Le beau, le risque, la chute
Ume
regarde les
feuilles
rouges
tomber
et n’est
pas
émue
Ume compte
les jours
tous les
jours
où
elle pourra
éviter
les
concerts
Ume économise
Ume provisionne
Ume n’est
pas
phobique
comme
Gould
son frère
Ume elle
touche
elle embrasse
elle intègre
les
couacs à son
jeu de
pianiste de
jazz
Mais Ume
déteste
les
concerts
les concerts
ce n’est pas
de la musique
Les concerts
c’est une
foule
qui jouit
d’être là
entre
eux
sans les
autres
et qui frissonne
à l’idée que
le
soliste se
plante
que la feuille
chute
que la
terre
tremble
Ume ne trouve pas
ça
juste
pour ceux qui ne sont pas
là
et à envie de gifler
ceux qui frissonnent
à l’anticipation
de
sa
chute
Le beau,
c’est pas le
risque
les vieilles qui frissonnent
parce qu’elles ne frissonnent plus
Ume, elle a envie d’aller leur dire de se
faire frissonner
ailleurs
La musique, pour Ume
c’est quand tu ne sais pas ce qui arrive
et que
c’est bon
de pas savoir
c’est bon de savoir
qu’on avait pas su
et d’écouter encore
encore encore
qu’on n’avait pas
su
et à chaque
écoute
on ne sait
toujours pas
ce qui
vient
C’est pas le
p’tit
pschitt pschitt
dans les reins
des
glandeurs
surrénaliens
de ceux
qui aiment
le concert
parce qu’ils s’ennuient
parce qu’ils sont seuls
et aiment fusionner
dans une foule
qui se prend
pour élue
d’être là
qui aiment le
concert
comme un
cirque
Ume veut faire le
plus beau
des
bols
En faire exploser
cent à la
cuisson
en jeter
mille
qui ne seraient
pas
shibui
Ume elle a
dans la tête
l’idée du plus
beau de
tous les
bols et
tous les
jours
elle le
cherche
sur son
piano
Un bol
d’or
dont on ne verrait
pas la couleur
d’or
et qui serait
comme un
puits
infini
mais sans le trou
noir
violent
creusé dans la
terre
comme un puit
source
d’une pierre qui serait un
bol qu’on pourrait tenir
dans la
main
et qui serait
chaud
tiède
froid
parfois
amer
ou sucré
et qui ferait
du bien
même dans les
larmes
Un bol
comme
cela
jamais
un
concert ne le
produira
les fans
sont là
pour
fêter
ceux qu’ils aiment
et pardonnent
le pire
en appelant
le
même
Avec eux
tu ne progresses
pas
Les claniques qui
sont juste
fiers
d’être là
au fond
ils se foutent
que ce
soit
toi
Ils jouissent
d’eux-mêmes
et de grouiller
dans leur
termitière
et Ume
ceux qui prennent
plaisir à
grouiller
les oreilles
bouchées par leur
clanisme
elle a envie
de les piétiner
comme les grains de
sable
d’un château
de sable
d’un
autre
qu’on trouve sur la
plage
et qui n’est qu’un
paquet de
grains
Ume a la
rage
en pensant
aux pianistes
talentueux
qui pour éviter
de consulter
leur dermato
aux produits
agressifs
parce qu’ils se grattent
trop
de peur
ne font plus que
semblant
de prendre
des
risques
Elle connaît des
copains
qui font la
feuille qui chute
comme des
cascadeurs
de
cinéma
Ils font la chute
cent
fois
mille
fois
et la
rattrapent
pour les claniques
les variqueux
les surrénaliens
et ils sont
célèbres
adulés
d’être des virtuoses
et personne ne
sait qu’ils se méprisent
de faire
semblant
qu’ils se haïssent de leur
truc qui tue
leur musique
qui a tué leur
musique et ils
se grattent
parce qu’ils sont
déjà
morts
Ume, elle,
ne se
gratte
pas
Elle a décidé qu’elle ne se
gratterait
pas
qu’elle jouerait pour ceux
qui ne sont pas du
clan et que
le frisson des
frissonneuses
ne viendrait pas
geler l’eau dans
son
bol
Alors elle s’est
construit
le plus beau
des
studios
pour le prix de la moitié
d’une petite
maison
Et elle stocke les
variations
sur un bol
d’or
infini
où parfois
vient se tremper
une feuille
rouge
qui
tombe




