas eu
l’air
heureux ce jour-là
et il avait fermé
les yeux
puis les avait ouvert
en grand
et puis avait ouvert
en grand la gueule
de soulagement
une fois la mission
accomplie
et Matsu lui avait dit
« gomen, Mito, gomen »

Il y avait eu aussi des
cacas
inramassables
et la tentative
de
Matsu de les diluer
avec la bouteille
pour les
pipi
n’avaient pas eu
beaucoup
d’effet.

Heureusement il
avait plu
mais le
lendemain
Matsu remarqua
quand même
que le trottoir
gardait une
coloration
sombre
qui ne partit
d’ailleurs
jamais

Matsu avait
bien aimé
la dragée
qui faisait
faire au
chien
des cacas
uniformément
sphériques
de la taille
d’une
balle de
ping-pong

C’était rigolo
à
ramasser

Mais.

Mais un jour
deux mois
avant le retour
de son chef
un jour
où il avait
vraiment trop
travaillé
Matsujirô s’était
endormi
sur la table
basse
et la
boîte à
dragées
était tombée
en s’ouvrant sans
faire de
bruit
sur un
zafu

Ce qui
suivit
n’aurait
jamais

arriver
car le
cahier
précisait en
gros qu’il
ne fallait en
aucun
cas
mélanger
les dragées
ni dépasser
certaines
doses

Mito ne
savait
pas lire
et de toute
façon ne
voyait
plus très
bien

Il dégusta
avec délectation
de
nombreuses
nombreuses
dragées
puis se
coucha
sur le
flanc

Matsu ne remarqua
pas la
boîte à
dragées
sur le zafu
et sortit
donner
ses cours
pour rentrer
tard
après avoir
mangé dans un
yakitori
avec des
doctorantes
avenantes
et bien
disposées
dont il pensait
qu’elles avaient
toutes
des aiguilles
dans leur
portefeuille

Il rentra
donc
seul
chez
Sato San
et fut
surpris
que
Mito ne l’attende
pas dans
le
genkan

il se déchaussa
chaussa
ses sleepers
et appela
Mito
en se
dirigeant
vers la
belle grande
pièce du
fond de la
maison

Non le
chien
n’était
pas
mort

Il était
juste
affreusement
déshydraté

Matsujirô
se demande
encore
comment
autant de
matière
avait pu
sortir
d’un
aussi
petit
corps

La
totalité
des
beaux et
anciens
tatamis
était
barbouillée
d’une
substance
rose
visqueuse
mais dont la
partie qui
s’était incrustée
semblait
pour
toujours
incrustée
et la pièce
sentait
un mélange
horrible
de cocktail
de fruits
multivitamines
et de
chiasse
verte
une odeur
de
gastro
amazonienne.
A la
mangue.

Matsujirô
commença
par dire
« oh non, oh non, oh non »
tomba à genoux
mit ses paumes
devant ses lunettes
regarda à travers
un instant
se prit
la
tête dans les mains
en tirant ses cheveux
tappa
trois fois
ses poings
sur une partie
non rose
du
tatami
et commença
à penser
vite
très très très
vite
sa vie
se jouait
peut-être
sur ces
tapis
barbouillés
de
caca
rose

Première urgence
sauver le
chien
la clinique
vétérinaire
lui
factura
un mois
de
salaire

Deuxième urgence
acheter
le silence
de la
vieille dame
qui entretenait
un peu
la maison
cela lui
coûta
trois mois
de salaire
car elle avait
besoin de
refaire sa
salle de
bain
et il dût
longtemps
pleurer
devant
elle
avant qu’elle ne
lui
tape
3 fois
doucement
sur l’épaule

Là où il
continuait
à avoir
mal
c’était pour
le
prix
de la
réfection
des
tatamis
6 mois de
salaire
pour les refaire
en leur
donnant un
sentiment
de vieux
jauni
et encore
heureux qu’il
ait eu un ami
dont le père
travaillait dans
le
secteur

Il aurait
payé
40%
de plus sinon
et puis ils n’auraient
pas pu sortir
puis
entrer
silencieusement
les tatami
à trois
heures
du
matin
pour que
les
voisins ne
posent pas de
questions

Matsu
n’avait jamais été
vraiment
riche
mais là
il était
carrément
endetté.
Endetté
épuisé
et inquiet

Matsujirô
avait la haine

la haine du

caca sakura


9 décembre 2008

La capote, le kami et l’aiguille

Filed under: Texte,Ume — Stéphane Barbery @ 11:08

Matsujirô se souvient d’abord de l’hiver
dernier
avec
colère et
tout d’un coup
plus de colère

Pendant deux
longs
mois
il avait cru avoir
trouvé sa
princesse de
Kyôto
et son
cœur et
son
corps
s’étaient mis
en mode
amoureux

Il lui écrivait
des
poèmes
tout allait
plus vite
plus clair
tout allait
plus
fluide
comme un
tanka
écrit en
sosho,
l’herbe folle,
d’une seule
traite
sans
relever
son crayon-pinceau
avec
chargeur d’encre
intégré

Matsujirô
était comme tout
japonais
une midinette
romantique.
Il se demandait
si c’était
un effet
post-Meiji
cet impact du
romantisme
allemand.
Mais contrairement
aux japonais
de son
âge,
parce qu’il avait
vécu à
l’étranger,
Matsujirô,
en se faisant une immense
violence :
osait.

Il avait osé
croire
que la beauté
du
Soapland
était
pour lui
Il avait osé
la
courtiser

Il ne savait pas
d’où ça
lui
venait
cette excitation
à sauver
la
prostituée

Peut-être à l’idée de ne pas
payer
Peut-être à l’idée d’avoir à soi
un objet sexuel
qui ne pourra rien
dire
puisqu’on l’a sauvée
peut-être une haine
aussi
et il ne savait pas trop de
quoi
et Matsu était
fin pour repérer
ces ambivalences
en
lui

Mais il voyait
d’abord en
Etsuko
la
grâce
sa beauté
qui
surclassait
celle des
autres
japonaises
qu’il pouvait
croiser dans
la
rue

Et c’était cette
vibration

qui l’avait
fixé
ébloui
et il s’était
dit
je veux vivre
dans
cette
lumière

Parce qu’il
osait
et qu’il était
fin
la rencontrer
hors du
Soapland
n’avait pas été si
difficile

Il avait appliqué
la
technique universelle
d’influence :
dire à l’autre
combien
on
l’apprécie
directement
sans excès
sans pression
et à force
de dire
allo-allo
je t’aime – je t’aime
l’autre
répond
allo

Etsuko
avait
toujours les
mains
froides
et ses pupilles
noires
aussi
semblaient
froides

Ils passaient
au combini
acheter
des chaufferettes
et Matsu aimait
ouvrir les petits
sacs
rouges en plastique,
secouer les chaufferettes
pour activer
la chimie
et les mettre dans les
poches
d’Etsuko
ou lui
souffler sur les
doigts

Après deux
semaines
à se
fréquenter
elle lui
avait dit
qu’elle
arrêtait le
Soapland
et il ne savait pas
si c’était
vrai

Le temps
qu’il
passait
ensemble
il le
passait à
Kyôto
et il avait
beaucoup
neigé
cet hiver

Etsuko
avait de
belles
bottes
jaunes
en mouton retourné
Pocahontas
princesse indienne
et cela lui allait
bien

Tout lui
allait
bien
et Matsu
son coeur battait
son coeur battait
quand ils marchaient
dans Kyôto
qu’il la prenait par la
main,
dans ses bras comme dans
les affiches
des Pachinko
avec un héros de série
télé qui ressemblait à
un Harry Potter de vingt ans,
qu’il l’embrassait
doucement
dans les
sanctuaires
et Etsusko
aimait
que Matsu ne se comporte
pas en
japonais

Après avoir
marché
ils allaient
dans des pâtisseries
françaises
et Matsu
lui faisait
découvrir
pourquoi le mou
ce n’était pas si bon
et qu’il manquait encore
au Japon
l’art de la strate du
croustillant

Etsuko écoutait
goûtait
mangeait peu
toujours très peu
et c’était aussi
pour ça
qu’elle avait
froid
toujours très
froid
mais ce n’était pas
que pour
ça

Il lui
faisait des cadeaux
et elle, des portraits photo
sur son mobile
qu’elle imprimait
chez elle
et elle dessinait dessus
parce que c’était
une
artiste et
Matsujirô
avait été
stupéfait de
son
talent
et il l’aimait
encore
plus

Quand il lui
avait offert
son premier
cadeau
elle l’avait
regardé
droit
dans les yeux
en lui demandant
si c’était un sac
Vuiton.
Il avait répondu
non
alors elle avait
ouvert le
paquet.

Elle lui avait expliqué
que souvent
les hommes offraient
des
sacs
Vuiton
pour obtenir des
prestations sexuelles
inhabituelles et
qu’elle pensait
que tous ces
sacs
sentaient
toujours
un peu
la
merde

Matsujirô
se souvient
que ce jour

ils avaient passé
de longues
heures à se demander
si vraiment
tous les
flocons
sont différents
et Etsuko
avait dessiné
des flocons
qui devenaient
de plus en plus
érotiques
et ils avaient
fait l’amour
dans un
Love Hotel
avaient
visité
un temple
puis
étaient revenus
dans le
Love Hotel

Le meilleur
souvenir
de Matsujirô
c’était quand
il l’avait
amenée
au
petit
sanctuaire
Inari de
Yoshida
au début de
décembre

Matsujirô se
faisait la remarque
qu’il n’y en avait pas
tant que ça
des sanctuaires
Shinto
à
Kyôto

Des temples
bouddhistes
oui et à l’intérieur
il y avait toujours
un
p’tit autel
Shinto
mais des sanctuaires
pas tant que
ça
Yavait les
officiels
et ils n’étaient pas
très
beaux.
Il y avait
bien sûr
Fushimi
mais c’était à
l’extérieur de la
ville.
Et puis il y avait
Yoshida

Yoshida comme un
grain de
beauté
une colline
allongée
en pleine
ville
la
forêt
dont les
arbres ne sont
pas
pareils que sur les
monts
et quand
l’hiver est là
ils restent
jaunes oranges
plus longtemps
à cause du
micro-climat
ou
peut-être des
kami

Parmi les
arbres
et des places de
parking louées
par le temple
pour faire vivre
le prêtre,
vers le sommet,
une allée de
100 m
de torii
comme à
Fushimi
mais en plus
espacé mais on
s’y croit un
peu quand même

Et là, un tout
petit
sanctuaire.
L’autel principal
doit faire
3
tsubo
au plus

6 mémés
2 pépés
Une maman en tailleur noir
Un officiant et un
jeune prêtre pas
très sûr de lui
dans sa voix
et dans ses
gestes
célébraient le kami
du temple
qui est la vraie
raison d’être
de
Kyôto
du petit temple
rouge
qui est la
palpitation
de la
ville
et Matsu
pensait
que si ce
temple
disparaissait,
Kyôto
disparaitrait
et son kami
lui avait
dit
oui

Depuis qu’il avait
fait la connaissance
avec son
kami
Matsujirô n’était
plus le
même
quand il
entrait dans un
sanctuaire
Shinto
Etsuko lui
avait dit qu’il
devenait
comme un
lampion
rouge

Il faisait les
gestes
mieux que les
prêtres
mieux que les
vieux
et le claquement de
ses mains
faisait
sursauter tout
le
monde
parce que le son
était bizarrement
différent
pas seulement plus
fort
mais différent
quand il frappait
deux fois
dans
ses
mains

Ils avaient célébré
avec les
vieux
lu les
deux
prières
et Matsu les
savait par
cœur et il ne se
souvenait
pas les avoir
jamais
apprises

Etsuko
et
Matsu
étaient allés
ensemble
déposer
leur tamagushi,
la branche de
sakaki toujours verte
tressée de papier
en zig
zag
un washi
plus
blanc que la
neige
et Etusko
cette couleur
lui
faisait
mal
tout au long
des 4
temps du
dépôt
sur le
plateau de
bois clair :
branche à droite
branche vers soi
branche levée puis reportée vers soi
branche tournée vers l’autel

Etsuko
avait frissonné
quand
elle s’était
baissée pour que le prêtre
les
purifie
avec
son harai gushi
son bâton de
papiers
tressés
et Etsuko
ne sait pas
si elle aime
le bruit
de vol de
corbeau
que fait
l’harai gushi
au dessus de sa
tête
feushhhhh, feusssshhh, feusshhhhh, feussshhhhh

Elle avait frissonné
surtout
parce qu’elle
avait
cru voir
comme du
soleil
dans les
yeux
de Matsu
sous ce
bruit
qu’il avait eu
un drôle de
sourire en
buvant le
miki,
et que ses dents
avaient fait un
bruit
sec
en croquant
le
riz
cru

Elle n’avait pas
reconnu
sa
voix
pendant la
prière

et quand il l’avait
embrassée
après la
cérémonie
face
au
Daimonji
elle s’était sentie
étrange
légère
aussi blanche que le
washi des
shide
comme lavée
purifiée
repassée
puis
repliée

Comme si un kami
lui avait fait le
coup du
Soapland
mais cela n’aurait
été
vraiment
que pour les
bulles blanches
du
savon

Elle sentait qu’une
part
d’elle avait été
restaurée
et elle regardait
Matsujirô
différemment
Elle se
demandait si
avec lui
elle pourrait
revoir un jour
les
couleurs

Les semaines passaient
vite.
Quand il lui avait
demandé
ce qu’elle désirait
le plus dans la
vie
elle avait répondu
un
enfant mais
elle ne lui avait
jamais
dit
pour son
avortement
ils n’avaient jamais
jamais
jamais
parlé de son
mari

Elle avait
appris au
Soapland
à se
taire
et puis au
Japon on ne
parle
pas de soi
à commencer avec
soi-même
ou alors
c’est silencieux
parce que ça
fait
mal

Lui, Matsujirô
il aimait
trop les
enfants
pour en
avoir
Il s’était fait
cette promesse
et il savait
qu’il la
tiendrait

Alors ce fut
très
brutal
très violent
quand il la vit
un soir
percer
ses capotes
avec une
aiguille

Elle avait un regard
de
folle et
Matsujirô avait
déjà vu
ce
regard
dans celui des
shamans
dans lesquels
descendaient
un kami
très
violent

C’était toujours
des kamis
cassés
à qui il
manquait une partie
du
corps
et ils avaient la
rage
et il fallait
des shamans
très
forts pour contenir
cette
rage et l’utiliser
au service
des hommes
au service
des femmes
du clan

Souvent
ces shamans
mourraient
jeunes,
alcooliques,
ou bien ils ne devenaient
jamais
shaman

Les shamans
les plus
forts
capables
d’apaiser
ces kamis
on s’en
souvenaient
au
moins
200
ans
et personne
ne rigolait
avec
leur
souvenir

Matsujirô
vit tout de suite que
ce n’était pas
un kami violent
dans les yeux
d’Etsuko.
Mais quelque chose
de si
cassé
qu’il ne pourrait
jamais
le
réparer.
Et ce n’était même pas
la peine
d’essayer
lui avait hurlé
sur le coup
son
kami.

Ca avait calmé
sa
colère
d’un coup.

Ils ne se revirent jamais plus.


8 décembre 2008

Etre ce que l’on fait

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 7:52

Matsujirô ne roulait plus qu’à
40
sur son scooter
blanc
acheté d’occasion
avec un
faible kilométrage
mais un casque
neuf de
qualité
car il se
disait
qu’il n’avait que
cela
à
protéger

Matsu roulait
à
40 sur une
rue limitée
à 50
mais pas pour les
scooters,
les scooters
c’est
30
lui avait
rappelé
l’équipe de
police
qui se
dépêchait
de
faire du
chiffre
pour satisfaire
les objectifs
de
statistiques
et ils savaient
aussi que ça
pourrait
peut-être
sauver une
vie
et ça,
ça,
ça
valait de se
peler
même si on ne le
saurait
jamais

Matsujirô
avait remis
ses
sous-gants
sa
deuxième
paire de
chaussettes
son
surpantalon
son
cache-col indien
mais il laissait la visière
ouverte
pour sentir
ses yeux
pleurer de
froid
la peau de ses
pommettes
devenir comme un
sorbet à la
pêche

Il n’était pas
content
Matsujirô
pas content
de lui
de cette année
de ce qu’il
en
avait
fait

Quand il était
comme cela
pas content
il avait
besoin de s’apaiser
en
marchant
et il ne voulait pas
rater la lumière
de 11h.
De 7h à 11h c’était beau.
A 11h, très beau
Après, moins beau.
en hiver.

Il avait pris son
scooter pour être à
11h dans un endroit
très beau qui n’est pas
un endroit
mais
un envers

Matsujirô a un
ami
révérend d’un
petit temple
zen
au sein du
Myôshin-ji
Son ami
a fait des
études
aux
Etats-Unis
et lit les
mails postés sur
son
site directement sur son
mobile

Matsujirô aime
marcher
dans le
Myôshin-ji
car il n’y a
jamais
personne
C’est grand
pourtant
comme
ensemble de
temples
et l’on n’y
trouve rien
d’exceptionnellement
beau
ou alors
Matsu n’y a pas encore
accès

Matsu lui ne fait que
marcher dans les
petites ruelles
privées
qui relient chaque
sous-temple
en faisant le
grand tour
de la porte nord
près de laquelle il a
garé son scooter
à la porte sud
et
après
il faut revenir

Dans les portes
entrouvertes
barrées par un
gros
bambou
on peut
deviner des jardins,
parfois des
statues de
mauvais
goût
et derrière les
murs blancs
de grands
arbres
sur lesquels se
perchent des
grues
qui viennent faire
la sieste au soleil
de
11h
sur une
patte
et qui sortent leur
bec de leur
aisselle
gauche
pour voir
qui marche dans la
ruelle,
renfouissent leur
bec

Kyôto est une ville au ralenti
comme un scooter qui
roulerait à
15
mais au Myôshin-ji
tu marches sur le
scooter de ta
vie à
5
et sous le soleil de
11h
ce ralenti-là
te connecte
à
l’ici-maintenant
qui n’est pas une
vitesse
ni un
lieu
mais ce que tu
es

un homme qui marche
au soleil de
11h
dans les ruelles
vides
d’un temple
zen
vide

Et tu entends le
ting
aigu
d’un
p’tit bol à
prière

Matsu
marche à son
pas
en
regardant
les pins
jouer avec le
soleil

Il sent les pierres
inégales sous
ses pieds
et les sent
avec son nez
alors qu’elle
n’ont pas
d’odeur :
le froid
de ce
jour 1
de l’hiver
a l’odeur des pierres
inégales sur
lesquelles il
marche

Son regard
s’arrête sur une
tâche de sang
bordeau
avec des reflets
vermillons
sur la pierre
grise
inégale

C’est la
tête d’un
pigeon
des
plumes grises et
blanches
et le corps
au cou
bordeau
vermillon
un peu plus loin

Matsu n’a jamais vu de
chat
ici
ni de
pigeon
il comprend
mieux

Il imagine un chat
noir
ni gros
ni
maigre
et repense à
l’année
écoulée
qui lui semble
grise
vermillon
noire :

transparente


 
Articles récents :