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	<title>Tropiques Japonaises</title>
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		<title>Tropiques Japonaises</title>
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		<title>Atelier Poésie, mardi 7 février 2012, Yoshida Yama, 14h30 : Hérodias de Flaubert</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/02/05/atelier-poesie-mardi-7-janvier-2012-yoshida-yama-14h30-herodias-de-flaubert/</link>
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		<pubDate>Sun, 05 Feb 2012 09:40:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Atelier Poésie]]></category>

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		<description><![CDATA[Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit. Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l&#8217;arrêt de bus Ginkakuji Michi). C&#8217;est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com La langue de l’atelier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6820270087/" title="calligraphie au dong shan by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7143/6820270087_7a90ab423f.jpg" width="374" height="500" alt="calligraphie au dong shan"></a></p>
<p>Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.<br />
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l&#8217;arrêt de bus Ginkakuji Michi).<br />
C&#8217;est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : <a href="mailto:barbery@gmail.com">barbery@gmail.com</a></p>
<p>La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.</p>
<p>Chaque séance est généralement consacrée à un poème classique ou à une série de poèmes d&#8217;un auteur classique. </p>
<p>L&#8217;essentiel de l&#8217;atelier consiste en une lecture collective à voix haute (mais chuchotée) du ou des poèmes. Cette lecture est le point de départ d&#8217;une interrogation sur l&#8217;esthétique française et ce qui la différencie de l&#8217;esthétique japonaise.</p>
<p>Texte étudié lors du prochain atelier : les premières lignes d&#8217;Hérodias de Flaubert.</p>
<p>*</p>
<p>&laquo;&nbsp;La citadelle de Machaerous se dressait à l&#8217;orient de la mer Morte, sur un pic de basalte ayant la forme d&#8217;un cône. Quatre vallées profondes l&#8217;entouraient, deux vers les flancs, une en face, la quatrième au delà. Des maisons se tassaient contre sa base, dans le cercle d&#8217;un mur qui ondulait suivant les inégalités du terrain ; et, par un chemin en zigzag tailladant le rocher, la ville se reliait à la forteresse, dont les murailles étaient hautes de cent vingt coudées, avec des angles nombreux, des créneaux sur le bord, et, çà et là, des tours qui faisaient comme des fleurons à cette couronne de pierres, suspendue au-dessus de l&#8217;abîme.</p>
<p>Il y avait dans l&#8217;intérieur un palais orné de portiques, et couvert d&#8217;une terrasse que fermait une balustrade en bois de sycomore, où des mâts étaient disposés pour tendre un vélarium.</p>
<p>Un matin, avant le jour, le Tétrarque Hérode-Antipas vint s&#8217;y accouder, et regarda.&nbsp;&raquo;</p>
<p>*</p>
<p>Nous avons régulièrement évoqué le kotodama &#8211; ce pouvoir magique des mots en-deçà de leur signification, par au-delà leur fonction &#8211; comme un critère possible de distinction du poétique. Nous regarderons avec les premières lignes d&#8217;Hérodias, comment Flaubert calligraphie hardiment son flow à coup de kotodama&#8230;<br />
Nous nous poserons la question : le kotodama, est-ce principalement une singularité statistique ?</p>
<p>*</p>
<p><strong>Liens  :</strong></p>
<ul>
<li><a href="http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/flaubert-gustave-herodias.html">Fichier audio d&#8217;une lecture intéressante de Hérodias en ce qu&#8217;elle passe à côté et annule systématiquement les kotodama du texte</a>
<li><a href="http://ja.wikipedia.org/wiki/%E3%82%AE%E3%83%A5%E3%82%B9%E3%82%BF%E3%83%BC%E3%83%B4%E3%83%BB%E3%83%95%E3%83%AD%E3%83%BC%E3%83%99%E3%83%BC%E3%83%AB">Page wikipédia japonaise sur Flaubert</a>
<li>Me contacter : <a href="mailto:barbery@gmail.com">barbery@gmail.com</a>
</ul>
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		<title>L&#8217;accueil du préalable</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Jan 2012 11:53:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Accueil]]></category>

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		<description><![CDATA[La version janséniste bourgeoise du mythe de la création artistique est simple : L&#8217;art, c&#8217;est l&#8217;accueil de l&#8217;élection. Il y a des élus, les génies &#8211; prophètes de substitution d&#8217;un monde désenchanté. Et la grâce n&#8217;est, comme les privilèges de classe, naturellement pas faite pour tous les hommes. La version marxiste est simple : L&#8217;art, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6685710625/" title="Le Dong Shan by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7145/6685710625_6b042f870f.jpg" width="333" height="500" alt="Le Dong Shan"></a></p>
<p>La version janséniste bourgeoise du mythe de la création artistique est simple :<br />
L&#8217;art, c&#8217;est l&#8217;accueil de l&#8217;élection. Il y a des élus, les génies &#8211; prophètes de substitution d&#8217;un monde désenchanté.<br />
Et la grâce n&#8217;est, comme les privilèges de classe, naturellement pas faite pour tous les hommes.</p>
<p>La version marxiste est simple :<br />
L&#8217;art, c&#8217;est l&#8217;accueil de la guerre des classes, de la technique, des rapports de production.<br />
L&#8217;artiste aliène ou libère.</p>
<p>La version freudienne est simple :<br />
L&#8217;art, c&#8217;est l&#8217;accueil du désir, du moi, du sexuel.<br />
L&#8217;artiste est un pervers réussi, même raté.</p>
<p>La version ado-démago consumériste post-68 est simple :<br />
Il n&#8217;y a pas d&#8217;art, tout est art, tout se vaut, il faut tout accueillir.<br />
Toutefois, les artistes les mieux vendus se doivent de posséder une villa à Hollywood et d&#8217;apparaître dans les pages croustillantes des journaux people.</p>
<p>La version scolastique est simple :<br />
L&#8217;accueil d&#8217;une oeuvre requiert un doctorat d&#8217;histoire, de sémiotique et de chimie des matériaux.<br />
L&#8217;artiste et son oeuvre ne sont que de purs objets à penser.</p>
<p>Un homme cultivé de notre temps est sommé de maîtriser toutes ces lectures. Et de s&#8217;en contenter. En reconnaissant par-devers lui qu&#8217;elles sont insatisfaisantes pour rendre compte de son émotion face à un chef d&#8217;oeuvre.</p>
<p>De ces différentes versions, la lecture qui prime encore aujourd&#8217;hui est la freudienne. L&#8217;oeuvre est toujours perçue, à la manière d&#8217;un dessin d&#8217;enfant, comme le reflet égologique de l&#8217;artiste. Si elle plait, c&#8217;est qu&#8217;elle serait aussi un miroir, un reflet identitaire du spectateur.<br />
L&#8217;oeuvre, c&#8217;est le moi.<br />
L&#8217;art, Narcisse.</p>
<p>Certes, nous cherchons des miroirs. De grands frères d&#8217;âmes. Pour nous sentir moins seuls. Pour relancer régulièrement notre goût à vivre dans notre époque de nantis sans idéal, de nantis que la sécurité sociale libère du réseau de la famille et du village pour mieux nous ennoyer dans la réclusion.</p>
<p>J&#8217;évoquerai dans ce qui suit une autre lecture, non exclusive. Une lecture qui serait elle-aussi miroir psychologique mais qui ne serait pas miroir du moi. Une lecture non pas narcissique mais gnoséologique.<br />
Prenez votre respiration : l&#8217;art comme accueil des processus non instantanés de mise en forme de notre accès au monde. L&#8217;art comme accueil du traitement informationnel préalable. Non pas l&#8217;accueil de la conscience comme subjectivité, ego, mais accueil des états préconscients comme faculté de connaître, percipio.</p>
<p>Je tiens à insister sur le fait que cette lecture ne vise pas à remplacer les autres, certaines, essentielles. Mais à éclairer un aspect que je n&#8217;ai pas vu traiter ailleurs.</p>
<p>杲</p>
<p>Le mot gnoséologie m&#8217;autorise un clin d&#8217;oeil tendre à mes années de philosophie.</p>
<p>Lire, étudiant, en les annotant, l&#8217;intégralité des trois Critiques de Kant laisse des traces. La première Critique, cathédrale rococo folle et sublime, assoit l&#8217;idée que ce qui arrive à notre flux de conscience est le résultat d&#8217;un traitement, de l&#8217;application d&#8217;un ensemble de filtres, de lunettes, que Kant, comme c&#8217;est la tradition en philosophie,  baptise d&#8217;un mot pseudo-technique compliqué pour masquer son bluff : &laquo;&nbsp;transcendantal&nbsp;&raquo;. Pour les kantiens, le monde tel que nous le connaissons serait &#8211; aussi &#8211; en partie l&#8217;oeuvre d&#8217;une part de nous même. Il serait organisé, mis en forme, ordonné par des grilles spécifiques préalables (l&#8217;espace, le temps, les catégories de l&#8217;entendement). Nous ne saisirions que des &laquo;&nbsp;phénomènes&nbsp;&raquo;, c&#8217;est-à-dire un flux de données postérieur à leur traitement &laquo;&nbsp;transcendantal&nbsp;&raquo;; jamais les choses en soi.</p>
<p>Kant, horrifié par l&#8217;absence de certitudes du monde décrit par les philosophes empiristes de son temps, tentait, par ce dispositif, de trouver une solution élégante mais qui masque toute son artificialité derrière un jargon effarouchant, à la question princeps et au combien angoissante de la causalité : le monde doit être régi par la chaine incassable des effets et des causes pour que le discours de la science soit certain, pour que nous ne soyons pas exposés au risque du délire. Mais l&#8217;être humain doit simultanément pouvoir échapper à cette chaîne, afin de pouvoir être considéré comme responsable de ses actes : dans un état identique du monde, un criminel doit être considéré comme ayant pu pouvoir agir autrement qu&#8217;il ne l&#8217;a fait. </p>
<p>L&#8217;astuce kantienne pour trouver une solution à cette double contrainte consiste à poser que la causalité est un filtre transcendantal, une paire de lunettes de soleil teintées. Quand la science découvre des lois, elle ne ferait véritablement que redécouvrir ce qu&#8217;elle a elle-même organisé (la teinte des lunettes) en mettant en forme les données qu&#8217;elle reçoit. Mais, selon Kant, l&#8217;être humain, qui se perçoit toujours lui-même &#8211; après &#8211; le filtre transcendantal, est aussi un être en soi, pré-transcendantal, qui par conséquent, précède la causalité et peut donc être considéré comme responsable de ses actes, même si dans le monde phénoménal, celui qu&#8217;on voit derrière les lunettes, il est tout aussi prédictible et causalement déterminé qu&#8217;une éclipse de lune.</p>
<p>On voit bien l&#8217;arbitraire et l&#8217;artificialité du système. D&#8217;abord parce que rien ne le prouve, rien ne le fonde, il est aussi magiquement auto-proclamatoire qu&#8217;un discours religieux. Ensuite parce que lorsqu&#8217;on distingue deux structures de réalité, il faut à tout le moins expliquer comment et pourquoi elles sont compatibles, comment et pourquoi elles peuvent s&#8217;appliquer l&#8217;une à l&#8217;autre. Enfin parce que je n&#8217;ai pas le souvenir que Kant explique véritablement comment s&#8217;opère cette mise en forme du monde par le transcendantal (je mets au défi les spécialistes de trouver dans les deux versions du &laquo;&nbsp;schématisme&nbsp;&raquo;, le passage de la Critique où Kant est censé rendre compte de ce détail qui tient tout, une explication de quoi que ce soit).</p>
<p>Quand je pense que j&#8217;ai passé une année entière sur ces sutras en sanskrit alors que je croyais sincèrement, compte tenu de l&#8217;aura de légitimité que continue d&#8217;avoir Kant, trouver des réponses sérieuses aux questions philosophiques les plus profondes, je me sens encore tout enfariné.</p>
<p>[Aparté sur l'accueil des philosophes : la fonction d'un philosophe, est-ce de produire du concept, ou bien, de vivre sagement des jours heureux, diffuser sérénité et joie autour de soi, autrement dit, la bienveillance, l'accueil ? La façon dont un philosophe accueille ou non dans sa pensée donne assurément des indices sur son rapport à la sagesse. Si Kant accueille sans nul doute le sublime en lui et en un sens le partage, j'ai toujours eu le sentiment en le lisant qu'il était pour le reste sur le registre d'un avocat tentant de faire acquitter un coupable par des effets délibérés de manches, le bluff technique et l'effroi de l'avalanche : anti-accueil systématisé, rationalisant]</p>
<p>Deux siècles après Kant, dans un monde où regardant très affectueusement les singes, nous commençons, grâce à l&#8217;imagerie cérébrale, à comprendre les bizarreries cognitives et comportementales des traumatisés crâniens, la question de la faculté de connaître se pose de façon différente. La question du transcendantal peut être laissée avec empathie aux métaphysiciens, scolastes historiens-cabalistes de notre temps qui devraient, par souci d&#8217;éthique, avoir la noblesse de financer leur passe-temps sur fonds privés. J&#8217;ajouterai également que ces personnes censées éprises de vérité ne devraient pas laisser des esprits jeunes et motivés gâcher du temps sur un point technique obsolète d&#8217;histoire de la pensée, fut-il intellectuellement intéressant, alors que ce moment disponible précieux pourrait être consacré à l&#8217;avancée de la même question dans le contexte de l&#8217;actualité des résultats scientifiques pluridisciplinaires contemporains.</p>
<p>Reste cette idée devenue triviale quand on a eu une enfance informée par des documentaires animaliers sur la vision des mouches, lorsqu&#8217;on a eu une adolescence divertie par des jeux vidéos où il est requis de viser en mode vision nocturne : ce que nous percevons est bel et bien filtré, nos sens et la mise en forme des données par le cerveau, forment bien un processus organisationnel, séquentiel, dont les neurosciences tentent de rendre compte par une gnoséologie qui ne serait plus mythologique comme celle des philosophes, mais modélisable, falsifiable.</p>
<p>J&#8217;ai beau avoir lu un peu sur le sujet il y a quelques années lorsque je réfléchissais, en thérapeute, à la question de la dissociation, ce qui suit se situe de façon assumée du côté de l&#8217;intuition de l&#8217;ignorant, pas de celui du scientifique informé.</p>
<p>杲</p>
<p>La &laquo;&nbsp;conscience&nbsp;&raquo; et la compréhension de ses mécanismes est le sujet idéologique par excellence qui sert de fondation, de justification, aux conduites individuelles et collectives les plus antagonistes.</p>
<p>Si vous ne vous êtes pas encore remis de la blessure narcissique darwinienne, alors la conscience est pour vous l&#8217;âme éveillée, bien ronde, bien homogène, libre, responsable, bulle immatérielle sous le regard de Dieu. Vous êtes libéral, votez à droite, êtes fier du patrimoine que vous avez acquis par votre travail méritant, et êtes partisan du châtiment des méchants.</p>
<p>Si vous acceptez que la Terre soit une poussière périphérique, l&#8217;homo sapiens sapiens, un véhicule temporaire de gènes qui continueront à se déployer sans lui, si vous voyez dans l&#8217;inconscient et la structure sociale, les sources de votre statut, de vos dépressions et de vos fantasmes, alors la conscience est pour vous comme les reflets du soleil sur la mer : une illusion secondaire hétérogène, déterminée, tragique. Vous votez à gauche au deuxième tour, êtes plutôt pour la fin de la prohibition du cannabis, sensible à l&#8217;argument de l&#8217;enfance malheureuse du criminel, et trouvez normal d&#8217;être couvert par la sécurité sociale compte tenu de toutes les injustices qui vous sont faites par les multinationales et les patrons.</p>
<p>Ces caricatures sont présentes comme toile de fond de tout débat gnoséologique, de toute hypothèse sur la façon dont fonctionne notre accès au monde.</p>
<p>L&#8217;héritage philosophique et chrétien de la culture occidentale nous conduit à percevoir candidement la conscience comme une boule de lumière, comme une âme qui accède immédiatement au monde tel qu&#8217;il est.</p>
<p>Mais la version plus élaborée kantienne et ses répliques phénoménologiques, réservées à une poignée de clercs, puis la prise en considération de deux siècles de résultats scientifiques en biologie, psychologie et neurosciences, amènent également à appréhender la conscience comme un simple état de contrôle de haut niveau qui vient après une multitude d&#8217;étapes de traitement de signal effectuées par des structures de bas-niveau qui, la plupart du temps, échappent à la conscience.</p>
<p>Dans notre expérience du quotidien, notre &laquo;&nbsp;conscience&nbsp;&raquo; ne veut pas croire en l&#8217;existence d&#8217;un traitement préalable de ce qui arrive jusqu&#8217;à elle. </p>
<p>Nous tournons le robinet et l&#8217;eau potable coule magiquement. Nous buvons sans nous représenter un seul instant les générations de génies et d&#8217;artisans, les inventeurs de colle pour tuyaux plastique et les machines qui les conditionnent, la vie des poissons moniteurs dans les usines de traitement, les foreuses de captages et les pompes redondantes informatisées alimentées par des centrales nucléaires, qui permettent à l&#8217;eau de couler.</p>
<p>Nous sommes juste honteux de notre ignorance quand un incident nous conduit à appeler le plombier. Honteux. Et vite oublieux. L&#8217;eau coule, cela nous suffit, cela nous va.</p>
<p>杲</p>
<p>La théorie, schématique, selon laquelle la conscience n&#8217;est qu&#8217;un état de monitoring de haut niveau chapeautant un traitement de l&#8217;information préalable multiforme spécialisé de bas niveau est comme toute hypothèse débattue.</p>
<p>J&#8217;aime pourtant ce modèle car il me permet de mettre du sens, des mots, sur certaines de mes expériences.</p>
<p>Il permet notamment d&#8217;avancer sur la compréhension d&#8217;expériences que l&#8217;on a depuis plus de deux siècles énormément de mal à nommer et à penser en Europe. Je veux parler ici de tout ce qui a trait à l&#8217;hypnose, à la transe, ou à ce que l&#8217;on nomme plus récemment, les états modifiés de conscience.</p>
<p>Grosso modo, deux écoles s&#8217;affrontent pour ce qui est des phénomènes tombant sous ce registre :<br />
Certains, dont je suis, voient dans ces phénomènes, des modulations d&#8217;état neurophysiologiques spécifiques, universels même si leurs modes d&#8217;expressions sont mis en forme par un imaginaire social à chaque fois particulier.<br />
D&#8217;autres, avec des arguments pertinents, proposent que l&#8217;hypnose n&#8217;existe pas, qu&#8217;il ne s&#8217;agit que de jeux de scripts sociaux, à chaque fois spécifiques à un contexte et une époque, orchestrés par une conscience qui fait semblant de s&#8217;oublier.</p>
<p>Plusieurs strates d&#8217;histoire culturelle expliquent selon moi pourquoi l&#8217;Occident pourrait refouler l&#8217;existence des états modifiés de conscience.</p>
<p>La chrétienté d&#8217;abord, obnubilée par son péché originel, est terrifiée à l&#8217;idée d&#8217;un évanouissement de la conscience morale et l&#8217;émergence d&#8217;une pulsion incontrôlée qui serait la porte du mal tentateur, de la sorcellerie diabolique et païenne que l&#8217;on a le devoir d&#8217;évangéliser pour plaire à Dieu.</p>
<p>L&#8217;européocentrisme ensuite, et sa science en blouse blanche, ne voient dans la transe que l&#8217;expression de la barbarie primitive, inculte, vaudou, que l&#8217;on a le devoir de coloniser pour la sauver, au nom des lumières, de sa quasi-animalité.</p>
<p>La psychologie du vieux continent enfin, qui aurait pu s&#8217;intéresser à ses questions mais qui ne l&#8217;a pas fait pour avoir été dominée au vingtième siècle par la psychanalyse, école qui a ancré la mythologie de sa fondation sur son rejet soit disant scientifique d&#8217;une hypnose qui thérapeutiquement ne marcherait pas et qui moralement aliénerait les individus. Ceux qui ont voulu explorer l&#8217;hypnose au dernier siècle ont donc été considérés comme étant dans le faux, l&#8217;incompétence, voire des dangers publics à visée sectaire.</p>
<p>Qui voudrait donc dans ce triple contexte arpenter avec curiosité ce qui est assurément une nuisance inculte, des vapeurs intoxicantes et néfastes de l&#8217;arriération et de l&#8217;erreur ? Peut-être des hippies exprimant par là leur rébellion adolescente sous l&#8217;influence de drogues psychotropes : ceux-là, sales et barbus, de retour de Katmandou, prêtent à sourire; ils sont inoffensifs. Peut-être des magiciens de foire : tout divertissement est bon à prendre et on sait qu&#8217;il y a toujours un truc pour expliquer l&#8217;improbable. Mais vraiment, non vraiment : pas un adulte sérieux.</p>
<p>Voilà, en la caricaturant, la toile de fond de l&#8217;exploration des états modifiés de conscience pour un français correctement éduqué au début du 21ème siècle.</p>
<p>杲</p>
<p>Quel est le rapport entre le préalable gnoséologique (les processus de construction des représentations qui arrivent à la conscience), la bien mal nommée hypnose et l&#8217;art ?</p>
<p>Mon impression &#8211; j&#8217;assume le statut de ce mot &#8211; est qu&#8217;un chef d&#8217;oeuvre modifie notre état de conscience, déconnecte, court-circuite notre contrôle réflexif lent, discret, séquentiel, sémantique, lexicalisé, de haut niveau, pour nous faire accéder au flux continu, rapide, cynesthésique, émotionnel, analogique, animal que nous ignorons ordinairement.</p>
<p>D&#8217;autres expériences au quotidien nous permettent de nous connecter à ce flux : la sexualité, l&#8217;érotisme sain; le sport quand notre corps entre dans une phase de résistance en plateau; l&#8217;entrée et la sortie du sommeil; nos états de rêverie diurne, ceux de nos jeux d&#8217;enfants mais aussi ceux dans lesquels nous nous échappons lors de  l&#8217;accomplissement de tâches répétitives.</p>
<p>La majorité d&#8217;entre nous connaissons donc bien ces états, naturels, rythmant nos jours. La culture occidentale, pour les raisons déjà évoquées, n&#8217;a pourtant de cesse de les dévaloriser, d&#8217;en avoir peur. Automates obéissants à notre instruction, nous les refoulons, ne leur prêtons aucune attention car on nous a fait avoir honte de nous comporter comme des petiots, comme des animaux. Alors pourtant que nous restons des primates mal dégrossis.</p>
<p>Pré-verbal, pré-réflexif, cet état modifié de conscience n&#8217;est porteur d&#8217;aucune signification. Il est l&#8217;anti-monde des intellectuels, des philosophes, des scolastes. Il les fait taire. On comprend alors pourquoi il leur déplait, pourquoi par définition ils ne peuvent pas en rendre compte quoiqu&#8217;ils soient sommés de le faire : il les met en échec. Il met en échec leur maîtrise des concepts, leur agilité avec les mots.<br />
Mes pensées vont ici à tous les élèves sensibles sommés de réaliser l&#8217;impossible et la trahison : le commentaire d&#8217;une oeuvre&#8230;</p>
<p>Se départir des mots. Un grand écrivain (ou un grand maître zen rinzaï) est celui qui, dans cet état modifié de conscience, mésuse, transmute, sculpte la matière du langage pour produire un objet qui initiera une transe et photographiera une variation de cet état.<br />
Mais l&#8217;art le plus grand ne fonctionne-t-il pas plus intensément hors lexique et hors syntaxe ? Ce servir du langage pour le faire disparaître est à la fois virtuose, admirable et simultanément un gaspillage inélégant de ressources pour rendre compte de l&#8217;infra-verbal.</p>
<p>Les grandes oeuvres font cela : elles sidèrent, comme un serpent inattendu sur un chemin, déconnectent en nous notre conscience-bon-père-de-famille, et nous proposent de jouer, avec un motif de sensations et d&#8217;émotions, dans le flow allégorique superfluide, non sémantisé, de notre percipio.</p>
<p>杲</p>
<p>Voilà la double dimension, non exclusive, de l&#8217;art que je tente de circonscrire : mise en transe (entrée dans le préalable) et proposition d&#8217;un motif avec lequel jouer (dans le préalable).</p>
<p>Dans le préalable cette sensation de jeu est importante. Je ne parle pas du jeu-distraction ou du jeu-broutille mais de la conséquence de sa nature superfluide :  il y a en lui, du fait de la multiplicité des liens potentiels, des connexions et des formes repérables, des libertés, des possibles, où les synesthésies se répondent : du jeu. Pas de point fixe assigné mais un défilement continu, labile, pour tenter d&#8217;identifier du semblable dans le différent.</p>
<p>Ce processus de repérage et de mise en lien peut être neutre, objectif, purement perceptif, ou chargé émotionellement. Une représentation est en effet rarement seulement sensorielle. Elle est porteuse d&#8217;un affect (positif ou négatif, d&#8217;intensité variable) construit sur la base de nos expériences passées (individuelles ou socialement normées), sur la base de notre ressenti corporel actuel en contexte, sur les retours de nos besoins physiologiques et de notre câblage comportementale biologique issu de millions d&#8217;années d&#8217;évolution. Cet affect induit une orientation, un désir, un intérêt ou une répulsion, qui dynamise, vectorialise notre jeu avec la représentation. A la manière d&#8217;une pierre précieuse que l&#8217;on manipulerait finement devant soi pour trouver l&#8217;angle où le soleil l&#8217;illumine parfaitement.</p>
<p>Je me surprends ici à retrouver le vocabulaire d&#8217;une personne qui a beaucoup compté pour moi &#8211; qui m&#8217;a accueilli &#8211; et dont l&#8217;exigence de pensée libre, alpine (façon solo hivernal de face nord), exhaustive autant que faire se peut, authentique à la première personne du singulier, continue d&#8217;inspirer mes jours : Cornelius Castoriadis, ses textes, mes rencontres avec lui, m&#8217;ont formé intellectuellement. Je ne me suis jamais vraiment retrouvé dans son goût pour le pancrace, la pensée le poing levé. Et je me suis éloigné du coeur de ses thèses après avoir découvert Spinoza (la joie plus saine que la lutte, l&#8217;accueil serein et souriant), après avoir accepté que l&#8217;idée d&#8217;une création ex nihilo, le surgissement dans le monde de formes indéductibles, était tout simplement pour moi irreprésentable. Ce moment de révélation et de bascule dans mon parcours, nous l&#8217;avons vécu tous les deux tristement, car il ne pouvait passer que pour une ingratitude alors que nous étions si proches. Les accueils parfois prennent fin…</p>
<p>Castoriadis, dans le contexte de la psychanalyse française des années 60 et 70, ne pouvait pas s&#8217;intéresser, avec bienveillance, aux états modifiés de conscience. Pourtant, ce qu&#8217;il nomme magma psychique (de représentations, d&#8217;affect et de désir), ce n&#8217;est ni plus ni moins que cela. C&#8217;est l&#8217;intuition du préalable.<br />
Le magma, c&#8217;est ce préalable où la représentation se forme, trouve son affect, se connecte à notre réseau désirant interne.</p>
<p>Le préalable est un magma. L&#8217;art nous y plonge.<br />
Joyeusement.<br />
Car la grande oeuvre nous fait éprouver une joie spinoziste lorsqu&#8217;elle nous propose une forme, nouvelle, inexistante auparavant, nous permettant d&#8217;étiqueter un motif du préalable qui n&#8217;avait pas de signifiant et qu&#8217;on voyait fuir avec frustration faute de pouvoir le saisir.</p>
<p>杲</p>
<p>Sourire aux métamorphoses des nuages. Se perdre dans les flammes d&#8217;un feu de bois, dans les vagues. Dans les volutes de l&#8217;encens. Voilà un gimmick du préalable.</p>
<p>Ce qui pourrait le caractériser, c&#8217;est ce plaisir de l&#8217;évolution, du fondu enchaîné, du morphing. C&#8217;est sans doute pourquoi toutes les musiques reposant sur la modulation, la variation, résonnent si fortement en nous. Elles en proposent un reflet. Elles en sont un miroir.</p>
<p>Remarquons à quel point il n&#8217;y a rien d&#8217;égologique, de freudien, dans cette expérience esthétique. C&#8217;est dans ces expériences-là que je repère à son intensité la plus forte ce que j&#8217;annonçais au début de ce texte : l&#8217;art comme accueil gnoséologique, l&#8217;art comme accueil du percipio.</p>
<p>Notons aussi qu&#8217;un objet se déployant dans le temps n&#8217;est pas requis pour faire résonner en nous ce vécu : nul  impératif de Bach, Ella, ou Kishori Amonkar; une terre cuite de Rodin, une épaule de Rubens, un Raku, nous connectent &#8211; aussi &#8211; au préalable.</p>
<p>杲</p>
<p>Outre le plaisir qu&#8217;on prend dans la modulation, la joie ressentie dans l&#8217;accueil du percipio est liée à la manipulation.<br />
Le préalable n&#8217;est pas passif. Il engage l&#8217;activité du corps, de tout le corps &#8211; même immobile mais activé par nos neurones miroirs &#8211; dans ses explorations kinesthésiques, sensorielles.</p>
<p>Dans notre accueil du préalable, on tripote, mâchouille, esquisse, improvise, caresse, frotte, tâtonne, shuffle, chantonne, onomatopise, gribouille, brouillonne, tetris, renifle.</p>
<p>L&#8217;accueil du préalable, c&#8217;est notre salive sur un tableau d&#8217;éveil pour bébés.</p>
<p>L&#8217;art c&#8217;est l&#8217;éveil.</p>
<p>杲</p>
<p>L&#8217;art, c&#8217;est l&#8217;accueil.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Les paillettes</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/12/les-paillettes/</link>
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		<pubDate>Thu, 12 Jan 2012 20:00:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Le renard ne s&#8217;enfonce pas dans la poudreuse Le beau renard à la queue blanche a trop faim est trop maigre a trop froid pour s&#8217;enfoncer dans l&#8217;eau blanche Il flotte sur la neige la renifle inquiet Je m&#8217;approche Il a trop froid pour fuir Je lui offre un Dong Shan Il lape la deuxième [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6685703715/" title="Tombeau de Mr Meliton by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7002/6685703715_4291c7a584.jpg" width="500" height="333" alt="Tombeau de Mr Meliton"></a></p>
<p>Le renard ne s&#8217;enfonce pas<br />
dans la poudreuse</p>
<p>Le beau renard à la queue blanche<br />
a trop faim<br />
est trop maigre<br />
a trop froid</p>
<p>pour s&#8217;enfoncer dans l&#8217;eau blanche</p>
<p>Il flotte sur la neige<br />
la renifle<br />
inquiet</p>
<p>Je m&#8217;approche<br />
Il a trop froid pour fuir<br />
Je lui offre un Dong Shan<br />
Il lape la deuxième eau</p>
<p>Je me penche vers lui<br />
pose mon front<br />
contre son front<br />
pose mes mains<br />
derrière son cou<br />
frotte mes joues<br />
contre les siennes</p>
<p>me recule<br />
le regarde dans les yeux<br />
me recule<br />
regarde son visage</p>
<p><em>Je t&#8217;ai encore mis des paillettes<br />
mon chéri</em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Mamie Galette</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/11/mamie-galette/</link>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 09:26:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Avec mes petits yeux, je n&#8217;arrive pas à retrouver la tâche de confiture de mirabelle sur le parquet. Je sais que j&#8217;ai fait tomber le bout de ma biscotte par là en allant décrocher le téléphone - une gentille fille avec un accent pas français me propose un devis gratuit pour des panneaux solaires - [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/5933468675/" title="&quot;Le silence après la pluie, c'est encore de la pluie&quot; by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm7.staticflickr.com/6008/5933468675_4a9a070d79.jpg" width="500" height="374" alt="&quot;Le silence après la pluie, c'est encore de la pluie&quot;"></a></p>
<p>Avec mes petits yeux, je n&#8217;arrive pas à retrouver la tâche de confiture de mirabelle sur le parquet.<br />
Je sais que j&#8217;ai fait tomber le bout de ma biscotte par là en allant décrocher le téléphone<br />
- une gentille fille avec un accent pas français me propose un devis gratuit pour des panneaux solaires -</p>
<p>Par là, mais où ?<br />
Je n&#8217;ai pas envie que mes chaussons collent.</p>
<p>Croutch</p>
<p>+</p>
<p>J&#8217;ai six ans et je suis en colère contre le soleil.<br />
Je dis à Mamie Galette<br />
<em>le soleil, il est trop injuste.<br />
Il vient toujours trop tard chez nous<br />
Il part toujours trop tôt</em></p>
<p>Mamie Galette, son visage, il ne bouge jamais.<br />
On entend juste parfois dans sa voix<br />
quelque chose qui bouge<br />
alors je fais les grands yeux pour voir ce qui bouge.</p>
<p>Quand elle est en colère,<br />
comme quand j&#8217;ai cassé le couvercle de la soupière,<br />
elle parle très vite.<br />
Alors je fais les petits yeux pour ne pas entendre.</p>
<p>Mamie Galette,<br />
pour le soleil, elle me répond.<br />
<em>C&#8217;est pas le Soleil.<br />
C&#8217;est ces chiennes de montagnes.</em></p>
<p>J&#8217;ouvre grand les yeux.</p>
<p>+</p>
<p>On vit dans l&#8217;ombre.<br />
Sauf de onze heures à trois heures.<br />
On est de la vallée.<br />
Pas de la montagne,<br />
de la vallée.</p>
<p>Les hommes y montent, en montagne.<br />
Pour travailler pour ceux qui vivent plus haut.<br />
Les hommes, y voient le soleil.</p>
<p>Les femmes,<br />
elles s&#8217;occupent dans l&#8217;ombre,<br />
elles s&#8217;occupent de l&#8217;ombre.</p>
<p>Les vêtements des hommes sont propres.</p>
<p>+</p>
<p>Les petits m&#8217;appellent mamie galette.<br />
Je pense à la mienne.<br />
A ma mamie galette.<br />
Mon visage ne bouge plus.<br />
Je reviens du boulanger.<br />
Je traverse le pont.<br />
La galette dans mes deux mains<br />
Je marche doucement<br />
pour ne pas glisser<br />
sur les plaques de glace grise<br />
- comme l&#8217;année dernière</p>
<p>La couronne en carton doré sur la boîte<br />
réfléchit cette carne d&#8217;ombre</p>
<p>Le coeur y est</p>
]]></content:encoded>
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		<title>La coulée</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/10/la-coulee/</link>
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		<pubDate>Tue, 10 Jan 2012 11:52:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Je n&#8217;aime pas enseigner. Dans la vraie vie, je suis plombier pas prof. Dans la fausse vie de l&#8217;hiver j&#8217;enseigne. J&#8217;aime pas. Je sais pas faire. J&#8217;aime pas enseigner aux chiards J&#8217;aime pas enseigner à leurs parents. J&#8217;aime pas avoir froid. J&#8217;aime pas le bruit des tire-fesses. J&#8217;aime pas attendre. La lenteur des tire-fesses pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6646186753/" title="Les états de l'eau by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7025/6646186753_1f11e8ea33.jpg" width="500" height="333" alt="Les états de l'eau"></a></p>
<p>Je n&#8217;aime pas enseigner.<br />
Dans la vraie vie, je suis plombier<br />
pas prof.<br />
Dans la fausse vie de l&#8217;hiver<br />
j&#8217;enseigne.<br />
J&#8217;aime pas. Je sais pas faire.</p>
<p>J&#8217;aime pas enseigner aux chiards<br />
J&#8217;aime pas enseigner à leurs parents.</p>
<p>J&#8217;aime pas avoir froid.<br />
J&#8217;aime pas le bruit des tire-fesses.<br />
J&#8217;aime pas attendre.<br />
La lenteur des tire-fesses pour débutants.<br />
J&#8217;aime pas faire semblant de faire la conversation.<br />
J&#8217;aime pas faire semblant d&#8217;être gentil.</p>
<p>Moi j&#8217;aime les tuyaux.<br />
J&#8217;aime connecter les tuyaux.<br />
Les mains sales, le nez qui a l&#8217;impression d&#8217;être sale<br />
ça ne me gène pas.<br />
Je préfère ça au blanc.</p>
<p>Je n&#8217;aime pas les mots<br />
Je n&#8217;aime pas parler<br />
J&#8217;aime quand ça coule<br />
les mots ça coule pas.</p>
<p>J&#8217;enseigne le snowboard<br />
aux adultes<br />
ça coule pas.<br />
Je voudrais leur mettre de l&#8217;acide dans le crâne<br />
dissoudre le bouchon de leur peur<br />
à ceux qui ont assez d&#8217;argent pour se payer des cours<br />
déboucher, à la pression, leurs corps<br />
qui coulent pas<br />
qui tombent<br />
qui se font mal</p>
<p>Ca me fait mal<br />
quand ils ont mal.<br />
Leur douleur, elle coule dans mon corps.<br />
Quand ils tombent<br />
je suis plus sonné qu&#8217;eux.</p>
<p>Je la stocke.<br />
Je l&#8217;ai toujours stockée.<br />
Depuis que je suis petit<br />
la douleur, je la vois,<br />
elle coule<br />
si vite, si vite en moi<br />
ça me fait du sale dans la poitrine<br />
ça me donne envie de pleurer</p>
<p>Un jour, je déborderai</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Sel de route</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/09/sel-de-route/</link>
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		<pubDate>Mon, 09 Jan 2012 07:51:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Il est beau. C&#8217;est le plus beau du canton. Je suis belle. La plus belle de la fête du mouton. Maintenant on est vieux et on pue. Il pique. Sa peau est couleur sel de route Je suis molle. comme une golden oubliée en juin. Il a toujours pensé juste. Il a toujours parlé mal. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6665440547/" title="pépé by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7160/6665440547_00c5c2ce30.jpg" width="500" height="375" alt="pépé"></a></p>
<p>Il est beau.<br />
C&#8217;est le plus beau du canton.<br />
Je suis belle.<br />
La plus belle de la fête du mouton.</p>
<p>Maintenant on est vieux et on pue.<br />
Il pique. Sa peau est couleur sel de route<br />
Je suis molle.<br />
comme une golden oubliée<br />
en juin.</p>
<p>Il a toujours pensé juste.<br />
Il a toujours parlé mal.<br />
Les petits enfants se moquent de lui.<br />
C&#8217;est le seul agriculteur de la vallée à lire autant.<br />
Un jour qu&#8217;il a beaucoup bu il me dit qu&#8217;il a lu &#8211; tous &#8211; les livres<br />
de la bibliothèque du village.<br />
Je sais que c&#8217;est vrai.<br />
Il ne se vante jamais.</p>
<p>Maintenant il ne voit plus rien,<br />
On attend la nuit.</p>
<p>On n&#8217;a plus la télé.<br />
Il n&#8217;a jamais voulu en racheter une.<br />
On écoute la radio.<br />
C&#8217;est long la nuit à partir de 5h.<br />
Lui, il dit que c&#8217;est toujours la nuit.</p>
<p>Alors les filles nous apportent<br />
les sacs de noisettes et les sacs de noix<br />
ramassées par les petits enfants.</p>
<p>Nos noix ne sont pas lavées à l&#8217;eau claire.<br />
Elles n&#8217;ont pas le même calibre.<br />
Ce sont les noix de l&#8217;arbre de la ferme.<br />
Celui qui protège la cour du soleil,<br />
l&#8217;été.<br />
Il me manque bien cet arbre.</p>
<p>Quand on est tous les deux,<br />
on ne fait plus de feu dans le salon.<br />
On reste sur nos chaises, à la cuisine.<br />
Le dos chauffé par le poêle.</p>
<p>Je laisse la radio.<br />
Celle où on apprend.<br />
Et on casse les noix.</p>
<p>Son casse-noix a la couleur de sa peau.<br />
Je pense que c&#8217;est maman qui me l&#8217;a donné.</p>
<p>Les doigts de mon vieux<br />
ont les mêmes plis<br />
le même dur<br />
que les coques.</p>
<p>On fait de beaux cerneaux<br />
pas des miettes.<br />
Les miettes, on les mange.<br />
On n&#8217;en mange pas beaucoup.</p>
<p>Pépé prend une noix avec un rythme de pelleteuse.<br />
Il la fait tourner dans sa main gauche<br />
approche le casse-noix<br />
attend le petit bruit net<br />
glisse son bras sur la toile cirée<br />
et ouvre sa main à ma droite<br />
comme une pelleteuse.</p>
<p>Pendant qu&#8217;il recommence<br />
je trie les cerneaux et les place<br />
dans des pots de confiture en verre.</p>
<p>Les filles les offrent à leurs amis et leurs voisins<br />
parce qu&#8217;elles ne peuvent plus en manger.<br />
Même en tarte.</p>
<p>Je l&#8217;entends grommeler.</p>
<p>- <em>Qu&#8217;est-ce t&#8217;as dit ?</em><br />
- <em>Dieu y fait pareil</em><br />
- <em>einh ?</em></p>
<p>- <em>Dieu dans le noir,<br />
y fait pareil</em></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le clown</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/08/le-clown/</link>
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		<pubDate>Sun, 08 Jan 2012 08:21:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2173</guid>
		<description><![CDATA[Tous les jours. Plusieurs fois. Plusieurs fois tous les jours on me dit &#171;&#160;arrête de faire le clown&#160;&#187; Mais moi je ne fais pas le clown. Je fais de mon mieux pour qu&#8217;ils soient fiers. On a un nouveau voisin. Papa et maman l&#8217;aiment beaucoup. Ils ne sont pas pareils avec lui. Avec pépé et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/5164130932/" title="ahah by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm2.staticflickr.com/1365/5164130932_37146932d1.jpg" width="500" height="500" alt="ahah"></a></p>
<p>Tous les jours.<br />
Plusieurs fois.<br />
Plusieurs fois tous les jours on me dit<br />
<em>&laquo;&nbsp;arrête de faire le clown&nbsp;&raquo;</em><br />
Mais moi je ne fais pas le clown.<br />
Je fais de mon mieux pour qu&#8217;ils soient fiers.</p>
<p>On a un nouveau voisin.<br />
Papa et maman l&#8217;aiment beaucoup.<br />
Ils ne sont pas pareils avec lui.<br />
Avec pépé et mémé<br />
avec toutes les tatas et tous les tontons<br />
ils parlent comme tous les jours.<br />
Avec lui<br />
ils ne parlent pas comme avec le médecin.<br />
Mais presque.</p>
<p>J&#8217;ai compris qu&#8217;il est spécial.<br />
Ils font attention.<br />
Alors je fais attention moi aussi.<br />
C&#8217;est-à-dire que je lui montre<br />
tout ce que je sais faire.<br />
Pour qu&#8217;ils soient fiers.</p>
<p>Ce printemps, sur l&#8217;escalier<br />
je saute de bien haut<br />
quatre marches.<br />
Le vieux chien passe<br />
juste à ce moment-là<br />
Pour l&#8217;éviter<br />
je tombe et ça me fait pleurer.<br />
Je retiens bien ma voix.<br />
Il n&#8217;y a que mes yeux qui pleurent.<br />
Maman me crie<br />
en m&#8217;accusant de vouloir faire du mal à son chien.</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;arrête de faire l&#8217;idiot&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Cet été, sur le talus<br />
je lui fais mes galipettes.<br />
Je rigole fort.<br />
J&#8217;oublie le barbelé.<br />
Ca saigne un peu.<br />
Je ne dis rien.<br />
Je suis content de moi.<br />
Mémé me dispute pour<br />
mon pantalon déchiré.</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;arrête de faire l&#8217;imbécile&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Cet automne, dans la cuisine<br />
je lui montre mes toupies en fer<br />
je lui montre qu&#8217;on peut les envoyer très haut<br />
très loin<br />
de très haut plus haut que moi.<br />
A l&#8217;école, je suis le seul.<br />
Ca casse un carreau du sol.<br />
Papa prend sa grosse voix<br />
et m&#8217;envoie me coucher</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;arrête de faire l&#8217;andouille&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Cet hiver, pour le repas de mes<br />
trois ans et demi<br />
Je sors mon cahier de dessins.<br />
Je lui montre une feuille.<br />
Il me demande ce que c&#8217;est.<br />
Maman dit :<br />
<em>&laquo;&nbsp;arrête de faire ton intéressant&nbsp;&raquo;</em><br />
Je réponds, c&#8217;est des couleurs.<br />
Maman et papa rigolent.</p>
<p>Mais pas lui.<br />
Il regarde et me dit :<br />
<em>tu as rempli pour que les couleurs<br />
qui se ressemblent ne se touchent pas<br />
n&#8217;est-ce pas ?</em><br />
Je fais oui avec la tête.<br />
Il dit :<br />
<em>c&#8217;est un très beau pavage.<br />
Les dessins comme cela<br />
on appelle cela des pavages.</em><br />
Et il m&#8217;ébouriffe les cheveux.</p>
<p>J&#8217;ai quarante ans<br />
Je suis enseignant-chercheur.<br />
En topologie.</p>
<p>Et tous les jours<br />
tous les jours<br />
je dis à mon fils</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;s&#8217;il te plait, fais-moi ton clown&nbsp;&raquo;</em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Le jasmin dans le thé</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/07/le-jasmin-dans-le-the/</link>
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		<pubDate>Sat, 07 Jan 2012 06:43:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Je me casse le poignet en jouant du Scriabine Toute mon âme est là intacte mais mon poignet a dorénavant peur Lors des concours internationaux il ne diffuse plus Les notes sont jouées à la notation près. Mais le feu n&#8217;effleure plus les touches Je le sens bloquer dans mon coude. qui me fait mal. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6595309547/" title="Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues. by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7022/6595309547_02f7b7c9e7.jpg" width="500" height="302" alt="Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues."></a></p>
<p>Je me casse le poignet<br />
en jouant du Scriabine</p>
<p>Toute mon âme est là<br />
intacte<br />
mais mon poignet a dorénavant peur</p>
<p>Lors des concours internationaux<br />
il ne diffuse plus</p>
<p>Les notes sont jouées à la notation près.<br />
Mais le feu n&#8217;effleure plus les touches<br />
Je le sens bloquer dans mon coude.<br />
qui me fait mal.</p>
<p>Pendant plusieurs années<br />
le matin, en me maquillant<br />
je vois mes paupières inférieures vibrer<br />
de feu<br />
de colère<br />
de refus</p>
<p>Je compose des deuils<br />
huit<br />
Je les joue, dans ma tête,<br />
à toute heure<br />
dans mon bain à 45°<br />
dans l&#8217;hiver sans gants<br />
dans le thé jasmin trop chaud trop fort<br />
que je descends comme un whisky<br />
je brûle</p>
<p>Je décide d&#8217;être mère.<br />
Je me fais saisir<br />
par un mâle alpha<br />
multi-riche<br />
j&#8217;aurai deux fils<br />
deux flammes<br />
aux poignets forts</p>
<p>J&#8217;ai deux filles.<br />
Fragiles.<br />
J&#8217;attends plusieurs fois par mois<br />
chez le pédiatre.<br />
En me frottant le poignet.</p>
<p>Mon mari est nommé pour trois ans à l&#8217;étranger.<br />
J&#8217;ai la paix<br />
et l&#8217;épuisement.<br />
Mes filles me prennent chacune de mes heures.<br />
Les veiller<br />
Les soigner<br />
Les lever<br />
Les laver<br />
Les essuyer<br />
Les habiller<br />
Laver leur linge &#8211; étendre, repasser, recommencer<br />
Les nourrir &#8211; les courses, la vaisselle<br />
Les préparer, les éduquer<br />
Jouer avec elles<br />
Les déplacer<br />
les porter<br />
Les punir<br />
Ranger leurs chambres<br />
Tenir la maison<br />
Les endormir<br />
Les veiller<br />
Les soigner</p>
<p>Mon poignet me fait mal<br />
Mes paupières inférieures se remettent à vibrionner<br />
J&#8217;entends une musique du tabou<br />
de l&#8217;effroi<br />
une musique maudite<br />
que nulle oreille n&#8217;a le droit d&#8217;entendre</p>
<p>Elle est là<br />
à fleurs de doigts<br />
terrifiante<br />
je la repousse<br />
elle revient<br />
je sers les poings</p>
<p>Un soir<br />
après avoir pleuré<br />
elle s&#8217;impose<br />
et je l&#8217;accepte<br />
je lui ouvre les bras<br />
et elle me prend<br />
elle me damne<br />
pour toujours<br />
et aucun bodhisattva<br />
pas même Kannon Sama<br />
ne pourra jamais plus<br />
laver mon âme</p>
<p>j&#8217;ai joué la musique<br />
de la mort de mes filles</p>
<p>-</p>
<p>Je meurs vieille<br />
mes filles en bonne santé</p>
<p>Mon deuxième mari<br />
mon amour<br />
dépose sur mon front un baiser de paix</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>La bouche chocolat</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/06/la-bouche-chocolat/</link>
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		<pubDate>Fri, 06 Jan 2012 09:53:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2162</guid>
		<description><![CDATA[Je suis arrivé en avance. J&#8217;arrive toujours en avance. Depuis que ma femme est morte. Le monde n&#8217;est pas pour moi. J&#8217;attends ma fille, ma petite, et mes petits enfants à l&#8217;hotel de la petite station. Celle où je viens tous les ans. Ne serait-ce qu&#8217;une journée. La jeune patronne - je me souviens d&#8217;elle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6646179661/" title="Pépé by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7001/6646179661_3ac5ef2d6e.jpg" width="500" height="333" alt="Pépé"></a></p>
<p>Je suis arrivé en avance.<br />
J&#8217;arrive toujours en avance.<br />
Depuis que ma femme est morte.</p>
<p>Le monde n&#8217;est pas pour moi.</p>
<p>J&#8217;attends ma fille,<br />
ma petite,<br />
et mes petits enfants<br />
à l&#8217;hotel de la petite station.<br />
Celle où je viens tous les ans.<br />
Ne serait-ce qu&#8217;une journée.</p>
<p>La jeune patronne<br />
- je me souviens d&#8217;elle à un an -<br />
me propose d&#8217;ouvrir exceptionnellement<br />
le onsen pour moi.<br />
Je refuse doucement de la tête.<br />
Je préfère attendre la voiture de ma fille<br />
en regardant les flocons tomber.</p>
<p>Deux petites princesses viennent s&#8217;installer<br />
à la table près de la mienne.<br />
Quatre et sept ans.<br />
La cadette est vive, parle fort.<br />
L&#8217;aînée éteinte.<br />
- elle sait qu&#8217;elle est moins intelligente que sa soeur -</p>
<p>Elles commandent des boissons pétillantes<br />
- chambre 104 -<br />
qui arrivent en canettes.<br />
Elles sortent et trient un jeu d&#8217;Hanafuda.</p>
<p>La cadette demande à sa soeur<br />
de lui ouvrir sa canette.<br />
- <em>tu ne sais pas faire ?</em><br />
- <em>si, mais j&#8217;ai peur de renverser</em></p>
<p>Le monde n&#8217;est pas pour moi</p>
<p>Je repère dans le sourire de la petite<br />
une malice pour elle-même.<br />
Ce n&#8217;est pas la peur de renverser<br />
la véritable origine de sa demande.<br />
Avec effort, elle pourrait seule ouvrir sa canette.</p>
<p>Dans le sourire de la petite<br />
je lis la satisfaction<br />
de se faire servir par la grande.</p>
<p>Le monde n&#8217;est pas pour moi</p>
<p>Je sursaute<br />
Mon petit fils s&#8217;est jeté à mon cou par derrière<br />
en écrasant ma pomme d&#8217;Adam<br />
Il m&#8217;a fait mal, je ne sens pas la douleur<br />
Je suis heureux<br />
J&#8217;écarte ma bière<br />
ma chaise<br />
et le serre contre mon gros ventre.<br />
Il est chaud et souple<br />
il bouge<br />
se frotte comme un chiot en parlant vite<br />
- <em>tu sais, maintenant, je sais lire tous les kanas</em></p>
<p>Le monde n&#8217;est pas pour moi</p>
<p>Ma fille tient dans ses bras sa petite.<br />
De trois ans.<br />
Elle double de volume dans sa combinaison d&#8217;hiver<br />
une seule pièce : rouge.<br />
Elle se laisse enlever ses moufles.<br />
Je la prends dans mes bras<br />
pour que sa mère puisse procéder au check-in.<br />
La petite me regarde avec un détachement de poupée.<br />
Ne répond pas à mes sourires.<br />
Bouge seulement ses pupilles<br />
subtilement</p>
<p>Le monde n&#8217;est pas pour moi</p>
<p>Je l&#8217;assois sur un fauteuil de cuir.<br />
Commande un chocolat chaud.<br />
Il est bon ici.<br />
Epais. Foncé.</p>
<p>Je tiens la tasse.<br />
Ma petite fille boit.</p>
<p>Avec ma serviette en papier jaune<br />
j&#8217;essuie sa bouche chocolat</p>
<p>Le monde n&#8217;est pas pour moi</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Le musicien 4</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/05/le-musicien-4/</link>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2012 15:47:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2158</guid>
		<description><![CDATA[Je suis le numéro deux. J&#8217;ai tout appris de mon grand frère. Mon petit frère, c&#8217;est le virtuose de la famille. Il ne parle pas. Jamais. Il croit qu&#8217;il est nul. Nous n&#8217;évoquons jamais le numéro quatre. C&#8217;est mon grand-frère qui m&#8217;a appris la musique. Sur ses flutes. J&#8217;ai encore le son de ses flutes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/2671759227/" title="On y lisait une histoire. Triste. by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm4.staticflickr.com/3108/2671759227_500b8e2f45.jpg" width="500" height="500" alt="On y lisait une histoire. Triste."></a></p>
<p>Je suis le numéro deux.<br />
J&#8217;ai tout appris de mon grand frère.<br />
Mon petit frère, c&#8217;est le virtuose de la famille.<br />
Il ne parle pas. Jamais.<br />
Il croit qu&#8217;il est nul.<br />
Nous n&#8217;évoquons jamais le numéro quatre.</p>
<p>C&#8217;est mon grand-frère qui m&#8217;a appris la musique.<br />
Sur ses flutes.<br />
J&#8217;ai encore le son de ses flutes dans la tête.<br />
Cela me guide. Et parfois, parce qu&#8217;il me guide du passé<br />
je joue aussi bien que lui.</p>
<p>Je me souviens du jour où il a arrêté la musique.<br />
Nous étions dans la rue.<br />
Près d&#8217;un marché.<br />
Nous avions froid.<br />
Il pleuvait.<br />
C&#8217;était la nuit de trop.<br />
La nuit de trop à dormir dans la rue.</p>
<p>Il m&#8217;a regardé<br />
Et j&#8217;ai vu son regard se casser.<br />
Il s&#8217;est mis à pleurer sans larmes.<br />
Le regard droit<br />
dur<br />
battu<br />
Comme un saint qui a perdu ses doigts en hiver<br />
et qui comprend<br />
que le satori n&#8217;existe pas.</p>
<p>Je ne l&#8217;ai plus jamais entendu jouer.<br />
Il n&#8217;a plus d&#8217;instrument.<br />
Il vend des takoyakis.<br />
Beaucoup de takoyakis.<br />
Et quelqu&#8217;un qui saurait y voir<br />
pourrait lire les traces d&#8217;une musique<br />
quand il prépare et sert ses takoyakis.</p>
<p>Il a failli faire de la prison.<br />
Parce que le sake de contrebande, ça accompagne bien<br />
les takoyakis.<br />
Depuis il a arrêté son trafic.<br />
Il trafique avec Dieu<br />
C&#8217;est un intégriste<br />
crâne nu<br />
chapelet en mouvement perpétuel<br />
qui prie Fudō Myō-ō le terrifiant<br />
celui qui convertit la haine en rédemption</p>
<p>Mais je sais bien que derrière ses crocs et sa peau bleue<br />
le Dieu qu&#8217;il prie<br />
c&#8217;est le soleil<br />
le Dieu qu&#8217;il prie<br />
c&#8217;est la musique<br />
notre musique</p>
<p>Voici la flute de mon frère<br />
et voici l&#8217;air qu&#8217;il m&#8217;a appris</p>
<p>le soir de cette nuit</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le musicien 3</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/04/le-musicien-3/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/04/le-musicien-3/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 04 Jan 2012 06:55:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2153</guid>
		<description><![CDATA[Avant même les engueulades je me demande si je suis normal à ne pas vouloir l&#8217;être Mon amante d&#8217;Osaka, ma belle amante d&#8217;Osaka aux yeux clairs ma déliane, ma narquoise aux épaules de petite fille cela fait dix ans qu&#8217;on se quitte en s&#8217;aimant Elle n&#8217;en peut plus d&#8217;attendre. Elle la veut, il la lui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/4955987085/" title="Eric-Maria Couturier, Kyoto, Goendama, l'accueil by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm5.staticflickr.com/4086/4955987085_93dc49263c.jpg" width="500" height="333" alt="Eric-Maria Couturier, Kyoto, Goendama, l'accueil"></a></p>
<p>Avant même les engueulades<br />
je me demande si je suis normal à ne pas vouloir l&#8217;être</p>
<p>Mon amante d&#8217;Osaka, ma belle amante d&#8217;Osaka aux yeux clairs<br />
ma déliane, ma narquoise aux épaules de petite fille<br />
cela fait dix ans qu&#8217;on se quitte en s&#8217;aimant</p>
<p>Elle n&#8217;en peut plus d&#8217;attendre.<br />
Elle la veut, il la lui faut : sa famille.</p>
<p>Moi, je ne veux pas torcher de mômes.<br />
Je ne veux pas que mes doigts sentent la merde, la nuit<br />
pour toucher mon koto sombre<br />
mes flûtes de bambou noir</p>
<p>Si ma musique s&#8217;installe dans un kotatsu de famille<br />
elle va me mourir<br />
je vais me mourir<br />
j&#8217;ai déjà du mal à me survivre</p>
<p>Quand je pense au kotatsu de famille,<br />
loin de mon amante d&#8217;Osaka,<br />
sur les routes,<br />
ma poitrine me fait mal<br />
comme si ma flute me traversait la gorge<br />
et mes poumons se crèvent comme la peau d&#8217;un koto sous le couteau d&#8217;un passeur traître.</p>
<p>Alors pour m&#8217;endormir, sur le côté gauche,<br />
dans une chambre qui n&#8217;est pas la mienne<br />
je chantonne en patois des îles<br />
&laquo;&nbsp;elle est loin,<br />
je t&#8217;aime d&#8217;être loin<br />
mon aimée qui me hait d&#8217;être loin&nbsp;&raquo;</p>
<p>Ma musique, qui est ma reine, ma reine plus que mon amante d&#8217;Osaka,<br />
ma musique si proche<br />
comme un yukata blanc, l&#8217;été, sur ma peau<br />
ma musique me berce dans ses bras<br />
m&#8217;oriente vers ma prochaine chambre<br />
qui ne sera pas la mienne<br />
où me manquera mon amante<br />
la femme que j&#8217;aime<br />
qui veut une famille</p>
<p>qui ne sera jamais la mienne</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le musicien 2</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/03/le-musicien-2/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/03/le-musicien-2/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 03 Jan 2012 07:37:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2150</guid>
		<description><![CDATA[Je participe à une matsuri d&#8217;un sanctuaire Tenman-gū, le kami des poètes. J&#8217;improvise au koto, les poètes lisent leurs textes. Je suis payé. Ma présence est officielle. Je rentre à mon auberge. Pour me reposer. Je veux assister ce soir au concert d&#8217;un maître shakuhachi d&#8217;une école que j&#8217;aime. J&#8217;ai joué plusieurs années avec un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/5415331123/" title="Théière à sake divin by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm6.staticflickr.com/5216/5415331123_767279241d.jpg" width="500" height="333" alt="Théière à sake divin"></a></p>
<p>Je participe à une matsuri d&#8217;un sanctuaire Tenman-gū,<br />
le kami des poètes.<br />
J&#8217;improvise au koto, les poètes lisent leurs textes.<br />
Je suis payé. Ma présence est officielle.<br />
Je rentre à mon auberge.<br />
Pour me reposer.<br />
Je veux assister ce soir au concert d&#8217;un maître shakuhachi d&#8217;une école que j&#8217;aime.<br />
J&#8217;ai joué plusieurs années avec un maître itinérant de cette école.<br />
J&#8217;ai aimé jouer cette musique.<br />
Qui ne fuit ni les hommes, ni les femmes, ni les dieux, ni la tristesse.<br />
Elle monte.<br />
Vers le soleil.<br />
Confidente du soleil.<br />
Confiante vers le soleil.<br />
Ils l&#8217;appellent Dieu.</p>
<p>Je rentre à mon auberge<br />
mais je suis arrêté dans la rue.<br />
Par des poètes du sud, saouls.</p>
<p>Ce soir là, au festival, les poètes du sud qui ne sont pas saouls ne sont pas poètes.<br />
L&#8217;un se cassera le pied. Et pleurera toute la nuit dans la clinique d&#8217;un médecin poète.<br />
Il en fera un haiku.<br />
D&#8217;amour pour une femme au dos blanc.</p>
<p>Moi, je me fais arrêter par deux poètes saouls.<br />
Ils ne savent pas où ils sont.<br />
Ils ne connaissent pas le nom de leur auberge.<br />
Ils ne dorment pas dans la même.<br />
Ce soir là, tout aurait été bien plus simple s&#8217;il n&#8217;y avait eu qu&#8217;une seule auberge des poètes du sud saouls.</p>
<p>Je remonte la ville vers le sanctuaire organisant la matsuri.<br />
Pour aider les deux enivrés.<br />
Ils marchent lentement. Ils sont romanesquement saouls.<br />
Il fait chaud. Je suis fatigué.<br />
Il n&#8217;est que 20h.</p>
<p>A 21h, j&#8217;ai raccompagné à son auberge le deuxième poète.<br />
C&#8217;est un prêtre. Il me bénit.<br />
J&#8217;ai cru qu&#8217;il allait vomir.</p>
<p>Je marche vers ma chambre.<br />
Deux jeunes du sud m&#8217;interpellent.<br />
En patois des îles du sud.<br />
Ce n&#8217;est pas du patois. C&#8217;est de l&#8217;incompréhensible.<br />
Ils me parlent en langue de ma province.<br />
J&#8217;ai appris à toujours faire semblant de ne pas comprendre ma langue.<br />
Une grande famille c&#8217;est déjà bien assez compliqué.</p>
<p>Ils sont sans papiers. Un peu simples. Débarqués d&#8217;un caboteur.<br />
Ils sont de la province voisine de la mienne.<br />
On dit que cela va mal dans cette province ces derniers mois.<br />
Ils ont faim. Pas d&#8217;argent. Pas de toit.<br />
Ils me disent qu&#8217;ils n&#8217;ont que Bouddha et moi.<br />
Je leur dis &laquo;&nbsp;je ne peux rien pour vous&nbsp;&raquo;.<br />
Alors je leur offre ma chambre pour la nuit et à manger.<br />
Ils me bénissent. M&#8217;appellent leur seigneur.<br />
Ils me bénissent en regardant le ciel<br />
&laquo;&nbsp;nous n&#8217;avons que Bouddha et toi notre seigneur&nbsp;&raquo;.<br />
Ils sont saouls.</p>
<p>Dans ma chambre d&#8217;auberge, ils se mettent à prier leur famille.<br />
Ils expliquent qu&#8217;ils ont trouvé un saint<br />
qui va leur donner des sauf-conduits.<br />
Quand ils ont terminé je leur explique<br />
qu&#8217;ils n&#8217;auront que le toit, cette seule nuit, et un repas, ce seul soir.<br />
Ils s&#8217;endorment. Epuisés. Sur mon futon.<br />
Je vais chercher de quoi manger.<br />
Mais je n&#8217;ai pas envie de rentrer<br />
et de dormir à plat dos<br />
comme en prison<br />
sur le sol de ma chambre.</p>
<p>Dans la rue je croise deux autres poètes du sud, saouls.<br />
Le bureau du sanctuaire Tenman-gū est fermé.<br />
Ils sont perdus.<br />
Ils ont faim.<br />
Ils veulent pisser.<br />
La dernière taverne ne veut pas les recevoir.<br />
Ne veut pas les servir.</p>
<p>Je leur montre le canal.<br />
Ils ne veulent pas y pisser.<br />
Il est trois heures du matin mais ils ont honte.<br />
Ils palabrent un quart d&#8217;heure, puis leur vessie craque.<br />
Ils pissent dans le canal.<br />
Ils palabreront quinze minutes encore.<br />
Pour pisser leur honte.</p>
<p>Ils ont faim.<br />
La taverne ne veut pas les servir.<br />
Je supplie le patron.<br />
Un homme du sud.<br />
Qui prépare trois champloos.<br />
Une fois servis, les poètes saouls<br />
regardent leur assiette<br />
dégoutés<br />
en faisant la fine bouche.</p>
<p>Il est quatre heure.<br />
Je pense au concert de musique que j&#8217;ai raté.</p>
<p>La nuit m&#8217;a fait tourner dans ses notes.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Le musicien 1</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/02/le-musicien-1/</link>
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		<pubDate>Mon, 02 Jan 2012 16:43:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Je suis d&#8217;une province du Sud et j&#8217;ai 16 ans quand mon père pour protéger mes frères, mes soeurs, sa femme, me fait porter ses flutes et son koto sur les routes du Nord. Depuis, j&#8217;y suis. Sur les routes. Comme sur une page de musique, celle que je joue et qui ne s&#8217;écrit pas. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6618416973/" title="Baby don't you cry by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7016/6618416973_c373886930.jpg" width="333" height="500" alt="Baby don't you cry"></a></p>
<p>Je suis d&#8217;une province du Sud et j&#8217;ai 16 ans quand mon père<br />
pour protéger mes frères, mes soeurs, sa femme, me fait porter ses flutes et son koto sur les routes du Nord.<br />
Depuis, j&#8217;y suis. Sur les routes.<br />
Comme sur une page de musique, celle que je joue et qui ne s&#8217;écrit pas.<br />
Réfugié sans refuge, sans papiers, terrifié par mon faux sauf-conduit.</p>
<p>Trois policiers de Kyôto m&#8217;ont appris ce qu&#8217;est un vrai bon faux sauf-conduit.</p>
<p>Je suis à la frontière de la province de l&#8217;ancienne capitale.<br />
J&#8217;ai 24 ans.<br />
Sur mon permis, 36.<br />
Je ne connais pas le nom de ma supposée mère.</p>
<p>De la charette avec mes compagnons de voyage, on voit les contrôles.<br />
Côté Kyôto.</p>
<p>Tout le monde a peur de la police de l&#8217;ancienne capitale.<br />
Mon faux permis surtout.<br />
il se voit en prison.<br />
Je dis à mes amis :<br />
&laquo;&nbsp;poussez-vous que je me jette dans le fleuve&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;tu es fou, tu vas mourir si tu te jettes&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;plutôt mourir que la prison de Kyôto&nbsp;&raquo;<br />
Ils me retiennent. Je me débats, je les hais de me retenir.<br />
Avec leurs vrais permis, ils ne comprennent pas ce qu&#8217;est la prison.<br />
La charrette s&#8217;arrête.<br />
Les gardes m&#8217;arrêtent.<br />
A 24 ans, je n&#8217;en fais pas 36.<br />
Mes amis pleurent.<br />
Les pleurs n&#8217;émeuvent pas la police de Kyôto.<br />
Je suis dans la cellule.</p>
<p>J&#8217;ai toujours du mal à m&#8217;endormir. Partout où je vais.<br />
Sauf en prison.<br />
Je dors toujours sur le côté gauche.<br />
Sauf en prison.<br />
En prison, la pierre ne permet pas de dormir sur ton bras.<br />
En prison, je m&#8217;étends sur le dos.<br />
Et je m&#8217;endors tout de suite.</p>
<p>Les verrous de la porte me réveillent.<br />
Les trois policiers sont là.<br />
Ils m&#8217;expliquent qu&#8217;ils ont décidé.</p>
<p>Qu&#8217;ils me laissent partir.<br />
Que je ne les ai jamais vus<br />
- surtout s&#8217;ils me reprennent un jour.</p>
<p>Ils me montrent ce qu&#8217;est un vrai bon faux sauf-conduit.<br />
Pour la prochaine fois.</p>
<p>Je suis dans la rue.<br />
La nuit.<br />
Près du quartier des plaisirs.<br />
Les trois policiers m&#8217;ont déposé là.<br />
Et je crois être allongé à plat dos<br />
sur la pierre de la prison<br />
rêvant</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>L&#8217;enfant des neiges</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2012/01/01/lenfant-des-neiges/</link>
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		<pubDate>Sun, 01 Jan 2012 18:30:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[J&#8217;ai toujours eu froid Même avant de savoir que j&#8217;ai été conçue avec du congelé. Mon prénom signifie enfant des neiges. Ca pourrait être de l&#8217;humour. Mais mes parents n&#8217;en ont pas. Mes parents sont des gens biens. Bien sous tous rapports. Ils font toujours ce que l&#8217;on attend d&#8217;eux. Ils se sont même mis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/5332193051/" title="La neige-fond by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm6.staticflickr.com/5286/5332193051_e9046e3e26.jpg" width="333" height="500" alt="La neige-fond"></a></p>
<p>J&#8217;ai toujours eu froid<br />
Même avant de savoir<br />
que j&#8217;ai été conçue avec du congelé.</p>
<p>Mon prénom signifie enfant des neiges.<br />
Ca pourrait être de l&#8217;humour.<br />
Mais mes parents n&#8217;en ont pas.</p>
<p>Mes parents sont des gens biens.<br />
Bien sous tous rapports.<br />
Ils font toujours ce que l&#8217;on attend d&#8217;eux.<br />
Ils se sont même mis d&#8217;accord pour mentir une fois. Aux médecins.<br />
On n&#8217;a jamais attendu d&#8217;eux qu&#8217;ils aient du plaisir.<br />
Alors ils sont encore vierges.<br />
Tous les deux.<br />
Ils ont dit aux médecins qu&#8217;ils faisaient ce qu&#8217;il faut faire.<br />
Mais en vrai, comme ça n&#8217;est pas convenable,<br />
ils ont continué à protéger leur chasteté.<br />
Je découvre cela un premier de l&#8217;an<br />
derrière un shoji<br />
chez grand-mère<br />
quand ma tante demande à voix basse des conseils à sa grande soeur.</p>
<p>Personne n&#8217;attend de moi que je sois intelligente.<br />
Dans la moyenne avec de bonnes notes bien méritantes, oui.<br />
Mais pas 47 points de QI de plus que les filles de mon lycée.<br />
Cela poserait problème. Ce n&#8217;est pas convenable.<br />
Alors j&#8217;ai dit que je serai hôtesse de l&#8217;air.<br />
Etre serveuse. En uniforme. A 10000 mètres. Ca va.<br />
Pilote, non.<br />
Je peux éventuellement en marier un.<br />
Et faire d&#8217;autres enfants des neiges :<br />
tout se congèle à 10000 mètres, neh.</p>
<p>Je ne parle pas.<br />
Je n&#8217;écris pas.<br />
Je lis. Sur ordinateur,<br />
afin qu&#8217;on ne me pose pas de questions.</p>
<p>Dans un cybercafé, je télécharge tous les classiques.<br />
On n&#8217;a pas internet à la maison.<br />
Ca ne se fait pas. Ca pourrait me troubler.<br />
Je crypte les fichiers dans un sous-répertoire du système d&#8217;exploitation.<br />
Je lis les classiques.<br />
Tous les classiques.<br />
De tous les pays.<br />
De toutes les époques.</p>
<p>J&#8217;aime les Scandinaves.<br />
Tous les écrivains du froid.<br />
Ceux qui écrivent à l&#8217;encre bleue<br />
de leurs doigts.<br />
Ceux qui n&#8217;ont plus froid<br />
d&#8217;y être habitué.<br />
Ceux dont les lèvres &#8211; bleues<br />
laissent une marque sèche<br />
sur la gorge de leur aimée.</p>
<p>Quand j&#8217;ai trop froid<br />
je lis du Rumi.<br />
Je le lis en janvier et en février.<br />
Le reste de l&#8217;année, il est trop chaud.</p>
<p>Pour le jour de l&#8217;an,<br />
depuis trois ans,<br />
depuis que je l&#8217;ai découvert<br />
je ne lis que lui.</p>
<p>Je souhaite mes voeux à la famille.<br />
Avec la même voix avec laquelle<br />
je leur souhaite bonjour tous les matins :<br />
pour tout le monde, &laquo;&nbsp;bonjour&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;bonne année&nbsp;&raquo;,<br />
il n&#8217;y a jamais vraiment de différence.</p>
<p>Je leur souhaite bonne année, le retour du même.<br />
Sincèrement.<br />
Ils me souhaitent le retour du même.<br />
Ils me le souhaitent sincèrement.<br />
Alors mentalement je dévie leurs voeux.<br />
Je les bloque.<br />
Avec Rumi.<br />
ma boule de feu.</p>
<p>Avec lui je fonds<br />
je deviens l&#8217;eau</p>
<p>qui dissout tous les sels</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Déneige</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2011/12/31/deneige/</link>
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		<pubDate>Sat, 31 Dec 2011 08:30:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Je retourne au village. Dans la ferme de famille isolée vide - loin du village. Celle du plateau. Du petit plateau difficile d&#8217;accès en été. Celle dont on ne descend pas en hiver. Je dois terminer mes traductions. Je n&#8217;ai plus que cela. Mes traductions. Depuis qu&#8217;elle est partie. Je traduis du japonais classique. De [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6599169923/" title="Pour montrer au vendeur de luges by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7002/6599169923_c1a045ca8d.jpg" width="375" height="500" alt="Pour montrer au vendeur de luges"></a></p>
<p>Je retourne au village.<br />
Dans la ferme de famille<br />
isolée<br />
vide<br />
- loin du village.<br />
Celle du plateau.<br />
Du petit plateau difficile d&#8217;accès<br />
en été.<br />
Celle dont on ne descend pas<br />
en hiver.</p>
<p>Je dois terminer mes traductions.<br />
Je n&#8217;ai plus que cela.<br />
Mes traductions.<br />
Depuis qu&#8217;elle est partie.</p>
<p>Je traduis du japonais classique.<br />
De l&#8217;époque Heian.<br />
En japonais contemporain.</p>
<p>Elle m&#8217;a dit<br />
<em>j&#8217;ai de l&#8217;affection pour toi<br />
beaucoup de tendresse<br />
tu es un homme bon<br />
ce que nous avons vécu était bon.<br />
Merci.<br />
J&#8217;ai honte.<br />
Je coupe mes ongles courts pour ne pas<br />
laisser de traces sur mes pommettes.<br />
Mais je m&#8217;en vais.<br />
L&#8217;amour fou ne s&#8217;explique pas.</em></p>
<p>Elle a confié les enfants à sa mère.<br />
Je n&#8217;ai jamais su m&#8217;en occuper.<br />
Je n&#8217;en voulais pas.<br />
Je n&#8217;ai jamais voulu d&#8217;enfants.<br />
Les enfants, c&#8217;est bruyant.<br />
J&#8217;ai toujours su que je leur crierai dessus.<br />
Que je leur ferai sentir, chaque jour, combien ils<br />
trahissent mes espérances<br />
combien ils ne pourront jamais face à moi<br />
se sentir simplement<br />
acceptables.</p>
<p>Je retrouve mon regard dans les pupilles de mon dernier.<br />
Il a trois ans. Il a peur de moi.<br />
Ca me terrifie,<br />
de lui faire du mal.<br />
Je hais mon père.</p>
<p>Je me souviens quand il me dit<br />
qu&#8217;il hait le sien.<br />
Il n&#8217;y a rien à traduire<br />
dans le patrimoine de la haine.</p>
<p>Les hommes haïssent leurs fils<br />
parce qu&#8217;ils se haïssent<br />
parce qu&#8217;ils haïssent leur père<br />
de les avoir haïs.<br />
Ca n&#8217;a pas de sens.</p>
<p>Où sont donc les femmes pour empêcher cela ?<br />
Parties avec leur amour fou ?</p>
<p>Qui traduira cette démence<br />
dans une langue noble<br />
qui deviendrait<br />
patrimoine d&#8217;amour ?<br />
Etre un père qui s&#8217;aime<br />
qui aime son père<br />
qui aime ses fils<br />
qui fait de son mieux<br />
sans s&#8217;épuiser à davantage<br />
qui prend soin de lui<br />
qui prend soin des autres<br />
et pas simplement des mots</p>
<p>L&#8217;amour fou ne s&#8217;explique pas.</p>
<p>Un 31 décembre<br />
je déneige ma porte<br />
En poussant des cris de bucheron.</p>
<p>Puisse la porte m&#8217;entendre,<br />
m&#8217;apporter le chaud</p>
<p>Et puisse mes fils sourire<br />
en ébouriffant les cheveux de leurs enfants</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Yakshini</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2011/12/30/yakshini/</link>
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		<pubDate>Fri, 30 Dec 2011 07:59:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Je suis grande. Vraiment. Comme mon intelligence blessée Comme mes blessures ouvertes J&#8217;ai toujours été plus grande que les autres. A l&#8217;école, privée, pour jeunes filles sages, on se fait haïr, on se fait attaquer d&#8217;être plus grande que les autres. Ma taille les fait se sentir petites. Surtout les plus âgées. Les chefs. Dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/4947695555/" title="Les moines se disputaient l'ouverture de la porte by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm5.staticflickr.com/4085/4947695555_d7d0b04a3f.jpg" width="333" height="500" alt="Les moines se disputaient l'ouverture de la porte"></a></p>
<p>Je suis grande. Vraiment.<br />
Comme mon intelligence blessée<br />
Comme mes blessures ouvertes</p>
<p>J&#8217;ai toujours été plus grande que les autres.<br />
A l&#8217;école,<br />
privée,<br />
pour jeunes filles sages,<br />
on se fait haïr, on se fait attaquer<br />
d&#8217;être plus grande que les autres.<br />
Ma taille les fait se sentir petites.<br />
Surtout les plus âgées.<br />
Les chefs. Dans la cour.<br />
Dans les toilettes.<br />
Quand les adultes ne sont pas là pour voir.<br />
Les chefs qui tirent leur statut<br />
de se voir comme des grandes.</p>
<p>J&#8217;ai le dos vouté.<br />
Je n&#8217;ai jamais parlé à personne<br />
de ce qu&#8217;on m&#8217;a fait<br />
dans les toilettes.<br />
J&#8217;ai peur dans la foule.<br />
Je reste chez moi.<br />
Me ruine en taxi.<br />
J&#8217;aime internet.<br />
Mon visage n&#8217;exprime rien.</p>
<p>Les hommes se sentent petits<br />
quand ils me tiennent dans leurs bras.<br />
Ca les diminue. Ca les inquiète.<br />
Ils ne se sentent pas suffisamment petits<br />
pour retrouver leur vieux rêve :<br />
avoir six ans contre la poitrine de leur mère.<br />
Mais ils ont cette moue invisible<br />
d&#8217;un singe face à un sequoia.<br />
Ils jouissent vite.<br />
Je ne m&#8217;en rends même pas compte.<br />
Je me sens laide.</p>
<p>J&#8217;ai des formes.<br />
J&#8217;ai des courbes.<br />
Des seins, des hanches, des fesses.<br />
Je ne suis ni plate comme une planche<br />
ni rectangle comme une planche<br />
comme toutes les femmes si fines<br />
si belles d&#8217;ici.<br />
J&#8217;aime mes seins fermes.<br />
Je me sens laide.</p>
<p>Mes seins, mes courbes<br />
font de moi une proie.<br />
Les hommes dans la rue me pressent.<br />
Dans le couloir des gares<br />
ils font des gestes obscènes<br />
en me montrant les mangas érotiques<br />
qu&#8217;ils lisent sur leur smartphone.<br />
Les couples de salarymen saouls qui se soutiennent<br />
pour rentrer chez eux<br />
me traitent de tous les noms.<br />
Tout ce qu&#8217;ils s&#8217;interdisent d&#8217;exprimer<br />
face aux femmes planches<br />
sort sur moi<br />
comme un vomi.</p>
<p>Je n&#8217;ai jamais parlé à personne<br />
de mes deux<br />
tentatives de viol.<br />
Je me sens laide.<br />
J&#8217;ai tout le temps peur.</p>
<p>Il est plus grand que moi.<br />
Pas de beaucoup.<br />
Mais c&#8217;est la première fois.<br />
Nous nous rencontrons sur le net.<br />
Il voit la Vénus bleue de Matisse derrière moi.<br />
Il est lourd sur ma poitrine.<br />
Je n&#8217;ai pas l&#8217;habitude.<br />
Il me fait jouir.<br />
C&#8217;est la première fois.<br />
Depuis dix ans.<br />
Il me dit que je suis belle.<br />
Je hausse les épaules.</p>
<p>Il me caresse.<br />
Longuement.<br />
Ni comme un animal.<br />
Ni comme un enfant.<br />
Sa paume est ferme<br />
pleine<br />
sur la combe qui relie mon sein à mon épaule<br />
sur la base de mon cou<br />
sur l&#8217;os de ma hanche.<br />
Nous nous faisons face<br />
allongés sur le futon<br />
mon jeune chat sur nos pieds.<br />
Il passe sa main les yeux fermés.<br />
Je ne ressens rien.</p>
<p>Le lendemain il me dit que nous n&#8217;avons pas d&#8217;avenir.<br />
Que je suis trop blessée<br />
qu&#8217;il a déjà été le thérapeute d&#8217;autres compagnes<br />
qu&#8217;il s&#8217;est promis de ne plus l&#8217;être.<br />
J&#8217;ai l&#8217;habitude.<br />
La souffrance fait sortir de moi des mots violents.<br />
Qui me font mal à dire.<br />
Car mon coeur est bon.<br />
Je suis blessée.<br />
J&#8217;ai mal.<br />
Je me sens laide.</p>
<p>Mais il m&#8217;a fait jouir.<br />
Mon besoin de plaisir a toujours été grand.<br />
Quinze jours plus tard, je l&#8217;appelle.<br />
Je le revois.<br />
Il me prend dans ses bras.<br />
Je m&#8217;y sens bien.<br />
Il me dit qu&#8217;il ne peut résister à mes seins.<br />
Il les caresse.<br />
Silencieusement.<br />
La façon dont il me touche n&#8217;est pas sexuelle.<br />
Il me parle de son enfance en Inde.<br />
Il me sert un darjeeling.<br />
Un first flush de l&#8217;année.<br />
puis va chercher un bol.<br />
Un chawan.<br />
Une copie d&#8217;un raku noir.<br />
Me prépare un macha.<br />
Sans cérémonie. Dans sa cuisine.<br />
Je prends le bol à deux mains.<br />
Il pose ses mains sur les miennes.<br />
Il me dit<br />
<em>tu es un raku noir</em><br />
Je quart-de-sourire et hausse les épaules<br />
mais mon intelligence blessée, vivante,<br />
a compris<br />
avant même qu&#8217;il n&#8217;ouvre la bouche.</p>
<p>Il va chercher un livre.<br />
De sculptures indiennes.<br />
Il dit : j&#8217;ai choisi de ne <em>pas</em> prendre<br />
celui sur les Vénus préhistoriques.<br />
Il me montre les Yakshinis.<br />
Mon intelligence blessée, vive,<br />
bien muette<br />
bien terrée<br />
comprend avant même qu&#8217;il n&#8217;ouvre la bouche.<br />
Il ne dit rien.<br />
Je vois mon corps.</p>
<p>Je vois mon corps.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Un homme</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2011/12/30/un-homme/</link>
		<comments>http://www.tropiques-japonaises.fr/2011/12/30/un-homme/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 29 Dec 2011 15:20:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.tropiques-japonaises.fr/?p=2122</guid>
		<description><![CDATA[J&#8217;ai intégré depuis tout petit que je suis là pour me sacrifier. Je suis un homme Je suis jetable Ma femme est bête Mes enfants stupides Ma famille haineuse Mais je dois crever. Pour eux. Sans me poser de questions. Sans pleurer sur l&#8217;injustice. Parce que c&#8217;est juste comme ça. Un homme, ça se sacrifie. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/5259019699/" title="Nakamura San : la main gantée de blanc qui protège la tête du passager quand il entre dans le taxi by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm6.staticflickr.com/5243/5259019699_9e15ea7f1d.jpg" width="500" height="500" alt="Nakamura San : la main gantée de blanc qui protège la tête du passager quand il entre dans le taxi"></a></p>
<p>J&#8217;ai intégré<br />
depuis tout petit<br />
que je suis là<br />
pour me sacrifier.</p>
<p>Je suis un homme<br />
Je suis jetable</p>
<p>Ma femme est bête<br />
Mes enfants stupides<br />
Ma famille haineuse<br />
Mais je dois crever.<br />
Pour eux.<br />
Sans me poser de questions.<br />
Sans pleurer sur l&#8217;injustice.<br />
Parce que c&#8217;est juste comme ça.<br />
Un homme, ça se sacrifie.<br />
Ca se tue au boulot.<br />
Seul.<br />
Au loin.<br />
Ca envoie toute sa paie.<br />
Ca mendie son argent de poche.</p>
<p>Je suis un homme<br />
Je suis jetable</p>
<p>Pour mon anniversaire<br />
ma femme m&#8217;appelle.<br />
Le réseau ne passe pas toujours.<br />
Je suis bucheron.<br />
Dans les vallées noires.<br />
Dans les vallées qui glissent<br />
Dans les vallées froides<br />
où le soleil pointe bien après nous<br />
où le soleil pointe bien avant nous<br />
Il me manque un doigt.</p>
<p>Cette nuit je fais un rêve<br />
et ce matin je suis toujours dans mon rêve.<br />
Il me terrifie.</p>
<p>Je suis dans un bateau.<br />
Avec ma femme.<br />
Le bateau coule.<br />
Le radeau n&#8217;a qu&#8217;une place.<br />
Elle me regarde.<br />
Elle me dit : je suis une femme.<br />
Depuis toujours les femmes et les enfants d&#8217;abord.<br />
Mon ventre peut porter d&#8217;autres fruits.<br />
D&#8217;autres hommes feront fleurir mon utérus<br />
et l&#8217;humanité survivra comme elle a toujours survécu ainsi :<br />
les hommes se sacrifient<br />
les hommes sont jetables</p>
<p>Je lui retourne son regard<br />
ne lui souris pas<br />
monte sur le radeau en la regardant couler<br />
Je lui montre mes neuf doigts.</p>
<p>Tu vois ces mains ?<br />
Elles feront fleurir des foyers<br />
Elles protégeront et nourriront d&#8217;autres enfants<br />
Je suis un homme<br />
J&#8217;ai le droit à la vie<br />
J&#8217;ajoute du chaud au monde<br />
J&#8217;ai le droit de pleurer</p>
<p>et que quelqu&#8217;un prenne soin de moi</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Déjà poneys</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2011/12/28/deja-poneys/</link>
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		<pubDate>Wed, 28 Dec 2011 11:47:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Je lis Heidegger dans le texte. Je pense à la mort, au néant, tous les jours. Je reviens de ma retraite, annuelle, dans l&#8217;un des temples zen les plus stricts de Kyôto. Et l&#8217;Etre m&#8217;envoie ces dasein là. Mon voisin de droite me tutoie. Immédiatement. Il vient de Nouméa. Il a soixante ans. Il est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/2473977383/" title="J'avais pas trop envie de lui demander l'heure by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm4.staticflickr.com/3140/2473977383_8dbdea60cc.jpg" width="500" height="500" alt="J'avais pas trop envie de lui demander l'heure"></a></p>
<p>Je lis Heidegger dans le texte.<br />
Je pense à la mort, au néant, tous les jours.<br />
Je reviens de ma retraite, annuelle,<br />
dans l&#8217;un des temples zen les plus stricts de Kyôto.<br />
Et l&#8217;Etre m&#8217;envoie ces dasein là.</p>
<p>Mon voisin de droite me tutoie.<br />
Immédiatement.<br />
Il vient de Nouméa.<br />
Il a soixante ans.<br />
Il est de Perpignan.<br />
Il ne peut s&#8217;arrêter de bouger.<br />
Je réponds poliment.<br />
La civilisation commence à la frontière des êtres.<br />
Alors il se lâche.<br />
Il me demande si j&#8217;aime le Japon.<br />
N&#8217;attend pas ma réponse.<br />
<em>Tu sais pourquoi les Japonais me font peur ?</em><br />
<em>Non</em><br />
<em>J&#8217;ai peur qu&#8217;ils deviennent des chevals</em> (sic, avec l&#8217;accent).<br />
<em>Ah</em><br />
<em>Ben voué, ils sont déjà poneys</em><br />
<em>Je vous demande pardon, je ne comprends pas.</em><br />
<em>Déjà poneys, des Japonais !</em><br />
Je le regarde sans bouger et avec un ton heidegerrien lui dit<br />
<em>Je ne crois pas pouvoir tenir 13h</em><br />
Mon ton doit être juste.<br />
Immédiatement après l&#8217;extinction du signal &laquo;&nbsp;attachez votre ceinture&nbsp;&raquo;<br />
il se rue sur la première place vide au loin.</p>
<p>Mon voisin de gauche, japonais trentenaire, me demande de le prendre en photo.<br />
J&#8217;ai pitié.<br />
Je suspecte chez lui un probable syndrome génétique.<br />
Obésité, lenteur, facies spécifique, voix non testostéronée.<br />
Il sort une trousse rose avec des breloques en faux diamants.<br />
Il sue. Il est vraiment énorme.<br />
Il pose sur son ventre un ipad avec une protection rose.<br />
Et se met à regarder des clips d&#8217;idoles japonaises.<br />
Il connaît les paroles par coeur.<br />
Il ne changera pas de place comme le comique perpignanais.<br />
Je ne bougerai pas.<br />
Il tourne sa tête. Me regarde fixement.<br />
Pour que je lui parle.<br />
Je regarde droit devant moi.<br />
Avec mon regard de lecteur d&#8217;<em>Etre et Temps</em>.<br />
Il trépigne comme un fumeur en manque.<br />
Mais a trop peur.</p>
<p>Il fera la conversation avec le steward français.<br />
Tout droit sorti de la Cage aux folles.<br />
Je me demande s&#8217;il fait tailler sur mesure ses chemises blanches à manches courtes.<br />
Pour épouser les formes de son torse de bodybuilder impressionnant.<br />
Un bodybuilder au visage et au teint de surfeur.<br />
Aux gestes de petit rat de l&#8217;Opéra.<br />
Je me demande s&#8217;il pense à la mort et au Néant tous les jours.<br />
Je me demande ce qui lui arrive à l&#8217;intérieur quand il cesse de sourire.<br />
Je lui souhaite mentalement d&#8217;approcher le dévoilement de l&#8217;Etre.<br />
Dans l&#8217;angoisse de l&#8217;absence de sourire.</p>
<p>C&#8217;est à ce moment là qu&#8217;il s&#8217;approche tout, tout près de moi<br />
me regarde dans les yeux<br />
et me dit façon Michel Serreau</p>
<p><em>Les Japonais, j&#8217;ai peur qu&#8217;ils deviennent des chevals</em>&#8230;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Un tiret de lumière</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2011/12/27/un-tiret-de-lumiere/</link>
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		<pubDate>Tue, 27 Dec 2011 01:50:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Je dors. Quelques micro-secondes. Mes paupières se ferment lentement Je lutte pour maintenir ne serait-ce qu&#8217;un tiret de lumière Puis tout se ferme le monde, le matin le bleu sur la mer mes paupières touchent le temps de dire &#8211; un - Mon genou se lève légèrement le moteur fléchit on l&#8217;entend mes passagers l&#8217;entendent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/6572433073/" title="sur le mur des lendemains by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7146/6572433073_1eda196ffc.jpg" width="374" height="500" alt="sur le mur des lendemains"></a></p>
<p>Je dors.<br />
Quelques micro-secondes.<br />
Mes paupières se ferment lentement<br />
Je lutte pour maintenir ne serait-ce qu&#8217;un tiret de lumière<br />
Puis tout se ferme<br />
le monde, le matin<br />
le bleu sur la mer<br />
mes paupières touchent<br />
le temps de dire &#8211; un -<br />
Mon genou se lève<br />
légèrement<br />
le moteur fléchit<br />
on l&#8217;entend<br />
mes passagers l&#8217;entendent<br />
mes oreilles l&#8217;entendent<br />
cela me réveille<br />
je tends ma cuisse<br />
le moteur repart<br />
on l&#8217;entend<br />
mes passagers l&#8217;entendent<br />
ils se demandent pourquoi<br />
à l&#8217;arrière &#8211; ils ne voient pas mes yeux<br />
ils se demandent si je joue<br />
si j&#8217;ai suffisamment d&#8217;essence<br />
j&#8217;ai honte<br />
je me raisonne<br />
comme tous les jours<br />
comme tous les jours &#8211; plus jamais -<br />
puis le silence<br />
la chaleur<br />
mon silence<br />
si fort contre ma joue<br />
je la mords<br />
la berceuse gagne<br />
mes poignets tanguent<br />
on va s&#8217;en sortir<br />
on ne va pas mourir<br />
ils vont prendre leur avion<br />
- un -<br />
moteur<br />
genoux<br />
tiret de lumière<br />
- un -<br />
coup de volant<br />
je vois<br />
le boeing qui décolle<br />
- un -<br />
il ne faut pas<br />
que je les tue<br />
- un -<br />
je ne dors pas<br />
je ne dors pas</p>
<p>-</p>
<p>Voilà nos vies ?</p>
]]></content:encoded>
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		<title>La chouette aveugle</title>
		<link>http://www.tropiques-japonaises.fr/2011/12/26/la-chouette-aveugle/</link>
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		<pubDate>Sun, 25 Dec 2011 23:43:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Barbery</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[Je suis une chouette aveugle - c&#8217;est tout le jour la nuit - Je discerne la pluie &#8211; la neige mon perchoir, ma mangeoire ma chaîne Je goûte la pluie , chaque goutte, les flocons ne me touchent pas. Je surveille la ville je suis l&#8217;esprit des malades ils m&#8217;appellent dans leur fièvre me posent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/barbery/4335614569/" title="Ume à l'aveugle 05 by Stéphane Barbery, on Flickr"><img src="http://farm3.staticflickr.com/2798/4335614569_78eb8a62ab.jpg" width="500" height="333" alt="Ume à l'aveugle 05"></a></p>
<p>Je suis une chouette aveugle<br />
- c&#8217;est tout le jour la nuit -</p>
<p>Je discerne la pluie &#8211; la neige<br />
mon perchoir, ma mangeoire<br />
ma chaîne</p>
<p>Je goûte la pluie , chaque goutte,<br />
les flocons ne me touchent pas.</p>
<p>Je surveille la ville<br />
je suis l&#8217;esprit des malades<br />
ils m&#8217;appellent dans leur fièvre<br />
me posent sur leur front, je la bois<br />
la crache en boulette<br />
aux pieds d&#8217;un méditant<br />
sous le filet de sa cascade<br />
il me lave</p>
<p>Je prends soin de la ville<br />
et des chauffeurs de taxi<br />
je les guide quand ils se perdent<br />
à vide<br />
dans leur toux sans filtre<br />
et qu&#8217;ils ne reviendront pas</p>
<p>Je punis ceux qui avouent<br />
Je punis ceux qui n&#8217;avouent pas<br />
tous les bien intentionnés qui torturent<br />
dans l&#8217;obscurcissement de leur inadvertance</p>
<p>Je mords le nez de l&#8217;enfant<br />
Je mords l&#8217;oreille de l&#8217;enfant<br />
il pleure, ses larmes ensô sont plus grosses<br />
que le noir titane de ses yeux<br />
il comprend, approuve<br />
me chasse comme une mouche<br />
garde la cicatrice de mon passage<br />
sous le potelé de son pouce gauche</p>
<p>Je suis la flèche pointée vers le ciel<br />
dans les quatre directions<br />
j&#8217;y chasse le mal, le futur, le certain<br />
mon envol trace un arc<br />
de pins, de bambous, de pruniers,<br />
un gradient d&#8217;amour dans leur nuit blanche</p>
<p>Je mange avec les corbeaux carbone et les rapaces feuille morte,<br />
tous les bien-voyants des jours gras,<br />
sur tous les kanjis de l&#8217;obi de contention de la ville.<br />
Le coeur des femmes perdues est notre bento.</p>
<p>Je suis la chouette aveugle<br />
dans l&#8217;oreille interne des shakuhachistes<br />
dans le pinceau des calligraphes indignes<br />
dans la crampe du jardinier</p>
<p>Je passe entre les jambes des femmes impudiques<br />
puis nettoie les dents des statues qui hurlent<br />
gardiens inefficaces de tous les temples vides</p>
<p>Je suis la chouette aveugle<br />
et me heurte à tous les fils<br />
me cogne à tous les arbres<br />
je suis la lumière de tous les paquets vides</p>
<p>la vie quand elle tourne la page<br />
la neige<br />
quand elle ne tient pas</p>
]]></content:encoded>
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