29 septembre 2010

百五

Filed under: N,Texte — Stéphane Barbery @ 6:00

Lo-Mob test 1

Même quai voie B
Nuages de vent
La lune


16 septembre 2010

Filed under: N,Texte — Stéphane Barbery @ 20:59

Peg est morte. Je me souviens du moment où je l'ai choisie. Parmi 300 chats.

La vie, aussi pierre
que ce glaçon dans mon whisky
Mon dernier chat est mort.


3 février 2010

五十五

Filed under: Texte — Stéphane Barbery @ 17:27

Rêve de passer les couleurs
comme lui,
des momiji aux ume,
le nanten


9 décembre 2008

La capote, le kami et l’aiguille

Filed under: Texte,Ume — Stéphane Barbery @ 11:08

Matsujirô se souvient d’abord de l’hiver
dernier
avec
colère et
tout d’un coup
plus de colère

Pendant deux
longs
mois
il avait cru avoir
trouvé sa
princesse de
Kyôto
et son
cœur et
son
corps
s’étaient mis
en mode
amoureux

Il lui écrivait
des
poèmes
tout allait
plus vite
plus clair
tout allait
plus
fluide
comme un
tanka
écrit en
sosho,
l’herbe folle,
d’une seule
traite
sans
relever
son crayon-pinceau
avec
chargeur d’encre
intégré

Matsujirô
était comme tout
japonais
une midinette
romantique.
Il se demandait
si c’était
un effet
post-Meiji
cet impact du
romantisme
allemand.
Mais contrairement
aux japonais
de son
âge,
parce qu’il avait
vécu à
l’étranger,
Matsujirô,
en se faisant une immense
violence :
osait.

Il avait osé
croire
que la beauté
du
Soapland
était
pour lui
Il avait osé
la
courtiser

Il ne savait pas
d’où ça
lui
venait
cette excitation
à sauver
la
prostituée

Peut-être à l’idée de ne pas
payer
Peut-être à l’idée d’avoir à soi
un objet sexuel
qui ne pourra rien
dire
puisqu’on l’a sauvée
peut-être une haine
aussi
et il ne savait pas trop de
quoi
et Matsu était
fin pour repérer
ces ambivalences
en
lui

Mais il voyait
d’abord en
Etsuko
la
grâce
sa beauté
qui
surclassait
celle des
autres
japonaises
qu’il pouvait
croiser dans
la
rue

Et c’était cette
vibration

qui l’avait
fixé
ébloui
et il s’était
dit
je veux vivre
dans
cette
lumière

Parce qu’il
osait
et qu’il était
fin
la rencontrer
hors du
Soapland
n’avait pas été si
difficile

Il avait appliqué
la
technique universelle
d’influence :
dire à l’autre
combien
on
l’apprécie
directement
sans excès
sans pression
et à force
de dire
allo-allo
je t’aime – je t’aime
l’autre
répond
allo

Etsuko
avait
toujours les
mains
froides
et ses pupilles
noires
aussi
semblaient
froides

Ils passaient
au combini
acheter
des chaufferettes
et Matsu aimait
ouvrir les petits
sacs
rouges en plastique,
secouer les chaufferettes
pour activer
la chimie
et les mettre dans les
poches
d’Etsuko
ou lui
souffler sur les
doigts

Après deux
semaines
à se
fréquenter
elle lui
avait dit
qu’elle
arrêtait le
Soapland
et il ne savait pas
si c’était
vrai

Le temps
qu’il
passait
ensemble
il le
passait à
Kyôto
et il avait
beaucoup
neigé
cet hiver

Etsuko
avait de
belles
bottes
jaunes
en mouton retourné
Pocahontas
princesse indienne
et cela lui allait
bien

Tout lui
allait
bien
et Matsu
son coeur battait
son coeur battait
quand ils marchaient
dans Kyôto
qu’il la prenait par la
main,
dans ses bras comme dans
les affiches
des Pachinko
avec un héros de série
télé qui ressemblait à
un Harry Potter de vingt ans,
qu’il l’embrassait
doucement
dans les
sanctuaires
et Etsusko
aimait
que Matsu ne se comporte
pas en
japonais

Après avoir
marché
ils allaient
dans des pâtisseries
françaises
et Matsu
lui faisait
découvrir
pourquoi le mou
ce n’était pas si bon
et qu’il manquait encore
au Japon
l’art de la strate du
croustillant

Etsuko écoutait
goûtait
mangeait peu
toujours très peu
et c’était aussi
pour ça
qu’elle avait
froid
toujours très
froid
mais ce n’était pas
que pour
ça

Il lui
faisait des cadeaux
et elle, des portraits photo
sur son mobile
qu’elle imprimait
chez elle
et elle dessinait dessus
parce que c’était
une
artiste et
Matsujirô
avait été
stupéfait de
son
talent
et il l’aimait
encore
plus

Quand il lui
avait offert
son premier
cadeau
elle l’avait
regardé
droit
dans les yeux
en lui demandant
si c’était un sac
Vuiton.
Il avait répondu
non
alors elle avait
ouvert le
paquet.

Elle lui avait expliqué
que souvent
les hommes offraient
des
sacs
Vuiton
pour obtenir des
prestations sexuelles
inhabituelles et
qu’elle pensait
que tous ces
sacs
sentaient
toujours
un peu
la
merde

Matsujirô
se souvient
que ce jour

ils avaient passé
de longues
heures à se demander
si vraiment
tous les
flocons
sont différents
et Etsuko
avait dessiné
des flocons
qui devenaient
de plus en plus
érotiques
et ils avaient
fait l’amour
dans un
Love Hotel
avaient
visité
un temple
puis
étaient revenus
dans le
Love Hotel

Le meilleur
souvenir
de Matsujirô
c’était quand
il l’avait
amenée
au
petit
sanctuaire
Inari de
Yoshida
au début de
décembre

Matsujirô se
faisait la remarque
qu’il n’y en avait pas
tant que ça
des sanctuaires
Shinto
à
Kyôto

Des temples
bouddhistes
oui et à l’intérieur
il y avait toujours
un
p’tit autel
Shinto
mais des sanctuaires
pas tant que
ça
Yavait les
officiels
et ils n’étaient pas
très
beaux.
Il y avait
bien sûr
Fushimi
mais c’était à
l’extérieur de la
ville.
Et puis il y avait
Yoshida

Yoshida comme un
grain de
beauté
une colline
allongée
en pleine
ville
la
forêt
dont les
arbres ne sont
pas
pareils que sur les
monts
et quand
l’hiver est là
ils restent
jaunes oranges
plus longtemps
à cause du
micro-climat
ou
peut-être des
kami

Parmi les
arbres
et des places de
parking louées
par le temple
pour faire vivre
le prêtre,
vers le sommet,
une allée de
100 m
de torii
comme à
Fushimi
mais en plus
espacé mais on
s’y croit un
peu quand même

Et là, un tout
petit
sanctuaire.
L’autel principal
doit faire
3
tsubo
au plus

6 mémés
2 pépés
Une maman en tailleur noir
Un officiant et un
jeune prêtre pas
très sûr de lui
dans sa voix
et dans ses
gestes
célébraient le kami
du temple
qui est la vraie
raison d’être
de
Kyôto
du petit temple
rouge
qui est la
palpitation
de la
ville
et Matsu
pensait
que si ce
temple
disparaissait,
Kyôto
disparaitrait
et son kami
lui avait
dit
oui

Depuis qu’il avait
fait la connaissance
avec son
kami
Matsujirô n’était
plus le
même
quand il
entrait dans un
sanctuaire
Shinto
Etsuko lui
avait dit qu’il
devenait
comme un
lampion
rouge

Il faisait les
gestes
mieux que les
prêtres
mieux que les
vieux
et le claquement de
ses mains
faisait
sursauter tout
le
monde
parce que le son
était bizarrement
différent
pas seulement plus
fort
mais différent
quand il frappait
deux fois
dans
ses
mains

Ils avaient célébré
avec les
vieux
lu les
deux
prières
et Matsu les
savait par
cœur et il ne se
souvenait
pas les avoir
jamais
apprises

Etsuko
et
Matsu
étaient allés
ensemble
déposer
leur tamagushi,
la branche de
sakaki toujours verte
tressée de papier
en zig
zag
un washi
plus
blanc que la
neige
et Etusko
cette couleur
lui
faisait
mal
tout au long
des 4
temps du
dépôt
sur le
plateau de
bois clair :
branche à droite
branche vers soi
branche levée puis reportée vers soi
branche tournée vers l’autel

Etsuko
avait frissonné
quand
elle s’était
baissée pour que le prêtre
les
purifie
avec
son harai gushi
son bâton de
papiers
tressés
et Etsuko
ne sait pas
si elle aime
le bruit
de vol de
corbeau
que fait
l’harai gushi
au dessus de sa
tête
feushhhhh, feusssshhh, feusshhhhh, feussshhhhh

Elle avait frissonné
surtout
parce qu’elle
avait
cru voir
comme du
soleil
dans les
yeux
de Matsu
sous ce
bruit
qu’il avait eu
un drôle de
sourire en
buvant le
miki,
et que ses dents
avaient fait un
bruit
sec
en croquant
le
riz
cru

Elle n’avait pas
reconnu
sa
voix
pendant la
prière

et quand il l’avait
embrassée
après la
cérémonie
face
au
Daimonji
elle s’était sentie
étrange
légère
aussi blanche que le
washi des
shide
comme lavée
purifiée
repassée
puis
repliée

Comme si un kami
lui avait fait le
coup du
Soapland
mais cela n’aurait
été
vraiment
que pour les
bulles blanches
du
savon

Elle sentait qu’une
part
d’elle avait été
restaurée
et elle regardait
Matsujirô
différemment
Elle se
demandait si
avec lui
elle pourrait
revoir un jour
les
couleurs

Les semaines passaient
vite.
Quand il lui avait
demandé
ce qu’elle désirait
le plus dans la
vie
elle avait répondu
un
enfant mais
elle ne lui avait
jamais
dit
pour son
avortement
ils n’avaient jamais
jamais
jamais
parlé de son
mari

Elle avait
appris au
Soapland
à se
taire
et puis au
Japon on ne
parle
pas de soi
à commencer avec
soi-même
ou alors
c’est silencieux
parce que ça
fait
mal

Lui, Matsujirô
il aimait
trop les
enfants
pour en
avoir
Il s’était fait
cette promesse
et il savait
qu’il la
tiendrait

Alors ce fut
très
brutal
très violent
quand il la vit
un soir
percer
ses capotes
avec une
aiguille

Elle avait un regard
de
folle et
Matsujirô avait
déjà vu
ce
regard
dans celui des
shamans
dans lesquels
descendaient
un kami
très
violent

C’était toujours
des kamis
cassés
à qui il
manquait une partie
du
corps
et ils avaient la
rage
et il fallait
des shamans
très
forts pour contenir
cette
rage et l’utiliser
au service
des hommes
au service
des femmes
du clan

Souvent
ces shamans
mourraient
jeunes,
alcooliques,
ou bien ils ne devenaient
jamais
shaman

Les shamans
les plus
forts
capables
d’apaiser
ces kamis
on s’en
souvenaient
au
moins
200
ans
et personne
ne rigolait
avec
leur
souvenir

Matsujirô
vit tout de suite que
ce n’était pas
un kami violent
dans les yeux
d’Etsuko.
Mais quelque chose
de si
cassé
qu’il ne pourrait
jamais
le
réparer.
Et ce n’était même pas
la peine
d’essayer
lui avait hurlé
sur le coup
son
kami.

Ca avait calmé
sa
colère
d’un coup.

Ils ne se revirent jamais plus.


5 décembre 2008

Filed under: Texte,Ume — Stéphane Barbery @ 7:56

Une porte          entrouverte          et un rayon de soleil          qui passe dans l’espace          le trait blanc          jaune          chaud          blanc          du rayon          les grains de poussière          du rayon          comme si la lumière contenait la poussière          et tu vois les atomistes grecs          la farine          les quanta          et l’espace entre les grains          comme celui de la          porte          un shoji          alors que le kanji ressemble aux portes battantes d’un saloon          et tu ne veux pas voir de          cowboys          rentrés sans enlever leurs bottes          sur le plancher          et la plante de tes pieds prend plaisir à l’espace          qui sépare les planches          à l’espace qui          sépare les veines          les veines du bois qui disent un an          l’espace entre les saisons          et l’hiver est ce blanc qui rend les arbres noirs          et parfois ce n’est pas du plancher          mais de la paille de          riz          qui fait des vallées          des plis d’osier          et ta plante de          pied          aime quand ça          gratte          c’est comme tes poumons          qui se vident          s’arrêtent          se remplissent          et parfois il y a beaucoup d’air          et parfois très peu          très peu d’espace entre ta poitrine qui se          soulève          et quand tu es une femme          ça se voit plus          et les hommes te collent plus          et parfois simplement          du regard          et parfois tu voudrais qu’il n’y ait pas d’espace juste une main          et parfois la main ne pose pas le bon espace          c’est trop fort          parce que c’est celle d’un homme et les hommes aiment sentir le peu d’espace sur leur corps          et parfois la main est trop loin trop douce          alors que tu voudrais qu’elle te prenne le          cœur et qu’elle serre et tu ne dis rien          parce qu’il y a trop d’espace entre          vous          que tu ne veux pas le          froisser          dans sa virilité          parce qu’il va croire qu’il ne sait pas          faire          ou parce que ça ne se fait pas          et ça te frustre          et ça crée de l’espace          et tu t’éloignes          de celui qui ne sait pas          faire danser ton corps          en lui donnant le bon          volume          comme une eau de          douche d’hotel          que tu ne peux régler          à la température que tu          aimes          et les mots          sont comme les          poussières          dans la lumière          de la porte          et parfois tu          tousses car les          mots sont des          acariens          et parfois tu étouffes          car c’est l’oxygène qui te          manque et ton corps a faim          sait quand il est trop          vide          et là tu ne veux plus d’espace          tu ne veux plus être vide          tu veux ton corps rempli          tu ne veux plus de          trous dans ton corps          tu veux être          une          monade          close          pleine          et tu deviens rouge de ne plus          respirer          et ton cri est une distance          ta pensée est une distance avec cette          plénitude          et tu as horreur          de cet arrachement          quand l’autre se décolle                    quand il ne te prend plus          dans ses bras          qu’il se retourne          parce qu’il transpire          et que cela fait                    froid et tu revois          le petit          singe          collé à sa          mère          et il n’y a pas d’espace          et les enfants qui          jouent à           10 mètres de leur          mère et l’espace est rempli          du bruit de jeu          des enfants          et c’est le son de la          tranquillité          qui est le bon          espacement          et qui dit          la peur de la          perte          et l’histoire du vivant          des prédateurs          de la          chute          le loup          le chaperon          Pierre          et l’espace des animaux          ceux qui ne volent pas          ceux qui ont des mains          ceux qui ont des fusils          et ce n’est pas le          même espace          comme celui des gouttes          de pluie d’un          orage          la cendre d’un volcan          et tu aimes la couleur du magma          parce que tu ne vois pas l’espace          toi, tu n’aimes pas le mot          interstice          car il fait          laborantin          tu vois des cellules          pas toujours saines          colorées en          violet          comme la peau de l’imo          ou la paupière d’une vieille          nonagénaire qui n’en pourrait plus          de l’espace qui la sépare          des vivants          de l’espace qui la sépare de la          mort          et l’espace n’est plus le respect ce n’est plus qu’il y en a trop          c’est juste qu’il y en a          et tu as envie de          cracher au          visage du péteux de          physicien qui te dit qu’il y a          toujours de l’espace          entre les choses          et tu penses que si tout          est discret          qu’est-ce qu’il y a entre deux          p’tits points de temps          entre deux espacements d’espace          et rien n’est pas une réponse          qui répond          à l’espace de ta          faim ce serait comme un son continu          de silence et c’est pour cela que tu aimes les petites choses que tu manges          les petites choses qui sont des traces de          respect          et tu voudrais          t’envoler          comme une mousse sucrée          qui croustille          et tu voterais pour          éliminer les forces          parce que tu voudrais          être tout          et tranquille          et que tu          n’aimes pas          ce qui s’applique à toi          et tu n’as pas le choix          les forces          et le temps          et l’espace          pour qu’il n’y ait plus          qu’une chatouille          infinie


 
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