2 décembre 2008

Le beau, le risque, la chute

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 7:54

Ume
regarde les
feuilles
rouges
tomber
et n’est
pas
émue

Ume compte
les jours
tous les
jours

elle pourra
éviter
les
concerts
Ume économise
Ume provisionne

Ume n’est
pas
phobique
comme
Gould
son frère
Ume elle
touche
elle embrasse
elle intègre
les
couacs à son
jeu de
pianiste de
jazz

Mais Ume
déteste
les
concerts
les concerts
ce n’est pas
de la musique

Les concerts
c’est une
foule
qui jouit
d’être là
entre
eux
sans les
autres
et qui frissonne
à l’idée que
le
soliste se
plante
que la feuille
chute
que la
terre
tremble

Ume ne trouve pas
ça
juste
pour ceux qui ne sont pas

et à envie de gifler
ceux qui frissonnent
à l’anticipation
de
sa
chute

Le beau,
c’est pas le
risque
les vieilles qui frissonnent
parce qu’elles ne frissonnent plus
Ume, elle a envie d’aller leur dire de se
faire frissonner
ailleurs

La musique, pour Ume
c’est quand tu ne sais pas ce qui arrive
et que
c’est bon
de pas savoir
c’est bon de savoir
qu’on avait pas su
et d’écouter encore
encore encore
qu’on n’avait pas
su
et à chaque
écoute
on ne sait
toujours pas
ce qui
vient

C’est pas le
p’tit
pschitt pschitt
dans les reins
des
glandeurs
surrénaliens
de ceux
qui aiment
le concert
parce qu’ils s’ennuient
parce qu’ils sont seuls
et aiment fusionner
dans une foule
qui se prend
pour élue
d’être là
qui aiment le
concert
comme un
cirque

Ume veut faire le
plus beau
des
bols
En faire exploser
cent à la
cuisson
en jeter
mille
qui ne seraient
pas
shibui
Ume elle a
dans la tête
l’idée du plus
beau de
tous les
bols et
tous les
jours
elle le
cherche
sur son
piano

Un bol
d’or
dont on ne verrait
pas la couleur
d’or
et qui serait
comme un
puits
infini
mais sans le trou
noir
violent
creusé dans la
terre
comme un puit
source
d’une pierre qui serait un
bol qu’on pourrait tenir
dans la
main
et qui serait
chaud
tiède
froid
parfois
amer
ou sucré
et qui ferait
du bien
même dans les
larmes

Un bol
comme
cela
jamais
un
concert ne le
produira
les fans
sont là
pour
fêter
ceux qu’ils aiment
et pardonnent
le pire
en appelant
le
même

Avec eux
tu ne progresses
pas

Les claniques qui
sont juste
fiers
d’être là
au fond
ils se foutent
que ce
soit
toi
Ils jouissent
d’eux-mêmes
et de grouiller
dans leur
termitière
et Ume
ceux qui prennent
plaisir à
grouiller
les oreilles
bouchées par leur
clanisme
elle a envie
de les piétiner
comme les grains de
sable
d’un château
de sable
d’un
autre
qu’on trouve sur la
plage
et qui n’est qu’un
paquet de
grains

Ume a la
rage
en pensant
aux pianistes
talentueux
qui pour éviter
de consulter
leur dermato
aux produits
agressifs
parce qu’ils se grattent
trop
de peur
ne font plus que
semblant
de prendre
des
risques
Elle connaît des
copains
qui font la
feuille qui chute
comme des
cascadeurs
de
cinéma
Ils font la chute
cent
fois
mille
fois
et la
rattrapent
pour les claniques
les variqueux
les surrénaliens
et ils sont
célèbres
adulés
d’être des virtuoses
et personne ne
sait qu’ils se méprisent
de faire
semblant
qu’ils se haïssent de leur
truc qui tue
leur musique
qui a tué leur
musique et ils
se grattent
parce qu’ils sont
déjà
morts

Ume, elle,
ne se
gratte
pas
Elle a décidé qu’elle ne se
gratterait
pas
qu’elle jouerait pour ceux
qui ne sont pas du
clan et que
le frisson des
frissonneuses
ne viendrait pas
geler l’eau dans
son
bol

Alors elle s’est
construit
le plus beau
des
studios
pour le prix de la moitié
d’une petite
maison

Et elle stocke les
variations
sur un bol
d’or
infini
où parfois
vient se tremper
une feuille
rouge
qui

tombe


1 décembre 2008

Que cela cesse

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 7:50

Le vieux monsieur
veut
que
cela
cesse

Il veut
mourir

Il n’en
peut
plus de
l’automne

Il n’en
peut plus
des
feuilles
des
couleurs
de la
beauté
insupportable
des
monts de
Kyôto
au soleil
et de
l’automne
interminable
qui ne cesse
pas
qui se
transforme
comme une
longue
nausée
avec
spasmes
et qu’on n’arrive
pas à
vomir

Il est trop
vieux
maintenant
Il n’est
plus dans
la vie
et il
n’a
plus
d’énergie
pour aimer
les vivants
qui y
restent
dans la
vie

Il n’est plus
que
haine
contre
ce qui ne
cesse
pas
sa
douleur
la
prison
de son
corps
qui se
referme
plus
petite
chaque
jour
et la
douleur
toujours
aussi
intense
et
inutile
comme
chacun
de ces jours
de
plus

Il faut que ça
cesse
plus
de
couleurs
aux arbres
plus de
feuilles
aux
arbres
plus de
feuilles
plus
de
vie

Il ne comprend
pas
cette
torture
pourquoi
plutôt que le
laver
avec des
gants humides
qui font plisser
sa peau
comme une
serpillère
plutôt
que
de changer
ses
couches
les infirmières
ne lui
donnent pas
un bon
coup sur la
nuque

Elles voient
bien
sa haine
Elles
entendent
bien
dans la
raclure de sa voix
la haine
de la
vie qui
survient
pour
faire mal
ses enfants
la voient
bien et c’est une
douleur
pour eux
de
venir
affronter cette
haine
les petits
enfants
la sentent
bien
au téléphone
et ils
n’appellent
plus
pour parler
de la vie
alors qu’il
veut juste
que cela cesse
et
un vieux qui
souffre
de trop
survivre
tous les
jours
ne peut
parler
ne peut
entendre
les rapports
de
vie
de jeunes
vivants
c’est
indécent
alors les jeunes
n’appellent
plus et ils
s’en veulent
et le
vieux
s’en veut
qu’ils s’en veulent
mais il ne s’en
veut pas
de vouloir
que
cela cesse
le soleil
sur le
orange
des collines
sur le vert
jaune
des feuilles
qu’il voit
de son
lit
qui pue
la
pisse

Il y a
trois
ans
il avait
tenté
d’arrêter
de respirer
et de
se faire
péter
une
veine de la
tête
en soufflant
très fort
dans
sa tête
en pensant
que ce n’est
pas comme
un suicide
parce que
Bouddha
n’aime
pas ça
et
qu’il ne
veut pas
se réincarner
en
pire
qu’il
n’a
jamais
cru
mais au
Japon
on meurt
bouddhiste
donc
on ne
sait
jamais

Et puis rien
il
n’essaie plus
de tomber
du
lit
pour se péter
le dos
qui n’est
plus
qu’une
ligne
de
verre
qui l’empêche
d’être
assis
debout
couché
sans avoir
mal
comme une
séance
sans fin
chez un
dentiste
qui
s’en fout

et maintenant
que
l’automne
n’est plus
rouge
n’est plus
vert
n’est plus
jaune
mais
orange
le vieux
monsieur
veut
que cela
cesse

Il
appelle
le
noir

Depuis une
semaine
plus
fort
encore
car il a toujours
voulu
mourir
le
jour de son
anniversaire

Cela fait
propre
comme quand
on paie
avec la
monnaie juste
et la caissière
vous
sourit

Aujourd’hui
c’est
bête
depuis
que
l’ambulance
l’a transféré
au
service
de
neurochirurgie
il ne veut
plus
mourir
il
est
bien
il n’est
plus
bouddhiste
mais
shinto
il sent
les
kami
celui de la barre
de
métal froid
qui
l’empêche de tomber
du lit
celui de la lessive
des draps
d’hôpital
celui de la coiffe
des
infirmières du service
celui
qui
protège
la vieille dame
qui partage
sa chambre
il ne sent plus son
corps
il ne voit
plus
il ne
parle
plus
il ne sent
plus
ses yeux
bouger tout
seul
il sent que ça
s’agite
qu’il devrait
être
content parce que
toutes
ses lumières
qui clignotent
à l’intérieur
de
lui
comme les voyants
d’une voiture
ça veut
dire
que
cela
cesse
aujourd’hui
le jour
de son
anniversaire
mais là
le vieux
monsieur
veut que ça
dure
cette sensation
d’amour des
kami
d’amour de la
table
des
clignotants
et de leurs
couleurs
rouge
orange
jaune
orange
rouge

noir
non-noir

Le vieux monsieur est mort

Le kami de sa voisine l’embrasse


30 novembre 2008

Les marches d’Inari

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 7:11

Je suis une petite
fille
et j’ai décidé
que je ne parlerai
que lorsque je ne
ferai
pas de
fautes

Ma mère me
porte
dans
ses bras
J’ai la tête
molle
Le corps
tout
mou
dans le tissu
qui me
soutient
la tête
sur son
épaule
droite
et quand
j’ouvre
les
yeux
je vois des
feuilles
de
toutes les
couleurs
sur les
marches
d’Inari

Ma mère
sent
l’essence
Ma mère
sent
l’essence
et passe beaucoup
de
temps à
laver ses
doigts
noirs

Ma mère est
petite
petite
et très forte
et
ses cheveux sont
longs
noirs plus noirs
que ses
doigts et elle
passe
beaucoup de
temps à
laver ses
cheveux noirs
si
noirs
qu’ils reflètent
le blanc du
ciel
le blanc
du
néon
du
frigo

Ma mère
est
petite
et très
forte.
Sur son vélo
sans
vitesse
elle porte
mon frère
à l’arrière
et moi
à l’avant
et elle
monte
la côte
sans
transpirer
quand
on revient
de chez
Obaasan

Elle ne
transpire
pas
ou alors
ça sent
bon
quand elle me
porte
dans le
métro
dans le
train
et qu’il fait
chaud
et je
m’endors
tout de suite
en
bavant un
peu
la bouche
ouverte
et le corps
tout
mou
même quand elle
parle
avec mon
frère
ou quand
elle
pousse
la
poussette
pour faire de la
place
à ceux
qui rentrent
en
s’excusant dans
mon oreille
et
son haleine
sent toujours
un peu
le
gingembre

Il fait beau
aujourd’hui
Il est
11h du
matin
et j’aime
Fushimi
Inari

J’aime quand
maman
me
porte
en
montant des
marches
car je
sens
son coeur
plus
fort
je la
sens plus
vivante
plus
forte
et j’ai
la
sensation de
flotter
chaque
marche
comme un
plus
grand
battement
de
coeur
comme un
souffle

Maman aime
Fushimi Inari
et parfois
on vient
tous
ensemble
Papa et Ojiisan
portent
la poussette
et grand-mère
surveille
mon grand
frère

Mais là
nous ne sommes
que toutes les
deux
et je
dors
comme du
miel
et
j’aime
Fushimi
les
renards
d’Inari
la lumière dans les
arbres
et le rouge
le noir
le rouge
doux
solide comme
maman
tendre comme
ses bras
le rouge
rouge
qui n’est pourtant
pas
rouge
des torii
d’Inari

Depuis que je suis
née
Haha me
conduit
à
Fushimi
pour faire
le grand
tour
et aller
devant une pierre
précise
à l’écart
du
grand tour
où elle allume
des
bougies et
apporte
parfois des
choses
Elle m’a
dit que sa
mère
avait fait la
même
chose et que
je
ferai
pareil
avec mes
enfants

J’aime entendre
le coeur
de maman
quand je
dors
toute
molle
dans les
bras
de
maman

et j’aime
quand
j’ouvre les
yeux
voir les
petites feuilles
sèches
de toutes les
couleurs
sur les
marches
d’Inari

Il pleut


28 novembre 2008

Une vie sans momiji

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 8:34

Dans son taxi
Matsumoto San
n’avait jamais
pensé
à
ça

Alors
quand le touriste
lui a
demandé,
vers la Gare,
d’honorer
les
momiji
pour
lui
car en
Europe
il n’y a
pas de
momiji
et qu’il fallait
qu’il imagine
une vie sans momiji
Matsumoto San
a
ressenti une
douleur
comme si on lui
arrachait
les yeux
comme si on lui
brûlait le
coeur
comme si l’idée
seule
mutilait
son âme

Une vie sans momiji ?

Et immédiatement
Matsumoto San
a compris un
peu
la
Barbarie

Matsumoto San
ressent fort en
lui
qu’on
devient
ce que l’on
voit,
aussi

Tu vois
la montagne
tu deviens
la montagne
tu vois la
plaine
tu deviens la
plaine
tu vois la ville
l’acier, le béton
tu deviens
la ville, l’acier
le béton
tu vois la mer,
le sable
le désert
tu deviens
la mer
le sable
le désert
tu vois le vert
tu deviens le vert
tu vois le gris
tu vis le gris
tu vois le blanc
et tu te bats en l’aimant
à l’intérieur,
le blanc,
tu vois le vulgaire
et tu le deviens
comme un
américain

L’homme est un
caméléon
un
miroir
qui ne fait pas
tache
mais se
plie
se fond
se forme

Matsumoto San
pense que
ça
explique pourquoi les
touristes
font
taches
pourquoi l’étranger
fait
tache
et Matsumoto San
n’aime pas les
taches sur sa
Crown noire
qu’il brique
avec ses chiffons
microfibres
dès qu’il peut
les traces sur les
jantes qu’il
brique
avec le bon
produit
dès qu’il
peut
les traces sur les
draps blancs
amidonnés
de ses sièges
les traces sur ses
gants
blancs
Matsumoto San
n’aime
pas les taches
parce que toute
sa vie
il la
passe à respecter
l’invisible
l’harmonie
la forme qui est là
parce qu’elle est
là et qui doit
être là
complètement
parfaitement
encore plus
parfaitement encore
quand la nature
de la forme
est d’être
imparfaite

Matsumoto San se
dit qu’il ne peut
tout
simplement
pas
imaginer une vie
sans momiji

Qu’il ne peut imaginer
une vie sans regarder
les
arbres
Une vie à ne pas être
un
arbre

Les sakura
si
les sakura
c’est un arbre
bête
qui
chouille
quinze
jours
qui chtouille
10 jours
un rose
de
gamines
les sakura
c’est un
arbre
de
pucelles
de filles
qu’on n’a pas
encore fait jouir
du regret
d’un temps
platonique
où se
serrer la main
compte plus que
l’entrejambe
sakura
une couleur
de
p’tite fille
de peau
fraîche
de pompons
de
bébés
les sakura
sont des
tâches
car ce
rose

n’existe pas
dans la
vie

L’ume
oui
ça existe
et ça sent
le
pubis
L’ume
c’est du
porno
non
crypté
dont on voit les
poils
et qui est
beau
du
pornbeau
qui
transite
t’élève
comme de la
neige
sur les
paupières
du
sel
sur la
lèvre
une caresse
juste
comme un
accord de
jazz
bien placé
comme un
yo
de nô
qui fend
l’âme
de tous
les
morts

Ce serait
dur
une
vie sans
ume
mais la
majorité
de la
vie
est une
vie
sans
ume
on
sait le
goût que ça
a
quand il n’y a
pas
d’ume dans
sa
vie
et parfois
il n’y a jamais
d’ume
dans
toute sa vie
alors
on jouit
des
sakura
et
l’on ne sait
pas qu’on
est
pauvre

Mais une vie
sans
momiji
une vie
sans
momiji
ce doit
être
juste
douloureux
comme le
temps où l’on
n’existe pas
avant la
chienne de vie
après la
chienne de
vie
Matsumoto San
sent
qu’il doit
manquer de
vie
celui
qui vit
sans
momiji
manquer
de
vie
de
tenue
d’élégance
de
finesse
de vie
de vie

L’horreur saisit un
instant
Matsumoto San
si
fort
si
fort
qu’il ressent
soudain
une grande
pitié
de
l’amour
pitié
pour ceux qui
vivent
vivront
auront vécu
la cruauté
ignorée
d’une

vie
sans
momiji


27 novembre 2008

Le Nirvana de Mme Yamada

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 7:10

Ce jour-là
Mme Yamada
se réveilla avec une
violente
migraine
et elle
en eut un peu de
nostalgie
car ça lui
rappela
le temps où elle avait parfois
des
règles
douloureuses

Elle se dit
tiens
je vais peut-être me mettre
à
rajeunir
redevenir jeune
fille
Et c’était une
pensée
plaisante

Mme Yamada
a toujours
été
sensuelle
très
sensuelle
Mme Yamada
aime
jouir
et enrage
d’être
veuve
alors qu’elle a
soif
de
jouir

Oh bien
sûr
mais ce n’est
pas
pareil
ce n’est
bien
sûr
pas
pareil

Mme Yamada
se disait
cela
en balayant
les feuilles
jaunes
rouges
jaunes
devant sa porte
comme tous les
matins
malgré
son mal de
tête
qui devenait de
plus en plus
fort

Elle se faisait
pourtant
sourire
en se
disant
et si
les
passants à qui
je dis
bonjour
savait
à quoi
la femme âgée
que je suis
pense

Et puis ça
lui
fit
bizarre
dans sa
tête
Elle sentit
que
quelque chose
n’allait
pas

Elle eut
très très
mal
puis
une sensation
plus forte
Mme Yamada
se sentit
devenir
lumière

C’était
bon comme les
cacahuètes sucrées
qui ne collent
pas aux doigts
comme si
Kannon la
bienveillante
la prenait délicatement
dans ses doigts
pour la caresser de la
pulpe de ses doigts de
lumière
et ce n’était pas une
caresse car elle n’avait
plus de
corps
elle n’était plus Mme
Yamada
elle n’était plus
une
elle était
hors temps
hors lieu
dans un flux
vivant
un immense ruban
de miel d’or blanc
de toutes les
couleurs
qui l’aimerait
au-delà de tout
amour
de toute beauté
de toute tendresse
Et elle était ce flow
les feuilles jaunes
et rouges et
jaunes le
ciel et la
légereté
comme un dashi
d’Amida

Elle retrouva
la sensation de son
corps et d’elle
même le temps
de voir
le visage
de sa grosse
voisine
celle qui mange tout, tout de suite
penché sur elle
affolée et elle parlait
une langue
étrange on aurait dit
de l’extra
terrestre

Mme Yamada se
dit qu’elle
venait
peut-être d’être enlevée
par des extra
terrestres
qui prenaient la forme
de sa
grosse voisine
pour communiquer avec elle
Ou peut-être
qu’elle faisait
l’expérience
de l’illumination
bouddhique
elle qui n’avait
jamais vraiment
cru
à
rien
et qu’Amida lui demandait
de renoncer à l’illumination
parfaite et retourner
en bodhisattva
généreux
s’occuper des
grosses voisines qui
mangent
tout, tout de suite

Alors là Mme Yamada
elle se dit
cacahuète tiens,
qu’elle s’illumine
seule
la grosse
voisine
rendez-moi
la lumière
et la
communion
avec
tout
qui est mieux que le plus
grand
des
orgasmes
parce que j’en ai
jamais eu de
si
long
et la lumière
et les
cacahuètes
sucrées qui ne collent
pas aux doigts
et
Mme Yamada
replongea
dans le dashi
de lumière
d’Amida
dans la couleur
d’or des feuilles
qu’elle était
le rubis de tous les
momiji
qu’elle sentait
s’amuser
faire des mouvements
lents des feuilles de la main
pour dire au revoir
à la gare quand on
s’en va
doucement
et qu’on n’y peut
rien
de lents
mouvements
comme
la queue
d’une koi
infinie
qui serait
bouddha
et elle était la
koi
et elle voyait
la feuille
rouge
descendre
lentement
en
spirale
pour
toucher
l’eau
verte
froide

Mme Yamada a une attaque


 
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