9 janvier 2008

Beautification Enforcement Area

Filed under: Texte — Stéphane Barbery @ 12:16

MON Japon

Comme mon quartier, faire de sa vie une « Beautification Enforcement Area »


7 janvier 2008

Ikura desu ka ?

Filed under: Texte — Stéphane Barbery @ 22:35

Goban

Après la visite DU magasin de papier et DU magasin de thé de Kyoto où notre coeur ne cessait de syncoper devant tant d’exquis, tant d’iki, nous passons devant la vitrine sale et poussiéreuse d’un antiquaire derrière laquelle je repère plusieurs vieux gobans. La porte semble close. Arrive de la rue un bonhomme bourru, aux allures de ferrailleur, qui entre en nous poussant, comme si nous le gênions. Nous le suivons. C’est le vendeur. Qui nous montre plusieurs modèles – en soufflant/suant. Certains vieux chers et moches. Et « le nôtre », en shin kaya. Nos amis Sayoko-san et Shigenori-san nous donnent une crédibilité nippone mais je connaissais mon affaire. Au point d’impressionner le vendeur roublard en nommant le type de pierre qu’il me présentait : « yuki ». Il n’en revenait pas. C’était la première fois que ça lui arrivait. Illico, il nous propose 20% de ristourne « pour célébrer le dernier jour de la première semaine de l’année » puis un « set » avec bols, pierres (ardoise et nacre), tissu et coffre en bois pour le prix initial du goban. Un gros 30%. Plus la livraison. Dans l’heure.

Au final, en cash, 100 000 yens. Nous calculons à la louche 5000 francs. Google indique ce soir 620 euros. Pour le goban d’une vie, je crois que c’est un prix raisonnable.


6 janvier 2008

Le meurtre de l’ombre

Filed under: Texte — Stéphane Barbery @ 23:43

Le meurtre de l'ombre

L’éloge de l’Ombre de Tanizaki démontre définitivement que l’esthétique japonaise, des beaux arts au quotidien, ne se comprend que par la transfiguration d’une contrainte technologique, architecturale (l’éclairage à la bougie, des maisons sombres) en libération de l’éclat. Le reflet d’une laque, un jeté de poudre d’or, ne valent que dans l’ombre, que par l’ombre. Parce qu’elles exaltent, exhaussent alors la lumière.

Prenez une pièce à tatamis. Et suspendez au plafond un néon circulaire projetant une lumière de salle de dissection biélorusse. Vous venez de tuer l’ombre par une non-lumière. Le néon assassine le Japon. Les leds le sauveront-il ?

*

Cette connexion techno-beau frustre le planificateur en moi. Et confirme la clé de toutes les clés : sérendipité.

*

J’aimerais trouver l’explication de la fascination des japonais pour les tirettes qui pendouillent et font clic-clac – l’interrupteur nippon par excellence. Se pourrait-il que ce goût étrange pour des fils qui évoquent à un occidental le papier tue-mouche et le tampax soit lié aux cordes des gros grelots des temples Shinto qui servent à siffler les kamis ?

*

J’ai horreur de les prendre dans le nez et sentir ma tête reculer de vingt centimètres dans l’anticipation d’un choc plus brutal.


Manifeste

Filed under: Texte — Stéphane Barbery @ 0:05

Tropiques : un signifiant détourné. Il ne s’agit pas ici de la ceinture abdominale du globe, de l’indolence imposée par le climat, ni de boisson aux fruits exotiques.

Si clin d’œil il y a aux Tristes Tropiques, c’est au projet ethnographique que la connivence s’adresse. Le Fujisan, ce n’est pas l’Amazone.

Le projet vise d’ailleurs l’antipode de la tristesse. Il s’agira de joyeuses tropiques, de tropiques solaires. Et c’est comme botanique qu’il faut entendre le mot : comme des chroniques, des topiques, des aesthétiques s’orientant vers le soleil du levant.

Ce projet a pour but de collecter, à la première personne du singulier, tous les jours, des échantillons de ce qui a de la valeur dans la culture japonaise.

Valeur, le mot peut sonner expert-comptable ou moraliste. Et surtout terriblement prétentieux. Qui êtes-vous monsieur Barbery pour affirmer que vous êtes capable de saisir la valeur d’une culture dont vous ne parlez même pas encore la langue, une culture dont vous êtes fondamentalement ignorant ?

Ce journal sera précisément cela : le recueil d’impressions candides d’un ignorant, qui a la chance inouïe de vivre au Japon sans devoir y travailler, un geek qui se laissera guider par ce qui fait battre son cœur et l’exigence de partager avec d’autres cette chance.

Tropiques Japonaises.

Le titre s’est imposé dans une nuit de jetlag.

Pour le francophone amoureux du Japon, Nicolas Bouvier est un sensei. Un cynique contemporain grattant son eczéma parmi les pauvres nippons. Un stylite qui capture, qui inspire, donne envie et tempère.

Mais Bouvier est un passager. Ses textes sont classés dans la bonne catégorie : récits de voyage. Dans les Chroniques Japonaises, comme dans Le Vide et le Plein, un chef d’œuvre qui a des résonances formelles avec le Journal Clinique de Ferenczi, on ressent comme une tentative de trouver coûte que coûte du sens à un échouage. Comme si le Japon n’avait pas été l’objectif, l’idéal du voyageur, mais le terminus où l’on patiente en découvrant – ce que l’on savait dès les Dardanelles – que seul compte le trajet.

Ici il sera plutôt question de vivre le Japon non en voyageur mais en chercheur. La collecte candide d’impressions et de détails doit servir à penser le Japon non pour le comprendre comme un enfant ouvrant un réveil, un anatomiste, un physicien, un explorateur. Mais pour le penser en philosophe tourné vers l’avenir. Que devons-nous emprunter au Japon ? Que devons-nous copier/adapter du Japon ?

Non pas constituer une base de données d’expert, de scolaste encyclopédiste d’un objet extérieur, essentiellement passé. Mais modifier sa vie, son quotidien en intégrant les optimisations conatiques d’une culture actuelle et inviter ses amis, son prochain, à découvrir combien cela est bon.

Car ce qui compte, ce n’est pas la provincialité de notre temps, mais ce qui vient et qui attend de nous que nous contribuions à le rendre meilleur.

 


 
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