La fuite
Quelqu’un sonne à ma porte.
Il est quatre heures trente.
Mes yeux ne s’ouvrent pas.
Deux jours que je ne dors pas.
Pour finir de corriger
mon manuscrit.
Je suis musicologue.
Spécialiste de Beethoven.
Spécialiste des sonates pour piano.
Monomaniaque du Clair de lune.
Les notes bouclent dans ma tête.
Dans mes doigts.
Dans mes écouteurs.
Dans mon oreiller à haut-parleurs intégrés.
Depuis mes six ans.
J’ai envoyé mon bon à tirer à deux heures.
J’ai le sentiment d’un incomplet.
Mon cerveau est blanc
avec une zone d’ombre. Angoissante.
On sonne à nouveau. On frappe.
Ma main trouve mes lunettes.
Et la tirette de la lampe de chevet.
Mes yeux ne sont toujours pas ouverts devant la porte.
J’ai les pieds humides.
Je suis votre voisine du dessous.
Je ne l’ai jamais vue.
Je suis en caleçon et t-shirt,
d’avant-hier,
et j’ai face à moi
une beauté pure.
Sur le registre du fatal où l’on se sent simiesque.
Il est quatre heures trente
Elle est en talons aiguille
maquillée
Sa frange est parfaite.
Légèrement moins que ses courbes.
Je me prends un coup de lune.
Mes yeux sont ouverts
Les mots ne sortent pas
Je suis votre voisine du dessous
et je pense qu’il doit y avoir une
fuite d’eau chez vous
Je me retourne
regarde mes pieds.
Qui clapotent dans l’eau tiède.
De mon bain.
Voilà comme on s’est rencontrés,
Maman et moi




