
Matsujirô a la
gniak
Il aime
bien
l’aller-retour
à
Tôkyô
dans la
journée
Matsujirô
aime
bien le
Shinkansen
les eki-bento
qui puent dans
le train
dormir dans le
train
le Fujisan
voir les grands
gaijins
mal dormir
dans les petits
sièges
du
train blanc qui va vite
la voix douce des annonces
mais il aime pas la voix
de l’américaine qui est
toujours vulgaire
même quand elle veut faire
douce
ou quand une mamie
vient avec un enfant
qui parle
fort et la mamie
parle fort
parce qu’elle en peut plus du
bonheur d’être grand-mère
et tout le wagon l’entend
et ne dit rien
parce qu’on dort
on travaille et on
mange
en allant vite sur la
côte du Japon
où il n’y a jamais
un espace
vide
et toujours des maisons
de Kyôto à
Tôkyô
et tout le monde
dort
et mange
et ça va vite
avec la petite
musique
qui annonce
les messages
sol sol la fa-dièse sol
Matsu a la gniak
car il aime
bien le
séminaire de son
association
de chercheurs
sur le chamanisme
et
parce qu’il peut
traîner dans les
boutiques qu’il
aime
les boutiques
de
photo
Matsujirô
il est japonais
Matsujirô
il aime bien
la
photo
le kire
de
l’instant
l’objo
comme un
katana de
lumière
qui roulerait
un gros palot
avec la
langue qui serait les yeux
comme une bise
de Bouddha
qui sentirait
un instant
à nouveau
son
corps
En sortant du
train
Matsu doit
juste vider
sa vessie
des deux
bouteilles
d’otcha
(une chaude,
une froide)
qu’il a
bues
parce qu’il aime bien
voir sourire
la serveuse
et son petit chariot
qui salue
comme pour une
cérémonie du
thé
à l’entrée et la
sortie de
chaque wagon
Matsujirô
il aime
bien leur
chignon
aux petites
vendeuses
qui sont
toujours
jolies
dans le
train et il
imagine toujours
plein de
scénarios
et c’est bon
d’imaginer dans le
train
et un jour
il aimerait
bien
le tourner ce film
« l’orgie du shinkansen »
où il entre dans un
train blanc rapide
qui irait
lentement
où il n’y aurait
que des femmes
sans
bento
et lui serait
le seul
homme
et ça
finirait
bien
c’est-à-dire
nu
en
sueur
dans une piscine
de
seins
de chignons
libérés
en slow motion
et des dessous
froufroutants
qui
flotteraient comme
dans une station
spatiale
Il entre donc
dans les
toilettes
nickel
de la
sortie
sud
de la gare de
Tôkyô
pour se libérer la
vessie et marcher
l’esprit
libre vers les
magasins de
photo
et il se fait
la remarque
qu’en Europe
il n’y a pas
ça
En Europe
il ne croit pas
avoir vu
de toilettes
nickel
si, il en a vu
mais nickel avec
du marbre
noir
juste sous
la pissotière
et toujours
toujours
une
flaque
de
pipi
visible sur le
marbre noir
qui brille comme un
miroir
Attention, c’est pas quelques
gouttes
mais un bel
agglomérat
de
gouttes qui se réunissent
en une farandole
en une ronde
en un gros
maul de rugby
et l’on doit
toujours écarter
les jambes
pour ne pas
marcher
dedans
Matsu se dit
qu’il y a deux
options
peut-être
plus
la première c’est que les
japonais ne savent pas
viser
qu’ils sont distraits et pensent
trop aux
chignons des
serveuses du
Shinkansen
sauf que des flaques sur le
marbre il y en a
même loin
des gares
dans les hotels
chics
les bouibouis
les grands magasins
comme si le marbre noir
attirait
la
flaque
Le coup de la visée
c’est pas
idiot
car Matsu
depuis quelques temps
a vu
de nombreuses
pissotières
équipées d’un beau
motif de
cible
des ronds noirs
concentriques
sur l’émail blanc
et il pense
à ses stands de
parc de loisir américain
où il faut éclater un
ballon en le gonflant
en dirigeant son
pistolet à eau
sur une cible
et Matsu, face à une
pissotière avec
cible
imagine
toujours un compteur de
points qui ferait des bruits
de
casino
en contrôlant
son jet pour
maximiser
l’impact centré sur la
cible
« We have a winner here !!!! »
Deuxième hypothèse
la flaque
comme effet
d’un meilleur
égouttage
au soleil levant.
Plus de gouttes au
sol
ici
Plus de gouttes dans le
calcif
là-bas
Matsu pense
aussi que c’est
peut-être
juste un
effet
du marbre
noir
ou une
communion
implicite :
on fait pipi
commun pour
montrer qu’on est
tous
frères
Alors Matsu
décide
de communier
parce que
témoigner sa
passion pour
l’humain
ça ne se refuse pas
et il entame alors
un mouvement
vigoureux alterné
de l’index et du majeur
assorti d’une trépidation
du poignet
et d’une légère extension
flexion
des
genoux
Matsu
passe
deux heures dans
ses magasins
de photo.
à souffler.
à grimacer.
à trépigner.
comme s’il n’avait pas
communié.
Et puis descend au deuxième
sous-sol
d’un grand magasin
pour aller
manger un p’tit
set de
sushis
et il se dit que
c’est bon
d’être
japonais
A côté de lui
au comptoir
il y a une grosse
riche
moche
qui commande à la pièce
en
minaudant
en faisant sa
connaisseuse alors qu’elle veut juste
s’engloutir
des sushis
et le jeune qui fait les
sushis qui doit
retenir dans sa tête
la commande à la pièce de tous les
clients et il n’est pas beau
mais ce n’est pas grave
ça vengera la grosse riche moche
des affaires de son mari avec
des office lady
qui travaillent pour
lui et elle aime
bien le petit
poc qu’il fait avec la
main pour préparer le
sushi à la pièce et elle en est à son
quinzième et décide de passer au
maki en
minaudant
et elle fait vraiment
pitié
alors Matsu finit
vite en repensant au
pipi et à
l’orgie
et que la grosse moche
d’à côté elle serait
pas dans son
train
Matsujirô a deux heures
à
passer avant le début du
séminaire
il en passe un peu dans un jardin
moche et ça lui fait mal de voir autant de
laideur
dans un
jardin
lui qui connaît tous ceux de
Kyôto
Il flotte encore dans
l’air cette odeur
caractéristique
de
merde
de
vomi
du ginkgo aux si belles
feuilles
jaunes
maintenant
Au départ
Matsujirô pensait
que c’était le voisin
d’à côté
ou peut-être
un chien
comme en
France
mais il s’est dit que
non
ici c’est pas comme
en
France
quand on promène son
chien
on a toujours
un p’tit sac à
caca
et Matsu
ça lui coupe
l’envie
d’avoir un chien
l’idée de se
balader avec un
p’tit sac à
caca
et tout le monde
sait ce
qu’il y a
dedans
et
c’est pas des
mochi
Non
c’était pas le voisin
dont tous les sacs
étaient
rangés au
carré et qui
prenait le soleil
de
décembre
à travers les rares
feuilles de ginkgo
jaunes d’or
et son
odeur de
merde
Dans le parc
près de l’étang
où des carpes de
soixante
centimètres
font des mouvements de
sous-marins nucléaires
Matsu voit un gros
chat noir
un très gros
chat noir
gras
qui avance
lentement
comme un lion
en tortillant du
cul
et Matsu pense
aux kamis
Sur la banc du
clodo
il y a aussi
un chat
blanc et noir
qui dort
les pattes repliées
comme une
poule
et il est
beau avec un beau
poil
blanc et noir
et Matsu pense à son
premier chat
qui s’appelait
Ramius
et il regarde une
carpe
faire Octobre rouge
dans l’étang
du jardin
moche qui pue
trop
alors il se lève
en repensant
aux objectifs
hors de prix
qu’il a vu
ce matin
Sur le chemin du
séminaire
Matsujirô
passe devant un
1000 yens cut
et sort son
billet
ça dure 10mn
ça dure 10mn
ça coûte 1000 yens
pour te faire couper les
ch’veux
Matsu il aime
bien les
1000 yens cut
On te mouille pas les
ch’veux
ça fait cut cut
zip zip
et surtout
on te passe
l’aspirateur
Dans un
1000 yens cut
on ne sèche pas des
ch’veux secs
on aspire avec le
flexible d’un
aspiro
centralisé les cheveux
qui te
restent pour enlever
les p’tits
ch’veux
coupés qui grattent
sinon dans le
cou et qui font
bizarre sur la
joue
Matsu se
demande si c’est
un aspiro
sans
sac
et si on pourrait
faire quelque
chose pour le
bruit
il se dit que des
gaijins trouveraient
bizarre qu’on leur
passe l’aspiro
sur le
corps
mais lui aime
bien les
1000 yens cut et que
ça convient
à ses cheveux
noirs et fins
de japonais
qui bougent
pas
Matsu il aime
bien les 1000 yens cut
parce qu’il peut se payer un
10 000 yens cut
Et c’est pas pareil quand tu peux
et quand tu ne peux pas.
Matsu marche
tranquillement
vers son
séminaire et
pense au
pipi
à l’orgie
aux objos
1.2
à Ramius
aux kamis
et il se dit
qu’il n’aimerait
pas
que sa vie
soit comme
un
1000 yens cut