Salle des coffres
L’odeur vient la première.
Une belle odeur d’acide butyrique
bien ronde
prépotente
de placards à chaussures
de grand-pères sportifs
coureurs de fond des années trente
La moquette date de cette époque.
Les coffres datent de cette époque.
De la belle mécanique
Dans un univers gris qui pue
Le coeur des riches.
Ils y mettent quoi dans leur coeur, les riches.
Le rêve des pauvres.
L’espoir de ne plus avoir peur.
Ca ne sert pas à grand-chose, à la fin.
Je casse des coffres.
Je suis le serrurier.
Je ne suis pas riche.
Des riches meurent.
Je casse leur coffre.
Qu’ont-ils dans le coeur ?
Une tête de chat.
Une pile de francs suisses.
Une boite de pièces d’or.
Et une tête de chat.
Un crâne bien blanc.
Sous une cloche de verre.
Je l’entends miauler.
Parce que c’est moi
Parce qu’il m’aime bien
moi qui lui donne ses vermifuges
Il s’avance.
Il s’avance dans l’air
saute au creux de ma main
Je le caresse du bout d’un doigt
Il me dit un secret
que je partage avec celle que j’aime
les coffres sont vides
on ne casse pas le coeur
Je suis dans un coffre
sous verre
je suis un coffre
vivant
qui ronronne
Je ne suis plus le coffre
Je suis un arbre




