6 mai 2013

Atelier Poésie, mardi 7 mai 2013, Yoshida Yama, 14h00 : Rimbaud

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 2:36

La couleur des yeux de Patinir - 09

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d’un auteur classique.

L’essentiel de l’atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d’une interrogation sur l’esthétique française et ce qui la différencie de l’esthétique japonaise.

Texte étudié lors du prochain atelier : Roman de Rimbaud

Roman

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bons dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, – la ville n’est pas loin, -
A des parfums de vigne et des parfums de bière …

Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche …

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête …
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête …

Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,
- Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père …

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif …
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines …

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire … !

- Ce soir-là, … – vous entrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade …
- On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade

Arthur Rimbaud, 1870.

Les tilleuls verts sur la promenade.
Les momiji verts et leurs doux frissons.
L’air doux de juin. Les premières bières de mai.
Le printemps qui n’est pas sérieux.

La golden week et les cheveux de Rimbaud.

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5 mars 2013

Atelier Poésie, mardi 5 mars 2013, Yoshida Yama, 14h00 : Guillevic

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 4:41

Le nuage sur la lune - 25

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d’un auteur classique.

L’essentiel de l’atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d’une interrogation sur l’esthétique française et ce qui la différencie de l’esthétique japonaise.

Texte étudié lors du prochain atelier : Extraits de l’Art Poétique de Guillevic (Poésie / Gallimard)

*

Il n’y a pas que la mémoire.

Il y a ces réminiscences
De ce que l’on n’a pas vécu,
Qui nous viennent d’on ne sait où :

Aujourd’hui, c’est l’oeil du requin,
C’est la myopie de l’horizon.

*

Quoi que tu fasses
Le poème
Garde mystère.

Pas plus
Que l’arbre et le buisson,

Que la palourde
Et sa coquille,

Que ta bague
De quartz rutile

*

J’ai été obligé
De longer le mur.

Je croyais folâtrer,
Mais j’étais
Le féal du poème.

*

« Le poème garde mystère ». Voilà pourquoi expliquer un poème est impossible ou destructeur. Un poème qui n’a plus d’aura, plus d’incompris, n’est plus poésie. Le mystère du poème est parfois lié à la force du kotodama. Parfois à la seule présence du monde. Cette surprise devant le monde qui échappe à l’explication, la transcription du mystère dans quelques sons courts, mystérieux comme des galets, ou dans un snapshot me semble participer d’une esthétique proche de celle de la sensibilité japonaise.
Le poème veille le mystère du monde.

*

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2 février 2013

Atelier Poésie, mardi 5 février 2013, Yoshida Yama, 14h00 : Verlaine

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 13:21

Iris Enhancer version florale

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d’un auteur classique.

L’essentiel de l’atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d’une interrogation sur l’esthétique française et ce qui la différencie de l’esthétique japonaise.

Texte étudié lors du prochain atelier : « Mon rêve familier » de Verlaine

*

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

(Verlaine, Poèmes saturniens).

*

La poésie existerait-elle sans la quête universelle de l’être aimé, sans la quête de pouvoir aimer qui nous aime.
La poésie est-elle un substitut, une conséquence du rêve verlainien qui est à la fois universel et spécifique (celui d’un homme, poète, français, citadin, à la fin du 19ème siècle) ?
Nous questionnerons la question du masculin et du féminin à partir de ce texte. A Kyôto où les femmes restent des femmes. Et où les hommes sont souvent absents.
Tous les hommes peuvent-ils aimer ce poème ? Les poètes sont-ils des pleurnicheurs passifs qui instrumentalisent leur manque d’esprit de conquête pour apitoyer, faire sonner la corde sensible maternelle des lectrices ? Ou le poème dépasse-t-il le fait d’être un homme, le fait d’être une femme et ne fait-il que rappeler à sa façon, le discours d’Aristophane dans le Banquet de Platon : l’amour, c’est chercher la moitié qui nous manque.

*

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2 décembre 2012

Atelier Poésie, mardi 4 décembre 2012, Yoshida Yama, 14h00 : Lamartine

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 10:27

Katsura soleil

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d’un auteur classique.

L’essentiel de l’atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d’une interrogation sur l’esthétique française et ce qui la différencie de l’esthétique japonaise.

Texte étudié lors du prochain atelier : Extrait d’un poème de Lamartine

*

Et qu’est-ce que l’amour ? Ah ! prêt à le nommer,
Ma bouche en le niant craindrait de blasphémer !
Lui seul est au-dessus de tout mot qui l’exprime,
Eclair brillant et pur du feu qui nous anime,
Etincelle ravie au grand foyer des cieux,
Char de feu qui, vivants, nous porte au rang des dieux,
Rayon, foudre des sens, inextinguible flamme
Qui fond deux coeurs mortels et n’en fait plus qu’une âme,
Il est … il serait tout, s’il ne devait finir
Si le coeur d’un mortel le pouvait contenir,
Ou si, semblable au feu dont Dieu fit son emblème,
Sa flamme en s’exhalant ne l’étouffait lui-même !

(Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses).

*

Nous avions déjà étudié en novembre 2009 ce texte en nous concentrant sur les strophes qui précèdent.
Ce poème est étrange. Il est à la fois médiocre et vibrant. Dégoulinant de romantisme mièvre et pourtant touchant, parce que parlant à nos coeurs, qui restent au fond toujours romantiques et mièvres.
Il y a une musicalité typiquement française dans ce pathos. Nous tenterons de la cerner. En la distinguant de celle du pathos japonais.

Sans aucun rapport, mais quand même : Lamartine est le nom de l’une des meilleures pâtisseries françaises de Kyôto, près de Shimogamo, dont je recommande vivement la « tarte maman ».

*

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5 novembre 2012

Atelier Poésie, mardi 6 novembre 2012, Yoshida Yama, 14h00 : Saint-John Perse

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 1:47

Pluie de printemps

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
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C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d’un auteur classique.

L’essentiel de l’atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d’une interrogation sur l’esthétique française et ce qui la différencie de l’esthétique japonaise.

Texte étudié lors du prochain atelier : Extrait d’Exil de Saint-John Perse.

*

« Innombrables sont nos voies, et nos demeures incertaines. Tel s’abreuve au divin dont la lèvre est d’argile. Vous, laveuses des morts dans les eaux-mères du matin – et c’est la terre encore aux ronces de la guerre – lavez aussi la face des vivants; lavez, ô Pluies ! la face triste des violents, la face douce des violents… car leurs voies sont étroites, et leurs demeures incertaines.

« Lavez, ô Pluies ! un lieu de pierre pour les forts. Aux grandes tables s’assiéront, sous l’auvent de leur force, ceux que n’a point grisés le vin des hommes, ceux que n’a point souillés le goût des larmes ni du songe, ceux-là qui n’ont point cure de leur nom dans les trompettes d’os… aux grandes tables s’assiéront, sous l’auvent de leur force, en lieu de pierre pour les forts.

« Lavez le doute et la prudence au pas de l’action, lavez le doute et la décence au champ de la vision. Lavez, ô Pluies ! la taie sur l’oeil de l’homme de bien, sur l’oeil de l’homme bien-pensant; lavez la taie sur l’oeil de l’homme de bon goût, sur l’oeil de l’homme de bon ton; la taie de l’homme de mérite, la taie de l’homme de talent; lavez l’écaille sur l’oeil du Maître et du Mécène, sur l’oeil du Juste et du Notable… sur l’oeil des hommes qualifiés pour la prudence et la décence.

« Lavez, lavez la bienveillance au coeur des grands Intercesseurs, la bienséance au front des grands Éducateurs, et la souillure du langage sur les lèvres publiques. Lavez, ô Pluies, la main du Juge et du Prévôt, la main de l’accoucheuse et de l’ensevelisseuse, les mains léchées d’infirmes et d’aveugles, et la main basse, au front des hommes, qui rêve encore de rênes et du fouet… avec l’assentiment des grands Intercesseurs, des grands Éducateurs.

« Lavez, lavez l’histoire des peuples aux hautes tables de mémoire : les grandes annales officielles, les grandes chroniques du Clergé et les bulletins académiques. Lavez les bulles et les chartes, et les Cahiers du Tiers État; les Covenants, les Pactes d’alliance et les grands actes fédératifs; lavez, lavez, ô Pluies ! tous les vélins et tous les parchemins, couleur de murs d’asiles et de léproseries, couleur d’ivoire fossile et de vieilles dents de mules… Lavez, lavez, ô Pluies ! les hautes tables de mémoire.

« Ô Pluies ! lavez au coeur de l’homme les plus beaux dits de l’homme : les plus belles sentences, les plus belles séquences; les phrases les mieux faites, les pages les mieux nées. Lavez, lavez, au coeur des hommes, leur goût de cantilènes, d’élégies; leur goût de villanelles et de rondeaux; leurs grands bonheurs d’expression; lavez le sel de l’atticisme et le miel de l’euphuisme, lavez, lavez la literie du songe et la litière du savoir : au coeur de l’homme sans refus, au coeur de l’homme sans dégoût, lavez, lavez, ô Pluies ! les plus beaux dons de l’homme… au coeur des hommes les mieux doués pour les grandes oeuvres de raison. »

Exil, Pluies, VII

*

Sur Hieizan, jusqu’à vendredi, Ajari San brûle à toutes heures du jour et de la nuit, de petites tablettes de bois votives face à la statue inquiétante de Fudô Myô-ô. Pour l’accompagner dans son jeûne de huit jours, une petite communauté de grand-mères répètent en boucle, sans relâche, le shingon de Fudô Myô-ô : une translitération en katakana d’un sanscrit déjà translitéré en chinois.
Koto-dama.
Pluies de Saint-John Perse produira-t-il un effet similaire dans plusieurs millénaires quand le français contemporain ne sera plus parlé ni compris de personne ?

*

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