Les gongs de Shinyodo
Petit, maman me raconte qu’elle se souvient très bien
voir son grand-père sonner
toute la journée
et toute la nuit
Aujourd’hui, on sonne de 6 à 7
parce que ça dérange
mais surtout parce qu’il n’y a personne
pour sonner plus longtemps.
Nos gongs ne paient pas de mine
Nos marteaux de bois
ne paient pas de mine.
Mais à dix
A dix vieux pépés frappant
sans accord
des gongs désaccordés
les oreilles trinquent.
C’est beau de loin.
Dans la nuit de novembre.
Deux semaines
avant le feu des momiji.
Mais à l’intérieur du hall de bois sombre
devant Bouddha et les offrandes de fruits
devant les penderies d’or et
les vapeurs d’encens doux
la forge de nos gongs
brisent les tympans
martèlent le coeur
les poumons
les genoux
nous fait tous partir d’ici
pour là-bas
l’ici-maintenant de la Terre pure
où Amida nous sourit
dans le ciel nuit d’étoiles
de l’âme-corps du monde
Nous sommes 10
vieux, usés
désaccordés
et nous sommes 1
avec les voisines
les amants
les maris
les enfants
les étrangers
qui perçoivent nos gongs chez eux
dans leurs cuisines,
leurs salons, leurs bureaux
1
avec ceux qui montent le son
de leur télé
de leur lecteur
le son de leur ordinateur
le son de leur station de jeux
Et rien ne peut couvrir
nos gongs
qui fatiguent
tympanent
et appellent
car nos marteaux et nos voix
ne sont pas de sons
mais prières
une sphère
invisible
insonore
blanche
de protection
de pardon et d’amour
C’est indécent l’amour.
Alors pour le masquer.
On fait du bruit




