Le blanc
Je suis curieux.
J’ouvre de grands yeux.
Des yeux rouge carmin
bordés de rouge cramoisi
qui me démangent.
Je regarde les gens
droits dans leur stupeur.
Qui me regardent,
s’arrêtent pour comprendre leur répulsion
puis se détournent,
m’ignorent
dans la honte.
Je sens leur pitié
leur effroi
leur dégoût
de ne pouvoir me sourire.
Même la dermatologue
à la peau si belle
que nous venons consulter toutes les semaines
a du mal à me regarder.
Je suis un bébé bien portant de dix mois.
Au visage déformé par de grandes plaques rouges cinabre
Maman me regarde.
Ma jolie maman me regarde
sous les plaques rouge vermillon.
Et se sent coupable.
De mes plaques rouge pourpre.
Nous allons chez la dermatologue
toutes les semaines.
Puis on s’arrête au sanctuaire.
Aux torii rouges.
Pour rentrer on prend le petit bateau rapide.
Pas l’omnistop.
Comme si maman voulait qu’on me voit
le moins longtemps possible.
Elle me prend contre elle
face à la fenêtre
me donne un biberon
alors que ce n’est pas l’heure
ni la bonne température.
Alors je regarde les vagues
et leurs mousses laiteuses
la mer bleu ciel fumé
puis verte boue vivante
la mer gris fer de pluie
les dashi d’embruns sur les vitres
Je regarde mes îles
mes petites îles de la mer intérieure
mes archipels de vieux
et de beau,
mes paillettes d’âme,
qui se reflètent
dans les pupilles noix sombre de maman
et je m’endors
dans un monde sans couleur
sans regard
lisse, fluide
blanc




