22 mai 2010

八十七

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 20:26

Placer le signe d'eau sous le feu, sur la cendre

Tisser un kimono « âme de vieille »
bleu
comme le ciel où elle trempe ses mains


八十六

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 20:19

Réfléchir c'est défléchir

La veuve octogénaire ployée dans la rizière
boire un thé
dans son coeur


17 mai 2010

八十五

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 16:45

Drôle de koi

Tchip
La carpe goba l’ombre
du moineau


16 mai 2010

八十四

Filed under: N — Stéphane Barbery @ 18:11

La bouche cernée

Le corbeau veut voler la vieille.
Qui lui fait comme un coucou,
de la main


15 mai 2010

Le Chien

Filed under: Quasar — Stéphane Barbery @ 15:14

Celui dont le chien respire en faisant du bruit

Il tient un restaurant.
Un petit restaurant.
Avec sa femme.
Depuis quarante ans.
Le menu, à midi,
n’est pas cher.
C’est du poisson grillé.
Du riz
Des légumes.
Du bon riz.
De bons légumes.
L’un des meilleurs poissons grillés.
De sa ville.

Lui, il aime le jazz.
Le bon jazz.
On entend toujours du bon jazz,
dans son restaurant.

Elle, elle aime les chats.
Il y en a partout
En pierre
En fer
En tissu
de toutes tailles.
Mais pas des vrais.
C’est interdit,
dans les restaurants.

Depuis deux ans
Il est malade
Un cancer.
Il a pris 20 ans,
d’un coup.

Les habitués se font du souci.
Il leur manque déjà
alors qu’il n’est pas mort.
Ils le regardent
en se disant que
ça ne va pas tarder.

Sa femme aussi
se fait du souci.
Elle a pris 10 ans
en six mois.
Souvent elle tâte son corps.
A la recherche de boules suspectes
parce qu’elle se sent fatiguée
mais elle ne veut pas se plaindre
faire du souci
se faire du souci
alors qu’elle en a déjà,
trop.

Ils continuent de travailler.
Les médecins ne leur ont pas dit.
Le rapport entre le poisson grillé
et sa gorge.
Et ses poumons
Ils ne savent pas,
les médecins,
le rapport entre son
état
et son état.
Ils n’ont pas vu la cuisine.
Et même s’ils l’avaient vue
ils ne feraient pas le rapport.
Eux, ils aiment le poisson grillé.
Lui, il tousse.
Le menton bas
les épaules basses
le mal au ventre.
Les yeux clairs,
de l’au-delà
de la fatigue.

Lui,
il a toujours aimé les ordinateurs.
Et les gros chiens.
Il connaît toutes les races de chien.
Toutes les races de gros chien.
Il en a eu un.
Qui est mort.
Il en a eu un autre.
Qui est mort aussi.
Ca vit pas assez.
Un chien.

Maintenant il n’a plus de chien.
Juste des photos.
Juste des soupirs.
Et des sites
de gros chiens.
Il en lit un peu tous les jours.
En écoutant du jazz.
Dans l’après-midi.
Quand il n’a pas rendez-vous,
à l’hôpital.

Depuis 3 jours
il n’arrête pas de la regarder,
la vidéo.

C’est un Çoban Köpeği
un berger d’Anatolie
dans un pays en guerre

Et puis un lion.
Il fait froid.
On voit que le lion a froid.
Qu’il a faim.
On se demande l’histoire de ce lion.
Ce qu’il fait là.
Dans cette arêne de combat.

Il y a des hommes autour
qui crient
des billets à la main.
Excités comme des enfants.

Le lion a peur
comme un enfant

Le chien, lui,
le Çoban Köpeği,
il sait ce qu’il fait là.

Il a l’air mauvais.
Et bête.
Il aime son maître
Il est là pour combattre
Il n’a peur de rien
Il aime son maître

Et son maître l’aime.


 
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