5 février 2012

Atelier Poésie, mardi 7 février 2012, Yoshida Yama, 14h30 : Hérodias de Flaubert

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 10:40

calligraphie au dong shan

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d’un auteur classique.

L’essentiel de l’atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d’une interrogation sur l’esthétique française et ce qui la différencie de l’esthétique japonaise.

Texte étudié lors du prochain atelier : les premières lignes d’Hérodias de Flaubert.

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« La citadelle de Machaerous se dressait à l’orient de la mer Morte, sur un pic de basalte ayant la forme d’un cône. Quatre vallées profondes l’entouraient, deux vers les flancs, une en face, la quatrième au delà. Des maisons se tassaient contre sa base, dans le cercle d’un mur qui ondulait suivant les inégalités du terrain ; et, par un chemin en zigzag tailladant le rocher, la ville se reliait à la forteresse, dont les murailles étaient hautes de cent vingt coudées, avec des angles nombreux, des créneaux sur le bord, et, çà et là, des tours qui faisaient comme des fleurons à cette couronne de pierres, suspendue au-dessus de l’abîme.

Il y avait dans l’intérieur un palais orné de portiques, et couvert d’une terrasse que fermait une balustrade en bois de sycomore, où des mâts étaient disposés pour tendre un vélarium.

Un matin, avant le jour, le Tétrarque Hérode-Antipas vint s’y accouder, et regarda. »

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Nous avons régulièrement évoqué le kotodama – ce pouvoir magique des mots en-deçà de leur signification, par au-delà leur fonction – comme un critère possible de distinction du poétique. Nous regarderons avec les premières lignes d’Hérodias, comment Flaubert calligraphie hardiment son flow à coup de kotodama…
Nous nous poserons la question : le kotodama, est-ce principalement une singularité statistique ?

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5 décembre 2011

Atelier Poésie, mardi 6 décembre 2011, Yoshida Yama, 14h30 : Saint-John Perse

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 19:33

J'avais envisagé de le prendre

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d’un auteur classique.

L’essentiel de l’atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d’une interrogation sur l’esthétique française et ce qui la différencie de l’esthétique japonaise.

Texte étudié lors du prochain atelier : un extrait d’Amers de Saint-John Perse.

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« … Au coeur de l’homme, solitude. Etrange l’homme sans rivage, près de la femme, riveraine. Et mer moi-même à ton orient, comme à ton sable d’or mêlé, que j’aille encore et tarde, sur ta rive, dans le déroulement très lent de tes anneaux d’argile – femme qui se fait et se défait avec la vague qui l’engendre…

 » Et toi plus chaste d’être plus nue, de tes seules mains vêtue, tu n’es point Vierge des grands fonds, Victoire de bronze ou de pierre blanche que l’on ramène, avec l’amphore, dans les grandes mailles chargées d’algues des tâcherons de mer; mais chair de femme à mon visage, chaleur de femme sous mon flair, et femme qu’éclaire son arôme comme la flamme de feu rose entre les doigts mi-joints »

(Amers, IX, II 2, Pléiade p. 328)

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Nous reprendrons avec ce texte notre discussion du mois dernier sur les façons de dire « je t’aime ». Celles qu’autorisent une langue, une culture. Les chants requis. Les chants interdits.

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7 novembre 2011

Atelier Poésie, mardi 8 novembre 2011, Yoshida Yama, 14h30 : Cyrano de Bergerac

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 9:01

Ume 26 - parce qu'un titre les abîmerait

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d’un auteur classique.

L’essentiel de l’atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d’une interrogation sur l’esthétique française et ce qui la différencie de l’esthétique japonaise.

Texte étudié lors du prochain atelier : un extrait de la scène du balcon de « Cyrano de Bergerac » d’Edmond Rostand.

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ROXANE
Eh bien ! si ce moment est venu pour nous deux,
Quels mots me direz-vous ?
CYRANO
Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,
Sans les mettre en bouquets: je vous aime, j’étouffe,
Je t’aime, je suis fou, je n’en peux plus, c’est trop;
Ton nom est dans mon coeur comme dans un grelot,
Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne,
Tout le temps, le grelot s’agite, et le nom sonne !
De toi, je me souviens de tout, j’ai tout aimé
Je sais que l’an dernier, un jour, le douze mai,
Pour sortir le matin tu changeas de coiffure !
J’ai tellement pris pour clarté ta chevelure
Que, comme lorsqu’on a trop fixé le soleil,
On voit sur toute chose ensuite un rond vermeil,
Sur tout, quand j’ai quitté les feux dont tu m’inondes,
Mon regard ébloui pose des taches blondes !

(scène 7, acte III)

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Avoir pour modèle du « dire l’amour » les billets du Genji ou les lettres de Cyrano produit des effets fondamentalement différents dans le quotidien de chaque couple. Dans les attentes, les formes ouvertes à la passion. Dans ce qui fait la vie bonne. Nous évoquerons ces différences lors de la discussion qui suivra l’explication du texte.

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3 octobre 2011

Atelier Poésie, mardi 4 octobre 2011, Yoshida Yama, 14h30 : Maurice Carême

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 17:21

diesel du temps

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d’un auteur classique.

L’essentiel de l’atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d’une interrogation sur l’esthétique française et ce qui la différencie de l’esthétique japonaise.

Texte étudié lors du prochain atelier : « Le vieux curé » de Maurice Carême

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Le vieux curé

Le vieux curé montait là-haut au cimetière
Avec un gros bouquet de lilas pour sa mère.

Son chien, vieux lui aussi, le suivait lentement,
La langue fatiguée pendue entre les dents.

Il était revenu vivre dans son village,
Comme dit du Bellay, le reste de son âge.

Et il se surprenait parfois à chantonner
Une vieille chanson où l’on parlait d’un gué

Qu’une fille passait, les jupons relevés.
Dominus vobiscum… Qu’aurait dit son évêque

S’il l’avait entendu chanter ainsi avec
Son bouquet de lilas ? Mais Dieu, lui, comprenait

Qu’un vieux curé se ressouvienne, au mois de mai,
D’une enfance où l’amour tient parfois tant de place

Que la fille du clerc semble un ange qui passe

(extrait du recueil, « Dans la main de Dieu », Les éditions ouvrières, 1979)

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6 juin 2011

Atelier Poésie, mardi 7 juin 2011, Yoshida Yama, 14h30 : Hugo

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 10:05

Avant l'autre pluie

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d’un auteur classique.

L’essentiel de l’atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d’une interrogation sur l’esthétique française et ce qui la différencie de l’esthétique japonaise.

Texte étudié lors du prochain atelier : « Puisque j’ai mis ma lèvre » de Victor Hugo

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Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
Puisque j’ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j’ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l’ombre enseveli ;

Puisqu’il me fut donné de t’entendre me dire
Les mots où se répand le coeur mystérieux ;
Puisque j’ai vu pleurer, puisque j’ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

Puisque j’ai vu briller sur ma tête ravie
Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;
Puisque j’ai vu tomber dans l’onde de ma vie
Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

Je puis maintenant dire aux rapides années :
- Passez ! passez toujours ! je n’ai plus à vieillir !
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase où je m’abreuve et que j’ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n’avez de cendre !
Mon coeur a plus d’amour que vous n’avez d’oubli !

*

Le rêve de l’écrivain français – sans doute le rêve de tout artiste mais qui est, chez le Français, assumé avec orgueil, naturel, évidence, dû – est d’être célébré, vivant, comme un classique. De produire une oeuvre qui même si elle vieillira, restera trace indélébile dans l’histoire de son peuple, de sa langue.

Hugo est le prototype de ce rêve vécu continument comme règle de vie.

On est loin de l’humilité japonaise où personne ne pensera contester que le seul nom qui mérite de survivre est celui de l’Empereur ou, en temps de shogunat, de son bras droit qui lui épargne les tracas – l’Empereur, le centre du pouvoir, incarnant la communauté anonyme du peuple Japon tout entier.

L’amateur d’art occidental qui, par procuration, jouit de la mégalomanie de ses génies, est alors tout perdu dans un monde où l’artiste se place toujours, fût-il le premier iemoto d’une famille promise à durer, en position seconde.

Est-ce là une piste qui permet d’expliquer pourquoi l’art asiatique est encore ignoré et classé dans la rubrique exotique du cabinet de curiosité occidental ? Parce que la posture de l’artiste asiatique ne nourrit pas suffisamment le narcissisme de son public cultivé ?

Nous évoquerons cette question ainsi que celle de savoir s’il est requis de connaître le contexte d’un poème (jeune amant à sa future épouse, vieux père à sa fille morte) pour pouvoir y prendre plaisir.

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