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	<title>Tropiques Japonaises</title>
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		<title>Tropiques Japonaises</title>
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		<title>Samui-ne, il fait froid &#8211; n&#8217;est-ce pas -</title>
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		<pubDate>Tue, 22 May 2012 12:59:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Atelier Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[esthétique]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;un des tanka les plus célèbres de Tawara Machi, celui qui figure en tête de liste des poèmes traduits disponibles sur son site est : 「寒いね」と話しかければ「寒いね」と 答える人のいるあたたかさ 「samui-ne」to hanashikereba「samui-ne」to kotaeru hito no iru atatakasa avec pour traduction anglaise : &#171;&#160;isn&#8217;t it cold?&#160;&#187; I ask &#8212; that&#8217;s when having someone there who will reply &#171;&#160;Yes, it&#8217;s [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/2263043891/" title="Ce jizô priait pour toi by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm3.staticflickr.com/2063/2263043891_7163b27d86.jpg" width="500" height="500" alt="Ce jizô priait pour toi"></a></p>
<p>L&#8217;un des tanka les plus célèbres de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Machi_Tawara" target="_blank">Tawara Machi</a>, celui qui figure en tête de liste des poèmes <a href="http://gtpweb.net/twr/ny3.html" target="_blank">traduits disponibles sur son site</a> est :</p>
<p>「寒いね」と話しかければ「寒いね」と 答える人のいるあたたかさ<br />
<em>「samui-ne」to hanashikereba「samui-ne」to kotaeru hito no iru atatakasa</em></p>
<p>avec pour traduction anglaise :</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;isn&#8217;t it cold?&nbsp;&raquo; I ask &#8212; that&#8217;s when having someone there who will reply &laquo;&nbsp;Yes, it&#8217;s realy getting cold&nbsp;&raquo; is what provides the warmth.</em></p>
<p>La traduction française de Yves-Marie Allioux disponible chez <a href="http://www.amazon.fr/Lanniversaire-salade-Machi-Tawara/dp/2809702187/" target="_blank">Picquier</a> donne : </p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Il fait froid !&nbsp;&raquo; Pour peu que je lui parle<br />
quelqu&#8217;un me répond qu&#8217;il fait froid<br />
chaleur qu&#8217;il soit là<br />
</em></p>
<p>杲</p>
<p>Ci-dessous, quelques idées échangées lors du premier atelier &laquo;&nbsp;traduction de poésie japonaise&nbsp;&raquo;, tenu cet après-midi (mensuel, gratuit, accès libre, prendre <a href="mailto:barbery@gmail.com" target="_blank">contact avec moi</a>), que nous avions décidé de consacrer à <em>L&#8217;Anniversaire de la Salade</em>.</p>
<p>杲</p>
<p>Comment expliquer le succès du recueil (3 millions d&#8217;exemplaires, best seller immédiat d&#8217;une jeune inconnue, écrivant des tanka) ?</p>
<p>Piste : des mots simples, accessibles par tous, une intelligence sensible du détail mais surtout, à la façon de Sade, Norah Jones, ou  Adele en musique contemporaine, l&#8217;accès au feu palpitant de la passion amoureuse chez une jeune femme. Un concentré de vie lumineux qui nous connecte nostalgiquement, avec envie, à nos &laquo;&nbsp;premières fois&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Ces tanka fonctionnent quand ils sont illuminés de ce feu. Deviennent triviaux et banals quand ils en sont dépourvus (notamment dans la deuxième moitié du recueil).</p>
<p>Où l&#8217;on voit que le contenu du poème &#8211; le feu amoureux perçu du point de vue d&#8217;une jeune femme (Phèdre ! Roxane !) &#8211; est la clé, et non pas la forme, la subtilité sensible ou l&#8217;intelligence.</p>
<p>Le tanka cité (Samui-ne), n&#8217;est pourtant pas un poème d&#8217;amour.</p>
<p>杲</p>
<p>Peut-on arriver à traduire un poème si court qui fait référence à une expérience &#8211; spécifiquement japonaise &#8211; sans connaître ce contexte japonais ? Si je n&#8217;avais pas passé plusieurs hivers au Japon, je n&#8217;aurais jamais pu comprendre ce poème. Sa force, sa profondeur, en quoi il est peut-être un symbole de la poésie japonaise toute entière.</p>
<p>Il fait froid en hiver au Japon. Pas plus froid qu&#8217;ailleurs. Mais comme pour différentes raisons (géographique, esthétique, philosophique, environnementale, économique, inertielle), les maisons ne sont pas isolées, on y a froid toute la journée, tout l&#8217;hiver. Au Japon, on ne chauffe que sommairement, et ponctuellement, le mètre carré autour de soi. Alors on a froid. Tout le monde a froid.</p>
<p>Dès que l&#8217;on croise quelqu&#8217;un, les premiers mots qui viennent sont donc toujours &laquo;&nbsp;il fait froid &#8211; <em>n&#8217;est-ce pas</em> &#8211; &nbsp;&raquo; (avec une inflexion montante). Et la réponse est toujours la même : &laquo;&nbsp;il fait froid &#8211; <em>n&#8217;est-ce pas</em> -&nbsp;&raquo; (avec une inflexion descendante et traînante pour confirmer la froidure). Au passage, ceux qui auront passé un été à Kyôto savent qu&#8217;on substituera en juillet-août à cet échange son inverse : 熱いね, atsui ne, il fait chaud &#8211; n&#8217;est-ce pas -.</p>
<p>En quoi le poème de Tawara Machi est-il si important ? Ne fait-il pas qu&#8217;évoquer du pur phatique ?</p>
<p>「寒いね」と話しかければ「寒いね」と 答える人のいるあたたかさ<br />
<em>quand on dit &laquo;&nbsp;il fait froid &#8211; n&#8217;est-ce pas -&nbsp;&raquo; et que quelqu&#8217;un répond &laquo;&nbsp;il fait froid &#8211; n&#8217;est-ce pas -&nbsp;&raquo; : la chaleur</em></p>
<p>Les premiers temps au Japon, confronté à cet incessant échange trivial, un Occidental s&#8217;amuse, moque ou s&#8217;énerve. A quoi bon nommer l&#8217;évidence : oui il fait froid. La politesse en général l&#8217;emporte et on répond de la même façon qu&#8217;on répondrait à un bonjour : sans y penser. Le phatique c&#8217;est reconnaître l&#8217;existence d&#8217;un autre être humain dans son environnement et lui signifier que le canal de communication est ouvert.</p>
<p>Dans le &laquo;&nbsp;samui-ne&nbsp;&raquo;, le Japonais ne nomme pas un état de l&#8217;environnement, le fait qu&#8217;il fait froid. Le coeur du message est dans le &laquo;&nbsp;ne&nbsp;&raquo;, dans le question-tag (question refrain ? question répons ? question écho ?) : ね, ne, &#8211; <em>n&#8217;est-ce pas</em> -. Le &#8211; n&#8217;est-ce pas &#8211; crée un lien de connivence, un universel, dans la peine et la solitude partagée. Il ne valide pas l&#8217;existence d&#8217;un canal de communication ouvert, mais d&#8217;une communion sensible.</p>
<p>Parce qu&#8217;on est seul dans le langage au Japon.<br />
En Occident, on parle de soi. Beaucoup. Les occasions sont nombreuses. On peut dire ses peines, ses désirs, ses tourments, ses souffrances, ses hontes, ses haines. S&#8217;exprimer sur ce registre n&#8217;est pas tabou, inconvenant.</p>
<p>La poésie occidentale fait précisément cela. On y déclame ses états d&#8217;âmes. On se doit même de les déclamer avec force, intensité, brillant, individualité (afin de viser la gloire et l&#8217;immortalité). Même sobre, ça clinque. Comme la chashitsu recouverte d&#8217;or de Hideyoshi. Même fine et élégante, si on la compare à une pièce à thé de Sen no Rikkyu, on ne peut pas s&#8217;empêcher de trouver cela pompier, vulgaire&#8230; bling-bling.</p>
<p>Au Japon, on ne parle pas de soi. Les deux mots clés structurant le rapport aux autres sont &laquo;&nbsp;Gambarimasu&nbsp;&raquo; (頑張る, persévérer, faire de son mieux) et &laquo;&nbsp;Gaman&nbsp;&raquo; (我慢, endurer, faire bonne figure). Le social inhibe l&#8217;intime dans le langage. Alors on y est seul. Le japonais, c&#8217;est l&#8217;expérience de la solitude, du silence : le Japonais est silentiaire.</p>
<p>Dans cette solitude, il fait froid. Il fait peine. Alors quand on croise quelqu&#8217;un, et que dans un bref échange de regard, on sait que l&#8217;autre partage ce froid, quand on sait qu&#8217;il partage cette peine, un lien de fraternité universelle se déploie, en double miroir, en double sourire, en joie, en chaleur douce et éternelle.</p>
<p>La poésie japonaise, au lieu de déclamer des états d&#8217;âmes, fait cela : elle tisse des liens dans l&#8217;instantané partagé des solitudes. Tous ses poèmes, si courts, si triviaux, sont des hugs invisibles. Des étincelles de sourire complice. Des unissons.</p>
<p>ね, ne</p>
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		<title>Les dix couleurs</title>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2012 03:20:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

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		<description><![CDATA[Parole du voir… fille de la ((Nécessité)) 杲 Je suis l&#8217;épouse du grand prêtre de l&#8217;Est. Une parfaite épouse aux yeux cernés par les cinq heures de mes nuits. Et puis je suis guérisseuse. En secret. Comme ma grande-tante. Je vois les couleurs dans les corps. Les bleus, les rouges, les jaunes. Les pêches bien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/7212715282/" title="Aoi Matsuri 2012 - 08 by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm6.staticflickr.com/5036/7212715282_ffc37dbdbb.jpg" width="333" height="500" alt="Aoi Matsuri 2012 - 08"></a></p>
<p>Parole du voir… fille de la ((Nécessité))</p>
<p>杲</p>
<p>Je suis l&#8217;épouse du grand prêtre de l&#8217;Est. Une parfaite épouse aux yeux cernés par les cinq heures de mes nuits. Et puis je suis guérisseuse. En secret. Comme ma grande-tante.  Je vois les couleurs dans les corps. Les bleus, les rouges, les jaunes. Les pêches bien juteuses aussi… Les couleurs sont parfois si fortes que je ne peux plus marcher dans la ville : trop de douleurs, trop de douleurs dans trop de vies. Alors je m&#8217;occupe du jardin, des enfants, des bois du temple, de mon mari. On dit de moi que je suis… gentille.</p>
<p>杲<br />
Le grand prêtre de l&#8217;Est, mon mari, est un sage. Je connais ses nuits. C&#8217;est un vrai sage. Pas un fragment de sage collé à un fragment de bête. Non, un sage entier.  Sa couleur est douce, claire, uniforme. Même ceux qui ne voient pas les couleurs s&#8217;y apaisent.<br />
Il n&#8217;est pas de ces religieux fourbes qui escamotent, le jour, leur dépendance aux signes de la puissance &#8211; les femmes, les drogues, l&#8217;argent. Ceux-là, je ne les juge pas : qui peut résister au bon quand il est trop facile ?<br />
Mon époux n&#8217;a pas eu besoin de résister au facile. Il a continué à suivre ce qu&#8217;il a toujours été. Il n&#8217;a pas de mérite : il est physiquement malade s&#8217;il fait autrement. La sagesse serait-elle simplement l&#8217;hypersensibilité à la nausée ?<br />
Les gens l&#8217;appellent &laquo;&nbsp;le juste&nbsp;&raquo;. Il est consulté en cas d&#8217;inharmonie dans la hiérarchie. Il se déplace, il écoute. Et met en mots le bon sens. Cela parait simple dans sa bouche. Mais je n&#8217;ai rencontré personne qui puisse parler comme lui.</p>
<p>杲</p>
<p>Depuis hier les oiseaux sont revenus. Je n&#8217;ai plus l&#8217;habitude de leurs cinq notes. Ils en font trop à mon oreille. Trop joyeux. Trop fort. J&#8217;en suis certaine : ils ne voient pas les couleurs.</p>
<p>Des prêtres de la vallée aux pommiers ont écrit pour se plaindre. Ils ont mis dix ans pour rédiger la lettre. Et un an supplémentaire afin de déléguer l&#8217;un d&#8217;eux pour la porter. Il faut que l&#8217;affaire soit grave. Les pommes sont belles.</p>
<p>杲</p>
<p>Dans le noir de la lune, après m&#8217;avoir aimé plus qu&#8217;à mon souffle, mon mari me prend dans ses bras, enserre ma taille. Je loge mon bassin contre le sien. Il me demande doucement à l&#8217;oreille : &laquo;&nbsp;… peux-tu te rendre à la vallée aux pommiers pour moi ? Les prêtres se plaignent de l&#8217;un des leurs : le prêtre du vieux prunier. Je me souviens de lui. J&#8217;ai besoin de tes yeux pour voir ce qui ne se montrera pas…&nbsp;&raquo;</p>
<p>杲</p>
<p>Je fais la route avec le porteur du pli. Il est gris, tirant sur le jaune. Sa voix est fausse. Mais sa peur réelle : les villageois de la vallée, de toute la vallée, ne soutiennent plus leurs temples. Les prêtres ne meurent pas de faim bien sûr. Mais l&#8217;argent ne rentre plus dans les grands coffres en bois. Toutes les donations sont symboliques. Les temples abîmés par le trop long hiver de cette vallée commenceraient à tomber en ruine et les fonds manqueraient cruellement pour les restaurer. Les plaintifs ne mettent pas en avant leurs conditions personnelles. Mais la situation des temples. Et des statues des saints. J&#8217;ai appris à douter des belles paroles.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Où va l&#8217;argent ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Tous les villageois donnent désormais au prêtre du vieux prunier…&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Pourquoi ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Parce qu&#8217;il les guérit&nbsp;&raquo;</p>
<p>杲</p>
<p>Les premiers temples que je visite sont sur le point de tomber. Les suivants aussi. Plusieurs toits n&#8217;ont plus leur chaume depuis six tempêtes. Je vois du gris, du jaune, j&#8217;entends du faux. Mais des peurs réelles. L&#8217;intérêt personnel des prêtres est <em>en effet</em> devenu secondaire : leur douleur inquiète à voir leur temple menacé est plus vive. Personne ne me dit du mal du vieux prunier. Les visites se terminent juste toutes par un flottant : &laquo;&nbsp;Puisse le grand prêtre de l&#8217;Est nous aider à trouver une solution…&nbsp;&raquo;</p>
<p>杲</p>
<p>On m&#8217;accompagne chez le vieux prunier. Il sait que je viens. Je m&#8217;attends à voir un homme fort dans un environnement riche. Il me sourit tristement, avec vérité, de son visage chétif. Et s&#8217;excuse des conditions précaires de mon hébergement. Nous nous asseyons dans le jardin. Une jeune fille aveugle nous apporte une infusion de pin.<br />
&laquo;&nbsp;Vous voyez les couleurs n&#8217;est-ce pas ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Oui&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Voyez-vous les pêches en moi ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Oui&nbsp;&raquo;</p>
<p>Un râle épouvantable interrompt notre silence.<br />
&laquo;&nbsp;Je reviens. Je lui ai promis de lui fermer les yeux&nbsp;&raquo;.</p>
<p>杲</p>
<p>&laquo;&nbsp;Où va l&#8217;argent ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Il va aux malades&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Mais les temples ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Le bois coupé est fait pour pourrir. Si les vivants ne prennent pas soin des vivants, qui le fera ?&nbsp;&raquo;</p>
<p>杲</p>
<p>Je suis la vieille du vieux prunier.</p>
<p>杲</p>
<p>… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</p>
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		<title>Deux fois gou-a</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 05:38:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

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		<description><![CDATA[Parole du sceau… fille de la ((Nécessité)) 杲 Je suis né un bras en moins. Mes hanches difformes me font boiter. Comme un canard de la rivière. Mon premier souvenir, c&#8217;est ce moment où je comprends que gou-a gou-a n&#8217;est pas un surnom gentil, mais une méchanceté que les enfants et les plus grands débagoulent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6963466172/" title="Planches taillées à la hache pour un mur de restaurant kaiseki - 14 by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7210/6963466172_64b441b625.jpg" width="333" height="500" alt="Planches taillées à la hache pour un mur de restaurant kaiseki - 14"></a></p>
<p>Parole du sceau… fille de la ((Nécessité))</p>
<p>杲</p>
<p>Je suis né un bras en moins. Mes hanches difformes me font boiter. Comme un canard de la rivière.</p>
<p>Mon premier souvenir, c&#8217;est ce moment où je comprends que <em>gou-a gou-a</em> n&#8217;est pas un surnom gentil, mais une méchanceté que les enfants et les plus grands débagoulent sur moi pour se moquer.</p>
<p>C&#8217;est mon grand-père qui me l&#8217;explique. Je l&#8217;aime mon grand-père. Il a perdu un avant-bras. A la guerre. On se ressemble. Lui ne boite pas.</p>
<p>Quand je surprends, aujourd&#8217;hui où je traine, les conversations des normaux qui pleurnichent sur leur enfance &#8211; tous ont une raison de chigner &#8211; un rire silencieux, faux, vibre comme un charbon bien orange, dans ma gorge. Un seul jour de <em>gou-a gou-a</em> et ils comprendraient.</p>
<p>C&#8217;est pourtant moi, l&#8217;boiteux, que le tirage au sort désigne.</p>
<p>Dix gardes noirs, les plus beaux, les plus grands, viennent me chercher, à quatre heures du matin devant la cabane que je me suis construite avec des planches récupérées. Ma maison est aussi grande qu&#8217;une tente un soir de nuit d&#8217;orage.<br />
L&#8217;officier, un vieux colonel, dépose dans ma main gauche unique le kimono noir et la clé.</p>
<p>Je marche, en leur centre, vers le cercle des vingt piliers.<br />
J&#8217;y relève le citoyen de la veille qui m&#8217;accueille dans le temple avec un sourire moqueur et des yeux fatigués. Il me remet le sceau. J&#8217;alimente le feu selon l&#8217;usage puis m&#8217;assois à la place de l&#8217;officiant.<br />
Pour vingt-quatre heures.</p>
<p>Le rôle du préfet des jours est d&#8217;apposer le sceau du juste sur les décisions de cour. Sans le sceau, les jugements ont le poids d&#8217;un duvet de canardeau. <em>Gou-a, gou-a</em>…</p>
<p>Et c&#8217;est moi, l&#8217;clocheux, l&#8217;manchot, qui trône en noir, le jour du procès des généraux.</p>
<p>On m&#8217;ignore. Le préfet est toujours ignoré. C&#8217;est un élément du décorum. Plus invisible encore lors des procès sombres où les riches de l&#8217;ordre et les riches de la réforme s&#8217;affrontent dans la brutalité sans risque de leurs bagarres d&#8217;enfants.</p>
<p>Trois semaines auparavant, les généraux sont revenus, vainqueurs, d&#8217;une bataille impossible à gagner. Ils sont revenus sans les morts : l&#8217;incendie ravageant la vallée des Ours ne leur a pas permis de ramasser les corps. Alors on les juge, le jour de la fête des fils, pour un crime qu&#8217;ils ne pouvaient pas éviter : exposer les âmes des héritiers à la rôde sans-fin faute d&#8217;avoir pu honorer leurs cendres dans les formes rituelles.</p>
<p>Les partisans de l&#8217;ordre font défiler des pères aux larmes sèches et brillantes. Leurs tribuns savent qu&#8217;ils ont enfin un levier pour renverser l&#8217;alliance. Certains sont sincères. Ils ont perdu un fils dans la vallée. Un oncle. Un ami. Ils sont terrifiés pour leur karma.<br />
Chacun sait pourtant dans l&#8217;assistance que l&#8217;enjeu n&#8217;est ni la douleur des vivants ni celle des errants. Mais l&#8217;après-guerre. L&#8217;avenir des fiefs et des allégeances : le pouvoir.<br />
Pour démontrer sa force et marquer les esprits le parti de l&#8217;ordre demande la mort des généraux.<br />
Par éviscération honorable. Et avec tous nos remerciements.</p>
<p>Les avocats ont beau évoquer la victoire impossible, l&#8217;avantage stratégique gagné pour au moins deux moissons. Ils ont beau rappeler que chaque officier supérieur laisse un fils ou un frère dans les flammes de la vallée.<br />
Le jury vote. Et pour tenter d&#8217;apaiser &#8211; le jour des enfants &#8211; la peine des parents qui les regardent, le jury choisit l&#8217;injuste.</p>
<p>On me présente le parchemin de la sentence. Du doigt, l&#8217;emplacement pour le sceau. Que je tiens dans ma main gauche unique.</p>
<p><em>Gou-a gou-a</em><br />
Je ne commettrai pas l&#8217;injuste.<br />
Demain, ils me jetteront des pierres et détruiront ma maison.<br />
Demain, le préfet apposera son sceau et les généraux mourront.</p>
<p>Mais moi, l&#8217;boiteux, l&#8217;clocheux, l&#8217;<em>gou-a gou-a</em> : ici et maintenant je ne commettrai pas l&#8217;injuste.</p>
<p>杲</p>
<p>… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</p>
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		<item>
		<title>Atelier Poésie, mardi 1 mai 2012, Yoshida Yama, 14h : les femmes en poésie</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/05/01/atelier-poesie-mardi-1-mai-2012-yoshida-yama-14h-les-femmes-en-poesie/</link>
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		<pubDate>Tue, 01 May 2012 09:24:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Atelier Poésie]]></category>

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		<description><![CDATA[Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit. Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l&#8217;arrêt de bus Ginkakuji Michi). C&#8217;est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com La langue de l’atelier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6946753102/" title="Jouer avec les sakura du tokonoma avant de les jeter - 06 by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7280/6946753102_5373f29a73.jpg" width="500" height="333" alt="Jouer avec les sakura du tokonoma avant de les jeter - 06"></a></p>
<p>Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.<br />
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l&#8217;arrêt de bus Ginkakuji Michi).<br />
C&#8217;est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : <a href="mailto:barbery@gmail.com">barbery@gmail.com</a></p>
<p>La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.</p>
<p>Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d&#8217;un auteur classique. </p>
<p>L&#8217;essentiel de l&#8217;atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d&#8217;une interrogation sur l&#8217;esthétique française et ce qui la différencie de l&#8217;esthétique japonaise.</p>
<p>*</p>
<p>Exceptionnellement, nous ne sommes pas partis d&#8217;un texte lors de cette séance. Mais d&#8217;une question en feuilletant des recueils de référence : pourquoi si on ouvre une anthologie de la poésie française ne trouve-t-on en général que deux femmes (Louise Labbé, Marceline Desbordes-Valmore) et des vers un brin Harlequin et non de première catégorie (&laquo;&nbsp;Tant que mes yeux pourront larmes épandre&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;j&#8217;ai voulu ce matin te rapporter des roses&nbsp;&raquo;) alors que la littérature japonaise célèbre les vers profonds de ses innombrables femmes poètes ?</p>
<p>Quelques pistes que nous avons abordées :</p>
<p>- Histoire politique et histoire littéraire : la durée des périodes précieuses de cour (Précieuses ridicules de Molière / Shikibu &#8211; Shonagon).</p>
<p>- Histoire politique et histoire du sujet : Lumières, révolutions, affirmation du sujet / trauma des guerres d&#8217;Opium et sacrifice de la génération des intellectuels sous Meiji pour éviter les troubles sociaux et l&#8217;asservissement à l&#8217;Occident façon scénario chinois (cf. &laquo;&nbsp;Au temps de Botchan&nbsp;&raquo; de Taniguchi).</p>
<p>- La figure du prophète du dieu unique et la figure fondatrice d&#8217;Homère pour l&#8217;Occidental désenchanté : pour un homme qui n&#8217;a pas pour lui l&#8217;expérience de l&#8217;enfantement (argument valide ou lieu commun fumiste ?), laisser sa trace comme un &laquo;&nbsp;Immortel&nbsp;&raquo; par un texte : nécessité d&#8217;affirmer un inédit, un spécifique. A comparer avec le ka-chô-fû-getsu (花鳥風月, fleur-oiseau-vents-lune) et les variations infinies sur le même de la poésie asiatique qui est moins affirmation d&#8217;une individualité qu&#8217;effacement d&#8217;un je dans un instant, dans un hors-temps, communion dans l&#8217;universel.<br />
La voie sans issue de l&#8217;avant-garde depuis un siècle et demi.</p>
<p>- Tawara Machi et ce qui touche, de spécifiquement féminin, dans la poésie japonaise. Egalité, lutte et brouillage contemporain des identités sexuelles. Le féminin et le Japon.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Inde : photographies sans images</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/04/08/inde-photographies-sans-images/</link>
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		<pubDate>Sun, 08 Apr 2012 21:19:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Jour &#8211; 365 (environs) #autoportrait impossible, joie rarissime, Ella, Pierre Nadeau Détail sur la commissure de mon sourire quand je découvre pour la première fois un Darjeeling first flush récent. Jour &#8211; 15 #portrait, regard, détail Le fonctionnaire du bureau des visas du consulat d&#8217;Inde à Osaka, me demande après réflexion de signer un ultime [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/7056301833/" title="Photographies sans image by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm6.staticflickr.com/5199/7056301833_161fcb4cfb.jpg" width="500" height="281" alt="Photographies sans image"></a></p>
<p><strong>Jour &#8211; 365 (environs)</strong></p>
<p>#autoportrait impossible, joie rarissime, Ella, Pierre Nadeau<br />
Détail sur la commissure de mon sourire quand je découvre pour la première fois un Darjeeling first flush récent.</p>
<p><strong>Jour &#8211; 15</strong></p>
<p>#portrait, regard, détail<br />
Le fonctionnaire du bureau des visas du consulat d&#8217;Inde à Osaka, me demande après réflexion de signer un ultime formulaire sur lequel, je m&#8217;engage, comme écrivain et photographe free-lance postulant pour un visa touriste, à ne rien écrire ni publier sur l&#8217;Inde à partir d&#8217;éléments de mon voyage. Je lève un sourcil. Un deuxième. Je regarde du coin de l&#8217;oeil le fonctionnaire qui me regarde du coin de l&#8217;oeil. Et je comprends qu&#8217;il me demande, qu&#8217;il me supplie de signer et de la boucler. Je comprends que si je parle du projet de photos à Darjeeling, je vais devoir remplir 15 nouveaux formulaires dont plusieurs devront être tamponnés et faxés d&#8217;Inde. Je signe. Et sors mon billet de 10 000 yens. Le prix déjà exorbitant du visa touriste.<br />
Photographie de la milliseconde où son coin d&#8217;oeil plonge vers le bas pour signifier : signe.</p>
<p><strong>Jour 1</strong></p>
<p>#portrait, postures<br />
Série de postures de nonchalance forcée &#8211; dans les chromatiques de la soumission (angles épaules / cou; bassin et épaules en avant pour les hommes, menton trop haut, hyperlaxie de façade).<br />
Nonchalance qui vacille affolée entre les champs opposés du dipôle supérieur/inférieur.<br />
Supériorité du décolonisé chez lui. Fier de tout ce qu&#8217;il a de beau. Superbe et vanité.<br />
Infériorité de l&#8217;ex-colonisé qui cherche dans la pupille du blanc son ancien maître. Terreur, cou offert du subjugué.</p>
<p>#genre, viril, capture<br />
Photos de l&#8217;écran du voisin dans l&#8217;avion. Chorégraphies de mouvements de bassin en rut. La posture virile des moustachus.</p>
<p>#les voies du chaos<br />
Série de Monsieur Tati, en chemise blanche, à vélo, la nuit. Bien droit dans le chaos.<br />
Des hommes, indifférents, au milieu d&#8217;une chaussée large où la notion de voies a autant de sens que dans le cours d&#8217;une rivière polluée.</p>
<p>#Imprégnants<br />
Un bras d&#8217;homme, peau sombre émergent de sa chemisette blanche. Pour l&#8217;odeur âcre de la transpiration de certains hommes bruns.<br />
Un rétroviseur et ses breloques. Pour l&#8217;odeur sucrée écoeurante des parfums d&#8217;ambiance de taxi indien<br />
Un éclat violet surpris au loin. Pour l&#8217;odeur de la fumée de soudure de complexes en construction, à 10h du soir, au sortir de l&#8217;aéroport.</p>
<p>#Nadar/Nagra, viril<br />
Série de paumes et de doigts appuyant sur des klaxons. La violence enfantine, virile, des klaxons. </p>
<p>#parure<br />
Les turbans. La beauté propre, pliée, ordonnée, médicale, des turbans.</p>
<p>#capture, glitch<br />
La chambre 306. Au 4ème étage.</p>
<p>#capture<br />
Capture d&#8217;écran d&#8217;un message envoyé aux amis : sorti l&#8217;appareil mais pas pu appuyer sur le bouton:  éviter l&#8217;exotisme, le misérabilisme. Des photographies sans images comme solution ?</p>
<p><strong>Jour 2</strong></p>
<p>#transports<br />
Les guirlandes de Noël au guidon des motos<br />
Les croix gammées dessinées (au henné ?) sur le volant des voitures<br />
Les autocollants  de saints psychédélique (et barbus) sur le pare-brise des rickshaw<br />
Les grips des rickshaw aussi pro et individualisés que ceux de joueurs de sports de raquette de classe internationale</p>
<p>#charte chromatique<br />
Le mandarine, le turquoise, le fuchsia, le lie-de-vin. Et des fils qui brillent.</p>
<p>#capture, carnet<br />
La saturation. Des sensations. Mais pas de l&#8217;humeur. Une hypomanie sensorielle.<br />
Stabylobosser le monde.</p>
<p>#posture, alimentation<br />
Série de jeunes femmes féminines, souriantes ondulantes, sans réserve mais sans élégance. Les mêmes quelques années plus tard. Grosses à trente ans.</p>
<p>#surprise<br />
La saleté dans les lieux saints (détails : le sol de la mosquée Jama Maslid sur lequel on marche sans chaussure, l&#8217;eau de son bassin d&#8217;ablution)</p>
<p>#émotion des visages et des corps<br />
Pas de tristesse. Mais pas de joie. Pas de sacrifice.<br />
Série sur l&#8217;attente détachée, symbolisée par les vélotaxis attendant le client, endormis dans des positions improbables de bébés.</p>
<p>#sein, JLIP<br />
Les seins des statues de femmes indiennes comme des planètes. De volley ball.</p>
<p>#vessies, lanternes, reliques<br />
Les soi-disantes reliques de Bouddha, au &#8211; Musée &#8211; National.</p>
<p>#Président chinois, congrès défense<br />
L&#8217;armée, la police partout. Balles (à blanc ?) bien présentes dans les chargeurs transparents insérés dans les fusils. Les détecteurs de métaux à l&#8217;entrée des hôtels.</p>
<p>#garde-chasse<br />
Un garde devant une banque. Avec son fusil de chasse des années trente à double canon.</p>
<p>#prédation, justice sociale, feindre le méchant<br />
Les professionnels qui ciblent les touristes. Se sentir une proie. Oscillant entre l&#8217;envie naturelle de sourire et de dire bonjour. Et la nécessité de se protéger, avant tout premier contact, des importuneurs qui vous suivent vingt minutes. Leur innocence impassible inquiétante sur le visage. Leur culpabilité aussi.</p>
<p>#détail, fleur, marbre, blanc, rouge<br />
La beauté stupéfiante des petits bâtiments blancs du Red Fort. Détail sur les motifs végétaux sur les marbres.<br />
Photoshoper pour imaginer ces lieux retrouvant, l&#8217;eau, la propreté, l&#8217;élégance. Sentir terriblement la réalité des aléas de civilisation.</p>
<p>#cruauté, déshonneur des hommes<br />
Frissonner à la description de combats d&#8217;éléphant / lion pour le divertissement des puissants. Frissonner encore, au musée nationale, devant une peinture décrivant la scène.</p>
<p>#1l, parano<br />
L&#8217;eau en bouteille. Très légèrement sucrée.<br />
Détail sur les points scellés du bouchon. Que l&#8217;on apprend à vérifier.</p>
<p>#enfants, peur<br />
Les enfants qui ont peur à côté de leur mère, dans les rickshaws<br />
Détail sur leurs yeux. Et leurs mains.</p>
<p>#allo<br />
La pauvreté partout. Mais le portable à l&#8217;oreille de tous. Série tous sexes, tous âges, toutes conditions.</p>
<p>#capture, note, calligraphie, grande théorie du tout<br />
La confirmation de mon hypothèse sur les règles d&#8217;écriture comme structure de l&#8217;accès et de l&#8217;organisation du monde. L&#8217;absence d&#8217;asymétrie du kaisho est remplacé ici par l&#8217;exploration tropicale de la symétrie spirographique. La présence de courbes algorithmiques est à la fois fascinante à l&#8217;oeil et artificielle : il n&#8217;y pas la proximité naturelle du kanji. Trop de courbes. Pas d&#8217;arrêt, d&#8217;appui, de syncopes. Manque le vent. Le Ki.<br />
En échange, comme motif assumé, la courbe, juste au dessus de l&#8217;os de la hanche d&#8217;une jolie femme. Façon dos de chat, de profil.<br />
Une cédille pendue au plafond.</p>
<p>#analphabétisme<br />
Il me faut 5 heures pour comprendre que si les taxi ne savent pas se repérer ni lire les plans, c&#8217;est parce qu&#8217;ils ne savent pas lire (en caractère romain ou bien pas lire du tout ?)<br />
Détail : doigt qui cherche longuement, sans succès, sur la carte.</p>
<p>#animaux<br />
Pas de vaches, deux magnifiques boeufs d&#8217;attelage mais des chiens. Beaux et paresseux.<br />
Des oiseaux, nourris en masse. Une nuée de rapaces.<br />
Des écureuils façon schtroumpfs gris téméraires.<br />
Mais pas encore vu de chat.</p>
<p>#Michelin, autoportrait<br />
Le restaurant de l&#8217;hôtel ne paie pas de mine.<br />
Sans appétit, je commande un poulet tandoori et un rai à la menthe. Terrains connus.<br />
Le plain roti (naam au blé complet) arrive trop cuit.<br />
Mais le poulet et le rai ont une palette et une architecture de goûts raffinés, frais et précieux. Je souris face à mon assiette. Comme devant un détail dans un musée.<br />
7/10. Et je me rends compte que le meilleur restaurant indien de Kyôto, qui surclasse déjà tous les autres indiens où je suis entré, est déclassé à 3. Alors que je lui donnais 4,5.<br />
Détail de mon sourire satisfait en attendant l&#8217;ascenseur vers le quatrième étage.</p>
<p><strong>Jour 3</strong></p>
<p>#formule, capture<br />
Sur un blog de Delhi, le titre d&#8217;une section de photos : <em>poverty porn</em></p>
<p>#doux<br />
Salle du petit déjeuner de l&#8217;hôtel : le matin, la lumière dans les arbres y est douce comme une mousseline Soleil et Céladon.</p>
<p>#cheveux longs<br />
A son balcon, une femme sèche ses longs cheveux, sans séchoir, tête renversée, avec un mouvement circulaire technique de sa serviette</p>
<p>#pikapika<br />
Des groupes de femmes et d&#8217;enfants en couleurs et breloques, allant prier au temple. Ambiance de carnaval.</p>
<p>#galaxie<br />
Un homme cinquantenaire, digne, barbe grise, sans casque sur un scooter noir. Et entre les jambes, jusqu&#8217;au niveau du menton : un empilement de plateaux ouverts d&#8217;oeufs. Blancs</p>
<p>#paresseux destructeurs<br />
Long mur d&#8217;un parc. Tous les 10 mètres, de nombreuses briques écroulées. Pour permettre à ceux qui veulent passer &#8211; là &#8211; d&#8217;enjamber plus facilement</p>
<p>#frisson<br />
Les femmes innombrables assises sous la voie aérienne, de jeunes bébés dans les bras. Où les font-elles, leurs bébés ?</p>
<p>#licensed<br />
- Licensed &#8211; refrigerated water trolley. Blanc, lettres bleues. Cabossés. Manoeuvrés par des rachtèques sombres.</p>
<p>#communication non verbale, pour tout dire sans rien dire, fuzzy<br />
Le mouvement de tête droite-gauche-droite, légèrement vrillé pour signifier &laquo;&nbsp;je respecte ton droit à ne pas être importuné et ne pas me donner la pièce que je te réclame même silencieusement, mais t&#8217;es quand même un salaud de riche&nbsp;&raquo;</p>
<p>#body guardians<br />
Un, deux, trois, quatre adolescents chétifs qui à tour de rôle s&#8217;approchent, le plus téméraire osant : &laquo;&nbsp;body guardians, sir ?&nbsp;&raquo;</p>
<p>#10 roupies<br />
Une balayeuse prend la pose, longue, se plaçant parfaitement dans la perspective de la fontaine et du tombeau. Signifie d&#8217;un roulement de doigts qu&#8217;elle attend sa rémunération. Il n&#8217;y a personne. De façon discrète, je place 10 roupies dans sa main. Je n&#8217;ai pas fait 10 mètres, que le vieux en charge des canaux, vient récupérer le billet.</p>
<p>#fierté des attributs<br />
Turban noir sur le crâne / foulard blanc sous la mâchoire noué, au dessus du turban, comme après un arrachement de dents de sagesse : pour protéger la barbe et la moustache en moto (pas par défaut de soin dentaire)</p>
<p>#chaos, flegme<br />
Pas d&#8217;énervement dans le trafic fou. Mais où va la colère ?<br />
L&#8217;Inde où la culture du &laquo;&nbsp;don&#8217;t give a shit&nbsp;&raquo; ?</p>
<p>#chiens, mouche tsé tsé<br />
&laquo;&nbsp;des chiens aussi paresseux que des chats&nbsp;&raquo;.<br />
Ca attrape la malaria, un chien ? Parce que sinon, ils l&#8217;ont tous<br />
série</p>
<p>#ironie<br />
&laquo;&nbsp;Keep distance&nbsp;&raquo; sur l&#8217;arrière des tuktuks</p>
<p>#capitale, expectative revisitée<br />
Deux &#8211; minuscules &#8211; tea shops de Sunder Nagar.</p>
<p>#santé, publicité<br />
Electric crematorium !<br />
Plus loin : publicité pour clinique privée : &laquo;&nbsp;don&#8217;t fear MRI&nbsp;&raquo;</p>
<p>#orange maronnasse<br />
les teintures partielles au henné de nombreux hommes mâtures</p>
<p>#leica<br />
Un vieux en blanc qui soigne l&#8217;oeil d&#8217;un chien noir des rues, qui se laisse faire, confiant, au milieu de la circulation magma</p>
<p>#Gaston<br />
Un motard shooté à l&#8217;adrénaline qui a fait installer un klaxon de voiture sur son engin</p>
<p><strong>Jour 4</strong></p>
<p>#t-shirt, portrait<br />
Un unijambiste appuyé sur une branche. Se déplaçant en courant. Avec un t-shirt Superman</p>
<p>#oiseaux<br />
Une mère de famille en sari remplit des écuelles d&#8217;eau sur l&#8217;espace du carrefour réservé aux pigeons. Nuée calme.</p>
<p>#chantier, portrait, femmes<br />
Micro chantier de BTP. Sans machines. Parmi les hommes. Travaillant autant qu&#8217;eux. Des femmes en sari.</p>
<p>#vaches, Haddock<br />
A la sortie de la ville, 4 premières vaches. En Inde, une vache morte : que devient-elle ?</p>
<p>#posture, avion<br />
Des jambes de femmes, jeunes, épilées, un anneau au majeur du pied droit, une chaîne à la cheville gauche, vernis rouges : en l&#8217;air, 40 cm au dessus de l&#8217;appuie-tête du siège suivant.</p>
<p>#portrait, amoureux<br />
Dans le restaurant coopérative de l&#8217;aéroport de Bagdogra, une soixantenaire, cheveux blancs relevés en chignon négligé, sari bordeaux, avec un port de reine &#8211; non dégénéré.</p>
<p>#enfants collés à la vitre<br />
De dos, deux petits garçons bien toniques. Crânes rasés. Attendent leur grand-mère.</p>
<p>#craniologie<br />
Série de têtes avec des traits mongoloïdes (yeux, nez, front), mais une forme de crâne rectangulaire.</p>
<p>#portrait, enfant<br />
Un petit garçon fier de ses habits rouges à qui je cède mon siège et qui me regarde écrire mes photos sans image. Sage. Puis tête-à-claques après 2mn.</p>
<p>#ventilateur, accident, film d&#8217;horreur<br />
Dans l&#8217;aéroport, les têtes des ventilateurs de plafond vacillent comme des roues sur le point de sortir de leur essieu</p>
<p>#détail, parure, femme<br />
les bourrelets gras et cicatrisés des vieilles en sari</p>
<p>#portrait, femme, rumeur de coup<br />
Les jeunes femmes en treillis militaires. Coquettes.</p>
<p>#détail, regard<br />
les femmes aux grands yeux noirs qui appellent mes pupilles, les fixent et ne les lâchent pas</p>
<p>#Bagdogra, jeep, vers Darjeeling, jardins de thé, fin mars<br />
Série de mille photos sur ces plaines recouvertes de théiers au vert tendre, apaisant, protégés par des arbres magnifiques qui n&#8217;ont pas encore leurs feuilles ombrantes</p>
<p>#portrait, cueilleuses, femmes, thé<br />
Remontant après leur journée, des groupes d&#8217;une dizaine de cueilleuses, belles, asiatiques, maquillées, de l&#8217;or dans le nez. Qui ne semblent pas &#8211; cassées. Mais urbaines.</p>
<p>#jeep, route, montagne, glissement de terrain<br />
Route cabossée. Un immense glissement de terrain</p>
<p>#gaffe, autoportrait<br />
je trouve au premier Darjeeling de l&#8217;année que je bois un goût d&#8217;artichaud (foin chaud et doux). On m&#8217;explique alors que toute note végétale (parce qu&#8217;elle serait un signe de processus incomplet d&#8217;oxydation) est un défaut, un point négatif. Qu&#8217;un first flush est censé être fleuri. Un second flush, fruité.<br />
J&#8217;ai apporté du thé vert japonais comme cadeau (notes végétales et marines exclusives)….</p>
<p>#chambre, manager, voyage dans le temps<br />
Comme une chambre de missionnaire des années 50, dans une jungle tropicale.<br />
Peinture blanche neuve. Figeant tous les gonds.<br />
Détail sur les gros dominos électriques noirs apparents. Dans la salle de bain.</p>
<p><strong>Jour 5</strong></p>
<p>#lèvres blanches<br />
La jeune fille sublime au teint si sombre qu&#8217;elle en a les lèvres blanches<br />
Détail sur le dessin de ses lèvres</p>
<p>#photos avec images<br />
Le but de ce voyage est de prendre des photos du monde du thé à Darjeeling en profitant de la chance incroyable de pouvoir suivre Kevin Gascoyne, professionnel du thé montréalais (<a href="www.camellia-sinensis.com" title="Camellia Sinensis" target="_blank">www.camellia-sinensis.com</a>), spécialiste de Darjeeling depuis plus de vingt ans. Je prends beaucoup de photos avec images des deux tea testings et des visites de la journée. Que je ne doublerai pas ici.<br />
Photo de mon sac à photo orange, sur le siège arrière d&#8217;un van sans ceinture de sécurité sur des pistes où la ceinture de sécurité pourrait ne pas être totalement inutile.</p>
<p>#vers Darj&#8217;<br />
Fin du festival de l&#8217;anniversaire de Rama, Femmes et filles coquettes, traits magnifiques, maquillées, peau régulièrement abîmée. Ambiance de Kermesse de lycée agricole. Bon enfant. Chacun sourit. Chacun rentre vers son village, longue file de marcheurs qui se poussent ce qu&#8217;il faut après avoir été klaxonné vigoureusement par les chauffeurs.<br />
Des policiers autour d&#8217;un homme saoul torse nu qui aimerait se lever.<br />
Les copains se tiennent par l&#8217;épaule pour marcher.</p>
<p>#GP, lord charismatique<br />
Portrait de GP chez lui. Un Lord du thé Darj&#8217;. Traits népalais.<br />
Portrait de sa femme. Une Lady.<br />
Les reflets des objets de cristal sur la table basse dans la pièce sombre</p>
<p>#autoportrait, sourire niais<br />
Détail du sourire niais, du plaisir pur, en dégustant le first flush Silimbong de GP. Du sucré sans sucre. Aérien, clair, tendre, précis, diffusant.<br />
Je serai instruit plus tard du fait que personne n&#8217;a la chance de boire ce type de thé d&#8217;exception dans cet état, car il aura, après vente au marché de Calcutta et transport à l&#8217;étranger (les indiens n&#8217;en consomment pas), perdu de son bouquet pour gagner plus de corps.<br />
Série sur le sourire qui me vient à chaque gorgée.</p>
<p>#autoportrait, perplexe<br />
Lord GP a annoncé qu&#8217;il est un homme du second flush (moins de bouquet, goût plus affirmé, qualités à chercher dans le corps). Le dernier thé de la soirée est donc un second flush. Et je ne comprends pas : le thé que je bois m&#8217;apparaît comme au moins deux catégories en dessous du first flush pour dieux que j&#8217;ai encore en bouche, et dont la seule évocation repose sur mon visage un sourire niais d&#8217;amoureux. Pour accéder au second flush (d&#8217;exception) faut-il une initiation (comme au contrepoint pour jouir de Bach) ? Est-ce une question de personnalité (Bach / Chopin) ? D&#8217;âge ? De palais déformé par l&#8217;expertise et ne supportant pas la légèreté du délice ?<br />
Détail de ma bouche qui se tord pour saisir l&#8217;incompréhensible, chercher la valeur.</p>
<p>#mythologie<br />
Chambre qui n&#8217;est peut-être pas crassouille mais qui en a l&#8217;air. Du club des planteurs de thé (lieu de socialisation du samedi, avant le téléphone et la voiture).<br />
Une meute de chiens de rue qui aboient toute la nuit.</p>
<p><strong>Jour 6</strong></p>
<p>#petits matins Darj&#8217;<br />
Le premier chai du matin à 6h. Détail du bout de papier roulé bouchant le versoir de la théière sur le réchaud bricolé sur un fond de bidon d&#8217;huile.<br />
300m plus loin, le second chai du matin. Détail sur le billet de 10 roupies.<br />
Les gens de Darj&#8217; dans la rue, pour leur marche rapide de mise en forme du matin. Atmosphère un brin martiale. Odeur de jasmin, singes gris, magnolia blanc. Vue couverte.</p>
<p>#planter&#8217;s club, p&#8217;tit déj<br />
photographie du doigt du serveur mettant en route la hifi pour honorer notre arrivée : cd &laquo;&nbsp;best of Queens&nbsp;&raquo;. Portrait de son regard stupéfait et frustré quand nous lui demandons de baisser le volume.<br />
Photographie absente du porridge commandé, qui n&#8217;arrivera jamais.</p>
<p>#cadeau espéré<br />
GP me remet un paquet du first flush des dieux bu chez lui la veille. Sourire niais d&#8217;amoureux.</p>
<p>#enfants<br />
série de salut militaire et soumis des enfants de cueilleurs de moins de 5 ans, quand ils voient passer le directeur de la plantation qui nous conduit.</p>
<p>#lutte des classes<br />
l&#8217;attitude tendue, pas amicale, des cueilleuses sous leur parapluie multicolore les protégeant du soleil.</p>
<p>#sécheresse<br />
l&#8217;absence de la pluie a fait baisser la production de près de 50 pour cent par rapport à l&#8217;année dernière. Encore deux semaines sans pluie et les plantes entreront en phase de torpeur pour se protéger. Inquiétude de tous les professionnels.</p>
<p>#pro<br />
portrait de discussion de pros sur les plants (Chine, Assam, clones…), les variétés avec leurs avantages et leurs inconvénients (volume, goût, sensibilité aux maladies), leur répartition selon l&#8217;élévation, leur mélange dans un même espace, les nouvelles plantations</p>
<p>#odeur de la feuille de thé qui sèche<br />
portrait des narines frissonnant de bonheur aux étages des grands plateaux soufflant de l&#8217;usine</p>
<p>#enfant, école, uniforme<br />
série d&#8217;enfants de tous âges à la sortie d&#8217;école. Uniformes anglais. Cravate rouge. Jupe plissée. Ne cadre pas avec la poussière provoquée par la sécheresse. Ni avec les pistes de montagne sur lesquels ils marchent longuement.</p>
<p>#toy train, vapeur<br />
Détail sur les pistons. Pour le bruit.</p>
<p><strong>Jour 7</strong></p>
<p>#ergonomie sonore<br />
Couché avec la télé du voisin (capture de série B en hindi)<br />
Réveillé dans la nuit par les batailles de chien de rue (noir et blanc flou)<br />
Réveillé par la télé du voisin (capture de prêche évangéliste en hindi)</p>
<p>#yes sir<br />
Portrait de visages impassibles et souriants alignant les &laquo;&nbsp;yes sir&nbsp;&raquo; sans rien comprendre aux questions les plus simples</p>
<p>#porridge<br />
Les motifs de miel que je fais tomber de la petite cuillère dans mon porridge au goût made in britishy England</p>
<p>#matrone<br />
Les yeux futés de la responsable de l&#8217;accueil du Planter&#8217;s club quand elle explique son calvaire a remplir les formulaires de visiteurs pour la police (passeport, photographie d&#8217;identité, détails…)</p>
<p>#cannot be unseen, survival of the fittest, territoire, heartbreaking<br />
la mère du chiot, laid, qui hurle depuis ce matin, en spasme dans une mare de sang à l&#8217;arrière de l&#8217;hôtel. Elle aura tenu deux nuits…</p>
<p>#corde, front<br />
série de porteurs, chargeant sur leur front des volumes et des charges déraisonnables. Leur pas lent pour les plus chargés (souvent les plus chétifs).</p>
<p>#autocollants<br />
série d&#8217;autocollants de voiture (sur la même voiture et ayant pour le conducteur le même degré de mana) : un gourou, Bob Marley, Chelsea, Nike</p>
<p>#patibulaire, boss<br />
série de visages fermés, antipathiques, arrogants, hostiles : le conducteur de la grosse jeep (&laquo;&nbsp;now you walk&nbsp;&raquo;), le manager d&#8217;un jardin de thé (&laquo;&nbsp;you&#8217;re not welcome&nbsp;&raquo;), deux responsables d&#8217;une usine de thé (silencieux).</p>
<p>#enfin la pluie, grêle<br />
Après plusieurs mois d&#8217;absence, la pluie arrive enfin, de grosses gouttes, puis de la grêle, puis du continu, zébré d&#8217;éclair blanc.<br />
Série de macro sur les feuilles de thé qui émettent un parfum de cosmétique.<br />
Série moins esthétique, sur les effets d&#8217;absence de système d&#8217;évacuation décent et de ramassage de détritus dans les rues de Darjeeling</p>
<p>#soin, contraste<br />
Série de photos contrastées entre le soin vestimentaire, l&#8217;apprêt des femmes (coquettes, maquillées) et des enfants dans leur uniforme scolaire (on pourrait se croire au Japon), et l&#8217;environnement (rues, extérieur des maisons) de bidonville.</p>
<p>#diner, bungalow, histoire<br />
Portrait : Raymond Israel est l&#8217;un des 37 &laquo;&nbsp;last jews of Calcutta&nbsp;&raquo; (arrivés de Bagdad il y a 3 générations). Il est le tout récent manager, sans expérience dans le monde du thé, d&#8217;un jardin avec la charge spécifique de mettre en place un &laquo;&nbsp;resort&nbsp;&raquo; (quatre chambres) pour touristes dans le bungalow.</p>
<p><strong>Jour 8</strong></p>
<p>#brume blanche<br />
Les vallées dans le grand blanc. Vue sur les jardins d&#8217;en face. Sur les grappes d&#8217;habitation. Absence de sensation de beauté ou de majesté.</p>
<p>#dos courbé<br />
Les balais sans manche qui obligent leurs utilisateurs à se courber.</p>
<p>#bzz<br />
Série sur les ustensiles qui servent à recouvrir les verres afin de les protéger des mouches<br />
Série sur les assiettes retournées.</p>
<p>#tchou-tchou<br />
Zoom sur des zone de la montagne en face d&#8217;où l&#8217;on peut entendre le sifflet du toy train se déplacer comme dans une maquette.</p>
<p>#masse<br />
Grand-angle sur la vue derrière le bungalow où je me repose une journée (choix de ne pas rester dans la ville de Darjeeling comme c&#8217;était initialement prévu &#8211; sensation forte de malaise dans les villes pauvres, crainte des remugles d&#8217;après-pluie, trauma du chiot que je ne veux pas risquer entendre) : un bloc de montagne (massif du Kanchenjunga ?) qui, aujourd&#8217;hui, dans sa fumée bleue, fait se sentir petit sans susciter l&#8217;élévation.</p>
<p>#17h30<br />
A 17h30 précise, des nuées de diptères légers et fragiles comme des jouets en plastique, nés de la pluie et du sol, font semblant de voler, porter par le souffle léger du frais, très haut dans le ciel, comme des pollens</p>
<p>#90<br />
8 heures par jour, 1h de pause : 90 roupies<br />
série de visages de travailleur dans les jardins. Aussi motivés que leur rémunération est motivante.</p>
<p><strong>Jour 9</strong></p>
<p>#arnaque, le ciel étoilé au-dessus de Kant<br />
série sur le regard souriant de ceux qui demandent éhontément, cyniquement, déplaisamment, discourtoisement, effrontément, grossièrement, hardiment, impertinemment, impoliment, impudemment, inamicalement, incivilement, incongrûment, incorrectement, indélicatement, insolemment, irrespectueusement, irrévérencieusement, lestement, malhonnêtement, sans gêne : trop d&#8217;argent pour un service dont le prix est pourtant connu de chacun.<br />
série suivante sur leur regard pendant qu&#8217;ils mentent.<br />
autoportrait de la culpabilité du riche (c&#8217;est trop, mais ce n&#8217;est au fond pas si cher)</p>
<p>#hostile<br />
Macro sur mon neutralisateur de piqures d&#8217;insectes (un bidule en plastique vert, qui crée une décharge électrique, que l&#8217;on applique sur la piqure pour modifier chimiquement les molécules : je ne m&#8217;en serai pas servi) qui déclenche le scan x-ray de bagages à l&#8217;aéroport de Bagdogra. La jolie opératrice suspecte un briquet (interdit). Nous mettrons cinq bonnes minutes (2 ouvertures de valise, 2 passages x-ray) avant d&#8217;identifier ce qui aurait pu être un &laquo;&nbsp;hostile&nbsp;&raquo;.</p>
<p>#honk, double-bind<br />
Série sur les inscriptions à l&#8217;arrière des véhicules : &laquo;&nbsp;please horn !&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Do not honk !&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>Jour 10</strong></p>
<p>#capture, citation, poésie<br />
Capture d&#8217;écran de mon ordinateur connecté à Delhi. Recherche pour trouver le nom de l&#8217;auteur de la citation faite par Aleem, la veille, dans l&#8217;ascenceur, à propos de la poésie : &laquo;&nbsp;A poem is never finished, only abandoned&nbsp;&raquo;&#8230; Paul Valery French critic &#038; poet (1871 &#8211; 1945) &nbsp;&raquo;</p>
<p>#amazone<br />
Un petit chien blanc, propre, sage, dans les bras d&#8217;une femme en sari, sans casque, à l&#8217;arrière d&#8217;une moto, en amazone.</p>
<p>#la misère, photoshop<br />
Marcher dans un bazar crasseux du vieux Delhi requiert de photoshoper en direct son accès au monde. Une photographie fidèle de ce qui accède à la conscience serait remplie de blanc. Pour avancer, on supprime l&#8217;insupportable, on le néglige, le banalise, transforme sa répugnance en norme admissible. La misère conduit à s&#8217;abstraire du monde, à ne plus avoir de rapport réaliste avec ce qui est. C&#8217;est l&#8217;expérience de la transe anesthésique continue : origine de la prégnance de la religion dans ces lieux (et pas simplement le besoin d&#8217;espoir et de dignité) ?<br />
Série sur les regards qui ne voient pas. Et qui partagent des blancs du monde quand un intenable tente une effraction.</p>
<p>#Lingam<br />
Je cherchais des vieux livres ou de belles calligraphies en hindi. On me conseille d&#8217;aller voir à Nai Sarak à l&#8217;ouest de Jama Masjid. Les micro-librairies ne vendent que des manuels informatiques ou d&#8217;ingénieurs en anglais. Déçu, j&#8217;entre dans une boutique sombre d&#8217;objets en métal. De mauvaise qualité. Recouvertes d&#8217;une épaisse couche de crasse. Je fais le tour. Sans rien trouver. Mais tombe sur une caisse de Lingam stones. Une semaine plus tôt à Sunder Nagar, on m&#8217;en avait proposés pour 31 000 roupies. Les pierres sont recouvertes d&#8217;une couche noire. Je demande un chiffon. Et polis patiemment chaque pierre pour en dévoiler le motif. Afin de sentir  celles qui résonnent en moi. Ce sont des pierres. Lourdes. Je ne pourrai pas en rapporter plus de deux. Je comprends qu&#8217;il faut qu&#8217;elles soient suffisamment grandes pour avoir de la force. Mais pas trop. Je les imagine dans mon tokonoma. Et je comprends dans une fulgurance que les plus beaux chawans, les raku, sont des &laquo;&nbsp;manusi linga&nbsp;&raquo; (fait de main d&#8217;homme &#8211; et incorporant leur yoni) qui s&#8217;ignorent.<br />
Détail sur mes mains noires.<br />
2 pierres, 1000 roupies.</p>
<p>#God save the Queen<br />
Macro sur les brownies chaud, dans son coulis de chocolat, de l&#8217;Imperial hotel. On doit servir les mêmes au paradis.</p>
<p>#Pratt<br />
Série sur le personnel masculin de l&#8217;Imperial hotel. Costumes et postures dignes de pastels d&#8217;Hugo Pratt.</p>
<p>#servir Ariens, auto-Godwin<br />
Dans la librairie du Central Cottage Industries Imporium, parmi les classiques indiens : Mein Kampf.</p>
<p>#dernier mensonge<br />
Le taxi, que j&#8217;ai déjà pourtant gentiment surpayé, me réclame 400 roupies de plus pour dépassement de kilométrage (si nous avons fait dans la journée 30 kilomètres sur les 80 du forfait négocié, ce serait déjà bien surprenant).<br />
Je termine ce voyage sur ce billet de 500 que je lui donne avec violence en lui ordonnant de garder la monnaie. Détail sur le billet sale.<br />
Cet ultime échange me permet de comprendre pourquoi l&#8217;Inde, du moins celle à laquelle je peux accéder seul, en touriste, n&#8217;est pas aujourd&#8217;hui un lieu pour moi.<br />
Puisque j&#8217;en ai l&#8217;opportunité, je choisis de ne pas être confronté au mensonge permanent. Froid. Malhonnête.<br />
Puisque j&#8217;en ai le privilège, je choisis de ne pas me mettre dans des situations qui requièrent de déformer le réel pour ne pas être nauséeux devant les souffrances, les humiliations créées par la misère.<br />
Puisque j&#8217;en ai la chance, je choisis d&#8217;éviter d&#8217;avoir à supporter l&#8217;insécurité, le sentiment d&#8217;être une proie, la vigilance permanente, l&#8217;impossibilité de me détendre, la nécessité d&#8217;avoir à planquer mes papiers et mon argent dans mon pantalon.<br />
Puisque j&#8217;en ai la possibilité, je choisis d&#8217;éviter la violence chaotique, où l&#8217;on klaxonne à défaut de respecter la règle, où l&#8217;on passe au culot, au bluff, en anticipant que chacun en fera autant et en adaptant son comportement à cette anticipation.<br />
Puisque j&#8217;en ai la responsabilité, je choisis de ne pas être placé en position d&#8217;ex-colon où l&#8217;on me donne du &laquo;&nbsp;sir&nbsp;&raquo; comme si j&#8217;étais un colonel potentiellement cruel de l&#8217;armée des Indes.<br />
Puisque j&#8217;en ai le luxe, je choisis de ne pas me mettre en situation de fonctionner en paranoïaque de l&#8217;hygiène alimentaire et à considérer tout robinet, toute boisson, tout fruit, tout légume cru comme une menace potentielle et à trimballer une pharmacie de prévention garnie &laquo;&nbsp;au cas où&nbsp;&raquo;.</p>
<p>L&#8217;Inde que je pourrai aimer, celle des arts, du raffinement, de la sérénité par le corps, de l&#8217;exploration des saturations perceptives, de la sensualité, de la sagesse si profonde qu&#8217;on la retrouve partout, incroyablement vivante et forte dans mon environnement Kyôtoïte, est aujourd&#8217;hui totalement escamotée par l&#8217;injuste misère actuelle et ses monstres : le mensonge, l&#8217;irréel, la violence, l&#8217;excès. Qui n&#8217;ont rien à voir avec l&#8217;Inde. Qui n&#8217;ont d&#8217;ailleurs rien à voir avec qui que ce soit.</p>
<p>Alors honorer l&#8217;Inde et ses peuples en écoutant Kishori Amonkar; en prenant, chaque jour, le soin de ralentir ma respiration; en explorant ses grands textes; en laissant résonner en moi toutes les variations de vérité et de sens de la roue bouddhique et de ses origines plus anciennes; en souriant à la Lingam stone sur mon bureau. Qui me sourit en retour. Dans les effluves d&#8217;un Darjeeling first flush.</p>
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		<title>Trois longues fois</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Mar 2012 02:51:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

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		<description><![CDATA[Parole du sel… fille de la ((Nécessité)) 杲 Je connais tous les cimetières du Sous-les-lacs. Tel est mon domaine. Le peuple y respecte mon manteau jaune : en évitant les reflets de sa soie maïs. Par respect pour les petites gens, je ne marche plus le jour mais l&#8217;obscur. A l&#8217;heure où les maris dorment [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/3113708949/" title="Le temps, l'oubli, le rien 08 by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm4.staticflickr.com/3020/3113708949_df3e05050f.jpg" width="500" height="332" alt="Le temps, l'oubli, le rien 08"></a></p>
<p>Parole du sel… fille de la ((Nécessité))</p>
<p>杲</p>
<p>Je connais tous les cimetières du Sous-les-lacs.<br />
Tel est mon domaine.<br />
Le peuple y respecte mon manteau jaune :<br />
en évitant les reflets de sa soie maïs.<br />
Par respect pour les petites gens,<br />
je ne marche plus le jour mais l&#8217;obscur.<br />
A l&#8217;heure où les maris dorment sur leur flanc<br />
après avoir pris leur femme consentante.</p>
<p>Le vingtième jour suivant mon gîte<br />
Les femmes de prêtres, tristes et sèches<br />
ex-belles aux hanches larges,<br />
continuent de purifier au gros sel<br />
et à l&#8217;encens précieux<br />
l&#8217;appentis qu&#8217;on me laisse occuper,<br />
seul.</p>
<p>J&#8217;ai froid au coeur.<br />
Et mes cartes portent pour titre : réchauffeur des morts.</p>
<p>Je répare les injustices.<br />
Cela fait rire les morts.<br />
Car le manteau jaune s&#8217;adresse aux vivants.<br />
Je suis là pour qu&#8217;ils serrent les dents autant que je serre les miennes.<br />
En leur montrant qu&#8217;un jour<br />
une soie maïs viendra, dans l&#8217;obscur, couronner leurs cendres.</p>
<p>Je suis fort.<br />
Il faut être fort pour soulever seul les pierres familiales.<br />
Et je suis grand.<br />
Comme un phare des côtes de l&#8217;Est.</p>
<p>Je suis là pour couronner ceux qui ont mérité<br />
dans l&#8217;offense<br />
le niemandsland et l&#8217;amnésie<br />
Pour couronner ceux qui ont tenu<br />
leur rêve,<br />
en l&#8217;atteignant,<br />
ou, et c&#8217;est la règle,<br />
les cohortes incalculables<br />
d&#8217;hommes bons, morts par lui.<br />
Je suis là pour couronner les fidèles à leur coeur<br />
à leur tessiture<br />
aux leçons de leurs blessures<br />
ceux qui massent au baume du bien du monde<br />
le monde qui attend son bien</p>
<p>Je soulève la pierre<br />
gratte une poignée de poussières<br />
crache<br />
pour l&#8217;amalgamer<br />
l&#8217;insère dans l&#8217;argile du palais du centre du monde<br />
que je modèle<br />
en forme de crâne.</p>
<p>Je prends ce crâne<br />
contre ma poitrine.<br />
Il est plus petit que celui d&#8217;un nouveau-né.<br />
Je le berce.<br />
Je lui chante la chanson des mères<br />
qui prient pour que cessent les larmes.<br />
J&#8217;embrasse son front.<br />
Le pose devant moi.<br />
M&#8217;incline devant lui.<br />
Trois fois.<br />
Trois longues fois.<br />
Ma tête au sol.<br />
Pour lui demander pardon.<br />
Pour toutes les humiliations, les offenses, les avanies<br />
pour le désespoir<br />
qu&#8217;il a traversé comme une porte de temple<br />
en figeant ses orbites<br />
dans le courage crayeux des jours</p>
<p>Je sors alors la couronne de l&#8217;empereur<br />
cachée sur mon foie<br />
la couronne qui tresse<br />
le bois, le feu, la terre, le métal et l&#8217;eau<br />
la couronne du monde<br />
des débuts et des fins<br />
celle du sens des hommes<br />
et de l&#8217;honneur de vivre</p>
<p>Et je murmure<br />
dans un souffle<br />
de vérité</p>
<p>Vive l&#8217;empereur</p>
<p>杲</p>
<p>… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</p>
]]></content:encoded>
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Parole du sel… fille de la ((Nécessité))
杲
Je connais tous les cimetières du Sous-les-lacs.
Tel est mon domaine.
Le peuple y respecte mon manteau jaune :
en évitant les reflets de sa soie maïs.
Par respect pour les petites gens,
je ne marche plus l[...]</itunes:subtitle>
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Parole du sel… fille de la ((Nécessité))
杲
Je connais tous les cimetières du Sous-les-lacs.
Tel est mon domaine.
Le peuple y respecte mon manteau jaune :
en évitant les reflets de sa soie maïs.
Par respect pour les petites gens,
je ne marche plus le jour mais l&#8217;obscur.
A l&#8217;heure où les maris dorment sur leur flanc
après avoir pris leur femme consentante.
Le vingtième jour suivant mon gîte
Les femmes de prêtres, tristes et sèches
ex-belles aux hanches larges,
continuent de purifier au gros sel
et à l&#8217;encens précieux
l&#8217;appentis qu&#8217;on me laisse occuper,
seul.
J&#8217;ai froid au coeur.
Et mes cartes portent pour titre : réchauffeur des morts.
Je répare les injustices.
Cela fait rire les morts.
Car le manteau jaune s&#8217;adresse aux vivants.
Je suis là pour qu&#8217;ils serrent les dents autant que je serre les miennes.
En leur montrant qu&#8217;un jour
une soie maïs viendra, dans l&#8217;obscur, couronner leurs cendres.
Je suis fort.
Il faut être fort pour soulever seul les pierres familiales.
Et je suis grand.
Comme un phare des côtes de l&#8217;Est.
Je suis là pour couronner ceux qui ont mérité
dans l&#8217;offense
le niemandsland et l&#8217;amnésie
Pour couronner ceux qui ont tenu
leur rêve,
en l&#8217;atteignant,
ou, et c&#8217;est la règle,
les cohortes incalculables
d&#8217;hommes bons, morts par lui.
Je suis là pour couronner les fidèles à leur coeur
à leur tessiture
aux leçons de leurs blessures
ceux qui massent au baume du bien du monde
le monde qui attend son bien
Je soulève la pierre
gratte une poignée de poussières
crache
pour l&#8217;amalgamer
l&#8217;insère dans l&#8217;argile du palais du centre du monde
que je modèle
en forme de crâne.
Je prends ce crâne
contre ma poitrine.
Il est plus petit que celui d&#8217;un nouveau-né.
Je le berce.
Je lui chante la chanson des mères
qui prient pour que cessent les larmes.
J&#8217;embrasse son front.
Le pose devant moi.
M&#8217;incline devant lui.
Trois fois.
Trois longues fois.
Ma tête au sol.
Pour lui demander pardon.
Pour toutes les humiliations, les offenses, les avanies
pour le désespoir
qu&#8217;il a traversé comme une porte de temple
en figeant ses orbites
dans le courage crayeux des jours
Je sors alors la couronne de l&#8217;empereur
cachée sur mon foie
la couronne qui tresse
le bois, le feu, la terre, le métal et l&#8217;eau
la couronne du monde
des débuts et des fins
celle du sens des hommes
et de l&#8217;honneur de vivre
Et je murmure
dans un souffle
de vérité
Vive l&#8217;empereur
杲
… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</itunes:summary>
		<itunes:keywords>Monogatari</itunes:keywords>
		<itunes:author>Stéphane Barbery</itunes:author>
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		<title>Une vie, deux vies, trois vies</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/17/une-vie-deux-vies-trois-vies/</link>
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		<pubDate>Sat, 17 Mar 2012 14:35:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

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		<description><![CDATA[Parole du sucre&#8230; fille de la ((Nécessité)) 杲 Il est dit qu&#8217;il faut une vie pour honorer l&#8217;amour de ses parents Il est dit qu&#8217;il faut deux vies pour honorer l&#8217;amour d&#8217;un amour Il est dit qu&#8217;il faut trois vies pour honorer l&#8217;amour d&#8217;un maître Il y a maintenant deux vies, J&#8217;ai été maître de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/5149436315/" title="L'odeur sucré de la fleur de thé. En novembre by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm5.staticflickr.com/4004/5149436315_afd4be8d32.jpg" width="500" height="379" alt="L'odeur sucré de la fleur de thé. En novembre"></a></p>
<p>Parole du sucre&#8230; fille de la ((Nécessité))</p>
<p>杲</p>
<p>Il est dit qu&#8217;il faut une vie<br />
pour honorer l&#8217;amour de ses parents<br />
Il est dit qu&#8217;il faut deux vies<br />
pour honorer l&#8217;amour d&#8217;un amour<br />
Il est dit qu&#8217;il faut trois vies<br />
pour honorer l&#8217;amour d&#8217;un maître</p>
<p>Il y a maintenant deux vies,<br />
J&#8217;ai été maître de l&#8217;empereur<br />
Il m&#8217;honore ce soir en me priant.<br />
Je réponds à son appel.</p>
<p>Je suis sa main, son bras, sa force<br />
son ambition<br />
Il a été ma main, mon bras, ma force<br />
mon pouvoir</p>
<p>Nos omoplates sales resteront<br />
cette vie encore<br />
collées dans la sueur<br />
pour dénuire<br />
les défaiseurs d&#8217;histoire<br />
qui jalousent notre cran</p>
<p>Le vice envoie ses tentateurs<br />
et son plaisir immédiat,<br />
Les femmes meurtries<br />
leur jalousie du tombeau,<br />
la haine folle des médiocres<br />
la bave acide de leurs compromis</p>
<p>Mais leur super-amas d&#8217;aiguilles de pin<br />
ne pèse rien<br />
rien<br />
sur le tronc armé de nos vertèbres</p>
<p>L&#8217;empereur a quitté le centre du monde<br />
pour chasser un démon<br />
qui ravage l&#8217;automne d&#8217;une vallée fragile<br />
Seul un empereur nu<br />
les paumes ouvertes<br />
peut plaquer le mal au sol<br />
en exposant ses côtes<br />
et sauver les fruits<br />
les fleurs de thé<br />
les hommes tourmentés</p>
<p>Si l&#8217;empereur n&#8217;expose pas son torse<br />
qui le fera ?</p>
<p>En son absence,<br />
je veille la salle de toutes origines.<br />
celle du trône, de la couronne et du sabre régalien.</p>
<p>Le sabre porte la marque triste que j&#8217;y ai laissée<br />
il y a deux vies maintenant</p>
<p>Je profite d&#8217;être seul, sur le parquet sombre des prémisses<br />
pour danser avec lui<br />
un sangaku de l&#8217;apaisement</p>
<p>La lame tinte une harmonique d&#8217;obon<br />
contre la vapeur de mon haleine<br />
Le timbre insonore surprend<br />
aux confins de l&#8217;empire<br />
les shamans réceptifs des dix volcans<br />
ceux qui veillent à l&#8217;aquarelle des songes</p>
<p>Même eux ne pourraient deviner<br />
la couleur de la lame augurale<br />
- celle qu&#8217;il vaut mieux ne jamais voir -</p>
<p>Elle est couleur chair,<br />
la chair des doigts d&#8217;enfants<br />
le jour de leur présentation<br />
au sanctuaire des pierres<br />
par les deux grand-mères capées de rouge.</p>
<p>Quand le pays disparaîtra<br />
dans le typhon de l&#8217;oubli barbare<br />
la garde du sabre<br />
simple<br />
sans ornement<br />
laissera entendre la mer<br />
au singe qui la portera à son oreille</p>
<p>Dans la danse de mes poignets<br />
sûrs et sensuels<br />
à cet instant de nuit cobalt<br />
le sabre éclaire les promesses<br />
de sa force ingambe<br />
guide les périphéries de son autorité verte<br />
trace un répons public<br />
suivi par tous les vivants,<br />
à voix muette,<br />
et qui laisse sur les lèvres<br />
un goût de métal et de sucre glace</p>
<p>Tu vivras pour harmoniser le juste<br />
et donner l&#8217;amour<br />
à ceux qui l&#8217;ont perdu</p>
<p>杲</p>
<p>… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</p>
]]></content:encoded>
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		<itunes:subtitle>
Parole du sucre&#8230; fille de la ((Nécessité))
杲
Il est dit qu&#8217;il faut une vie
pour honorer l&#8217;amour de ses parents
Il est dit qu&#8217;il faut deux vies
pour honorer l&#8217;amour d&#8217;un amour
Il est dit qu&#8217;il faut trois vie[...]</itunes:subtitle>
		<itunes:summary>
Parole du sucre&#8230; fille de la ((Nécessité))
杲
Il est dit qu&#8217;il faut une vie
pour honorer l&#8217;amour de ses parents
Il est dit qu&#8217;il faut deux vies
pour honorer l&#8217;amour d&#8217;un amour
Il est dit qu&#8217;il faut trois vies
pour honorer l&#8217;amour d&#8217;un maître
Il y a maintenant deux vies,
J&#8217;ai été maître de l&#8217;empereur
Il m&#8217;honore ce soir en me priant.
Je réponds à son appel.
Je suis sa main, son bras, sa force
son ambition
Il a été ma main, mon bras, ma force
mon pouvoir
Nos omoplates sales resteront
cette vie encore
collées dans la sueur
pour dénuire
les défaiseurs d&#8217;histoire
qui jalousent notre cran
Le vice envoie ses tentateurs
et son plaisir immédiat,
Les femmes meurtries
leur jalousie du tombeau,
la haine folle des médiocres
la bave acide de leurs compromis
Mais leur super-amas d&#8217;aiguilles de pin
ne pèse rien
rien
sur le tronc armé de nos vertèbres
L&#8217;empereur a quitté le centre du monde
pour chasser un démon
qui ravage l&#8217;automne d&#8217;une vallée fragile
Seul un empereur nu
les paumes ouvertes
peut plaquer le mal au sol
en exposant ses côtes
et sauver les fruits
les fleurs de thé
les hommes tourmentés
Si l&#8217;empereur n&#8217;expose pas son torse
qui le fera ?
En son absence,
je veille la salle de toutes origines.
celle du trône, de la couronne et du sabre régalien.
Le sabre porte la marque triste que j&#8217;y ai laissée
il y a deux vies maintenant
Je profite d&#8217;être seul, sur le parquet sombre des prémisses
pour danser avec lui
un sangaku de l&#8217;apaisement
La lame tinte une harmonique d&#8217;obon
contre la vapeur de mon haleine
Le timbre insonore surprend
aux confins de l&#8217;empire
les shamans réceptifs des dix volcans
ceux qui veillent à l&#8217;aquarelle des songes
Même eux ne pourraient deviner
la couleur de la lame augurale
- celle qu&#8217;il vaut mieux ne jamais voir -
Elle est couleur chair,
la chair des doigts d&#8217;enfants
le jour de leur présentation
au sanctuaire des pierres
par les deux grand-mères capées de rouge.
Quand le pays disparaîtra
dans le typhon de l&#8217;oubli barbare
la garde du sabre
simple
sans ornement
laissera entendre la mer
au singe qui la portera à son oreille
Dans la danse de mes poignets
sûrs et sensuels
à cet instant de nuit cobalt
le sabre éclaire les promesses
de sa force ingambe
guide les périphéries de son autorité verte
trace un répons public
suivi par tous les vivants,
à voix muette,
et qui laisse sur les lèvres
un goût de métal et de sucre glace
Tu vivras pour harmoniser le juste
et donner l&#8217;amour
à ceux qui l&#8217;ont perdu
杲
… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</itunes:summary>
		<itunes:keywords>Monogatari</itunes:keywords>
		<itunes:author>Stéphane Barbery</itunes:author>
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	</item>
		<item>
		<title>Deux heures et vingt-trois mètres</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/15/deux-heures-et-vingt-trois-metres/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/15/deux-heures-et-vingt-trois-metres/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 15 Mar 2012 06:40:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2307</guid>
		<description><![CDATA[Parole de la douve&#8230; fille de la ((Nécessité)) 杲 J&#8217;entre dans la capitale. Par la porte sud. Mes vêtements sentent encore le vent Mon pas trop confiant attire l&#8217;oeil des grand-mères qui feignent d&#8217;épousseter leur étalage. Elles me trouvent beau. me sifflent du coin du cil. Les protecteurs invisibles guettent, bien sûr. J&#8217;en repère quatre. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/5481028937/" title="Ni Gion by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm6.staticflickr.com/5137/5481028937_41f05d120c.jpg" width="500" height="500" alt="Ni Gion"></a></p>
<p>Parole de la douve&#8230; fille de la ((Nécessité))</p>
<p>杲</p>
<p>J&#8217;entre dans la capitale.<br />
Par la porte sud.<br />
Mes vêtements sentent encore le vent</p>
<p>Mon pas trop confiant<br />
attire l&#8217;oeil des grand-mères<br />
qui feignent d&#8217;épousseter leur étalage.<br />
Elles me trouvent beau.<br />
me sifflent du coin du cil.</p>
<p>Les protecteurs invisibles guettent,<br />
bien sûr.<br />
J&#8217;en repère quatre.<br />
L&#8217;un en mendiant.<br />
Sa moustache trop propre.<br />
Il le/me perçois, s&#8217;incline.<br />
Je le reverrai à la porte ouest du palais.<br />
En habit orange de colonel de la garde droite.</p>
<p>J&#8217;arrive au centre.<br />
Du pays.<br />
De la capitale.<br />
De l&#8217;Univers.<br />
Les murs extérieurs sont vieux, blancs, marbrés<br />
propres.<br />
Le bruit de l&#8217;eau, claire.</p>
<p>Le sceau sur mes papiers<br />
provoque un vertige<br />
à faire chuter le genou au sol.</p>
<p>Je franchis la première douve.<br />
Un mètre. Zéro deux de profondeur.</p>
<p>Sur chaque arbre d&#8217;attente,<br />
trois jardiniers impériaux<br />
donnent patiemment de la respiration<br />
aux épines sauge</p>
<p>Dans l&#8217;allée blanche des défilés,<br />
des cadets des vingt familles<br />
répètent la trace d&#8217;une marche complexe,<br />
verbatim.<br />
Dix rangs sur dix forment l&#8217;âme, une, noire,<br />
aussi silencieuse<br />
qu&#8217;une cordelette à étouffement<br />
sur le cou d&#8217;un traître.</p>
<p>Le gravier ne crisse pas.<br />
L&#8217;air battu par le taiko<br />
n&#8217;évente aucune silicate.<br />
Je prends le thé salé<br />
sur l&#8217;engawa de la première Attente.<br />
Et m&#8217;amuse des formes impudiques des nuages.</p>
<p>Le repas m&#8217;est servi dans la seconde Attente.<br />
Celle des tigres et des bambous<br />
sur fond d&#8217;or et de brume.</p>
<p>J&#8217;ai demandé de l&#8217;encre et du papier<br />
et trace trois copies<br />
du sutra du coeur pur.<br />
Un régulier. Un herbe folle.<br />
Un libre à mon bras.</p>
<p>Pendant chaque trait,<br />
Mon oreille droite perçoit la femme qui jouit.<br />
Plusieurs fois.<br />
A deux heures et vingt-trois mètres.<br />
Sa voix chante. Mieux que ma bougie.</p>
<p>L&#8217;empereur me mande<br />
et me reçoit<br />
à deux heures et vingt-trois mètres.</p>
<p>Je suis la loi, le principe et l&#8217;action<br />
Je suis la complétude et le résultat<br />
Je suis l&#8217;empereur du monde<br />
Je suis l&#8217;empereur des hommes</p>
<p>Je les aime durement<br />
parce qu&#8217;ils méritent la bienveillance</p>
<p>Tu es mon bras, ma discipline, mon ambition</p>
<p>Et tu feras le bien du monde<br />
Pour le bien du monde</p>
<p>杲</p>
<p>&#8230; Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</p>
]]></content:encoded>
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Parole de la douve&#8230; fille de la ((Nécessité))
杲
J&#8217;entre dans la capitale.
Par la porte sud.
Mes vêtements sentent encore le vent
Mon pas trop confiant
attire l&#8217;oeil des grand-mères
qui feignent d&#8217;épousseter leur étalage.
Ell[...]</itunes:subtitle>
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Parole de la douve&#8230; fille de la ((Nécessité))
杲
J&#8217;entre dans la capitale.
Par la porte sud.
Mes vêtements sentent encore le vent
Mon pas trop confiant
attire l&#8217;oeil des grand-mères
qui feignent d&#8217;épousseter leur étalage.
Elles me trouvent beau.
me sifflent du coin du cil.
Les protecteurs invisibles guettent,
bien sûr.
J&#8217;en repère quatre.
L&#8217;un en mendiant.
Sa moustache trop propre.
Il le/me perçois, s&#8217;incline.
Je le reverrai à la porte ouest du palais.
En habit orange de colonel de la garde droite.
J&#8217;arrive au centre.
Du pays.
De la capitale.
De l&#8217;Univers.
Les murs extérieurs sont vieux, blancs, marbrés
propres.
Le bruit de l&#8217;eau, claire.
Le sceau sur mes papiers
provoque un vertige
à faire chuter le genou au sol.
Je franchis la première douve.
Un mètre. Zéro deux de profondeur.
Sur chaque arbre d&#8217;attente,
trois jardiniers impériaux
donnent patiemment de la respiration
aux épines sauge
Dans l&#8217;allée blanche des défilés,
des cadets des vingt familles
répètent la trace d&#8217;une marche complexe,
verbatim.
Dix rangs sur dix forment l&#8217;âme, une, noire,
aussi silencieuse
qu&#8217;une cordelette à étouffement
sur le cou d&#8217;un traître.
Le gravier ne crisse pas.
L&#8217;air battu par le taiko
n&#8217;évente aucune silicate.
Je prends le thé salé
sur l&#8217;engawa de la première Attente.
Et m&#8217;amuse des formes impudiques des nuages.
Le repas m&#8217;est servi dans la seconde Attente.
Celle des tigres et des bambous
sur fond d&#8217;or et de brume.
J&#8217;ai demandé de l&#8217;encre et du papier
et trace trois copies
du sutra du coeur pur.
Un régulier. Un herbe folle.
Un libre à mon bras.
Pendant chaque trait,
Mon oreille droite perçoit la femme qui jouit.
Plusieurs fois.
A deux heures et vingt-trois mètres.
Sa voix chante. Mieux que ma bougie.
L&#8217;empereur me mande
et me reçoit
à deux heures et vingt-trois mètres.
Je suis la loi, le principe et l&#8217;action
Je suis la complétude et le résultat
Je suis l&#8217;empereur du monde
Je suis l&#8217;empereur des hommes
Je les aime durement
parce qu&#8217;ils méritent la bienveillance
Tu es mon bras, ma discipline, mon ambition
Et tu feras le bien du monde
Pour le bien du monde
杲
&#8230; Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</itunes:summary>
		<itunes:keywords>Monogatari</itunes:keywords>
		<itunes:author>Stéphane Barbery</itunes:author>
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	</item>
		<item>
		<title>Les 6000 mètres</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/13/les-6000-metres/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/13/les-6000-metres/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 13 Mar 2012 13:03:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2302</guid>
		<description><![CDATA[Parole de la montagne… fille de la ((Nécessité)) 杲 Je suis fils d&#8217;empereur et d&#8217;une maitresse d&#8217;un soir - ma mère a de gros seins que je n&#8217;ai jamais su lâcher - Quatre ans. On me lègue au temple qui fait de moi prévôt. Ma lame a connu trente-six nombrils. Et je souris. Ceux qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6964435273/" title="Ume blanc, Ume noir : 36 by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7065/6964435273_1efcf44be3.jpg" width="500" height="378" alt="Ume blanc, Ume noir : 36"></a></p>
<p>Parole de la montagne…  fille de la ((Nécessité))</p>
<p>杲</p>
<p>Je suis fils d&#8217;empereur<br />
et d&#8217;une maitresse d&#8217;un soir<br />
- ma mère a de gros seins que je n&#8217;ai jamais su lâcher -</p>
<p>Quatre ans.<br />
On me lègue au temple<br />
qui fait de moi prévôt.<br />
Ma lame a connu trente-six nombrils.<br />
Et je souris.</p>
<p>Ceux qui m&#8217;aiment<br />
les peu<br />
en appellent à mes fossettes<br />
pour les aider à vivre.</p>
<p>J&#8217;ai choisi l&#8217;autel du kami qui erre,<br />
le deux fois né,<br />
l&#8217;anomique<br />
le dieu des sucs et de l&#8217;écorce</p>
<p>L&#8217;autel vient de loin<br />
Des hommes tanés l&#8217;ont porté<br />
là où les bêtes ne montent plus<br />
à 6000 mètres<br />
en mesurant de leur pas<br />
la sente du thé et de la soie.</p>
<p>L&#8217;autel n&#8217;est pas secret<br />
Il accueille.<br />
Les curieux.<br />
Les peu<br />
ceux qui errent vêtus de leur écart,<br />
des aphtes à la bouche.</p>
<p>L&#8217;Empereur est prudent.<br />
Il fait place à tous les dieux.<br />
Surtout ceux qui s&#8217;acquittent<br />
sans trembler<br />
quand la terre gronde.</p>
<p>Le dieu errant,<br />
avec sa belle figure sujette à caution<br />
est le gardien de la fermentation<br />
celle qui donne l&#8217;extase<br />
qui transforme et libère<br />
connecte au fluide<br />
violent de tous préalables.<br />
prémonitoire de tous possibles.</p>
<p>Il veille aux<br />
cavales vagabondes des chiens célestes<br />
et au retour du safre serein de l&#8217;hiver<br />
auquel il sacrifie</p>
<p>Je veille au retour.<br />
J&#8217;ai charge,<br />
au plus étouffant de l&#8217;été,<br />
de tuer un pin<br />
un take<br />
de tuer un ume<br />
de leur mettre l&#8217;habit lunaire des morts<br />
de les pleurer<br />
avec des râles de chiens célestes hurlant leur maître<br />
de me taillader pour faire sortir la douleur<br />
- mes bras portent quarante cicatrices -<br />
de ramener leurs cendres à l&#8217;autel<br />
pour qu&#8217;on les souffle<br />
au temps du feu qui monte aux arbres.</p>
<p>Sur le plateau où je prélève le dû<br />
j&#8217;ai caché un coffre<br />
sous une malachite de mousse</p>
<p>Le coffre en métal<br />
a la forme d&#8217;un coeur.<br />
Le forgeron y a mis ma semence et mon âme.<br />
Et la clé à mon cou n&#8217;est jamais froide.</p>
<p>Avant chaque dû<br />
j&#8217;ouvre le coffre<br />
pour y contempler mon rire<br />
recroquevillé comme un enfant bleu</p>
<p>Il est beau<br />
Je le prends dans mes bras<br />
pour qu&#8217;il me berce<br />
Mon cou tremble<br />
Et je mords deux fois mes lèvres<br />
pour les deux femmes<br />
qui me l&#8217;ont fait mettre là.</p>
<p>Un jour,<br />
au temps de la promesse,<br />
l&#8217;une, l&#8217;autre<br />
sera enfin libre<br />
Le rire retrouvera sa place<br />
dans mon sternum</p>
<p>Et les nuits<br />
ne compteront plus</p>
<p>杲</p>
<p>… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</p>
]]></content:encoded>
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Parole de la montagne…  fille de la ((Nécessité))
杲
Je suis fils d&#8217;empereur
et d&#8217;une maitresse d&#8217;un soir
- ma mère a de gros seins que je n&#8217;ai jamais su lâcher -
Quatre ans.
On me lègue au temple
qui fait de moi prévôt.
Ma l[...]</itunes:subtitle>
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Parole de la montagne…  fille de la ((Nécessité))
杲
Je suis fils d&#8217;empereur
et d&#8217;une maitresse d&#8217;un soir
- ma mère a de gros seins que je n&#8217;ai jamais su lâcher -
Quatre ans.
On me lègue au temple
qui fait de moi prévôt.
Ma lame a connu trente-six nombrils.
Et je souris.
Ceux qui m&#8217;aiment
les peu
en appellent à mes fossettes
pour les aider à vivre.
J&#8217;ai choisi l&#8217;autel du kami qui erre,
le deux fois né,
l&#8217;anomique
le dieu des sucs et de l&#8217;écorce
L&#8217;autel vient de loin
Des hommes tanés l&#8217;ont porté
là où les bêtes ne montent plus
à 6000 mètres
en mesurant de leur pas
la sente du thé et de la soie.
L&#8217;autel n&#8217;est pas secret
Il accueille.
Les curieux.
Les peu
ceux qui errent vêtus de leur écart,
des aphtes à la bouche.
L&#8217;Empereur est prudent.
Il fait place à tous les dieux.
Surtout ceux qui s&#8217;acquittent
sans trembler
quand la terre gronde.
Le dieu errant,
avec sa belle figure sujette à caution
est le gardien de la fermentation
celle qui donne l&#8217;extase
qui transforme et libère
connecte au fluide
violent de tous préalables.
prémonitoire de tous possibles.
Il veille aux
cavales vagabondes des chiens célestes
et au retour du safre serein de l&#8217;hiver
auquel il sacrifie
Je veille au retour.
J&#8217;ai charge,
au plus étouffant de l&#8217;été,
de tuer un pin
un take
de tuer un ume
de leur mettre l&#8217;habit lunaire des morts
de les pleurer
avec des râles de chiens célestes hurlant leur maître
de me taillader pour faire sortir la douleur
- mes bras portent quarante cicatrices -
de ramener leurs cendres à l&#8217;autel
pour qu&#8217;on les souffle
au temps du feu qui monte aux arbres.
Sur le plateau où je prélève le dû
j&#8217;ai caché un coffre
sous une malachite de mousse
Le coffre en métal
a la forme d&#8217;un coeur.
Le forgeron y a mis ma semence et mon âme.
Et la clé à mon cou n&#8217;est jamais froide.
Avant chaque dû
j&#8217;ouvre le coffre
pour y contempler mon rire
recroquevillé comme un enfant bleu
Il est beau
Je le prends dans mes bras
pour qu&#8217;il me berce
Mon cou tremble
Et je mords deux fois mes lèvres
pour les deux femmes
qui me l&#8217;ont fait mettre là.
Un jour,
au temps de la promesse,
l&#8217;une, l&#8217;autre
sera enfin libre
Le rire retrouvera sa place
dans mon sternum
Et les nuits
ne compteront plus
杲
… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</itunes:summary>
		<itunes:keywords>Monogatari</itunes:keywords>
		<itunes:author>Stéphane Barbery</itunes:author>
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	</item>
		<item>
		<title>L&#8217;allée des huit pas</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/12/lallee-des-huit-pas/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/12/lallee-des-huit-pas/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 12 Mar 2012 09:23:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2294</guid>
		<description><![CDATA[Parole du feu&#8230; fille de la ((Nécessité)) 杲 C&#8217;est une impasse. Les feuilles pourrissent au sol. En strates décennales. Les haies de vieux bambous sales grondent : n&#8217;entre pas ! On se sent si bien dans l&#8217;affliction : l&#8217;angoisse y roule des palots obscurs qui nous tend ses bras résilles. Tu entres bien sûr. Des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6563998845/" title="Ta clairière ? Un demi-terrain de rugby ? by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7027/6563998845_023dc76f0b.jpg" width="500" height="333" alt="Ta clairière ? Un demi-terrain de rugby ?"></a></p>
<p>Parole du feu&#8230; fille de la ((Nécessité))</p>
<p>杲</p>
<p>C&#8217;est une impasse.<br />
Les feuilles pourrissent au sol.<br />
En strates décennales.<br />
Les haies de vieux bambous sales grondent :<br />
<em>n&#8217;entre pas !</em></p>
<p>On se sent si bien<br />
dans l&#8217;affliction :<br />
l&#8217;angoisse y roule des palots obscurs<br />
qui nous tend ses bras résilles.</p>
<p>Tu entres bien sûr.<br />
Des lanternes de pierre t&#8217;accueillent<br />
en parade d&#8217;honneur<br />
vides comme des noix<br />
bien froides<br />
comme tes amygdales.<br />
Tu mets ta main sur le creux<br />
de ton appendice.<br />
Tu aurais préféré qu&#8217;on t&#8217;enlève le coeur.</p>
<p>L&#8217;allée des huit pas<br />
te donne un temple.<br />
Neuf.<br />
Le toit en écorces de cyprès<br />
- la famille impériale seule s&#8217;en couvre -<br />
brille de neige fondue.</p>
<p>Trois bouddhas t&#8217;accueillent.<br />
Un bouddha immense,<br />
obèse étrange aux pays des skinny,<br />
- le bouddha des soins &#8211; .<br />
Trois mètres; deux de large.<br />
Couvert d&#8217;or aussi vierge que l&#8217;abri.<br />
Et deux assesseurs. Indifférents.<br />
Miséricordieux d&#8217;indifférence :<br />
les plaintes ne sont jamais moins vides que le vide.</p>
<p>Tu t&#8217;installes.<br />
En seiza.<br />
Devant l&#8217;autel.<br />
Frappes deux fois le soleil de cuivre.<br />
Joins tes mains en gasshô.</p>
<p>Dans l&#8217;encensoir du temps<br />
tu déposes en forme d&#8217;âme<br />
la poudre<br />
qui fumera la durée de ta prière.</p>
<p>Ta bouche sort un Hannya Shingyo.<br />
Un deuxième plus rapide.<br />
Un troisième indistinct.<br />
Ta transe est claire<br />
aussi pure que ton chagrin d&#8217;amour</p>
<p>On ne peut rien à aimer l&#8217;impossible</p>
<p>Le charbon rouge devant toi claque doucement<br />
irrégulièrement<br />
comme un coquillage du sud<br />
de la taille d&#8217;un ongle annulaire<br />
que rencontrerait une semelle de cuir<br />
noircie par un été sans fin.</p>
<p>Une réserve de lamelles de pin<br />
attend sa crémation<br />
en pyramide.</p>
<p>Sur chaque lamelle<br />
des souffrants ont dessiné leur corps.<br />
Et entouré leur mal.</p>
<p>Tu n&#8217;as jamais connu vraiment le corps malade.</p>
<p>la première lamelle porte le nom d&#8217;une femme.<br />
Et un âge.<br />
23 ans.<br />
La fumée monte. Caresse le bouddha.<br />
Disparaît dans la nuit du monde.<br />
Puisse-t-elle emporter la tumeur.</p>
<p>La seconde lamelle porte le prénom d&#8217;un homme.<br />
Celui de ton grand-père.<br />
74 ans.<br />
L&#8217;estomac est crayonné.<br />
La tête est entourée.<br />
Les genoux, rayés.<br />
Puisse la nuit emporter sa douleur.</p>
<p>Les lamelles défilent<br />
et font honte à ton corps sain.<br />
Je lis les noms.<br />
Porte les bords à mes lèvres.<br />
Les accompagne au feu.</p>
<p>Et quand l&#8217;encens s&#8217;éteint<br />
j&#8217;ai perdu le souvenir,</p>
<p>la raison de ma présence</p>
<p>杲</p>
<p>… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/12/lallee-des-huit-pas/feed/</wfw:commentRss>
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Parole du feu&#8230; fille de la ((Nécessité))
杲
C&#8217;est une impasse.
Les feuilles pourrissent au sol.
En strates décennales.
Les haies de vieux bambous sales grondent :
n&#8217;entre pas !
On se sent si bien
dans l&#8217;affliction :
l&#8217;a[...]</itunes:subtitle>
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Parole du feu&#8230; fille de la ((Nécessité))
杲
C&#8217;est une impasse.
Les feuilles pourrissent au sol.
En strates décennales.
Les haies de vieux bambous sales grondent :
n&#8217;entre pas !
On se sent si bien
dans l&#8217;affliction :
l&#8217;angoisse y roule des palots obscurs
qui nous tend ses bras résilles.
Tu entres bien sûr.
Des lanternes de pierre t&#8217;accueillent
en parade d&#8217;honneur
vides comme des noix
bien froides
comme tes amygdales.
Tu mets ta main sur le creux
de ton appendice.
Tu aurais préféré qu&#8217;on t&#8217;enlève le coeur.
L&#8217;allée des huit pas
te donne un temple.
Neuf.
Le toit en écorces de cyprès
- la famille impériale seule s&#8217;en couvre -
brille de neige fondue.
Trois bouddhas t&#8217;accueillent.
Un bouddha immense,
obèse étrange aux pays des skinny,
- le bouddha des soins &#8211; .
Trois mètres; deux de large.
Couvert d&#8217;or aussi vierge que l&#8217;abri.
Et deux assesseurs. Indifférents.
Miséricordieux d&#8217;indifférence :
les plaintes ne sont jamais moins vides que le vide.
Tu t&#8217;installes.
En seiza.
Devant l&#8217;autel.
Frappes deux fois le soleil de cuivre.
Joins tes mains en gasshô.
Dans l&#8217;encensoir du temps
tu déposes en forme d&#8217;âme
la poudre
qui fumera la durée de ta prière.
Ta bouche sort un Hannya Shingyo.
Un deuxième plus rapide.
Un troisième indistinct.
Ta transe est claire
aussi pure que ton chagrin d&#8217;amour
On ne peut rien à aimer l&#8217;impossible
Le charbon rouge devant toi claque doucement
irrégulièrement
comme un coquillage du sud
de la taille d&#8217;un ongle annulaire
que rencontrerait une semelle de cuir
noircie par un été sans fin.
Une réserve de lamelles de pin
attend sa crémation
en pyramide.
Sur chaque lamelle
des souffrants ont dessiné leur corps.
Et entouré leur mal.
Tu n&#8217;as jamais connu vraiment le corps malade.
la première lamelle porte le nom d&#8217;une femme.
Et un âge.
23 ans.
La fumée monte. Caresse le bouddha.
Disparaît dans la nuit du monde.
Puisse-t-elle emporter la tumeur.
La seconde lamelle porte le prénom d&#8217;un homme.
Celui de ton grand-père.
74 ans.
L&#8217;estomac est crayonné.
La tête est entourée.
Les genoux, rayés.
Puisse la nuit emporter sa douleur.
Les lamelles défilent
et font honte à ton corps sain.
Je lis les noms.
Porte les bords à mes lèvres.
Les accompagne au feu.
Et quand l&#8217;encens s&#8217;éteint
j&#8217;ai perdu le souvenir,
la raison de ma présence
杲
… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</itunes:summary>
		<itunes:keywords>Monogatari</itunes:keywords>
		<itunes:author>Stéphane Barbery</itunes:author>
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	</item>
		<item>
		<title>Les trois doigts</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/11/les-trois-doigts/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/11/les-trois-doigts/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 11 Mar 2012 04:08:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

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		<description><![CDATA[Parole de l&#8217;amante&#8230; fille de la ((Nécessité)) 杲 La déesse aux yeux pers celle de l&#8217;empire au nom secret qui cycle t&#8217;accueille dans sa rizière Le carré est vert. Celui de la chlorophylle à l&#8217;automne. Il frisonne dans l&#8217;eau qui s&#8217;est mis du bleu aux yeux. Avec l&#8217;index droit. Au centre, sur le rocher gris, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6818283110/" title="Jeter le mauvais sort à la destinée des couples de sang by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7064/6818283110_520ebef8e4.jpg" width="500" height="375" alt="Jeter le mauvais sort à la destinée des couples de sang"></a></p>
<p>Parole de l&#8217;amante&#8230; fille de la ((Nécessité))</p>
<p>杲</p>
<p>La déesse aux yeux pers<br />
celle de l&#8217;empire<br />
au nom secret qui cycle<br />
t&#8217;accueille dans sa rizière</p>
<p>Le carré est vert. Celui de la chlorophylle à l&#8217;automne.<br />
Il frisonne<br />
dans l&#8217;eau qui s&#8217;est mis du bleu aux yeux.<br />
Avec l&#8217;index droit.</p>
<p>Au centre, sur le rocher gris,<br />
fossile d&#8217;une forêt du futur,<br />
La déesse à l&#8217;obi d&#8217;or porte une tourterelle sur son épaule nue.</p>
<p>Elle me tend une écharpe orangée.<br />
Que je noue à ma taille.<br />
Et un anneau magnétique,<br />
tressé comme une couleuvre froide<br />
que je passe à mon poignet blessé.</p>
<p>Je suis initié.<br />
Je peux désormais entendre sa voix cassée.<br />
De ceux qui ont trop bu.</p>
<p>杲</p>
<p>J&#8217;aime la boue, les grumeaux de la boue,<br />
j&#8217;y trempe tous les jours les ailes neiges &#8211; violet pâle &#8211; de ma tourterelle</p>
<p>Quand je pleure, quand il pluie<br />
c&#8217;est pour étancher la soif de la boue<br />
et pour les ailes de ma tourterelle</p>
<p>Sinon, comment volerait-elle pour déclencher la nuit ?</p>
<p>Tu vas te rendre dans la plaine.<br />
Tu prendras soin de toi : les âmes ne sont pas faites pour la plaine.<br />
Celle-ci est cachée, au milieu de la forêt des arbres qui tombent.<br />
Tu y verras des fleurs. Blanches.<br />
Leur parfum te troublera.<br />
Mais l&#8217;odeur du blanc qui trouble ne t&#8217;attachera pas.</p>
<p>Quelque part dans la plaine,<br />
invisible, et ce sera là ton espoir,<br />
une source t&#8217;attend :<br />
la source de l&#8217;oubli.</p>
<p>Tu y laveras tes peines.<br />
Mais juste tes mains.<br />
Tu y laveras tes peines.<br />
Mais juste tes cheveux gris.<br />
Tu protégeras le reste de ton corps<br />
d&#8217;un coton rêche.<br />
Et tu laveras ton sexe<br />
du sang des femmes qui n&#8217;en pouvaient plus d&#8217;attendre.</p>
<p>Elle est cruelle, l&#8217;attente.</p>
<p>C&#8217;est ici que j&#8217;ai pour la première fois donné le riz</p>
<p>Il est lourd le prix du grain, sais-tu ?<br />
Regarde-le ce grain cuit que j&#8217;écrase entre mes doigts.<br />
Sans lui tu meurs &#8211; toi et tous ceux qui t&#8217;aiment &#8211; à vingt-huit ans.<br />
Ce grain là, c&#8217;est ta maison. Celle où tu voudras vieillir. Ignorant l&#8217;autre vallée.<br />
Ce grain c&#8217;est ton épouse et tes héritiers, qui t&#8217;attendent sans maîtresse, sans plaisir,<br />
sauf celui de leur prison au miel.<br />
Ce grain c&#8217;est le gâteau doux, l&#8217;alcool brut, la chanson<br />
qui t&#8217;oublie du temps.</p>
<p>Elle est cruelle, l&#8217;attente.</p>
<p>Le riz, je l&#8217;ai volé à un maître dieu endormi.<br />
Qui rêve d&#8217;un long rêve &#8211; édifiant.<br />
J&#8217;ai pris son sexe dressé en moi. Me suis ouverte. Comme jamais je ne m&#8217;étais ouverte.<br />
Plus ouverte que le soleil de plein été en plein midi<br />
plus ouverte que le ciel bleu un jour de grands thermiques<br />
et j&#8217;ai pris sa semence en moi.<br />
Je l&#8217;ai cachée, comme un secret,<br />
dans le cocon de mon ventre.</p>
<p>Et je l&#8217;ai offerte à un homme<br />
que j&#8217;aimais.<br />
Un mortel dont le chant me hante, me berce et m&#8217;étrangle encore.<br />
Un homme qui crachait dans ses mains pour découper les planches de son cercueil.<br />
Je lui ai donné le grain pour que la paille le vêtisse en manteau crème, crissant, sous la pluie, sous l&#8217;hiver<br />
Parce qu&#8217;au temps de l&#8217;expire, je serai pour toujours absente.<br />
Requise sur le sexe du dieu endormi<br />
jusqu&#8217;au solstice<br />
pour ne revenir qu&#8217;avec les feuilles.</p>
<p>Tu boiras l&#8217;écorce de saule pour oublier le goût des autres femmes.<br />
Ton aimée boira la feuille de saule pour avoir le ventre fertile.<br />
Elle glaisera, avec trois doigts, une figurine qui aura mes traits.<br />
Elle y mettra sa salive.<br />
Et un noyau d&#8217;ume.<br />
Le troisième jour du troisième mois, elle jeûnera, abstinente. Pour se souvenir de la faim.<br />
Et dans la nuit, elle creusera pour enterrer la statue.<br />
Elle cherchera dans le sol celle de l&#8217;an passé,<br />
qu&#8217;elle brûlera pour utiliser la poudre<br />
sur de petits gâteaux en oiseaux.<br />
Vous leur donnerez des noms obscènes. Et vous rirez.<br />
En les trempant dans du thé parfumé.</p>
<p>Si jamais un jour un chat mange l&#8217;un des oiseaux<br />
Vous le tuerez au couteau. L&#8217;honorerez et le pleurerez.<br />
Vous ferez venir le juge de la capitale.<br />
Pour qu&#8217;il condamne la lame coupable &#8211; et non son opérateur.<br />
La lame sera mise en prison.<br />
Dans la cellule des condamnés.<br />
Ils pourront l&#8217;utiliser pour mettre fin à leur jour.</p>
<p>Elle est cruelle, l&#8217;attente.</p>
<p>Les dieux souffrent de sa cruauté.<br />
Et chaque jour, au milieu du front,<br />
nous prions secrètement qu&#8217;une origine mette fin à notre<br />
intemporalité.</p>
<p>L&#8217;homme à qui j&#8217;ai donné le riz erre désormais de corps en corps.<br />
Dans le rêve d&#8217;engendrer sans s&#8217;unir.<br />
Il parcourt l&#8217;arc en ciel des femmes.<br />
Et les femmes le piétinent.</p>
<p>Au rythme du coeur qui monte les marches, sais-tu,<br />
la vie appelle le bonheur</p>
<p>杲</p>
<p>… Je te prends dans mes bras et te chanterai dans un autre hymne</p>
]]></content:encoded>
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Parole de l&#8217;amante&#8230; fille de la ((Nécessité))
杲
La déesse aux yeux pers
celle de l&#8217;empire
au nom secret qui cycle
t&#8217;accueille dans sa rizière
Le carré est vert. Celui de la chlorophylle à l&#8217;automne.
Il frisonne
dans l[...]</itunes:subtitle>
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Parole de l&#8217;amante&#8230; fille de la ((Nécessité))
杲
La déesse aux yeux pers
celle de l&#8217;empire
au nom secret qui cycle
t&#8217;accueille dans sa rizière
Le carré est vert. Celui de la chlorophylle à l&#8217;automne.
Il frisonne
dans l&#8217;eau qui s&#8217;est mis du bleu aux yeux.
Avec l&#8217;index droit.
Au centre, sur le rocher gris,
fossile d&#8217;une forêt du futur,
La déesse à l&#8217;obi d&#8217;or porte une tourterelle sur son épaule nue.
Elle me tend une écharpe orangée.
Que je noue à ma taille.
Et un anneau magnétique,
tressé comme une couleuvre froide
que je passe à mon poignet blessé.
Je suis initié.
Je peux désormais entendre sa voix cassée.
De ceux qui ont trop bu.
杲
J&#8217;aime la boue, les grumeaux de la boue,
j&#8217;y trempe tous les jours les ailes neiges &#8211; violet pâle &#8211; de ma tourterelle
Quand je pleure, quand il pluie
c&#8217;est pour étancher la soif de la boue
et pour les ailes de ma tourterelle
Sinon, comment volerait-elle pour déclencher la nuit ?
Tu vas te rendre dans la plaine.
Tu prendras soin de toi : les âmes ne sont pas faites pour la plaine.
Celle-ci est cachée, au milieu de la forêt des arbres qui tombent.
Tu y verras des fleurs. Blanches.
Leur parfum te troublera.
Mais l&#8217;odeur du blanc qui trouble ne t&#8217;attachera pas.
Quelque part dans la plaine,
invisible, et ce sera là ton espoir,
une source t&#8217;attend :
la source de l&#8217;oubli.
Tu y laveras tes peines.
Mais juste tes mains.
Tu y laveras tes peines.
Mais juste tes cheveux gris.
Tu protégeras le reste de ton corps
d&#8217;un coton rêche.
Et tu laveras ton sexe
du sang des femmes qui n&#8217;en pouvaient plus d&#8217;attendre.
Elle est cruelle, l&#8217;attente.
C&#8217;est ici que j&#8217;ai pour la première fois donné le riz
Il est lourd le prix du grain, sais-tu ?
Regarde-le ce grain cuit que j&#8217;écrase entre mes doigts.
Sans lui tu meurs &#8211; toi et tous ceux qui t&#8217;aiment &#8211; à vingt-huit ans.
Ce grain là, c&#8217;est ta maison. Celle où tu voudras vieillir. Ignorant l&#8217;autre vallée.
Ce grain c&#8217;est ton épouse et tes héritiers, qui t&#8217;attendent sans maîtresse, sans plaisir,
sauf celui de leur prison au miel.
Ce grain c&#8217;est le gâteau doux, l&#8217;alcool brut, la chanson
qui t&#8217;oublie du temps.
Elle est cruelle, l&#8217;attente.
Le riz, je l&#8217;ai volé à un maître dieu endormi.
Qui rêve d&#8217;un long rêve &#8211; édifiant.
J&#8217;ai pris son sexe dressé en moi. Me suis ouverte. Comme jamais je ne m&#8217;étais ouverte.
Plus ouverte que le soleil de plein été en plein midi
plus ouverte que le ciel bleu un jour de grands thermiques
et j&#8217;ai pris sa semence en moi.
Je l&#8217;ai cachée, comme un secret,
dans le cocon de mon ventre.
Et je l&#8217;ai offerte à un homme
que j&#8217;aimais.
Un mortel dont le chant me hante, me berce et m&#8217;étrangle encore.
Un homme qui crachait dans ses mains pour découper les planches de son cercueil.
Je lui ai donné le grain pour que la paille le vêtisse en manteau crème, crissant, sous la pluie, sous l&#8217;hiver
Parce qu&#8217;au temps de l&#8217;expire, je serai pour toujours absente.
Requise sur le sexe du dieu endormi
jusqu&#8217;au solstice
pour ne revenir qu&#8217;avec les feuilles.
Tu boiras l&#8217;écorce de saule pour oublier le goût des autres femmes.
Ton aimée boira la feuille de saule pour avoir le ventre fertile.
Elle glaisera, avec trois doigts, une figurine qui aura mes traits.
Elle y mettra sa salive.
Et un noyau d&#8217;ume.
Le troisième jour du troisième mois, elle jeûnera, abstinente. Pour se souvenir de la faim.
Et dans la nuit, elle creusera pour enterrer la statue.
Elle cherchera dans le sol celle de l&#8217;an passé,
qu&#8217;elle brûlera pour utiliser la poudre
sur de petits gâteaux en oiseaux.
Vous leur donnerez des noms obscènes. Et vous rirez.
En les trempant dans du thé parfumé.
Si jamais un jour un chat mange l&#8217;un des oiseaux
Vous le tuerez au couteau. L&#8217;honorere[...]</itunes:summary>
		<itunes:keywords>Monogatari</itunes:keywords>
		<itunes:author>Stéphane Barbery</itunes:author>
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	</item>
		<item>
		<title>Le tengu des deux vallées</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/07/le-tengu-des-deux-vallees/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/07/le-tengu-des-deux-vallees/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 07 Mar 2012 02:11:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2280</guid>
		<description><![CDATA[J&#8217;allais remettre le rouleau à sa place quand je me souviens que son envers porte l&#8217;histoire du tengu des deux vallées Depuis mon enfance, je n&#8217;arrive pas à décider si j&#8217;aime ou n&#8217;aime pas cette histoire. La morale est trop simple. Ou peut-être, je ne la comprends pas. Je l&#8217;ambigue. 杲 Au temps des grand-vieux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6814393308/" title="Tengu 2 by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7176/6814393308_3d69342894.jpg" width="500" height="500" alt="Tengu 2"></a></p>
<p>J&#8217;allais remettre le rouleau à sa place<br />
quand je me souviens<br />
que son envers porte l&#8217;histoire<br />
du tengu des deux vallées</p>
<p>Depuis mon enfance,<br />
je n&#8217;arrive pas à décider<br />
si j&#8217;aime<br />
ou n&#8217;aime pas cette histoire.<br />
La morale est trop simple.<br />
Ou peut-être, je ne la comprends pas.<br />
Je l&#8217;ambigue.</p>
<p>杲</p>
<p>Au temps des grand-vieux<br />
dans une île de l&#8217;Est<br />
les gens en sont arrivés à ne plus croire.<br />
C&#8217;est vrai de toutes les époques.<br />
Mais en ce temps là, sur l&#8217;île, personne ne croit vraiment plus.<br />
Sauf au tengu.</p>
<p>Chacun, en sujet de l&#8217;empire qui se respecte,<br />
accomplit pourtant tout ce qu&#8217;il faut.<br />
Les fêtes sont célébrées à la virgule.<br />
Le rituel déroulé au pli.<br />
Exactement comme pour le carnaval…</p>
<p>Les grand-mères ne sont plus que quatre<br />
toutes les semaines<br />
à la cérémonie du temple.<br />
Et elles ne viennent que pour le potin d&#8217;après prière.<br />
Ce qui agace le prêtre.<br />
Qui pourtant n&#8217;y croit plus lui-même depuis si longtemps,<br />
qu&#8217;il vit ses jours, haineux,<br />
crispé dans sa lâcheté.</p>
<p>Est-ce un effet d&#8217;un accident de l&#8217;histoire ?<br />
Personne ne croit plus<br />
depuis que la petite ville au centre de l&#8217;île se prend au sérieux.<br />
Et elle se prend au sérieux<br />
depuis que de très loin, des voyageurs érudits<br />
viennent se recueillir sur la tombe<br />
du plus grand tragédien de l&#8217;empire<br />
l&#8217;auteur des mille pièces immortelles.<br />
Exilé ici. Mort ici. Mort d&#8217;exil.</p>
<p>La troupe locale est devenue le centre de toutes les attentions.<br />
Elle est classée, par les connaisseurs impartiaux,<br />
comme la troisième du pays,<br />
après celle de l&#8217;Empereur<br />
après celle du Premier Général,</p>
<p>Chacun dans la troupe a pourtant un autre métier.<br />
Le vieux taiko est charbonnier.<br />
Sur scène, il est le tambourin, et l&#8217;un des deux comiques.<br />
Les tragédiens le méprisent,<br />
parce qu&#8217;il fait rire &#8211; scatologiquement &#8211; ,<br />
et parce qu&#8217;il est pauvre.<br />
Bien plus qu&#8217;eux.</p>
<p>Il gêne parfois la troupe<br />
d&#8217;avoir depuis toujours choisi de ne pas prendre d&#8217;assistant.<br />
Mais comme on le traite en secondaire<br />
les gênes sont résolues comme des questions de troisième ordre.</p>
<p>Les gens de l&#8217;île l&#8217;aiment pourtant beaucoup, le vieux taiko.<br />
Ils respectent sa bonne humeur<br />
son humilité.<br />
Il les fait se détendre entre deux larmes, entre deux transes.<br />
Et son charbon ne fume pas.</p>
<p>Les îliens respectent aussi son courage.<br />
D&#8217;habiter dans la forêt des deux vallées.</p>
<p>Sur l&#8217;île on ne croit plus aux kami ni aux bouddhas.<br />
On donne la pièce au bonze par pitié plus que par piété.<br />
Mais on a peur du tengu.<br />
Le tengu des deux vallées.</p>
<p>Il est dit qu&#8217;il n&#8217;y a plus que lui désormais.<br />
Qu&#8217;il a toujours été là.<br />
A hanter les routes.<br />
Du coucher au lever :<br />
les tengu, ça n&#8217;aime pas le soleil.</p>
<p>Celui des deux vallées est connu pour être farceur.<br />
Il se transforme pour jouer des tours,<br />
et rire de façon terrifiante<br />
de la terreur de ses victimes.</p>
<p>Alors les clients du vieux taiko prennent soin<br />
de lui rappeler de respecter la nuit.<br />
Les mamans mettent un ou deux onigiri fourrés à la prune<br />
dans sa manche et le poussent gentiment vers les pentes du volcan<br />
quand elles remarquent qu&#8217;il commence à faire sombre<br />
dans l&#8217;arrière cuisine où elles le reçoivent.</p>
<p>Un soir d&#8217;été, le vieux taiko,<br />
qui aime sa forêt et n&#8217;y a jamais peur,<br />
reste trop longtemps<br />
à répéter une pièce difficile, celle du démon à la cloche,<br />
avec la troupe,<br />
pour le passage de niveau du jeune maître danseur.</p>
<p>Sur son chemin<br />
pas complètement au milieu<br />
mais immanquable<br />
une grosse bouilloire de fonte noire<br />
sans la moindre trace de rouille.</p>
<p><em>Rhala ! Qui a pu abandonner une bouilloire ici ?<br />
Elle doit être trouée comme un cul pour qu&#8217;on la jette ainsi.</em><br />
Il s&#8217;approche et admire en sifflant la beauté<br />
de la forme en cou de grue de l&#8217;objet.<br />
Il sourit en esthète au double couvercle :<br />
l&#8217;un pour le thé, en demi-lune,<br />
l&#8217;autre pour réchauffer les bouteilles à sake, en petit soleil.<br />
<em>Quelle bouilloire magnifique ! C&#8217;est un chadogu de prince !<br />
J&#8217;ai  &#8211; lalalala &#8211; un derrière bordé d&#8217;omen, danaaaa&#8230;</em> fit-il en se tapant sur le ventre<br />
comme sur un taiko.<br />
<em>Même si elle est percée, j&#8217;en trouverai toujours un usage<br />
dans ma maison de cloclo.</em></p>
<p>Il tend ses reins et son bras droit pour soulever la bouilloire :<br />
sans succès.<br />
Surpris, il regarde à l&#8217;intérieur.<br />
Ses dents se mettent à claquer comme un bec de corbeau rogue :<br />
la bouilloire est remplie de pièces d&#8217;or.</p>
<p>Pendant un long moment il fixe<br />
les pupilles décachetées<br />
les pièces ovales d&#8217;or qui brillent<br />
chaudes<br />
comme si elles sortaient de leur moule impérial.</p>
<p><em>Gloire, gloire aux oni poilus !<br />
Non mais &#8211; lalala &#8211;  quel trèfle festoné de soba, quel ronfleur bordé de ramen j&#8217;ai cette nuit, danaaa…<br />
Allons allons, vieux cloclo, ne pleure pas, pense à tout ce que tu peux faire !</em><br />
dit-il à voix haute en déposant son support à charbon &#8211; en bois &#8211; sur le sol,<br />
en y fixant la bouilloire à l&#8217;aide des cordes qu&#8217;il prend plaisir à tresser<br />
l&#8217;été, dans sa clairière,<br />
et en attachant à sa taille le traineau improvisé<br />
pour le tirer derrière lui jusqu&#8217;à sa petite maison.</p>
<p><em>Avec mon trésor, je vais pouvoir m&#8217;acheter un pavillon près de la plage<br />
dans une forêt de pin.<br />
Où j&#8217;aurai chaud l&#8217;hiver.<br />
Un nouveau tambourin. Même deux.<br />
Un kuromonzuki neuf. En soie. Pour remplacer mon tout rapiécé.<br />
Je ferai un jardin de mousse avec une hutte pour le thé<br />
d&#8217;où je verrai la lune dans les vagues.<br />
Et sous l&#8217;ume du tsuboniwa<br />
j&#8217;enterrerai le reste de mes pièces d&#8217;or.<br />
Non : je ferai enterrer les pièces d&#8217;or par ma jeune femme<br />
qui aura une poitrine douce et philantrope.</em></p>
<p>Les détails de la scène défilent saturés en couleurs dans sa tête<br />
pendant qu&#8217;il tire le lourd traineau.<br />
Essoufflé par la pente,<br />
le taiko s&#8217;offre une pause en se massant le ventre<br />
et ouvre le couvercle demi-lune de la bouilloire<br />
en frémissant d&#8217;excitation.</p>
<p><em>Mah ! Plus une seule pièce d&#8217;or !</em><br />
Mais, parfaitement empilés : de petits lingonnets d&#8217;argent.</p>
<p><em>Ralah ! C&#8217;est vraiment curieux, j&#8217;aurai pu jurer<br />
qu&#8217;il y avait de l&#8217;or dans la bouilloire tout à l&#8217;heure.<br />
J&#8217;ai du rêver !<br />
Baaah, ce n&#8217;est pas grave, j&#8217;ai vraiment le grognon qui déborde de pâtes, danaaa….<br />
Les pièces d&#8217;or auraient été difficile à conserver. L&#8217;argent c&#8217;est plus facile à négocier.<br />
Et ma compagne à la poitrine philantrope sera une excellente négociatrice.<br />
Gloire, ô gloire aux oni poilus !</em><br />
Et il reprend son chemin en tirant derrière lui la bouilloire<br />
et en poussant devant lui, un sourire aussi large que son ventre.</p>
<p>Un quart d&#8217;heure plus loin, le vieux taiko s&#8217;arrête.<br />
Pour essuyer son front et rajuster la corde du traîneau improvisé.<br />
Avec bonhomie il ouvre le couvercle en demi-lune de la bouilloire :<br />
remplie de morceaux de plomb.</p>
<p><em>Ralah ! J&#8217;aurai parié la dernière peau de mon taiko qu&#8217;il y avait des lingonnets d&#8217;argent dans cette paloche !<br />
Maaaah, c&#8217;est parfait ainsi ! Merci aux oni poilus !<br />
Le plomb, c&#8217;est vraiment facile à vendre !<br />
Et je n&#8217;aurai plus à me soucier la nuit de voleurs en quête de mon or ou de mon argent.<br />
Je vais pouvoir continuer à ronfler comme un matou enrhumé &#8211; avec dans mes bras une veuve dont la poitrine aura pu être un jour philantrope.<br />
J&#8217;ai &#8211; lalala &#8211; la lucarne d&#8217;un marchand de nouillettes, danaaa…</em><br />
dit-il en tapant un rythme complexe sur son ventre.<br />
Et il se remet en route en tirant derrière lui son pesant.</p>
<p>Le vieux taiko entrevoit sa petite maison lorsqu&#8217;il s&#8217;arrête pour sa dernière pause.<br />
En se balançant d&#8217;un pied sur l&#8217;autre, comme un petit garçon dont la vessie serait pleine,<br />
il ouvre le couvercle demi-lune de la bouilloire en fonte noire,<br />
qui ne porte pas la moindre trace de rouille<br />
et qui reflète désormais le mica des étoiles.</p>
<p>Une pierre, une simple pierre, a remplacé les morceaux de plomb.</p>
<p><em>Ralah ! Quelle chance !<br />
J&#8217;ai &#8211; lalala &#8211; le péteux d&#8217;un spaghetteux, danaaa….<br />
Cette pierre est exactement de la taille, de la texture, de la couleur et de la forme qu&#8217;il faut<br />
pour mon tout jeune bonsai de pin !<br />
Gloire aux oni poilus !</em><br />
Fait le vieux taiko en se tapant une fois &#8211; plaum &#8211; sur le ventre.</p>
<p>La bouilloire peut désormais être soulevée. Il la prend dans sa main gauche<br />
entre en sifflotant chez lui, allume un feu, et s&#8217;apprête à placer la pierre dans la composition du jeune bonsai auquel il travaille depuis trois hiver quand la pierre émet un sifflement ascendant sur trois notes et un gros bruit de langue vibrotante comme ceux que font les bébés qui s&#8217;amusent à découvrir le potentiel sonore de leur bouche.</p>
<p>Un bras rouge émerge de la pierre. Un deuxième.<br />
Une jambe nue. Ecarlate.<br />
Une autre.<br />
Un pagne.</p>
<p><em>POUahahahaha !</em> fait la créature au nez interminable qui<br />
apparait dans la pièce,<br />
et qui se met à<br />
tirer la langue, rouler des yeux,<br />
rire comme un âne en manque d&#8217;ânesse<br />
pointer de l&#8217;index gauche le vieux taiko en claquant des doigts de la main droite</p>
<p><em>Ralah ! Quelle chance ! J&#8217;ai vraiment le monocle ourlé de vermicelles, danaaa&#8230;</em><br />
fait le vieux taiko en se tapant deux fois &#8211; pam, paum &#8211; sur le ventre<br />
<em>le tengu des deux vallées me fait l&#8217;honneur de visiter ma maison de cloclo !</em></p>
<p><em>Euhh</em>, fait le tengu en se curant le nez : <em>ne craignez-vous point, Taiko san, le tengu des deux vallées ?</em></p>
<p><em>Ralah non ! Tengu sama est tout mignon avec ses rougeurs; vous avez des allergies ? vous vous êtes pris un coup de soleil, danaaa ?<br />
Vous avez le temps d&#8217;une pause pour un thé ? Je n&#8217;ai pas grand chose à dîner ce soir, mais je le partage volontiers avec vous, lalala&#8230;</em> dit le vieux taiko en sortant de sa manche deux onigiri fourrés à la prune.</p>
<p>Le tengu et le taiko s&#8217;affroient près du feu.<br />
Ils se passent pensivement la main sur le ventre en grignotant leur onigiri.<br />
Près de la petite théière, une assiette de nama yatsu hachi au matcha apparaît.<br />
Ils commencent à se raconter des histoires.<br />
Le tengu, ses meilleures farces.<br />
Le taiko, ses scénettes préférées de Taro Kaja.<br />
Ils rigolent.<br />
En se tapant sur le ventre.</p>
<p><em>Lala naahh, je n&#8217;ai jamais passé de meilleure soirée de ma vie</em> dit le vieux taiko en raccompagnant le tengu des deux vallées à la porte de sa clairière.</p>
<p>Depuis cette nuit là, le tengu rend régulièrement visite à son nouvel et seul ami. Il prend soin que ce dernier ne manque de rien. Ni de thé décent. Ni de soba. Ni de poires. Ni de nama yatsu hachi. Ni de bon bois pour son charbon.</p>
<p>Sagement, le vieux taiko n&#8217;a parlé à personne de son nouvel et seul ami.</p>
<p>Et quand un îlien maudit devant lui le tengu des deux vallées, il susurre juste : <em>Lala nehh, il n&#8217;est pas si mauvais, nehhh… Il doit juste bien aimer les farces, de temps en temps. </p>
<p>Danaa ?</em></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Atelier Poésie, mardi 6 mars 2012, Yoshida Yama, 14h30 : Eluard</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/05/atelier-poesie-mardi-6-mars-2012-yoshida-yama-14h30-eluard/</link>
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		<pubDate>Mon, 05 Mar 2012 07:46:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Atelier Poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2275</guid>
		<description><![CDATA[Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit. Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l&#8217;arrêt de bus Ginkakuji Michi). C&#8217;est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com La langue de l’atelier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6799898724/" title="Ume Kitano, presque, 09 by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7207/6799898724_56d12df06c.jpg" width="500" height="375" alt="Ume Kitano, presque, 09"></a></p>
<p>Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.<br />
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l&#8217;arrêt de bus Ginkakuji Michi).<br />
C&#8217;est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : <a href="mailto:barbery@gmail.com">barbery@gmail.com</a></p>
<p>La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.</p>
<p>Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d&#8217;un auteur classique. </p>
<p>L&#8217;essentiel de l&#8217;atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d&#8217;une interrogation sur l&#8217;esthétique française et ce qui la différencie de l&#8217;esthétique japonaise.</p>
<p>Texte étudié lors du prochain atelier : Toute caresse toute confiance se survivent de Paul Eluard.</p>
<p>*</p>
<p>Je te l&#8217;ai dit pour les nuages<br />
Je te l&#8217;ai dit pour l&#8217;arbre de la mer<br />
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles<br />
Pour les cailloux du bruit<br />
Pour les mains familières<br />
Pour l&#8217;oeil qui devient visage ou paysage<br />
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur<br />
Pour toute la nuit bue<br />
Pour la grille des routes<br />
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert<br />
Je te l&#8217;ai dit pour tes pensées pour tes paroles<br />
Toute caresse toute confiance se survivent</p>
<p>*</p>
<p>J&#8217;ai depuis toujours une prévenance contre la poésie d&#8217;Eluard.<br />
Trop facile. Trop virtuose. Et superbement irritante d&#8217;être profonde, intense, juste malgré sa virtuose facilité.<br />
En ces jours de pluie, j&#8217;ai trouvé que le dernier vers de ce poème pouvait faire office d&#8217;une définition possible du mono no aware.</p>
<p>*</p>
<p><strong>Liens  :</strong></p>
<ul>
<li><a href="http://capcanal.com/video.php?rubrique=3&#038;emission=10&#038;key=HB4Urjsw1K">Animation vidéo pour les enfants à partir d&#8217;une lecture du poème</a>
<li><a href="http://ja.wikipedia.org/wiki/%E3%83%9D%E3%83%BC%E3%83%AB%E3%83%BB%E3%82%A8%E3%83%AA%E3%83%A5%E3%82%A2%E3%83%BC%E3%83%AB">Page wikipédia japonaise sur Eluard</a>
<li>Me contacter : <a href="mailto:barbery@gmail.com">barbery@gmail.com</a>
</ul>
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		</item>
		<item>
		<title>Le troisième jour du troisième moi</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/03/01/le-troisieme-jour-du-troisieme-moi/</link>
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		<pubDate>Wed, 29 Feb 2012 23:03:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

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		<description><![CDATA[Mon enfance me revient. Avec un goût de cannelle de gingembre, de cardamome, de poivre noir, de clous de girofle et de recherche fébrile. Les vingt-trois morceaux du prince des temps n&#8217;est pas qu&#8217;une histoire c&#8217;est un jouet que l&#8217;on sort de sa boite précieuse le troisième jour du troisième mois. Les garçons y jouent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/5325254637/" title="La caverne et le soleil by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm6.staticflickr.com/5168/5325254637_69db45f5a2.jpg" width="333" height="500" alt="La caverne et le soleil"></a></p>
<p>Mon enfance me revient.<br />
Avec un goût de cannelle<br />
de gingembre, de cardamome,<br />
de poivre noir, de clous de girofle<br />
et de recherche fébrile.</p>
<p><em>Les vingt-trois morceaux du prince des temps</em><br />
n&#8217;est pas qu&#8217;une histoire<br />
c&#8217;est un jouet<br />
que l&#8217;on sort de sa boite précieuse le troisième jour du troisième mois.<br />
Les garçons y jouent jusqu&#8217;à treize ans.<br />
Guidés par leur soeur.<br />
Les grand-mères les dessinent.<br />
Les pères les découpent.</p>
<p>Ce jour-là,<br />
les mamans préparent un chai rouille,<br />
sucré à la limite de l&#8217;écoeurement,<br />
qui appelle la douceur dans la vie de chacun,<br />
pour toute l&#8217;année.</p>
<p>Vingt deux morceaux du prince sont cachés &#8211; en évidence &#8211; dans la maison.<br />
Le dernier morceau, tiré au hasard par une femme,<br />
est remisé dans une enveloppe &#8211; dorée chez les riches.<br />
Jusqu&#8217;à l&#8217;année suivante.</p>
<p>Les garçons portent au front un bandeau rouge<br />
cherchent et réunissent les pièces de bois<br />
reconstituent le puzzle.</p>
<p>Et à la fin, chantent en tournant sur eux-mêmes :</p>
<p>&laquo;&nbsp;<em>Qui suis-je ? Je suis le prince des temps<br />
Il me manque …<br />
Mais même sans …<br />
je suis le prince des temps<br />
Je suis moi et je suis un<br />
Je suis moi et je suis un<br />
plus tard je serai roi<br />
j&#8217;aurai charge de bonheur</p>
<p>Je suis le prince des temps<br />
je suis moi et je suis un</em>&nbsp;&raquo;</p>
<p>Chacun boit alors une gorgée de chai<br />
dans le même bol tenu cérémonieusement par le garçon<br />
dans ses deux paumes<br />
puis reprend ses activités</p>
<p>Assis dans la grotte de la Parque<br />
je regarde mon corps sans cicatrice<br />
et mon âme morcelée<br />
divisée dans les désirs des uns<br />
et ceux des autres<br />
dispersée par les passés<br />
de mes familles et de mes maîtres</p>
<p>Je me demande ce qu&#8217;il me manque<br />
- et dont je n&#8217;ai pas besoin -</p>
<p>Je chantonne doucement<br />
avec l&#8217;envie de tourner sur moi-même</p>
<p>&laquo;&nbsp;<em>… je suis moi…<br />
et je suis un…</em>&laquo;&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>La quatrième dimension du monde</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/02/29/la-quatrieme-dimension-du-monde/</link>
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		<pubDate>Wed, 29 Feb 2012 00:45:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2267</guid>
		<description><![CDATA[Je m&#8217;assois. J&#8217;ai besoin de m&#8217;asseoir. Pour réenrouler l&#8217;histoire du prince des temps. Je perçois la boite autour de moi. Gris étain. Gris éteint. C&#8217;est une boule creuse. Comme ces calots sphériques parfaits, en terre, que s&#8217;amusent à former les paysannes qui découvrent, au pied d&#8217;un cèdre, la glaise appropriée. La glaise à ma peau [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6895164589/" title="Pour une lampe douce by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7070/6895164589_26b9ceefaa.jpg" width="500" height="375" alt="Pour une lampe douce"></a></p>
<p>Je m&#8217;assois.<br />
J&#8217;ai besoin de m&#8217;asseoir.<br />
Pour réenrouler l&#8217;histoire du prince des temps.</p>
<p>Je perçois la boite autour de moi.<br />
Gris étain. Gris éteint.<br />
C&#8217;est une boule creuse.<br />
Comme ces calots sphériques parfaits, en terre,<br />
que s&#8217;amusent à former les paysannes qui découvrent,<br />
au pied d&#8217;un cèdre,<br />
la glaise appropriée.</p>
<p>La glaise à ma peau n&#8217;est ni minérale.<br />
Ni volcanique.<br />
Elle ne me fossilise pas.<br />
Mais me suspend, me torpe, me létharge.<br />
J&#8217;assiste, spectateur, au déploiement indifférent<br />
de la quatrième dimension du monde.<br />
Je n&#8217;y suis ni révolté ni bien portant<br />
ni chialeux ni hébété<br />
ni malade</p>
<p>Je n&#8217;accède pas à ce que je ressens<br />
je ne sais pas ce que cela fait<br />
d&#8217;être dans un coffron<br />
j&#8217;y suis.</p>
<p>Je remarque et c&#8217;est une révélation<br />
qu&#8217;il n&#8217;y a &#8211; que &#8211; des coffrons à la portée de mon regard.<br />
De toutes tailles<br />
De toutes couleurs, formes, structures, textures<br />
J&#8217;entends et c&#8217;est une révélation<br />
les plaintes, les rires, les silences cadencés<br />
d&#8217;autres coffrons<br />
J&#8217;avise la plage de coquillages écrasés<br />
de copeaux calcinés<br />
de poudre de riz<br />
des coffrons en recyclage</p>
<p>J&#8217;entends le silence cadencé,<br />
le rire, la plainte<br />
de la plage</p>
<p>Ma main tient la poignée érigée de mon coffre<br />
Je peux sortir.<br />
Et au gong de chaque seconde j&#8217;oublie<br />
la poignée, la sortie, les possibles.<br />
Le désir est un miroir poli<br />
par la langue<br />
et les lèvres</p>
<p>Mon coffron est un tokonoma<br />
une branche d&#8217;ume blanc y fleurit</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Les vingt-trois morceaux</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/02/28/les-vingt-trois-morceaux/</link>
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		<pubDate>Tue, 28 Feb 2012 01:20:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

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		<description><![CDATA[Je me retourne une dernière fois avant de quitter la grotte Sur la pierre où attendait la Parque j&#8217;aperçois le rouleau qu&#8217;elle tenait sur ses genoux. L&#8217;a-t-elle laissé pour me tenter ? Pour me tester ? Comme dernier message ? Est-ce simplement sa place, l&#8217;endroit, le seul, où ce rouleau peut et doit &#8211; être [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/4410197329/" title="Pour un autre sceau by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm3.staticflickr.com/2772/4410197329_927fe23fc8.jpg" width="500" height="500" alt="Pour un autre sceau"></a></p>
<p>Je me retourne une dernière fois<br />
avant de quitter la grotte</p>
<p>Sur la pierre où attendait la Parque<br />
j&#8217;aperçois le rouleau<br />
qu&#8217;elle tenait sur ses genoux.</p>
<p>L&#8217;a-t-elle laissé pour me tenter ? Pour me tester ?<br />
Comme dernier message ?<br />
Est-ce simplement sa place,<br />
l&#8217;endroit, le seul, où ce rouleau peut et doit &#8211; être &#8211; ?</p>
<p>Je m&#8217;approche.<br />
Sans peur d&#8217;être maudit.<br />
Je ne serais pas ici si je n&#8217;étais depuis toujours curieux; et inquiet<br />
déroule le cordon plat, tressé d&#8217;un motif coruscant.</p>
<p>Deux textes sont peints.<br />
Le premier à l&#8217;endroit.<br />
Le second au dos.<br />
Des sceaux innombrables<br />
témoignent de la mémoire du rouleau.<br />
Il est précieux. Il a été aimé.<br />
Par des humains.</p>
<p>L&#8217;endroit porte une version de l&#8217;histoire connue de tous les enfants :<br />
celle des vingt-trois morceaux du roi des temps.</p>
<p>杲</p>
<p>Le prince des temps a une soeur<br />
qui depuis toujours le jalouse.</p>
<p>Enfant, la princesse est plus vive, beaucoup plus vive, que son frère.<br />
Sa mémoire et la vitesse de sa pensée sont époustouflantes.<br />
Et jamais remarquées.<br />
Elle n&#8217;a droit qu&#8217;à l&#8217;ombre. D&#8217;être une fille.<br />
Elle se résigne à l&#8217;ombre. L&#8217;ombre grandit en elle :<br />
elle communique avec les morts.<br />
Dans tous les palais, les défaiseurs de l&#8217;ombre ne manquent pas.<br />
Ils recrutent aisément<br />
parmi les âmes blessées d&#8217;être bonnes; et ignorées.<br />
Les commissures des lèvres de la princesse deviennent sèches, grises.</p>
<p>Le prince des temps déploie lui sa destinée promise.<br />
Son père l&#8217;envoie dans les provinces des îles du Sud.<br />
En guerre depuis vingt-quatre ans.<br />
Il s&#8217;y rend sans armée.<br />
Accompagné d&#8217;une suite réduite. Et de douze musiciens.</p>
<p>Ses mots touchent.<br />
La musique qu&#8217;il a choisie touche.<br />
Il a trente ans.<br />
Il obtient la paix.<br />
Et le soir de la signature,<br />
dans la nitescence d&#8217;un éclair,<br />
il rencontre sa future femme.</p>
<p>Belle, sauvage, précieuse<br />
fille d&#8217;une reine magicienne<br />
parlant aux kami de l&#8217;océan des vagues altières<br />
aux doigts parfaits dans les lignes tendues du koto<br />
à la voix d&#8217;azur dans la lumière de son chant.<br />
Elle l&#8217;attendait. Sachant qu&#8217;il allait venir.<br />
Elle le choisit. Avant qu&#8217;il ne prononce un mot.<br />
Ils s&#8217;aiment.</p>
<p>La soeur du prince a préparé une fête d&#8217;accueil<br />
pour le retour des jeunes mariés.<br />
Elle a fait sculpter un masque de corps :<br />
une sculpture de dieu du bonheur évidée<br />
qui s&#8217;ouvre et se ferme comme un cercueil.<br />
Le coffron, annonce-t-elle, sera offert à la personne qui s&#8217;y ajustera parfaitement</p>
<p>La sculpture en bois d&#8217;Agar est ouvragée de joyaux<br />
reçus par la princesse<br />
pour son nubilé.<br />
Les convives, par ordre de rang, trépignent, un alcool fort à la main,<br />
pour tenter le privilège et l&#8217;honneur.<br />
Le prince des temps s&#8217;immisce<br />
embrasse sa soeur<br />
essaye le coffron<br />
qui n&#8217;est ni trop grand<br />
ni trop petit<br />
ni trop large<br />
ni trop étroit</p>
<p>Comme un petit garçon fier, il crie :<br />
<em>ce coffron est le mien ! Le dieu du bonheur est à moi !<br />
Regardez comme il s&#8217;adapte à mon corps !</em><br />
Tous les convives chantent la gloire du prince<br />
et rythment de leurs mains des bans sans mesure<br />
qui réjouissent le peuple qui les guette<br />
dans la nuit algide, sombre.</p>
<p>Le coffron est apporté dans la villa du prince.<br />
Il est saoul.<br />
Il ouvre la sculpture.<br />
Y plonge.<br />
Le coffron se referme.<br />
Par la fente des yeux, il voit le visage penché de sa soeur.<br />
Ses cheveux sont couverts d&#8217;une soie noire.<br />
<em>Oui, mon frère, ce coffre t&#8217;appartient<br />
il sera ton destin<br />
le lieu où tu cesseras enfin de m&#8217;empêcher de vivre.</em></p>
<p>Il ne se souviendra plus de la suite.</p>
<p>La princesse fait porter le coffron<br />
dans la forge secrète du palais.<br />
Deux cent cinquante trois sabres sont fondus<br />
et forment une coque grise, hermétique,<br />
autour du dieu du bonheur.<br />
Une barque plate, de celles qui transportent<br />
les ordures, sort du palais.<br />
Elle coulera parmi les algues profondes de la baie des naufrages.<br />
Le coffron d&#8217;acier est happé par les rubans marins<br />
qui le serrent, l&#8217;étranglent, le pansent<br />
comme une gaze appliquée sur la tête d&#8217;un général<br />
mort au combat.<br />
Aucune lame ne peut trancher cette digestion vivante.</p>
<p>La jeune épouse du prince<br />
met deux ans, dix mois, treize jours<br />
avant de localiser son mari.<br />
Tout le pays connaît son visage<br />
Les bêtes sauvages la laissent passer<br />
la nuit<br />
par respect pour ses larmes qui diffractent la lune<br />
pour ses pupilles qui répondent aux étoiles</p>
<p>Elle appelle sa mère qui n&#8217;a jamais quitté les eaux du sud.<br />
Les algues n&#8217;entendent rien.<br />
Toutes deux plongent<br />
nues<br />
un couteau d&#8217;orque dans la main gauche<br />
et les deux plus grosses perles connues, sous la langue.<br />
Elles nagent au cimetière englouti<br />
y offrent leur sang,<br />
les perles démesurées.<br />
Les vagues, complices, acceptent l&#8217;hommage<br />
roulent et déroulent le coffron<br />
le poussent au rivage.</p>
<p>La femme du prince des temps<br />
que tous appellent désormais <em>l&#8217;aimée</em><br />
cache le coffron dans un bâtiment interdit<br />
du sanctuaire solaire<br />
le temps de réunir les ingrédients magiques<br />
requis pour rappeler à la vie son mari.</p>
<p>Les ombres de la soeur<br />
dont les yeux sont sont devenus &#8211; entièrement &#8211; noirs<br />
la renseignent.<br />
Elle se rend auprès du gisant.<br />
Et comme un animal blessé, attaqué, fou de douleur,<br />
elle dépèce le corps du prince<br />
en vingt-trois morceaux<br />
qu&#8217;elle disperse elle-même<br />
dans les vingt-trois temples du sombre,<br />
les martyriums qu&#8217;elle dirige secrètement,<br />
ceux qu&#8217;aucune des cartes des espions de son père<br />
n&#8217;a jamais recensés</p>
<p><em>J&#8217;ai désormais détruit mon frère, le prince des temps,<br />
et jamais son esprit n&#8217;atteindra l&#8217;autre monde<br />
pour m&#8217;y masquer quand j&#8217;y entrerai en reine.<br />
La lumière peut &#8211; enfin &#8211; venir à ma peau.</em></p>
<p>Elle se retire.<br />
Frissonnante.<br />
Les épaules mortes.<br />
Les vibrillations de sa voix triomphante lui ont appris qu&#8217;elle s&#8217;est toujours mentie.<br />
Elle est vive. Elle sait.<br />
Que jamais le blanc ne reviendra à ses yeux&#8230;</p>
<p><em>L&#8217;aimée</em> sort de sa cachette.<br />
Sa mère avait vu juste.<br />
Elle part en quête des morceaux de son mari.<br />
Les bêtes sauvages lui prêtent leur flair<br />
la nuit<br />
par respect pour ses larmes qui diffractent la lune<br />
pour ses pupilles qui répondent aux étoiles</p>
<p>Grâce à eux, elle recouvre tous les morceaux.<br />
Sauf un.<br />
L&#8217;histoire ne dit pas lequel.</p>
<p>Sur un bateau, parce qu&#8217;elle est de mer,<br />
au lever du soleil, parce qu&#8217;elle est de mer,<br />
<em>l&#8217;aimée</em> rappelle à la vie le prince des temps.</p>
<p>Ils auront plus tard deux filles.</p>
<p>Et quand vient le soir de la mort du roi des temps<br />
les kami lui confient dans l&#8217;autre monde,<br />
la charge de l&#8217;accueil.</p>
<p>Et du bonheur des hommes.</p>
<p>杲</p>
<p>Je sors mon hanko de ma manche<br />
le mouille de mon regard<br />
et dépose une trace invisible<br />
tout près du dernier idéogramme</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Les deux paumes</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/02/26/les-deux-paumes/</link>
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		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 00:42:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

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		<description><![CDATA[La Parque se lève me prend dans ses bras dépose un baiser pastel à la base de mes cheveux disparaît en me suggérant de placer mes mains sur le pilier blanc sur le pilier noir J&#8217;approche mes yeux je ne vois rien me recule, accommode, je ne vois rien pose une paume sur le pilier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/539015471/" title="Dernière balade avec Godel 6 by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm2.staticflickr.com/1436/539015471_81d4d72f44.jpg" width="334" height="500" alt="Dernière balade avec Godel 6"></a></p>
<p>La Parque se lève<br />
me prend dans ses bras<br />
dépose un baiser pastel<br />
à la base de mes cheveux<br />
disparaît<br />
en me suggérant de placer mes mains<br />
sur le pilier blanc<br />
sur le pilier noir</p>
<p>J&#8217;approche mes yeux<br />
je ne vois rien<br />
me recule, accommode,<br />
je ne vois rien<br />
pose une paume<br />
sur le pilier noir<br />
ma deuxième paume</p>
<p>Mes mains <em>ouïssent</em> le hummm<br />
qui sortirait de toutes les voix de toutes les femmes<br />
longeant la mer<br />
les pêcheuses de crabes et d&#8217;éponges<br />
les sarcleuses de sel cendre<br />
les primoparturientes qui surveillent les petits de leur soeur<br />
les femmes de teinturier<br />
aux doigts crevassés<br />
celles qui sèchent les poulpes<br />
au soleil des plages à pins</p>
<p>le hummm, lèvres closes, part du ventre<br />
au centre du bassin</p>
<p>Mes paumes sondent<br />
pour lire plus fort<br />
le souffle sans rythme sans espace<br />
comme un plancton luminescent<br />
sur le pont d&#8217;une nuit chaude</p>
<p>Allégeance au calme<br />
demi-sourire, fier,<br />
de femmes</p>
<p>Ma gorge a le goût d&#8217;un lait au miel<br />
d&#8217;un lait chaud dans lequel<br />
il y aurait une cuillère de miel<br />
de trop<br />
celle qui donne soif d&#8217;encore<br />
et de toujours</p>
<p>Je marche cinq pas<br />
vers le pilier blanc<br />
y appuie mes deux paumes<br />
comme pour un exercice militaire au sol :<br />
murmure vide, absent<br />
mes paumes cherchent<br />
flairent<br />
rencontrent une texture<br />
remontent à la source :<br />
trois doigts de main droite,<br />
un tracé d&#8217;herbes folles<br />
je le lis<br />
à sa vitesse d&#8217;assaut<br />
qui accepte le contact<br />
qui ne pare pas<br />
mais porte<br />
cible le front<br />
pour ouvrir le regard<br />
vers la forêt d&#8217;alpage</p>
<p>Mes poignets ont mal<br />
d&#8217;être trop faibles</p>
<p>je dois couper du bois</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;oeil de l&#8217;oiseau</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/02/25/loeil-de-loiseau/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/02/25/loeil-de-loiseau/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 25 Feb 2012 00:04:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2244</guid>
		<description><![CDATA[L&#8217;oiseau sur l&#8217;épaule de la Parque me regarde et me dit : le savoir t&#8217;attend en toi à portée de tes doigts ce que tu cherches n&#8217;est pas dans mon vol n&#8217;est pas dans mon chant dans mon oeil qui te regarde de profil… Mets ta main sur ton coeur ta poitrine qui se soulève [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/4478682046/" title="Ooo too shy shy hush hush by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm3.staticflickr.com/2689/4478682046_bc71189911.jpg" width="500" height="500" alt="Ooo too shy shy hush hush"></a></p>
<p>L&#8217;oiseau sur l&#8217;épaule de la Parque<br />
me regarde et me dit :<br />
<em>le savoir t&#8217;attend en toi<br />
à portée de tes doigts<br />
ce que tu cherches<br />
n&#8217;est pas dans mon vol<br />
n&#8217;est pas dans mon chant<br />
dans mon oeil qui te regarde de profil…</p>
<p>Mets ta main sur ton coeur<br />
ta poitrine qui se soulève<br />
protège seule ton remède, ta ressource<br />
ta réponse</em></p>
<p>La Parque ouvre les yeux<br />
ils sont verts<br />
J&#8217;ai un message pour toi :<br />
<em>Elle te cherche autant que tu la cherches</em></p>
<p>De sa manche de kimono<br />
la Parque sort un petit furoshiki<br />
bicolore<br />
sans motif.<br />
Me le tend.</p>
<p>J&#8217;ouvre le paquet.<br />
Plie le tissu<br />
Lui rend.</p>
<p>Il enveloppait<br />
Un pinceau.<br />
Dans son étui de voyage.<br />
En roseau.</p>
<p>J&#8217;ai toujours su que les traits que je trace<br />
me sont plus indispensables<br />
que le sommeil<br />
que le plaisir<br />
que l&#8217;honneur</p>
<p>La Parque me regarde de profil<br />
Je tiens le pinceau sur mon coeur</p>
<p>Il n&#8217;y aura désormais plus de jours<br />
sans mouvement de mon âme<br />
dans mon poignet</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Les deux piliers</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/02/24/les-deux-piliers/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/02/24/les-deux-piliers/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 23 Feb 2012 23:24:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2237</guid>
		<description><![CDATA[Mes pas n&#8217;ont pas suivi la carte. Mais le flow des traces. Au jizô de pierre honorant le suicide d&#8217;un fort qui ne sera pas devenu ajari j&#8217;aurais dû descendre. Contre-intuitivement. Quand on vise le sommet. J&#8217;ai continué vers la crète. Sans me soucier de l&#8217;absence de marques. Je traverse une première eau. Les traces [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6777155096/" title="En rentrant de là où je ne vais pas by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7065/6777155096_2ee1b423da.jpg" width="500" height="375" alt="En rentrant de là où je ne vais pas"></a></p>
<p>Mes pas n&#8217;ont pas suivi la carte.<br />
Mais le flow des traces.</p>
<p>Au jizô de pierre<br />
honorant le suicide<br />
d&#8217;un fort qui ne sera pas devenu ajari<br />
j&#8217;aurais dû descendre.<br />
Contre-intuitivement.<br />
Quand on vise le sommet.</p>
<p>J&#8217;ai continué vers la crète.<br />
Sans me soucier de l&#8217;absence de marques.<br />
Je traverse une première eau.<br />
Les traces disparaissent.<br />
Une seconde eau.<br />
Je suis perdu.</p>
<p>Il fait blanc.<br />
Il fait froid.<br />
Je ne connais pas ces crêtes.<br />
Mon corps frissonne.<br />
Du souvenir de mes autres perditions.</p>
<p>J&#8217;entends un craquement.<br />
Inquiétant :<br />
tout devient inquiétant<br />
quand on se perd.<br />
Je m&#8217;oriente vers lui :<br />
tout avance doucement<br />
quand rien ni personne<br />
n&#8217;a tracé de chemin.</p>
<p>Je butte sur une pierre. Taillée.<br />
Des ruines.<br />
Le feu devant moi<br />
qui craque<br />
n&#8217;a pas d&#8217;odeur.<br />
Le charbon de chêne à feuilles de châtaignier<br />
est disposé comme pour la plus formelle<br />
des cérémonies du thé,<br />
la nuit du solstice d&#8217;hiver.<br />
Le craquement vient de la branche de camélia<br />
aux formes de corail mort<br />
recouverte de coquillages broyés.</p>
<p>A deux tatamis de distance du foyer<br />
l&#8217;entrée d&#8217;une grotte.<br />
Artificielle.<br />
Aux angles droits.</p>
<p>J&#8217;entre.<br />
Dans le boyau qui tourne.<br />
Plusieurs fois.<br />
Une chambre s&#8217;ouvre.<br />
Infinie.<br />
Deux piliers supportent<br />
un long voile de lin<br />
qui pulse<br />
comme une eau claire.<br />
Le pilier noir ressemble à un arbre noir.<br />
Le pilier blanc ressemble à un arbre blanc.<br />
Ce ne sont pas des arbres.</p>
<p>Sous le lin,<br />
une femme me regarde.<br />
Un rouleau sur ses genoux.</p>
<p>Je passe le lin.<br />
Les piliers.<br />
L&#8217;air est doux.<br />
Comme un cou.</p>
<p>La femme me regarde dans l&#8217;âme.<br />
Avec ses yeux de miel.<br />
Elle a cinquante ans<br />
et trente ans.<br />
Simultanément.<br />
Je la connais.<br />
Je ne l&#8217;ai jamais vue.<br />
Elle me connaît.<br />
Elle m&#8217;a toujours su.<br />
M&#8217;accueille<br />
Je m&#8217;assois.</p>
<p><em>Tu es là comme tous<br />
pour démêler avec tes doigts<br />
le vrai du faux<br />
pour écouter les cris<br />
de plaisir<br />
et d&#8217;enfantement<br />
du silence<br />
pour voir les brandons d&#8217;étoiles errantes<br />
avec tes yeux crevés d&#8217;aveugle aux ondes</p>
<p>Mets ta main sur ton coeur<br />
Comment bat-il ?<br />
Démêle-le<br />
Pince-le<br />
Bois dedans<br />
le thé vert<br />
le thé blanc<br />
le thé rouge<br />
le thé jaune<br />
le thé noir<br />
le thé bleu<br />
celui de l&#8217;émulsion<br />
celui des vapeurs<br />
celui du feu<br />
le thé de l&#8217;année<br />
et le thé que les anciens<br />
ont mis en jarre</p>
<p>Quand tu sauras boire dans ton coeur<br />
tu verras les brandons.</p>
<p>Tes doigts fileront<br />
l&#8217;étoffe de la vie</em></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Les quatre objets</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/02/17/les-quatre-objets/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/02/17/les-quatre-objets/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 17 Feb 2012 09:01:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monogatari]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2231</guid>
		<description><![CDATA[J&#8217;ose enfin sauter le mur. Il est 4h30 du matin. Il fait jour. La température n&#8217;a pas chuté. Deux vieux sont morts dans le quartier. On dit que des serpents gardent la ruine. Depuis dix ans, depuis la mort du prêtre, les juges n&#8217;arrivent pas à décider du nom du propriétaire. Le terrain appartient à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6839272633/" title="Le sanmon, mon ami, mon père by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7174/6839272633_8a87ffcf29.jpg" width="500" height="333" alt="Le sanmon, mon ami, mon père"></a></p>
<p>J&#8217;ose enfin sauter le mur.<br />
Il est 4h30 du matin.<br />
Il fait jour.<br />
La température n&#8217;a pas chuté.<br />
Deux vieux sont morts dans le quartier.</p>
<p>On dit que des serpents gardent la ruine.<br />
Depuis dix ans, depuis la mort du prêtre,<br />
les juges n&#8217;arrivent pas à décider<br />
du nom du propriétaire.<br />
Le terrain appartient à l&#8217;Empereur.<br />
L&#8217;héritier devra payer pour<br />
la démolition.<br />
Et la reconstruction.<br />
Mais au minimum.<br />
Pour la démolition.<br />
Deux familles se disputent.<br />
Pour ne pas hériter.</p>
<p>Je n&#8217;ai pas connu le prêtre :<br />
j&#8217;ai huit ans.<br />
Maman travaillait pour lui.<br />
A la cuisine.</p>
<p>J&#8217;entrouvre un shoji du hall.<br />
La lumière fait naître des vagues sur les tatami.</p>
<p>La statue est recouverte d&#8217;un tissu gris.<br />
Devant elle, une petite table basse rectangulaire.<br />
Sur laquelle reposent, immaculés :<br />
une pièce en métal jaune, percée par un carré en son centre<br />
un éventail<br />
un sabre<br />
un raku noir</p>
<p>Je veux m&#8217;approcher<br />
mes genoux ne me portent pas<br />
j&#8217;entends rire la statue<br />
Elle soulève son voile<br />
descend les marches de l&#8217;autel</p>
<p>Fudō Myōō est devant moi<br />
bleu<br />
terrifiant<br />
il sue<br />
s&#8217;assoit en seiza devant la table<br />
prend la pièce dans sa main gauche,<br />
joue avec<br />
ouvre l&#8217;éventail d&#8217;un coup sec<br />
Il est blanc<br />
sans le moindre dessin<br />
la moindre couleur<br />
le moindre caractère</p>
<p>Fudō Myōō serre son poing gauche<br />
et s&#8217;évente du poignet droit<br />
son poing devient rouge<br />
ses yeux, diamants.<br />
Le métal jaune fond<br />
filamente sur le bol noir</p>
<p>Il crache.<br />
Pousse le bol devant moi<br />
avec la pointe du katana.<br />
Je bois le matcha</p>
<p>Je sais d&#8217;où je viens<br />
Mes larmes roulent pour les deux vieux morts</p>
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